RER TE STE
UTILISATION CONCRÈTE DE LA NOTION DE FORCE Ill
ple (468) ne s'applique plus ici, Aristote doit le reconnaître (469),
* car si la substance est le réceptacle des contraires qui y coexistent en puissance, ce n'est pas de telle sorte qu'elle puisse les réaliser * simultanément ; mais, c’est simultanément que le sensitif actualise les qualités qu’il discerne. Cette difficulté nous oblige à considérer le sens commun comme un et multiple simultanément (470), à la façon d’une chose indivisible et inétendue, par exemple à la façon
du point qui, par son caractère de limite, peut, tout en restant un, réaliser en acte les deux contraires (471). Or, cette dualité du point (472), ne semble pas rentrer dans l'explication ordinaire par la puissance (473), il faudrait presque dire que le point est en acte deux et un, ce qui conduirait à une idée toute nouvelle de la puissance, la puissance du point étant alors lintervalle que la pensée s’oblige à considérer de part et d’autre de lui-même. Mais la pensée
(468) Par la notion de substance une numériquement, mais plusieurs logiquement : 427 4 2 et 7. 431 4 19.
(469) 427 a 5-7 : Rodier traduit (Rodier de An. I, 159 bas) r@ O'eivar où (a 7) par : mais ce n’est pas logiquement ; il semble qu'ici xù eivau s’oppose purement et simplement à r Guvéue, (cf. Bonitz Ind. 220 b 25 et Rodier lui-même Il, soi). Nous traduisons : Ce n’est qu’en puissance qu’une seule et indivisible chose est les contraires. Cf. Simplicius 199, 33 et l’interprétation d'Alex. dans Rodier II. : 388-393. Dans le de Sensü 7. 449 a $-20, la solution ordinaire semble adoptée ; il ne nous semble pas que la solution du de An. y soit indiquée en premier (contrairement à ce que dit Alex. Rodier IT, 391. Le # de 449 4 10 annonce un développement de la première explication, non une seconde théorie).
(470) ua. 427 4 2,8.
(471) Le sens commun est 6poç. 7.431 4 22. Ainsi, il est multiple comme limite commune de sens différents, et un en tant que remplissant, vis-à-vis de chacun d'eux, la même fonction de limite d’où il est appelé un numériquement et par
analogie.
(472) Elle n’est pas d’ailleurs nettement affirmée : 427 a 12 : «il n’est pas un»; «il emploie le même point deux fois» ; 4 13 : («comme si la limite était double » (voir la corr. de Trend..et de Torstr. ; cf. Rodier, II, 396; Phys. VIII, 8.263 a 24).
(473) Par exemple, 262a21: Le point médian (cf. uecérne, de An. III, 7.431 4 19) est un numériquement, deux logiquement ; il est milieu en puissance ; il n’est milieu en acte que si le mouvement qui y arrive et celui qui en part sont deux, on retrouve ici la notion utilisée dans le de Sensu et déclarée insuffisante 42745.
d’Aristote n’est pas orientée vers une relation de ce genre (474). En somme, l'explication par la puissance reste dominante; le point n’est qu'une potientialité déduite de la ligne analytiquement ; comment donc le douer de propriétés (475), sans sortir de la stricte rationalité ? En effet, si l’on applique cette doctrine au cas actuel,
il faut dire avec Alexandre (476) que le sensitif est de même que
le point inétendu ; ce n’est pas un corps, mais une pure puissance ou faculté dont est doué l'organe central de la sensibilité; or, cette faculté jouit de cette propriété qu'elle peut posséder les deux contraires sans contradiction, car, pour elle, les posséder c’est les discerner, et l’on peut juger que le blanc est blanc et que le noir est noir, sans contradiction. Une telle explication qui, d'ailleurs, ne se trouve pas dans le texte (477) d’Aristote, montre que nous sommes sur la voie d’un dualisme spiritualiste, qui n’est pas de l’esprit de sa philosophie. |
L’explication de lunité de la ne tout comme celle de la conscience, mérite donc d’être appelée substantialiste; le sujet pensant y est étudié sur le modèle de la substance pensée, et son unité, quelque difficile qu’elle soit à concevoir, est l’unité d’un objet, non une unification par un sujet. Certes, quand il signale (478) qu’il est plus aisé de comprendre que le sens commun puisse percevoir en même temps des qualités contraires, que de concevoir comment il peut saisir des qualités de genres différents,
(474) Le point n'est pas plus une partie de la grandeur que l'instant du temps (Phys. IV, 11.220 a 18. VI, 1. 232 à 18-2. 233 b 15). Ainsi, la ligne n’est pas faite de points, ils ne sont que les limites de sa division possible (Phys. IV, 8. 215b18 ; de Coelo, Il, 13.296 a 16 : le point n’est rien des corps. Cf. sur la notion d'intervalle, n. 1075 sq.
(475) La difficulté est évitée en géométrie, car le point n’est jamais deux en acte (sinon la ligne serait augmentée après division); la dualité logique du point est comme réalisée par le mouvement qui s’y arrête et en repart, mais la dualité réelle est alors celle des mouvements.
(476) Alex. An. IIT, 9. Rodier IT, 389 et 382.
(477) Elle est suggérée par 427 a 2 ; mais l'explication d’Aristote ne va pas plus loin que la comparaison avec le point.
(478) De Sensu 7. 448 a 13.
il montre qu’il pouvait chercher dans le dynamisme propre de la |
raison de cette unification. Mais il lui fallait considérer la pensée comme une réalité autonome, ce qui est le contraire du substantia-
*"isme.
La théorie de l'imagination appelle des remarques analogues : comme la sensation, elle est dite fonction du sujet et suppose une matière, le résidu de la sensation, qui joue sur la faculté imaginative, comme le sensible sur la sensibilité, un rôle d'excitant (479). L’imagination est donc un développement du sujet ; mais, pas plus que les autres, cette faculté n'est reconstruite; elle est seulement constatée, suivant la hiérarchie qui obéit à la loi du meilleur (480).
La théorie de la connaissance intellectuelle est importante. À D'abord, elle semble nettement trancher sur les précédentes par un
caractère, capital au premier abord: l'opinion (481) s’accompagne
de croyance (482) ; car celui qui opine ne peut pas avoir la croyance, c’est-à-dire se persuader, donc raisonner. Ainsi, les opérations intellectuelles supposent un travail de l’esprit qui les assimile et s’en rend compte à lui-même. Mais ce point de vue est rapidement abandonné ; la raison discursive, est bien un pouvoir de synthèse et de division des concepts. Mais bien que cette synthèse soit un | caractère distinctif de la raison (483), et bien qu’elle suppose (484)
(483) Bonitz, Ind. 186 a 52.
(484) De An. IL, 6. 430 a 28 : Comme si les concepts ne faisaient qu’un. Si l'intelligence diffère de l'imagination, c’est que l’image est juxtaposition empirique, tandis que le concept est un tout, que cette liaison soit aperçue immédiatement ou par démonstration (7. 431 4 15 : distinction du concept et de l’image); l'image n’est pas d’ailleurs sans une certaine unité (Rodier, IL, 499).
(479) De An. UT, 3. Cf. Rodier IL, 429.
(480) Elle use de la sensation comme d’un moyen (Philop. De An. 507, 33) et sera un moyen de l’intellect.
(481) Opposition de l’ixéamde aux formes inférieures 427 b 16. Cf. Rodier IT,
403, 412. 526. C’est la plus humble des opérations intellectuelles, dont les espèces sont la Gta, l’émornun et la goévnoic. Ces opérations sont caractérisées par'la zarapaoic (6,430 b 26 ; 8. 432 4 10). \
(482) riocic. 428 4 20.
RE CRD CLIP SD ES PEN ANT SON VI L è AUS, 12 EX x | Ur Vente ”
l’unité interne des concepts, elle est le signe d’une déchéance de la connaissance et de l’objet connu, par elle, la multiplicité s’est introduite dans ce qui est essentiellement indivisible (485), les formes ont pris de la matière (486), la connaissance est susceptible d’er-
reur (487).
Pour connaître la véritable activité intellectuelle, il faut donc étudier l’intuition intellectuelle (488). : Elle consiste en l'espèce d'influence (489) que l’intellect reçoit des Intelligibles. L’analogie (490), signalée entre l’intellection et la sensation, est, à coup sûr, fondamentale ; elle persiste tout au long de la théorie, où l’on voit expliquer l’acte intellectuel par des métaphores comme Île contact, la réception (491).
Toutefois, comme la-sensation et d’une façon plus nette encore, l’intellect n’éprouve pas une véritable passion, mais seulement réalise le passage à l’acte de ses puissances. Ce caractère est plus net, disons-nous, que dans la sensation, parce que l’objet excitateur de la fonction intellectuelle est interne, alors que le sensible était extérieur (492). Mais il faut aller plus loin et montrer que l’impassi-
(485) 11 y a d’ailleurs des degrés dans cette indivisibilité (Rodier Il, 476 sq. : les indivisibles en puissance, et les indivisibles en acte comme les formes mathématiques prises comme quantitatives).
(486) Au moins artificiellement, pour l’exposition syllogistique qui permet la démonstration de la définition, qui, en toute rigueur, ne saurait exister (voir les textes dans Rodier II, 475 et :92). Sur cette déchéance, cf. n. 1085 sq.
(487) Méta. À, 4, 6, 10. (Rodier II, 473).
(488) De An. III, 4-8.
(489) 429 a 14, b 25: C'est une passion ou une influence de ce genre, sous l’action de l’intelligible.
(490) Cette analogie est signalée 429 « 13 et prise comme point de départ, le caractère immédiat de ces fonctions étant évident (8. 432 a 12). Le principe explicatif vient, tien entendu, de l'intuition sensible, et non de l’autre. Cf. Phys. VII, 3. 247 b 8-0.
(491) Méta. À, 7, 1072 b 20. La réception de l’intelligible est expliquée par les expressions « touchant » « réceptacle ».
(492) De An. Il, 5 fin. D'où la sensation est involontaire.
bilité de l’intellect est d’une nature spéciale, tout comme l’action qu "il subit de la part de l’Intelligible (493). … Dans la sensation, en effet, pour rendre compte de l’action et de la passion qui se produisent entre le sensible et l'âme sensitive, il a suffi d'élargir le sens de ces expressions : l’âme subit une espèce d’altération (494), la vraie passion n’est que dans l'organe qui est soumis à l’action du sensible. Mais, ici, il n’en est plus de même ; car, fait fondamental, l’intellect connaît tout (495); par suite, il n'est pas en acte une forme plutôt qu’une autre (496). On pourrait traduire cela, en disant qu’il est tout en acte ; mais, au point où nous en sommes, l’intellect n’est pas examiné en lui-même, mais comme venant à la suite des opérations précédentes (497), se produisant chez des êtres qui ont matière et où par conséquent l’intelligible, n'étant qu’en puissance, n’est pas intelligible en acte, c'est-à-dire (498) intellect en acte. Pour ces raisons (499), la pre- mière forme de Pintellect à laquelle on parvienne est celui qui n’a par lui-même rien d’actuel, simple tablette ou réceptacle (500). Dans ces conditions, l’action de l’intelligible ne sera plus la même que celle du sensible. L’être sensible, en effet, était une chose
.(493) La difficulté est posée expressément à la fin du, ch. 4. (429 b 29), mais elle domine la définition donnée au début de l’Intellect en puissance. (494) roémoac Ou yévos. Voir note 447.
(495) 4.429418; 8 début.
(496) S'il contenait une forme propre, elle gênerait par son interposition (avruppérreiv) la manifestation des autres.
(497) Cf. 4 fin; 8.4324a 2 : l’intelligible est dans le sensible ; remarquer la tournure dubitative « à ce qu’il semble ». C’est une preuve que ce chapitre prétend être d’abord un retour en arrière (431b 21, mél, contrairement à Simplic. de An. 280,8 ; Rodier, II, 520) et un résumé. — L’intellect perse les formes intelligibles dans les formes sensibles dégagées par l’âme sensitive; il se sert de celle-ci et de celles-la comme d'instruments (sur cette notion, voir n. 846).
(498) Sur ce point, voir 4. fin.
(499) Elles lèvent, semble-t-il, la difficulté de savoir si l’intellect du ch. 4 est l'actif ou le passif (cf. Rodier, Il, 460). La principalé raison que l’on a de consi-
dérer l’intellect en puissance n’y étant pas explicite, il n’est pas impossible que ce soient les deux. Nous verrons (n. 1080) qu’en outre, l’intellect en puissance pense des objets qui n’entrent point dans l’intellect en acte.
déterminée, car l’organe qui avec l’âme sensible constitue cet être composé, doit posséder la ou les qualités intermédiaires (sor), de façon que le sensible lui soit contraire et le contraigne ainsi à passer l’acte ; ainsi, on peut dire que, passant à l’acte, la sensation est elle-même couleur, puisque, saisissant la forme d’un objet coloré, elle s’identifie avec elle. Nous avons là un cas particulier de la relation de l’agent au patient, où le patient et l’agent sont tels parce qu’ils ont quelque chose de commun (502). Au contraire, l’intellect étant absolument en puissance, n’a rien de commun avéc aucun
agent et ne donne par là prise à aucune action (503).
L’intellection est donc le passage à l’acte de cette pure puissance : c'est là un cas tout à fait spécial d'action, car, en physique, nous ne considérons toujours que des corps en acte déterminés de telle ou telle façon; c'est même par cette détermination, que surmonte la détermination contraire de l'agent, que se définissait la passion ; la matière première qui est-aussi pure puissance, n’existant pas à l’état séparé (504). Comment donc se produit l’action par
laquelle pâtit l’intellect, ou du moins son sujet ? C’est comme une
illumination immédiate ($05) : sous l’action des Intelligibles en acte qui produisent au jour les [ntelligibles en puissance dans les
(sor) Notamment 11.424a4; 7.431a 10. Voir n. 454. La sensation est dite aioônrév (8.431 b 27).
(so2) Le problème est posé et résolu 429 b 22-4304 2. Auparavant ila montré par des faits (429 a 29-b 10) la différence entre l'impossibilité de l’intellect et celle de la sensibilité. À propos de l’espèce de communauté affirmée (429 b 29), nous suivons Rodier, Il, 454, 456.
(503) Notamment, il n’a pas d’organe (selon Hamelin, Syst. 386, il s’agit seulement de l’intellect passif). Voir le commentaire de Sophonias dans Rodier, II, 439. Cf. Robin. Ann. phil. 53. — De même, l’intellect actif est impassible (n. So7), pour une raison différente, mais inspirée de la même doctrine touchant l’action et la passion. -— Voir le développement de Phys. VIII, 3.247 b 1-fin du ch. : il n’y a pas d’altération dans l’âme intellective. Remarquer l’expression : Ünotev à Odvautce (247 b 28).
(s04) C’est une question de savoir si l’Intellect en puissance, déclaré périssable (s fin) est séparé (Rodier IT, 461); en tout cas, il semble bien qu’il appartienne à un sujet et n’est comme toute âme qu’une aptitude, non une substance (voir le commentaire d'Alexandre, Rodier II, 457). |
(05) Chapitre 5, Notamment 430 @ 15.
formes inférieures de pensée, Conformément au schéma général de l'action rappelé plus haut (s06) les commentateurs ont été en droit de définir par ces Intelligibles en acte, l'Intellect actif qui est l’In- -telligence elle-même.
Nous disons que c’est l’Intelligence elle-même, car l'Intelligible en acte, tout en étant d’abord Intelligible, est intelligence de soi ; en effet, l’Intelligence n'est mue par lIntelligible qu’en s’identifiant avec lui, et cette identification est complète, alors que dans la sensation, l’objet ne s’identifiait avec l’âme que par sa forme. Toutefois, malgré cette fusion intime, malgré la vie qu’Aristote attribue à l’Intelligence absolue, il nous faut reconnaître que cette pensée de la pensée est déterminée par l’objet, et que la conscience n’est
qu’un redoublement de l’Idée (507).
Il nous reste à voir, avant d’étudier les notions auxquelles il rend compte de l’activité divine, s’il n’a pas eu à modifier celles qu'il utilise pour la théorie de l’âme intellectuelle dans la théorie
. de l’âme locomotrice (508).
Ni l’âme nutritive, malgré les mouvements locaux (509) dont elle est cause, ni l’âme sensible ne sauraient être le principe des mouvements de locomotion qui, ayant lieu en vue d’un but repré-
(506) 5 début.
(507) Robin, Th. pl. 496. Lintellect actif, qui définit l'acte pur, ne supporte par suite ni changement ni passion.
(508) Nous suivons, dans l’étude des différentes âmes, l’ordre qu'indique fréquemment Aristote (De An. IL, 4. 415 b 21) et qu’il suit lui-même (II, 9 début, IoetIl). 4
(sog) Par exemple, l'inspiration et l’expiration sont des fonctions de l’âme nutritive (Resp. 8.474a25 ; Mot. an. 11.703 b3); le sommeil et la veille de l'âme sensitive (de Somno, 1.454 a 4). Ainsi. l’être animé est traversé de séries de mouvements dont la cause lui est extrinsèque (Phys. VIII, 2.253 a 7-fin). Simplic. (Phys. 1191,17) renvoie au de Somno (3.456 b21),; cf. encore 6.259 b 8-20. Le mouvement de locomotion, au contraire, semble être celui que l’âme peut produire sans le concours des choses extérieures (voir Themist., de An., 62,28, ad 410 b19-21 ; Rodier, Il, 153). — Voir Part. an. I, 1.641 a 21-b 10: le « naturaliste » ne peut esquiver l'étude de l’âme, mais ce n’est pas toute l’âme qui est le principe du mouvement, le principe de la locomotion est une partie spéciale.
senté, s’accompagnent toujours d'imagination ou de désir ($sr0). Une première analyse montre que seuls l’intellect et le désir jouent parfois ce rôle (511). Mais à y regarder de plus près, on voit que l’intellect ne meut pas sans le désir, car la discursion n’est motrice que si elle prend pour principe le désirable (s 12) et l’intellect pratique n’est qu’une dircursion qui part de la fin posée (513).
Il y a donc dans l’âme une faculté spéciale, la faculté désidérative, qui est le moteur de la locomotion, et dont la propriété ne peut se ramener à celle d’aucune autre partie de l’âme (514); ou plutôt (515), le vrai moteur c’est le désirable, qui meut sans être mû par le seul fait qu’il est pensé ou imaginé. On aboutit ainsi au schéma suivant (516) : il faut distinguer, ici encore, le moteur, le mû et l'instrument. Le mû c’est l'animal ; mais le moteur peut s’entendre en deux sens (517), le moteur non mû qu’est le désirable, le moteur mû qui est la partie de l’âme appelée le désidératif, dont le mouvement ou plutôt (s18) l’acte est précisément le désir
(s10) D'abord, contrairement à la théorie de Démocrite, l’äme meut le corps, non comme des atomes en mouvement en meuvent d’autres, mais « par un choix et par intellection » (de An. I, 3.406b19-25). — Ensuite (cf. n. 652), toute âme n’est pas principe de mouvement, ni même toute partie de l'âme (et à ce titre l’âme est distinguée de la nature, À hys. II, 9.200 a 32). — Enfin, le principe de la locomotion n’est pas l’âme nutritive (de An. III, 9.432 b 14-16), ni l’âme sensitive (b 19-26). Voir d’autres références dans Rodier, IL, 534.
(s11) Non pas, bien entendu, l’intellect théorique (de An. III, 9.432 b26fin), mais le pratique (10, jusqu’à 433 420). — Ci. Mot. an. 6.700b17 : la discussion, l'imagination, la volonté raisonnée, le souhait, l’appétit se ramènent à l’intellect et au désir.
(s12) De An. I, 10.433 4 18-31. Cf. Mot. an., 6.700 b 34 : l’intelligible (discursif) nv meut que s’il paraît agréable, Voir d’autres textes dans Rodier, II, 542, 562.
(513) Rodier, de An., IL, 537-0.
(514) De An. TI. 10. 433 a 31-b 11. (dbvamue) n. 500.
(15) b 11 : avant tout.
(516) 433 db 13-27, le schéma est dit \6yov donnant la cause du mouvement. (Mot. an. 10 début).
(517) Si nous comparons avec le schéma précédent (n. 435), nous voyons que le moteur-mû est classé tantôt avec les moteurs, tantôt avec les instruments ; cette ambiguïté est caractéristique de la notion.
(518) Cf. 433 b 17 et note 534. Philop. (Mot. an. 127, 3) : Le désir n’est pas mû, mais éveillé,
qui meut l’animal ; nous obtenons ici sur le rôle de l’Âme une précision que ne nous donnait pas la théorie de l’âme trophique. En troisième lieu, de l'instrument, Aristote nous dit qu’il faut l’étu- dier avec les fonctions qui sont l’œuvre commune de l’âme et du corps. Ces deux points importants, touchant le moteur et l’instrument méritent d’être approfondis.
La place du moteur instrumentral {$19) est déterminée par la théorie générale de l'articulation dont le principe (520) est que le mouvement d'une chose exige le repos d’une autre, afin que le moteur puisse s'appuyer sur un point fixe; l’image dominante dans cette explication est celle du gond (521) où les surfaces du pivot et de la chape sont distinctes logiquement, mais non spatialement, sauf quand le mouvement réalise cette distinction. En outre, pour l'organe central du mouvement, l’immobilité du pivot ne doit pas être relative, comme celle du coude (522); il est la terminaison de tous les organes mûs (523) et le point d’appui fixe du moteur. En considérant ainsi les mouvements dont est capable l’animal, mouvements de droite à gauche, de haut en bas, d’arrière en avant (524) et mouvements de sens contraire, on arrive à concevoir un point central qui joue le même rôle par rapport à tous les mouvements (525). |
(519) Cette étude est amorcée de An. III, 10. 433 b 21-27 et développée {nc. an. 3, 5, 9 et Moi. an. 1, 8, 9, 10. Ce moteur instrumental se divise à son tour en moteur-mû et moteur non-mû. Mais cette division est juxtaposée purement et simplement à la précédente (Mof. an. 10 début. Voir n. 529 et n. 840 sq.).:
(520) Nettement posé Ay. mot. 1 et 2. Ce principe est rattaché d’une façon confuse (voir n. 614) à la théorie de l’immobilité du premier moteur. Il est la base des théories rigoureuses du saut ({nc. an. 3, 705 a 14 ; la contre-pression), de la marche ({nc. an. $, d’où la possibilité de la x4ure nécessaire géométriquement. Inc. an. 9 et 12), de la reptation An. mot. 2. 698 b 12 : la terre doit subsister et résister [uéve] sinon l’animal n'avance pas). Et cette résistance est une force comme la force motrice (cf. 3 et 4; n. 98).
. (s21) Rodier de An. II, 550.
(522) Mot. an. 8. 702 a 21 sq. Traduit dans Rodier 548.
(523) Mot. an. 1 fin.
(524) Celui-ci avec des réserves (Jnc. an. $).
(525) Mot. an. 9 début. Remarquer la règle suivante : Le principe commun de deux choses réside toujours en un principe supérieur.
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Il est dit assez clairement que l'instrument immobile c’est le cœur ; cet organe qui est d'abord un point de départ immobile participe à la dignité de toutes les choses immobiles et notamment à celle du vrai moteur (526). Il est, encore ici, principe en deux sens qui tendent à se confondre, comme point de départ spatial (527), et comme moteur immobile, l’idée de point d’appui pouvant servir de transition. Ainsi le cœur, pris pour le principe du mouvement, se voit bien souvent attribuer le rôle de l’âme, dont il n’est que le siège (528). Cette confusion qui répugne à nos habitudes d’esprit cartésiennes laisse prévoir la qualité de la réponse au problème que nous abordons maintenant à savoir : avec de tels instruments (529), comment l’âme meut-elle le corps (530) ?
Au chapitre 7 du de Animalium Motu (531), l’action, nous dit Aristote, est la conclusion d’un syllogisme dont la majeure pose le
bien, la mineure le possible ; de ces deux prémisses efficientes sort.
(526) Voir la note à la fin du volume.
(527) Nous l'avons vu point de départ temporel de l’être vivant, et substitut de âme dans la formation de l’embryon, sans que néanmoins on pût se passer d’elle. Il est aussi le centre de la sensibilité. Enfin, il est le centre moteur : l’expérience le suggère, puisqu'il est le premier organe en mouvement chez l’embryon, reste en mouvement toute sa vie et possède des tendons analogues à ceux qui font mouvoir les membres (Pouchet, IV; p. 545). Alex. démontrait cette localisation de l’âme dans le traité du lieu (Philop. Mof. an. 121,1).°
(528) Cf. Philop. Gen. An. 78,20 ; 100, 21-26; cf. n, 391.
(529) À côté du cœur comme instrument immobile, il est nécessaire (Mot. an. 10.703 a 6) qu'il y ait un organe à la fois moteur et mû, correspondant au désir, selon le schéma du de An. 10. C’est le «souffle congénital » ou du moins (703 a 16) un souffle ; c’est une nature motrice et propre à transmettre le mouvement (ioyiv. Sur ces natures, voir n. 90 et 845); il a force et énergie (Sivauuc at toyÿc); il agit par gonflement et rétraction, déterminant des poussées et des tractions, formes essentielles du mouvement local (sur les textes analogues de Phys., voir Rodier, Il, $50), pour peu qu’il ait devant lui des membres propres à être müûs (703 a 6 : avoir la puissance de subir une passion selon une puissance étrangère). Par exemple, le mouvement est impossible si la force est gênée et comme écrasée par le poids du corps; d’où le rhythme de la marche (Inc. an. 4.705 b 31). La force motrice est proportionnelle à la masse à mouvoir (Gen. An. Il, 1.732a 19).
(530) Question posée explicitement Mot. an. 6. Cf. Bonitz, Ind. 865, 28.
(531) Mot. an. 7. or a 23 ; les prémisses sont dites oëmrixat. Cf. aussi, Eth. Nic. VI, 5. 1147 a 25-31, de An. Il, 11. 434 a 16-19.
comme conclusion l’opération. Ainsi, l'appétit pose qu’il faut boire, la sensation, que ceci est buvable, aussitôt l’homme boit. Remarquons d’abord que la conclusion ainsi posée dépasse les prémisses ; tout ce qu’on devrait en tirer, en effet, c’est que l’homme pose qu'il faut boire ceci (532), ensuite, la valeur du désirableet son action sur le désir sont présupposées dans la première prémisse, le
syllogisme n'étant que le transfert d’un désir sur tel objet et restant,
en somme, d’ordre théorique tout comme le syllogisme de discussion pratique (533). Considérons successivement ces deux points. L'acte du désir et le mouvement du corps correspondant sont intimement liés (534) : en effet, après avoir montré (535) comment le désir se pose en acte, Aristote reprend sans transition (536) la comparaison des automates, dans lesquels un petit mouvement extérieur suffit à déclancher toute une série de mouvements plus ou moins variés; c’est là, dira-t-on, l’idée d’un déterminisme physiologique, et il faut ajouter qu’Aristote reconnaît l'insuffisance de cette comparaison et admet des altérations et des affections qui ne sont pas d’ordre mécanique (537) ; il a même l’idée d’un enchainement sensori-moteur (538), dont le centre est le cœur, d’où de très légères altérations se transmettent en s’aggravant, à toutes les parties de l’organisme (539).
Or, à côté de ce déterminisme physiologique est indiqué un déterminisme psycho-physiologique, qui est mal distingué du pré-
(532) C’est ce que dit Aristote quelques lignes plus haut: alors se produit « l’acte du désir » (7or a 31).
(533) Sur ce dernier, voir Rodier, de An. II. 537 sq.
(534) Le passage à l’acte des puissances du désidératif n’est pas un mouvement, * mais ést lié à un mouvement: un mouvement ou plutôt (Rodier) un acte. (de An. II, 10. 433 b 18).
(535) Mot. an. 7. jusqu’à 7or b1.
(536) 7. 701 D 1. — "Oomep dé.
(537) De An. I, 4. 408 bo.
.(538) Mot. an. 9.
(539) Mot. an. 7. depuis 701 b 1 et notamment b 29.
cédent et n’est jamais étudié pour lui-même. Par exemple (540), la liaison de la pensée au mouvement est indiquée comme nécessaire ($41), mais sans explication : les sensations s’accompagnent immédiatement d’altérations dans le corps, ce qui se comprend, dit-il (542), parce que ce sont elles-mêmes de certaines altéra-
tions; pour les autres pensées, il se borne à constater que les
représentations (543) ont la même action que les choses (544); de même, les affections comme crainte ou assurance s’accompa-
gnent de chaleurs et de refroidissements, et toutes celles qui portent sur des choses agréables ou non pour le corps; de même encore souvenirs et espérances (545). |
D'une part, il ne semble pas qu’Aristote ait vu dans ces faits des exemples d’une causalité spéciale ; ils sont le résultat d'une bonne organisation des choses internes (546) ; d’autre part (547), il invoque, à ce propos, le principe général de l'efficience en vertu duquel la coexistence de l'actif et du passif suffit à produire immédiatement l’action (548), pourvu qu'ils soient complets quant à leur essence d'actif et de passif. Ainsi, l’enchaînement se présente dans
(540) De même, au début de Mot. an. 10, quand la théorie du désir comme moteur-mû est achevée, il passe à celle du « souffle » comme instrument moteur et müûüen disant simplement : « Maintenant (&XXà uñy) il doit y avoir dans les êtres animés un corps analogue...» Le parallélisme entre les deux schémas est complet, sans que cette dualité.soit expliquée, ni même indiquée. É
(541) Mot. an. 7 et 8.
(542) Mot. an. 7. 7o1 b 22. Voir Phys. VII, 3 ; il n’y a de véritable altération que pour les « qualités passives» (et encore doivent-elles -être accidentelles. Simplic. 1081, 28), et non selon les ££etc et les Grabéaerc.
(543) "Evvoro.
(544) La pensée du froid fait frissonner. 7. 701 b 22.
(545) Mof. an. 8. 702 à 17: néôn dans ces textes, désigne plutôt les affections corporelles (affections et altérations) 7o1 b 23 ; 702 a 17. Dans le de An., ce terme a un sens plus général ; cf. [, 1, 403 a 25: les affections sont des formes dans la matière (£yudo). |
(546) Mot. an. 8. 702 a 7. ; notamment en ce qui concerne les commandes (px) des parties organiques (à savoir les nerfs ou tendons et les muscles [Philop. Mot. an. 119, 30]).
(547) 702 a 11. Voir n. 372; Gen. An. Il, 4. 740 b 21 : vai
(548) Mot, an. 8.702415 : Evbve.
l’ordre suivant : l’imagination du désirable, déterminée elle-même par la sensation ou l’intellection, détermine convenablement le désir, le désir les affections corporelles, les affections les parties organiques. Ainsi, la pensée de la marche entraîne la marche ; c’est une succession de simultanéités, l’actif amenant à l'existence le passif (549), parce qu'ils ont tous les deux la nature des relatifs. Considérons le dernier moment de cette suite, le moment où le | désir, dernière cause (550) détermine les affections corporelles. Le désir (551) fait partie des états que l’âme ne peut faire ni subir sans le corps (552). Faut-il donc dire que c’est l’âme qui meut le corps par le désir ; oui (553), si l’on veut présenter les choses schématiquement, mais il vaut mieux dire que c’est l’homme qui désire par l’âme (554). Le déclenchement du déterminisme physiologique, au moment où la causalité efficiente du désir (555) paraît devoir y être surprise, est rejeté tout entier dans le patient, sans que l’on n’aperçoive plus la transition de l’un à l’autre, si ce n’est en se rappelant la théorie générale de la Psychologie qui porte la définition de l'âme comme forme du corps.
Le problème de l’action de l’âme sur le corps est donc finalement ramené à la définition de l'être sujet du désir, c’est-à-dire aux
(550) ’Ecyxérn (7.701435); par rapport aux déterminants du désir, et signifiant que le désir est la vraie cause (Philop. An. Mot. 117,12). D’autre part, le cœur est dit premier moteur (n. 527; 8.702 a 21) par opposition aux articulations dont la partie fixe n’est que relativement immobile.
(551) Joint à la sensation, et présenté sous la forme de colère, audace, appétit (de An. I, 1.403 a7 et 17; Rodier, II, 32).
(552) Ceci selon une première approximation (de An. I, 1.403 a 2-25). L’instrument au moyen duquel le désir meut doit être étudié avec les fonctions qui sont l’œuvre commune de l’âme et du corps (de An. IT, 10.433 b 19).
(553) Par exemple, Mot. an. 7.701 a 33 ; de An. III, 10.433 a17 et b 27.
(554) C’est l’homme qui est le sujet de ses états, parce qu'il a telle forme (voir le commentaire d'Alex. qui a fortement marqué ce point, dans Rodier, Il, 174). Aussi un accès de colère (qui est un désir; voir les textes dans Rodier, IT, 27) est. mouvement dans le corps et dans l’âme; de même un accès de pitié (de An. I, 4.408 b 13).
(555) Annoncée de An. I, 10. Cf. Mot. an. 70247: airiar.
notions de matière et de forme, de puissance et d’acte. Or, si la définition de l’âme constituait un progrès inappréciable sur les théories mythologiques de l’âme et du corps (556), elle ne donnait qu’une méthode pour la solution de notre problème et il fallait encore montrer les rapports et le passage de l’âme nutritive et sensitive à l’Ââme désirante. L’explication n'est pas donnée par Aristote et l’on peut dire qu’il s’est borné à constater un fait (556°i°), en le déterminant conformément à sa définition générale de l’âme; l'âme, qui est le moteur dernier du corps et le dirige vers sa fin, est Pessence du corps, comme la pesanteur est l’essence de la terre, qui dirige toute terre vers le centre (557) ; l’essentiel c’est que le corps. soit bien la matière de cette forme (558). Mais (559), le vrai principe moteur n'est pas encore dans cette forme actuellement réalisée par le sujet, mais dans celle qu’il ne possède pas encore et vers laquelle il tend de lui-même. f
Considérons donc maintenant la première impulsion locomotrice, celle par laquelle le désirable meut la faculté désidérative. Dans ce cas, le mû se meut en vertu de sa puissance que le moteur fait passer à l’acte (60) ; quant au moteur, il agit en vertu d'une
(556) Particulièrement spécieuses pour expliquer comment l’âme meut le corps. Voir n. 430 sq. (à propos de l’âme nutritive) et Hamelin Syst. 371.
(556 bis) D'où certaines expressions d’allure positivistes touchant l’union de l’âme et du Corps : 403 a 18: AUX TAGYEL TL TO CÉUX.
(557) Rodier de An. Il, 88 sq. cite Alex. de An. 7, 14 sq.
(558) Rodier II, 117, Le corps, matière de l’âme, n’est pas son instrument, rigoureusement parlant (cf. le commentaire d'Alex. ad de . An. 412 b 5-6, Rodier IT, 174 et n. 846).
(s59) Aristote marque bien cette gradation de An. III, 10. 433 b 11 ; dans la première partie du ch. 10, jusqu’à 433 a 31, il n'est question que du désidératif comme moteur immédiat de l’animal, le moteur immobile n'étant indiqué que dans la seconde. Cf. Rodier 540.
(s60) Quatre cas peuvent se présenter selon les rapports de la raison au désir : -&xohacia, dxoxola, ÉVAPATELX, GWYPOOUVN (cf. Rodier, Il, 557 sq.); dans le dernier cas, le v05<, dominateur sans conteste, meut sans lutte. Les êtres animés ont le pouvoir d'arrêter et de recommencer leur action (Phys. VIII, 4. 255 a 34-256 a 3 ; cf. n. 163) mais alors qu'il est difficile de distinguer sous ce rapport les végétaux des êtres inanimés (Alex. dans Rodier, 159), il y a chez les animaux des actions spontanées, quoique non libres, car ils sont müûs par le désir, accompagné de sensation \(11.434 4 5).
attraction d'ordre psychologique, il meut sans être mû, il n’est pas naturel (S61). Ici encore, cette attraction est admise, non expliquée ; soit que l’on insiste sur le caractère spécifique du désirable, soit “qu’on le réduise à n’être qu'un Intelligible (562), la synthèse de l’Etre et du Bien n’est point faite.
Le vrai principe moteur reste donctranscendant. D’une part, en effet, la transmission du mouvement par efficience, que laissait espérer la succession moteur, moteur mû, mû, ne cadre plus avec cette causalité purement formelle et finale, devant laquelle la causalité efficiente
disparaît ou est reléguée parmi les fonctions corporelles (563), dont le rapport avec le désir n’est jamais bien déterminé. D'autre part, de bas en haut de l’échelle, la même motion de fin semble servir à expliquer l’activité des êtres, sans que l’utilisation si variée de cette notion permette d'affirmer quelle est l'activité particulière qui lui sert de modèle principal. Il faut chercher, avons-nous vu, le principe moteur des êtres inanimés en dehors d’eux-mêmes qui n'ont
(s61) Peut-on dire alors que l’âme se meut elle-même, proposition réfutée de An.l, 3, notamment 406 b 11 ? Non; car si, pour répondre à une question qu’Aristote n’a d’ailleurs pas posée, on applique au texte du de An. le concept de l’adroxivnrov élaboré Phys. VIII, $, ce qui se meut soi-même c’est plutôt l’ensemble formé par le désirable et la faculté désidérative, auquel on peut, si l’on veut, ajouter le corps, bien que ce troisième terme ne soit pas nécessaire pour composer l’adroxivnroy . (Cela ne veut pas dire, d’ailleurs, qu’il faille interpréter Phys. VIII, 5. 258 a 5 à l’aide de de An. III, 10. 433 b 12 ; selon Simplic. [Phys. 1243, 13] Aristote, en distinguant, dans le texte de Phys., le moteur, le moteurmüû, et le mû pense sans doute à la distinction de l’âme et des objets extérieurs). Mais nous ne croyons pas qu’Aristote ait pensé que l’ensemble formé par le désirable et le désir pût être séparé du corps et constituer un sujet (comme l’ensemble de l’âme et du corps constitue le sujet animé) dont on dise qu’il se meut soi-même sans être dépouillé soi-même, ce qui était l'argument de 406 b 11. Seulement Rodier (de An. II, 86) a tort de dire (pour répondre à l’objection, que l'âme pourrait être dite se mouvoir soi-même si l’on y distinguait des parties) qu’on ne doit pas intercaler entre l’âme motrice et le corps mû une âme motricemobile, puisqu’en réalité, Aristote l’a fait, dans sa théorie du désidératif. |
(562) Voir Hamelin Syst. 389 et les textes dans Rodier de An. II, 542, 562. L'âme désidérative est dans Part. an. I, 1. 641 b7 (où il s’agit de fixer le domaine du naturaliste, en réservant celui du théologien) opposée à l’âme noétique, comme étant principe de mouvement (Voir n. 650).
(563) cwuarmév. de An. IL, 10. 433 b 19.