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110 4 ï LIVRE PREMIER
et procure au sentant la conscience de sa sensation (462). C’est donc par l'identification, d’ailleurs partielle, du sentant avec le senti (463), que la conscience de la sensation, phénomène d’ailleurs accessoire est possible; donc (464) cette conscience est bien conçue comme un redoublement de sensation ; le réalisme sub-
” siste.
De même, c’est le sens commun qui fait l’unité de la connaissance sensible et saisit la différence des sensibles qu’il discerne ; et il le fait par un acte de sensation (465). Dès lors, il faut s’attendre,
puisque le sensitif est le sensible en puissance, à ce que la véritable
question ne soit pas résolue, ou du moins le soit subrepticement, dans l'expression même de sens commun par la notion de chose une et non d’unification, sans que l’activité qui fait la communication et la synthèse soit mise en lumière. Et, en effet, ici se pose la question de savoir comment cette unité nécessaire (466) est possi-
ble; or, commesentir c’est s'identifier à la forme sensible, et que,
pour distinguer deux sensibles, il faut les saisir en un même instant,
le sentant doit revêtir deux formes différentes ou même contraires (467). La solution ordinaire du problème de l’un et du multi-
(462) III. 2 début (Telle est l'interprétation de Rodier (p. 265 ad II, 6. 418 a 18) et d’Hamelin (Syst. 381), qui concilie parfaitement avec le De .Anima le passage en apparence contradictoire du De Somno (2. 455 a 12). Cet effort pour trouver
une sensibilité plus générale est intéressant mais n’aboutit pas. Aristote n’a pas de‘
terme pour désigner la conscience de la sensation ; le mot cuvæicünou appartient aux commentateurs ; le phénomène est d’ailleurs « accessoire ». Méta. A, 9. 1074
PSS:
(463) Une difficulté préliminaire est résolue, aussitôt après la position du pro- .
blème de la sensation de la sensation (III, 2. 425 b 17). La seconde réponse (425 b 22-24) porte que la vue est couleur d’une certaine manière.
(464) Voir la première réponse à l'objection (note précédente) 425 à 20-22
(cf. « ce n’est pas une seule chose que sentir par la vue ») : en se posant comme
vide, quand elle ne voit rien, la vue ne s'exerce pas comme lorsqu'elle voit quelque chose; mais c’est toujours la position d’un objet en face du sensitif, le redoublement du processus élémentaire.
(465) HI, 2. 426 b 14.