VIII PRÉFACE
et par suite de toute considération substantialiste, comment la notion de puissance cesse d’être une substance pour devenir un simple attribut avant de se poser en soi. Nous avons dû négliger ces recherches, qu’elles dépassassent soit le cadre de notre sujet, soit, en exigeant l'infini de l’histoire, nos propres moyens. Toutefois, si incomplet que soit notre travail, c’est par là, croyons-nous, qu’il fallait commencer; entreprendre tout ou partie de l’histoire de la philosophie en se passant de philosophie, nous paraît une gageure impossible à tenir, car la nature et l’enchaînement des idées pris'en soi doit dominer les occasions historiques de leurs développements réels. Le seul danger qui menace ce réalisme, c’est de pousser le chercheur qui a un système personnel et par exemple une théorie particulière de la force à juger partialement les philosophes à cette lumière. Or, l'extraordinaire chaos où git la philosophie scientifique nous fournit une défense facile: il n’y a pas actuellement d’idée de la force. L’effort de Kant, dans le système où il a été repris le plus vigoureusement, a échoué, puisqu’on admet comme également possibles deux représentations rationnelles du concept (8); par suite les emprunts que nous avons faits à la science newtonienne, comme la distinction de la cinématique et de la mécanique, doivent-ils être pris plutôt comme moyens d’exposition que pour éléments d’une doctrine définitive. Et il n’est pas nécessaire d’être en possession de la philosophie éternelle pour . en affirmer l'existence et en chercher l’action dans les doctrines historiques ; on peut fort bien étudier l’effort d’une pensée vers un point qui reste pour nous virtuel. Si l’on nous refuse le droit de faire ou au moins de commencer ainsi par en haut l’histoire de la philosophie, nous répondrons qu’en niant la philosophie éternelle on avoue la connaître, que l’on se condamne à ignorer ou à négliger l'intention ou la prétention des philosophes examinés, qu’enfin on étudie mal les ombres en s’interdisant de sortir de la caverne.
(8) Hamelin, Essai, 254.