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La préterdue mécanique d’Aristote
… L’affirmation, d'ordre empirique et métaphysique, qu'il n’y a pas de mouvement indépendamment des choses (1) montre que
l’idée d’une cinématique est étrangère à Aristote. On ne peut donc
même pas dire qu’il a nié la possibilité de cette science, quand il
établit qu’il n’y a pas de mouvement du mouvement, par une démonstration dont le principe est, d’ailleurs, que le mouvement est une propriété du mobile (2). Néanmoins il lui arrive de tou-
(1) Bonitz. Jnd. 391 a 57-59. (Ce point sera développé, n. 869). Quand la question se pose des éléments du mouvement (Phys. V, 1.224 4 34; 4.227 b 31),
le sujet est toujours indiqué en première ligne (voir la difficulté qui s'élève à ce
propos [4.227 b 14-21] sur l’unité d’un mouvement dont le sujet est un mais la
trajectoire différente. Ce chapitre 4 étudie l’unité du mouvement et servira au livre VII). |
(2) Phys. V, 2.225 b 16-226 a 23. Simplic. (Phys. 851, 5-10) a bien vu que c'était le substantialisme d’Aristote qui l’empéchait de considérer un changement du changement, tout changement étant dans un sujet et non un sujet. C'est le principe du 1er argument d’Aristote (225 b 16-21).
cher des questions qui, depuis Descartes, relèvent d’une telle recherche.
L'un des quatre axiomes qui préparent la définition du mouvement (3) considère dans le mouvement une certaine relativité ; mais Aristote la voit dans le rapport du moteur au mû ; quant aux rapports du mouvement aux points de repère, il les néglige ou les utilise sans y insister. Ainsi, le voyageur assis sur un navire en marche est immobile en soi (4). Pour juger du mouvement des astres et du ciel, il faut admettre le repos ou le mouvement de la terre (5). Quand les points de repère, qui sont des corps, sont eux-mêmes en mouvement, il ne faut pas juger du chemin parcouru par le mobile le long de ces corps comme s’ils étaient en repos (6). D’une façon générale, il n’y a pas de mouvement des relatifs, parce qu’une chose qui, par le mouvement de son relatif passe de gauche à droite, ne se meut pas, si ce n’est par accident ; son changement ne se produit pas comme un changement pro-
(3) Phys. I, 1. C’est le deuxième, 200 b 28-32. Il prépare en outre la position et la solution de la question de savoir dans lequel des deux sujets est le mouvement (Phys. IIT, 3).
(4) Phys. NI, 10.240 b 17-20. Ce n’est qu’un exemple de mouvement accidentel. Cf. l'interprétation que Simpl. (810,25) donne du &ef attribué aux mouvements accidentels Phys V, 1.224 b 28. Un tel mouvement est donc exclu de la science (Phys. V, 1.224 b 26). De même, l’eau dass le vase n’est pas dans le lieu par où passe le vase transporté. (Phys. IV, 4.211 b 14-29, surtout 211 b 24 : le lieu n’est pas l'intervalle). — Même quand il considère le mouvement comme divisible selon la divisibilité du mû (Phys. VI, 4.234 b 21-235 a 10 ; cf. n. 20), il faut entendre que le mouvement est divisible, non divisé, et que les parties ne se meuvent pas par soi (Simplic. Phys. 970,29 ; cf. Eudème, dans Simplic.
(s) De Cœlo. I, 8,289 b 4: « … si toutefois (4<) la terre est en repos, .… ce qu’il faut supposer d’ailleurs (&t) ». — De même, que l'infini parcoure le fini, ou l'infini le fini, c’est la même difficulté (Phys. VI, 7, 238 b 1).
(6) C’est le quatrième sophisme de Zénon. Phys. VI, 9, 239 b 33. D'une façon générale, il reconnaît bien que dans un enchaînement cinématique, un terme doit être fixe, mais il distingue mal le point de repère et le point d'appui. Cf. de même, Phys. VI, 7, 238a 32-b13, le cas du corps infini qui accomplit un parcours fini est ramené au cas d’un corps fini parcourant un espace infini, car (b3) peu importe lequel des deux on prend pour mû.
pre (7) ; nous reconnaissons le principe que le mouvement est une . propriété du mobile.
De ce point de vue, comment définit-il la vitesse ? En disant (8)
que le plus rapide est celui qui parcourt un espace égal en un plus petit temps, ou un plus grand espace en un temps moindre. Il
connaît donc notre fonction vitesse, mais il est loin de la considérer comme une notion autonome ; il aime mieux définir le 6ärrov que le säyoc(9); l’expression r4yos est souvent liée à un sujet dont elle est considérée comme une qualité; à ce titre, la rapidité doit être distinguée de la lenteur et n’est pas susceptible de plus et de
moins (10) ces deux caractères définissent le régime d’un mouve-
ment, et le régime est autre chose que le temps, le lieu, le terme (11). Toutefois, on peut reconnaître en certains passages un
effort pour dégager une notion générale de la vitesse : la rapidité
et la lenteur se retrouvent dans toutes les espèces de mouvement ; par suite elles ne constituent des différences spécifiques ni entre les mouvements, ni en un même corps(12); de même, il y a une
vitesse de ce qui est lent (13).
On peut dire, par suite, que c’est l’idée de la vitesse considérée
comme grandeur continue qui préside à la démonstration de la
(7) Phys. V, 2,225 b 11-13. Philop. Phys. 789, 28: Simplic. Phys. 834,23 ; Hamelin, Syst. 311; voir ici n. 978. :
(8) Phys. VI, 2, 232 a 25. (Cette fonction, qui unit l’espace au temps, sert à démontrer la continuité du temps). Mech.:1, début.
(9) Par exemple la formule précédente ; ou encore, Phys. IV, 8,215 a 25 ; il ne dit pas : pour le même poids la vitesse augmente..., mais le même poids va plus vite ; de même Jb. 215 b 1-3, pour exprimer qu’un corps doit aller plus vite (bs), il énonce que le temps doit être avec l’espace dans un certain rapport; même périphrase Phys. VII, $, 250 a 1-2; 4-5 (rapport de la force à la vitesse) ; IV, 14, 222 b 31-223 a 1 (le temps mesure le degré de la vitesse ; cf, 10, 218b 15).
(10) Bonitz, Ind. 749 a19-23. Simplic. Phys. 898, 30-899, 4 ad Phys, V 4, 228 b 28-31.
(11) Phys. V 4, 228 b 25-27.
(12) Voir la note à la fin du volume.
(13) Méta. I, 1. 1052 b 27-31. Où la notion de mesure est étendue du nombre à longueur, largeur, profondeur, pesanteur, vitesse.
continuité du temps (14); est-ce contradictoire avec l’afirmation d’une vitesse suprême dans l'Univers ? Une difficulté du même genre se pose à propos de l’espace, qui est démontré fini au livre III de la Physique et admis infini au livre VI (ts), et l’on peut apporter dans les deux cas une solution identique : quand Aristote considère une vitesse ou une ligne infinie en grandeur, il se place
‘à un point de vue abstrait. N'est-ce pas là, en ce qui concerne la
vitesse, une considération d’ordre cinématique ? (16). On peut encore trouver chez lui la notion d’une vitesse comme grandeur dirigée, et même l’idée que cette grandeur n’est pas soumise aux règles ordinaires de la logique et de l’arithmétique (17). Néanmoins, cette idée de vitesse reste très peu consistante dans l'esprit d’Aristote et elle ne lui rend aucun service ; on en a une preuve très nette, quand il ne reconnait plus aux mouvements
(14) Phys. VI, 2. Où la vitesse croissant à l'infini détermine des temps décroissants à l'infini. Cf. Robin, Th. pl. 6 119.
(15) Phys. VI, 2. 233 a 17-21. Cf. Robin, Jb. note 241, I-V.
(16) Alexandre (Simplic. Phys. 941, 20-942, 14, 24) répond à la difficulté relative à la vitesse, en disant que le ciel a bien la vitesse réellement la plus grande, mais qu’il aurait pu, s’il avait voulu, en avoir une plus grande. A quoi Simplicius réplique en prétextant que cette idée de puissance, suggérée par les décisions libres des hommes, ne doit pas s’appliquer aux Dieux ; il apporte ensuite un second argument d'Alexandre, inspiré d’Eudème, qui consiste seulement à poser la difficulté sans la résoudre en remarquant que la vitesse dépend non seulement de l’espace mais du temps. Le même Simplicius répond à la difficulté relative à l’espace, en distinguant une infinité propre à la sphère (946, 10-30); comme il affirme être le premier à s’être aperçu de cette question (946,24), il semble qu’il ne la relie pas à la précédente, faute de concevoir la possibilité d’une théorie du mouvement, abstraite comme la géométrie par rapport à la théorie téléologique du monde réel et fini.
(17) Mech. V : Dans le mouvement du bateau, il faut distinguer le mouvement de propulsion donné par les rames, et le mouvement oblique dû au gouvernail.
Mech. XXII. Sur la droite BA, les points À et B se meuvent l’un vers l’autre avec la même vitesse et la droite BA se meut le long de AT, qui fait un angle obtus avec BA ; ainsi B parcourt la plus grande diagonale, A la plus petite. Donc de ces deux points qui ont même vitesse, l’un parcourt un plus grand espace que l’autre : C’est que les deux mouvements de A sont presque contraires, à cause de l'angle obtus, tandis que BA et AT convergent (ouvéyovra) ceux de A seront tout à fait contraires, si AT est le prolongement de BA.
qu’une dimension, par où ils soient comparables, le temps (18).
Il n’a donc pas formé le concept de vitesse rectiligne uniforme (19), qu sl utilise implicitement.
MON se demandera comment, malgré cette lacune, il a su donner (20), une démonstration remarquable de ce cie nous appelons
(18) Phys. IV 8, 216 a 8-10. C'est de ce point de vue que le mouvement le plus rapide est dit le plus petit et peut servir de mesure (de Cælo IT 4, 287 a 23; Méta. I 1, 1053 a 8).
(19) Par exemple, Phys. VI 2, 233 à 13-17; comme préparatoire à la démonstration de la continuité du temps.
La question de la régularité du mouvement >ivmoic # Dual est considérée Phys. V 4, 228 b 15-229 a 3, à propos de l’unité du mouvement (et par conséquent cf. n. 1, d’un point de vue qualitatif et téléologique) et étendue à tous les types de mouvements (228 b 19, cf. Simplic. 896, 22). La régularité dépend de la trajectoire (la droite ayant été donnée comme exemple de régularité 228 b 17), du temps (le mouvement ne doit pas se produire à intervalles répétés), du point d'arrivée (le mouvement régulier n’est pas alternatif, c’est pourquoi le mouvement rectiligne ne sera pas continu. Phys. VIII, 8), enfin du we, c’est-à-dire du régime de la vitesse. De toute façon, la régularité du mouvement n’est pas conçue comme une fonction purement cinématique, mais toujours dans ses rapports au sujet (voir n. 625 sq), la déduction du mouvement céleste à partir de la nature du ciel, et de Cæœlo II 6, 288 a 27 : l’irrégularité d’un mouvement (gvwuarta) dépend du
moteur, du mû, ou des deux. (Voir également Gen. Corr. II 10, 336 b 5 : le
mouvement oblique est irrégulier parce que la distance du soleil à la terre varie ; Philop. Gen. Corr. 291, 33).
D'autre part, la discussion sur la divisibilité du mouvement. (Phys. VI, 4), dominée par la notion de divisibilité du sujet mü, pris comme sujet étendu (voir n. sq.), montre nettement qu’Aristote ne considérait pas la vitesse comme un concept autonome : le mouvement est divisible selon le temps (235 4 13-22), selon la ligne, ou la grandeur, ou la qualité (mais dans ce dernier cas seulement par accident, cf. n. 1000) (a 34-b 1); mais il fallait dire qu’un mouvement effectué en un temps moitié, par exemple, était double et non moitié ; autrement dit, concevoir la vitesse comme un rapport tel que « : {, qui diminue de moitié quand il devient — : toue:2 1, de telle sorte que l’addition de ces deux quantités donne la première. =
Les incertitudes de la théorie se marquent dans les passages suivants, Phys. V, 4, 229 a 2 : Le mouvement sur une ligne brisée est continu, non uniforme, 228 b 17 : Le mouvement non uniforme est « moins un que l’uniforme. »
(20) Mech. I. Ce chapitre a pour but une étude du mouvement circulaire, instituée pour rendre compte de la sensibilité des balances. Dans Phys. VI, 10 début, il se montre frappé de la différence des vitesses des parties d’une sphère qui tourne, par où l’unité du mouvement est comme brisée ; cette remarque appar-
aujourd’hui la composition de deux mouvements rectilignes uniformes, de direction divergentes, de ce qu’il appelle la composition (ouyruhéva.) de deux transports qui sont en proportion; cette proportion se retrouvant entre les chemins composants, à quelque moment qu'on les prenne, il en résulte, par une application des théorèmes de la similitude, que le chemin parcouru est la diagonale. Il s’agit là, semble-t-il, de mouvement pur et de géométrie. On n’a pas le droit notamment d'y voir l'étude d’une proportion de force (21).
Pour apprécier cette démonstration, il faut voir le parti qu’en a tiré Aristote. D’abord il ne s’en sert que rarement (22), et quand il veut s’en servir, il ne sait pas laisser de côté l'interprétation dynamique des mouvements: deux mouvements dont les directions font un angle aigu se favorisent (23) ; deux mouvements de direction contraires se détruisent (24), alors qu’un mouvement centrifuge et un mouvement horizontal ne se gênent point. Ainsi, la contrariété de deux mouvements entraîne une lutte, la notion
tient à un développement cité n. 4. Remarquer en outre la notion de divisibilité du mouvement selon le sujet mû. (Phys. VI 4, 234 b 21-235 a 10. Aristote n’emploie pas l’expression ouvritevar, qui est de Mech., cf. Simplic. 971, 6) et la formule : les parties du tout ont pour mouvement les parties du mouvement du tout (234 b 31); toutefois, ce n’est nullement une addition cinématique de mouvements comme le montrent les principes qui président aux trois arguments de la démonstration : 234 b 21-29 : rien ne se meut du mouvement d'une autre chose; b 29-34 : tout mouvement est d’un sujet, b 34-235 a 10 : quand le mouvement est un, le sujet estun — Dans la Phys. V 2, 225 b 31-226 a 22, la composition des mouvements rentre dans le domaine des mouvements accidentels.
(21) Cappelle. Trad. des Mech., pp. 11 et 13.
(22) L'auteur des Problèmes l’ignore quand il traite du mouvement de la balle qui rebondit sur un mur (Probl. XVI, 4 et 13), question dont on retrouve la trace de An. II 8, 419 b 27 à propos de l’écho.
(23) C'est le cas des mouvements selon BA et selon AT de la note (17). Mech. 23, 855 4 20 (ouvexoupiterou),
(24) Mech. 23, 855 a 25. Phys. VIIL, 8, 262 a 6-12. Seul l'arrêt des mouvements directement contraires paraît clair ; le cas du mouvement oblique l’est moins. Les termes employés sont: arrêter, faire cesser, détruire, empêcher. Cf. Hamelin, Syst., 337 de Cæœlo IV, 6.313 b 16 fin et note sq.
d’addition pure et simple a disparu (25). Aussi bien, si nous étudions la suite de la démonstration des Mécaniques (26), nous constatons que la démonstration était donnée moins pour ellemême que pour préparer l'étude du mouvement circulaire, fondement et secret des machines (27) et de la différence de vitesse que présentent les rayons de longueurs différentes ; or, dans cette première application du principe de la composition des mouvements, on substitue à la considération des mouvements celle des forces qui les produisent : là où une considération géométrique très simple, la comparaison des arcs de cercle décrits pendant le même temps,
(25) Même conclusion du texte obscur de Météor. I 4, 342 a 21 : le bolide est soumis à deux forces, l’une centrifuge et naturelle, l’autre centripète et forcée, d’où sa trajectoire oblique, selon le « diamètre ». Philopon (Météor. 66) pense, sans donner cette référence, que c’est l’application de la règle de Mech. 1 ; alors Aristote l’aurait bien mal comprise, n’y distinguant point comme cas particulier celui de deux mouvements directement opposés (cas entrevu Mech, XXIIT fin). Peutêtre pourrait-on supposer que le feu refusant le mouvement vers le bas se cabre et s'échappe obliquement, la considération du moteur l’emportant sur celle du mouvement. Ideler I, 373 ne donne pas d’explication satisfaisante. (Sur le sens de àauerpoy, Voir Bonitz, nd. 184 b 60 et Probl. XV, 1). Cf. Probl. XX VI, 48 fin : limmobilité étant impossible, la direction résultante sera vraisemblablement oblique ; le repos n'est pas ici conçu comme résultant d’une neutralisation de forces contraires. Cf: la projection et la conrposition d’un mouvement naturel avec un mouvement plus fort que lui (cpoëporépay Phys. VII, 2, 243 b 1 ; cf. 244 a 9. Relativement aux mouvements circulaires, même imprécision : re mouvements circulaires peuvent s’empêcher mutuellement (Phys. VIIL, 8, 262 a 6-12), c’est là un signe qu’il faut attribuer la suppression réciproque de deux mouvements rectilignes ou circulaires à leur qualité de contraires, non à une circonstance inhérente au rebroussement [qui n’a pas lieu dans le cas du mouvement rectiligne}; Simplic. Phys. 1280, 7: l'arrêt se produit par évruwxivnous, cf. n. 843, non par
avémauwbe. [Avec Hamelin, Nof. part., nous supprimons toute ponctuation après le y49 de 262 a 10]. Or, (de Cælo 1, 3.270 a 12-22 et 4) le mouvement circulaire n’admet pas de contraire (il s’agit de montrer l’éternité du $me élément). — Remarquons enfin que la Siyno:: est ramenée à la traction et à la poussée. (Phys. VII, 2.244 a 2, où l’on montre qu’il n’y a pas de motion sans contact de moteur). L'incertitude de la pensée d’Aristote se traduit par l’incertitude du vocabulaire ; l'expression œuvruéva est employée tantôt dans le sens d’addition proprement dite de mouvement ou de force (Mech. I; Phys. VII, 5, 250 4 20), tantôt sans précision comme Phys. VIII, 9.265 a 21; cf. 8.261 b 31 : suyrcruévnv.
(26) Principalement à partir de 848 b 35.
(27) Méch. Préliminaire, 847 b:5.
suffit à expliquer les différences de vitesse, on veut apercevoir des jeux de forces (28).
De même s’expliquera la combinaison du mouvement des planètes selon l’écliptique avec celui des étoiles fixes. Les planètes ont plus d’un mouvement (29); l’un est celui de la sphère des fixes ; l’autre est contraire au premier et d’autant plus rapide que la planète est plus éloignée des fixes, car « ce qui est plus près est dominé davantage, ce qui est plus loin moins, grâce à la distance, comme le montrent les Mathématiciens » (30). Ainsi, le mouvement d’entraînement est communiqué à la planète par une influence dynamique, variable avec la distance, et qui se combine avec le mouvement propre de l’astre, non pas. comme deux quantités qui s’additionnent, mais comme deux êtres plus ou moins forts qui se débattent (31).
Il semble que le point de vue soit différent au livre À de la méta-
(28) Le raisonnement peut se résumer ainsi : Tout mouvement rectiligne se décomposant en deux mouvements rectilignes proportionnels (848 b 1-26), le mouvement circulaire se décompose en deux mouvements rectilignes qui n’ont entre eux aucune proportion (b 26-35), par exemple, si l’on prend un cercle de plan vertical (Duhem, Or. St., I, 109) en un mouvement vertical et en un mouvement horizontal (848 b 36-8494 6). Soient alors deux cercles concentriques ; le rayon du plus petit va plus lentement que celui du plus grand, parce que des deux mouvements qui se composent en lui, l’un est maintenant considéré comme contraire à la nature, c’est celui qui va de côté et vers le centre ; par suite le petit rayon subit une influence déviatrice qui vient du centre (Exxpovéuevoy, avrionwpuevoy, pareïrer, 8496-19), et la subit plus que le grand, comme le prouve ce fait que la projection horizontale d’un arc correspondant à une même distance verticale est plus grande pour le petit cercle que pour le grand (849 a 19-26) [Nous adoptons la leçon de Par. À ; les corrections de Cappelle, p. 159, ne sont pas justifiées].
(29) De Cælo, Il, 9.291 br (maetous) ; Méta. À, 8.1073 b 8-10; cf. b 5-8 où l’on nous avertit qu'au contraire des mathématiques proprement dites, l’astronomie porte sur des substances (voir aussi Phys., Il, 2.194 a 7-12).
(30) De Cœlo, IL, 9.291 b6. Les recherches analogues à celle de Mech. I sont ainsi appelées mathématiques, Voir n. 110.
(31) Le caractère animiste de Ja théorie de l’activité des astres (de Cœlo, I, 12), légitime cette expression (cf. 2.285 429). Il est bien entendu que cet appel aux astres à côté d'exemples empruntés au monde sublunaire est contraire à l'esprit de la doctrine s’il signifie un effort pour étendre au ciel les lois de ce monde ; sur les hésitations d’Aristote touchant la matière du ciel, voir n. 1020 et 1062.
physique, (où l'attribution du principe animé aux moteurs
célestes est moins nette), quand, par les sphères compensatrices,
Aristote essaie d'annuler tous les mouvements, sauf un, des astres
antérieurs et leur propagation aux inférieurs (32). Mais cette annulation est-elle purement arithmétique ? Il ne semble pas. Ainsi elle est inutile pour le soleil et la lune, qui grâce à l’éloignement, échappent aux mouvements supérieurs (33) ;en outre, la transmission des mouvements requiert un principe dynamique qui pose la proportionnalité du moteur au mû (quand on a affaire à des corps, c’est à dire des êtres finis) (34) ; par là il semble que pour communiquer aux différentes sphères d’une même planète le mouvement de la sphère des fixes, il soit nécessaire de donner à chaque astre, ou au moins à la plupart, une sphère spéciale chargée de transmettre au système le mouvement des fixes. Ainsi, dominé par l’idée qu’à ces recherches très difficiles il n’apporte qu’une solution approchée (35), il ne s’en est pas tenu au schéma abstrait et mathématique des
(32) Méta. À, 8. Par les sphères compensatrices, Aristote a certainement en vue de rétablir l’unité de l’univers, dont ne s’occupaient point les savants et qu’il affirme et démontre de Cœlo, I, 8,9 avec référence à la Méta., précisément à la fin du même chapitre 8, 1074 a 31-b 1, où l’unité du monde est déduite du caractère formel du premier moteur. La question des rapports des Dieux au premier moteur est évidemment commandée par la solution du problème de la communication des mouvements à travers le peuple des sphères homocentriques ; or, le conflit est d’autant plus net que les astres sont des Dieux ; alors il devrait être plus vrai que jamais de dire que tout mouvement est naturel ou violent (cf. p. 210) et il devient difficile d'expliquer comment les mouvements célestes ne sont pas violents (Simplic. de Cœlo, 472,4 sq.). Sur la dynamique céleste, voir n. 600 sq. De toutes façons, l'incertitude de la doctrine ne prouve pas qu’Aristote se soit placé à un autre point de vue que le point de vue dynamique.
(33) Méta. À, 8.1074 a 12. Bonitz, 510 (Simplic. $03,10-504,4).
(34) De Cœlo, I], 12.293 a 4-11 (Simplic. 491,15-492,25) ; il s’agit de montrer par un deuxième argument que la sphère des fixes peut avoir un grand nombre d’astres, tandis que le système de chaque planète n’a qu’un seul astre mais plusieurs orbes. Si notre interprétation est exacte, on comprend comment Aristote, poussé par ses préoccupations de dynamique, ait introduit plus d’orbes qu’il n’en faut du point de vue cinématique (comme le lui reproche Sosigène, dans Simplic. 501,22-503,10).
(35) Méta. À, 8.1073b 13.
sphères compensatrices, et a compliqué la question de l’entrainement cinématique d’un problème de dynamique entre corps (36). Il ne semble pas se faire d’ailleurs une idée très nette de la composition de ces mouvements en un même astre. C’est, dit-il, le transport du soleil selon le cercle oblique qui est la cause de la génération et de la destruction ; or, en toute rigueur, il faudrait dire que c’est la combinaison de ce transport avec le mouvement circulaire du tout qui produit l'éloignement et le rapprochement de l’astre.
De même, après avoir affirmé du mouvement oblique du soleil la
continuité et la dualité (336 a 33), il continue d'attribuer au mouvement des fixes la cause de la continuité (336 b 3, 1072 a 10) (37).
Par suite, si parfois l’esprit du philosophe présente un mouvement de pensée de l’ordre de la cinématique, ce n’est qu’un moment exceptionnel et transitoire. D’une façon générale, il ne sait pas considérer une liaison géométrique dans un système en mouvement, sans en donner aussitôt une interprétation dynamique et ontologi-
que (38).
(36) Les orbes sont des corps et bien que sans poids demandent un certain travail pour être müs (Simplic. 492,21. ëpy@èec).
(37) Gen. et Corr., Il, 10.336 a 31-b 5. Voir n. 600. Pour éviter l’ambiguité, signalée à la fin de ce développement, Philopon (Gen. et Corr., 291,18) ne veut pas qu’il soit question, 336 b 3, du mouvement des fixes, contrairement à Alexandre et à Bonitz (Méta., 493 ad À, 6). Le mouvement du soleil suffit à ce qu’ÂAristote veut démontrer (289,9,27-291,7,18).
(38) Cf. note (27) : Mech. 1, où la projection horizontale de deux arcs en deux cercles concentriques caractérisait une attraction du centre.— Mech. VIII : la supériorité de l’arc décrit par le grand rayon entraîne en lui l’existence d’une por supérieure à celle du petit rayon ; ainsi puisqu'il y a toujours un cercle plus petit qu’un cercle donné, tout cercle a une $ox. — Mech. V : un petit changement du gouvernail en produit un grand dans le navire, non seulement parce que la base d’un angle croît avec ses côtés, mais parce que le transport est plus faible et plus facilement dévié à l'arrière qu’à l’avant ; en somme, c’est une machine comme celle des charlatans, où un petit mouvement en déclanche d’autres, inattendus (Mech., Prélim. — An. mot., 7.701 b2 et 26). — La nécessité d’un centre fixe dans une sphère en rotation se traduit par une terre immobile (de Cælo, II, 3); c’est, disent les commentateurs (Simplic. 398,18, d’après Alex. ; Themis. [de Cœlo, 97], là-dessus, voir n. 608), une nécessité du même genre que celle du point d'appui externe indispensable à la marche des animaux (4#. Mot., 1-4); elle est rattachée au principe que rien ne peu se mouvoir si rien n’est en repos
f LA PRÉTENDUE MÉCANIQUE D'ARISTOTE IL
Les textes principaux qui constituent l’essentiel de ce que l’on * appelle la Mécanique d’Aristote sont les suivants : 1° Phys. VIL, 5.249 b 27 - 2504 9 (39) : Une force (Givaux 4 2) égale meut la moitié du mû (xwvouuevoy) d’un espace double dans le même temps, où du même espace en un temps moitié ; de cette façon, la proportion est gardée (a 1-4). — Et si le mû reste le même, la même force (ätvawxc) le mouvra d’un espace moitié en un temps moitié (a 4-5). Et la force (isyôc) moitié mouvra la moitié du poids (Bdcoc) dans le même temps d’un même espace (a 6-9). 2° De Cælo I, 7. 275 a 7-10 (40). Un corps égal produira dans un temps égal une altération égale, plus petit une altération plus petite, plus grand une plus grande, et cela (5€), selon la proportion où le plus grand est par rapport au plus petit. (Ce principe vaut pour tout mouvement, notamment pour une poussée [a 3|). 3° De Cœlo I, 7. 275 a 20 (41) : Le plus is corps agit dans le moindre temps.
(698 a 1) pour servir non de repère, mais de point d'appui (1. fin), et étendue à tout mouvement de l’univers (2. début). — Par suite, dans la démonstration de l’immobilité de la terre se mêlent l’idée du point de repère, que l’on retrouve dans la notion de lieu immobile (Phys., IV, 4, 212 a 14) et l’idée de point d’appui. — De même, s’il reconnaît (cf. n. 74) que dans une chaîne cinématique un terme doit être fixe, il distingue mal cette affirmation de celle qui pose l’immobilité du premier moteur (voir n. 608). — Remarquer, de même, le raisonnement de Phys. VI, 10.241 a 15-26 : il ne peut pas y avoir de Fes plus petit que celui pendant el se meut l’atome.
(39) Il s’agit de mettre en lumière ce fait d'expérience qu’un corps donné n'est pas poussé par n'importe quelle force. Le point sera utilisé. Phys. VIIL, 3. 253 b6. — La même règle est appliquée et formulée, Gen. An. V, 7, 787 a 15-22. — Le même principe est appliqué Phys. VIII, 10, 266 b 18 (où l’on démontre qu’une grandeur infinie n’a pas de force finie).
(40) Critique de linfini; l'infini ne peut rien subir du fini ni agir en rien sur Jui (274 b 33-275 a 22).
(41) Même passage.
4° De Cælo I, | 2, 301 b 4-13 (42) : Un corps NE léger sera mû davantage pour une force mouvante donnée (43) (Givauis xivoëcæ) et la vitesse du plus petit sera par rapport à celle du pie grand, comme le plus grand, par rapport au plus petit.
s° De Cælo I, 6, 273 b 30 (44) : Le rapport des poids se retrouve inversé dans le rapport des temps de chute (45).
6° Phys. IV,8.215a 24 (46) : La vitesse de chute pour un même poids (Bépoc) et un même corps est plus grande pour deux raisons : la différence du milieu traversé (215 a 29-216 a 11), la différence des mobiles transportés : les corps dont la force (so) est plus grande, toutes choses égales d’ailleurs (a 28), notamment quant à la forme (b 14) traversent plus vite un espace égal, et cela dans la proportion que les grandeurs ont entre elles.
Tels sont les principes de la Mécanique d’Aristote. Mais a-t-on le droit de les détacher de leur contexte, de les mettre en système et même de parler d’une Mécanique d’Aristote (47) ? C’est le problème que nous allons examiner, en distinguant les questions de
(42) Il s’agit de l’existence des mouvements naturels, et spécialement (307 « 20) de la pesanteur et de la légéreté ; l'absence de pesanteur entraîne l'impossibilité du mouvement naturel (301 a 20-b 1) et linfinité du mouvement violent (301 b 1-16), — Cf. de Cœlo I, 8, 277 a 33-b 8 (n. 45).
(43) Se fant à la traduction ambiguë de Duhem (Syst. Monde I, me P. Boutroux (Rev. Mét. 658) traduit Sivauis re comme si cette expression signifiait une généralisation à toutes les sortes de forces. Cette généralisation n’est indiquée que L, 7, 274 33.
(44) La pesanteur ne peut pas être infinie (nous traduisons par inversé l’expression évémahiy Éyeiv, b 32 et a 6); la démonstration de ce point (273 b 29 — 2744 19) est la seconde partie d’un raisonnement destiné à prouver qu’il n’y a pas de corps infini, parce que sa pesanteur serait infinie (273 a 22-b 29).
(45) Cf. de Cœlo I, 8. 277 a 27-b 8 : la vitesse croît avec la pesanteur et la légéreté pour montrer que le transport n'est pas infini, et par suite l’unicité de l'Univers. (Cf. Il, 2. 301 4 20-b 1 ; même développement que n. 42). De là vient que le mouvement est souvent considéré comme proportionnel à la grandeur ; par ex. Phys. VI, 10, notamment 241 a 15-26 (le point ne se meut pas) : dans un temps plus petit se meut une chose plus petite.
(46) Critique du vide.
(47) Duhem, Or. St. 1, 5, 109, 357; I, 291 ; Sysé. du Monde I, 192, 331: À
Statique et celles de Dynamique, et en NS nn tout d’abord que cette distinction n’est pas d’Aristote.
La proportionnalité de l’espace parcouru, ou de la vitesse à la force semble être le fondement de la Statique d’Aristote. En effet, cette Statique est contenue dans les Mécaniques où se trouve la loi du levier. Voici la démonstration de cette loi (48) : La proportion de poids mû au moteur se retrouve, inversée, (ävrimérovôev) entre les longueurs des bras de levier. Or (54, b 2) toujours le moteur mouvra d'autant plus facilement qu’il sera plus distant du centre; la cause en a été dite plus haut : c’est que la ligne la plus éloignée du centre, décrit un plus grand cercle; par suite, pour une même dépense de force, (äxd rc aûtüc isyÿoc) le moteur qui est le plus éloigné du centre se déplacera (49) davantage. On renvoie donc ici à la théorie du mouvement circulaire (so), d’après laquelle le mobile le plus éloigné du centre, subissant moins l’action déviatrice de ce centre, pouvait aller plus vite. Or, pourquoi cette action estelle plus faible ? Parce que la projection, sur le diamètre horizontal, de l’arc correspondant à un même déplacement vertical sur deux cercles de différents rayons est plus petite pour le grand cercle. On retrouve bien, à l’origine de la théorie du levier, l’idée que l’espace est proportionnel à la force.
Mais une première réserve s’ impose : ce lien entre la Statique et la Dynamique, rien ne marque qu’'Aristote en ait eu pleine con- * science ; il ne fait pas la réduction que nous venons de donner (51); certes, ses successeurs ont fondé la loi du levier sur le principe des vitesses (52) et réalisé une unité parfaitement légitime, si la
(48) Mech. IL, 850 a 36-b 6.
(49) ueraorhosra: b S se prend intr. — Bonitz (/xd. 449 b 12) ne signale pas ce point, peut-être sur une fausse interprétation de notre passage (1h. 449 b 19).
(so) Mech. I. Voir note (28).
(51) Duhem non plus ; la référence qu il donne (Or. St. Il, 293 en haut) pour montrer qu'Aristote «semble » justifier sa théorie du levise par son principe dynamique, n’a pas de valeur probante, car c’est une conclusion, non un principe (850 D 4-5).
(52) Duhem (Or. St. 11, 291 sq.); dans la controverse entre Duhem et Vailati, il aurait donc fallu distinguer la question historique et la question théorique des rapports de la statique et de la dynamique,
Statique se réduit à la Dynamique; mais Aristote n’en a pas eu l’idée. Ensuite, cette démonstration de la loi du levier est très faible ; elle consiste en l’énoncé de cette loi, pris évidemment à l’expérience commune joint au principe que le moteur se déplace d’autant plus qu’il est plus éloigné du centre; il eût fallu montrer que ce moteur soulève des poids de plus en plus lourds, à mesure qu’il s'éloigne du centre, c’est-à-dire distinguer au delà des nécessités d'ordre géométrique et cinématique un principe dynamique. Par suite, on ne peut appeler axiome d’Aristote (53) le principe suivant : Les deux poids qui se font équilibre aux: extrémités d’un levier sont inversement proportionnels aux vitesses avec lesquelles se mouvraient ces extrémités dans un déplacement virtuel de levier. En effet, on ne trouve dans Aristote ni l’idée du déplacement virtuel, bien qu’elle fût plus conciliable avec ses principes qu'avec ceux de Descartes qui l'utilise, ni la proportionnalité des forces aux vitesse (mais seulement aux longueurs), ni même l’idée de l’équilibre, mais seulement de la facilité et de la rapidité de mouvement que donne le levier. Ainsi, la fonction que nous appelons Puissance et qui s'exerce à l’extrémité du bras de levier est à peine dégagée, quand il parle de «(poids) moteur dépensant une même force » (850 b 4-5), de «ligne mue par un même poids» (850 a 35-36); a fortiori le produit de cette quantité par l’espace ou la vitesse ne lest-il pas davantage (54). Enfin, la fonction correspondant à ce que nous appelons la Résistance à l’autre bras du levier, n’est pas mise en lumière ; rien n'indique le rapport qu’Aristote a conçu entre ces deux fonctions, ni même s’il considérait la Résistance comme une force analogue à la puissance ($5). Par suite, l’égalité
(53) Duhem, Or. S4., IX, 291.
(54) On ne saurait donc lui attribuer la représentation de la force par un vecteur dirigé, comme le fait Gallian (Aun. inter. hist, p. 102) qui traduit, à tort, « ligne qui s’étend plus loin à partir du centre » (848 b4) par « droite excentrique plus éloignée du centre ».
(ss) Certes, dans Mech. III, ces forces sont deux poids (8504 39), mais, même si l’on lit +6 re xivodv (au lieu de & ze xv&v) selon la var. de Par. À que ne donne pas Bekker, il faut reconnaître par la suite du chapitre et par les autres, qu’à l’image de deux poids dans chaque plateau d’une balance se mêle celle de l’ouvrier pesant sur le levier.
LA PRÉTENDUE MÉCANIQUE D'ARISTOTE ïs qu'il établit là-dessus arbitrairement (56) doit être considérée d’abord comme empirique, puis comme satisfaisant à cette loi de proportionnalité simple dont il use très fréquemment, moins, comme nous le verrons, parce qu’elle est vraie que parce qu’elle est commode.
Donc, il n’y a pas de Statique aristotélicienne. L'idée d’une telle science suppose qu’on a discerné dans la notion de force une fonction autre que celle de production de vitesse (57); or, d’une part, Aristote confond ce qui relève de la notion de vitesse et ce qui relève de la notion de travail, comme le montre l’association, très fréquente dans les Mécaniques et qu’on trouve dans la Météorologie des expressions bärrov et #éov (58). D'autre part, sa notion de force dynamique est loin d’être précise.
Voici comment on énonce, d’après les textes fondamentaux cités plus haut, le principe de la dynamique péripaticienne (59) : Tout -mobile qui se meut avec une vitesse finie est soumis à deux forces : une puissance et une résistance ; la vitesse est proportionnelle au rapport de la puissance à la résistance. Une telle exposition appelle les réserves suivantes.
D’abord, la terminologie d’Aristote ne correspond point à la rigueur de ces formules; il a plusieurs termes pour désigner un ensemble d'idées aussi large que celui que recouvre notre mot de force (60).
Un trait caractéristique de la force, dans toutes ces acceptions, c'est qu’elle peut être prise comme une quantité (61) et le résultat le plus remarquable de cette quantification d’une notion vague a
(56) Par exemple, quand il explique l’équilibre de la romaine (Mech. 20).
(57) Descartes fonda la statique comme science, en utilisant la notion de travail,
(58) Mech. I, V, VI, VIIL IX, X, XVIIL. Gen. Corr. II, 3.328 a 34, 331 423-25, cf. Mech. XXIL, péov rai mheïov uveï, cf. la liaison ph féècov &AAX Biarov, de An., I, 3.407b1.
(59) Duhem. Syst. Monde. I, 192, 351.
(60) Voir la note à la fin du volume.
(61) An mot. 699 a 34 la quantité :5ydos sal duvéuews ; Mech, I, 849 b 33: la grandeur :#ç forñc. Voir note suivante.
été de permettre la comparaison et même la composition des forces entre elles (62) et notamment des forces internes et naturelles avec les forces externes. Mais c’est là l’interprétation immédiate de faits d'expérience commune, non pas une doctrine générale.
On comprendra pourquoi, si l’on réfléchit que cette quantification ne porte pas sur une notion clairement dégagée, que cette force n’est pas détachée de la substance, et qu’elle est toujours située en un sujet étendu. Si nous laissons de côté le cas du Premier Moteur, dont la force surnaturelle est infinie, sans sujet étendu, et produit sur un objet fini un mouvement éternel de vitesse déterminée, on peut dire que la grandeur du sujet passe dans la force (63).
(62) D'abord toutes les combinaisons de mouvements réels sont des compositions de force (voir n. 23 sq.). Ainsi, Mech. XXIV, 855 b 33-37; XXXI, quand un moteur agit sur un corps qui se meut en sens contraire, un peu de sa force (858 «a 6) lui est enlevé ; sile corps est au repos, de même, car un corps en repos avrueive. (Voir n. 98); quand le corps se meut dans le même sens que le moteur, tout se passe comme si le mû augmentait la « force et la vitesse » du corps poussant, car « la poussée qu’il subit devient comme une action sur ce qui est mû en avant » [et donc s’ajoute à l’action préexistante]. Même phénomène dans la hache (Mech, XIX), dans le coin (XVII). Par ailleurs, on doit comparer (cuu6ahaeiv) la force (isyvc) qui pousse les corps vers le bas et celle qui porte les continus à résister au déchirement pour se rendre compte de la vitesse de chute (de Cælo, IV, 6. 313 b 16. fin, où l’on étudie l'influence de la figure du corps sur la vitesse). Par suite on peut composer des forces internes et des forces externes. (La force du projecteur [isyde siaca] lutte contre celle de la pesanteur [ox] Mech. XXXII; Phys. IV, 8.2154 15; An. mot. 10 : Action du rem vital sur le lourd et le léger). D’une façon générale, on peut accélérer par une force extérieure le mouvement de chute (de Cœlo IT, 2. 301 b 20) à condition que le mouvement extérieur soit plus grand que le mouvement de chute (Phys. VII, 2. 244 a 7; Simplic. Phys. 1054, 21 ; cf. la lecon qu'il donne 1654, 31).
(63) Phys. VIII, 6 : Le moteur immobile est inétendu, car nulle force finie ne peut mouvoir pendant un temps infini (266 a 11-24), dans une grandeur finie ne peut résider une force infinie (a 24-b6), une force finie ne peut résider dans une grandeur infinie (b 6-20 ; b 20-27). Cf. Hamelin, Syst. 349 sq. de Cælo I, 6. 273 a 22-b 2 : les corps pesant et léger ne sont pas infinis, car d’un corps infini le poids devrait être infini, la pesanteur étant proportionnelle à la grandeur (cf. 273 b 3); (or, la pesanteur ne peut être infinie. 273 b 29-274 a 19).— Les applications de ces lois sont nombreuses : notons A#. mot. 4. 699 b 15 : la force de repos de la terre n’est pas infinie, il faudrait que la terre le fût. — Remarquer l'expression ouvribéuevar Suvéuercs (Phys. VII, 5. 250 a 26).
En RARE la force mécanique est rattachée à la grandeur (64), si bien que la vitesse est liée directement à la « quantité » de la
chose. C’est pourquoi, ce qui étonne dans les appareils mécaniques, c’est la petitesse de l'instrument relativement au volume de
l'effet (65). On rejoint ainsi la notion vulgaire de force, dont le type est la force du corps humain et qui est comme l’émanation d’un corps étendu.
Le caractère substantiel des forces spécifiées qui sillonnent le monde est si net que nous verrons les forces physiques s'identifier à la substance par delà la quantité et indépendamment d’elle ; ainsi une grande quantité de feu sera toujours plus légère qu’une petite
- quantité d’eau (66). Remarquons seulement que cette indépen-
dance de la force et de la quantité de substance, loin d’unifier la
notion de force, repose sur une distinction absolue, d’ordre quali-
tatif et substantialiste, entre le haut et le bas, le lourd et le léger, le feu et la terre. Bien entendu, à l’intérieur de chaque espèce, reparaît la proportionnalité de la force à la quantité.
D'ailleurs Aristote est sur la voie d’une distinction entre ces
notions, notamment à propos des rapports de la force à la vitesse.
En premier lieu, il connaît l’accélération de la chute des graves (67).
(64) Méycboc. c’est-à-dire, le plus souvent, le corps étendu, Bonitz, Jud. 448b35, a 10-40 ; Hamelin et Rodier traduisent par étendue, en prenant ce mot. en un sens presque cartésien : ‘cf. ad de An. IT, 12, 424 a 27 ; Hamelin, Syst. 272,275. "Oyxoç prend, notamment dans les écrits physiques spéciaux, la place de uéyeoc ; par ex. Météor. 1, 3.339 b 6, (7) 340 a 7 et 9, (9) ; II, 2.354b6, (2). Cf. Philop. (Méteor 25,25) : proportionnalité des Suvéauere aux ëyxou. Sur les points traités dans ces passages (stratification et équilibre des éléments dans le monde, voir n. 850).
- (65) Par ex. de Cœlo I, 8. 277 b 4 : quand le feu est en plus grande quantité, son transport est plus rapide ; IV, 4.311421. Voir Mech. Prélim. et les titres des questions.
(66) Il ne faut donc pas dire, en toute rigueur, que le fondement de l'erreur d’Aristote dans sa dynamique est la méconnaissance de ce fait que la pesanteur d’une particule est la même, quelle qu’en soit la grosseur (P. Boutroux, loc. cit.
. p. 660); c’est, en effet, supposer dans sa conception des rapports de la force à la
vitesse une précision qui en est absente.
(67) Phys. V, 6. 230b21-26 {notion de l’arrêt, c'est-à-dire génération du repos naturel, par opposition au repos forcé), de Cœlo 1, 8.277 a 27-b 8 : l'accélération prouve que le transport n’est ni infini, ni forcé. (L’unicité de l'Univers étant l’objet du chapitre, Voir note 45).
Or, cette augmentation de vitesse dans un corps qui ne change point prouve bien que les notions de force et de substance doivent être dissociées; or, Aristote affirme aussitôt leur union (277 b 4). Comment donc expliquer laccélération ? D’après Simplicius (68), Aristote l’attribue à une augmentation de poids, le corps étant comme fortifié. En fait, il ne donne aucune explication de ce genre et sans doute eût-il rejeté celle de Simplicius qui en vient à dire (68 bis) que l'intensité de la 0x4 diminue avec la distance au centre; car Aristote a montré (69) que la nature d’un corps pesant (et sa pesanteur est inséparable de sa nature) n’a rien À voir avec sa distance à un point extérieur; la force n’est donc pas déterminée par autre chose que par la nature du corps pris comme substance, et plutôt que de briser cette détermination, on laisse dans l’ombre les rapports de la force à la vitesse.
En second lieu, un texte, touchant la même question, mais plus suggestif qu’explicite, nous est donné dans la critique du vide (70). Pour démontrer que le mouvement dans le vide est impossible, Aristote avance que tous les corps y prendraient une vitesse égale et cela pour les raisons suivantes : la vitesse d’un corps à travers un milieu est d’autant plus grande qu’il a plus de force (isyüc, ox) pour le diviser; ainsi le mouvement du corps n’est pas déterminé seulement par la force motrice, mais par la force de résistance du
(68) Bapouc rpoctun (Simplic. de Cœlo 264,24), Suvauotuevoy (Simplic. Phys. 913,31), fwwvüuevo (Philop. Phys. 798,25 ; 797,3).
(68 bis) Simplic. de Cœlo 254 sq. (question de la pluralité) : voir la critique par Averroës du commentaire de Simplic. dans Duhem, Sys. Monde, I, 236 sq. Simplic. veut établir entre vitesse et intensité de force un rapport précis, qui n’intéresse pas directement Aristote.
(69) De Cœlo I, 8. 276 b 22-26.
(70) Phys. IV, 8.216a11-21. Bien entendu, ce mouvement égal dans le vide n’est considéré que comme une absurdité. Et il y a certaines impossibilités qu'il est interdit de supposer, même abstraitement (cf. .A4n. mot, 4). Même réflexion chez Descartes sur la chute dans le vide.
Fes LA PRÉTENDUE MÉCANIQUE D’ARISTOTE 19
milieu (71). Faut-il dire avec Philopon (72) que la gravité est une qualité absolue, qui n’a à être mise en rapport avec rien ? Ce serait laisser entendre qu’Aristote a été infidèle au principe formellement énoncé, que la nature ne os pas de conditions externes. Il faut plutôt admettre qu’il n'a pas poussé à fond l'étude des rapports de la force et de la vitesse, à quoi il n’attachait pas (de même que pour l'accélération) le même intérêt que les modernes. La
tendance qui détermine un corps au mouvement est ici purement
qualitative; le caractère quantitatif de ses effets est dû à une réaction dont le siège n’est pas dans le mobile.
Néanmoins, cette idée de déterminer les effets d'une force par une contre-force est intéressante, non seulement parce qu’on la trouve dans la physique moderne (73), mais surtout parce qu’elle trahit une préoccupation qui se rencontre en d’autres passages, où est affirmée notamment le nécessité de cette contre-force pour la force externe (74). Mais on ne saurait parler d’une loi aristotélicienne
(71) Phys. IV, 8.215 a 24-216 a 11 : le mouvement dans le vide échapperait au nombre, par suite à l’intelligibilité, car le milieu (1ù à 0% par son état de mouvement et son aptitude à être divisé, contribue à déterminer le mouvement (La composition de la force du corps et de celle du milieu est étudiée de Cælo IV, 6 fin) ; cette indétermination se traduit par des propositions contradictoires (216 a 2-4 ; cf. note 74).
(72) Philop. Phys. 678,5.
(73) Une force directement appliquée ne suffit pas à déterminer un mouvement qui est défini par l'équilibre perpétuel de cette force et de la force dite d'inertie.
(74) De Cœlo, I, 2.301 b 1-16 : pour la même force (äivauuc), le plus léger et
le moindre sera mû davantage ; par suite, un corps sans poids aura un mouve-
ment indéterminé, cette indétermination se traduisant comme tout à l’heure pour le mouvement dans le vide (n. [71]) par des propositions contradictoires : le nonpesant et le pesant seront mus également (b13). Gen. An. V, 7.787 a 14 sq. Si le mû surpasse la force (isyÿs) du moteur, le transport sera plus lent, s’il est
* Surpassé, plus rapide. Mech, XXXI (note 98) ; XXXIV : le projectile réagit contre
la force propulsive ({oxtoc) 858 a 28 et pour que le lancèment soit bon, il faut une certaine proportion entre l’action et la réaction, donc entre les grosseurs du Pipiecieus et du projectile. — An, mot. 2 : on ne peut faire avancer un navire qu'en poussant un appui externe, car (14. 1 et 2 début) tout mouvement d’un corps suppose un repos à l’intérieur et à l'extérieur ; or, si l’on pousse un navire de l'intérieur, on doit déplacer le point d'appui, mais le principe exige que le point d’appui externe soit immobile (699 a 7-8) ; il y a là une démonstration analytique
de l'action et de la réaction, ni même admettre comme d’Aristote un principe général fondé sur le rapport d’une Puissance à une Résistance : d’une part, la force externe est essentiellement différente de la force interne, comme l'accident de la substance, d’autre part et en conséquence les résistances qui correspondent à chacune de ces forces, bien que leur fonction déterminante du mouvement soit conçue en termes presque identiques : l’une provient du milieu, l’autre du mobile, l’une n’atteint point la nature du corps ni sa force motrice, l’autre répond dans le mobile à une force accidentelle, dont la seule action est de faire passer à l’acte les puissances du mobile (75). Dans aucun cas on ne voit qu’Aristote ait pris cette relation de l’action à la réaction comme nécessaire à la notion de force mécanique, parce que sans doute le principal office de la contre-force, la détermination de la vitesse, était à ses yeux d’importance secondaire.
Enfin, une étude de la relation de l’agent au patient (76) et du contact montre que la nécessité d’une passion chez l’agent n’est pas universelle, mais propre aux choses sublunaires qui ont matière commune (77). Ainsi, les astres agissent sur notre monde mais n’en contre-pâtissent point (78) et si tout moteur est mû en retour parce que l’action se produit par contact (79), du moins n'est-ce pas une loi universelle, ni par suite nécessaire, en effet, le premier
fondée sur un principe tiré de l’expérience vulgaire, mais dont le caractère dynamique n’est pas mis en lumière. Mais le chap. 3 apporte quelque précision (il s’agit d'appliquer les principes précédents au premier moteur, qui est immobile, n’a pas à s’arc-bouter sur un point d’appui, et ne fait pas partie du monde mû [Philop. A#. mot., 107,9 sq.]: quand le moteur s'appuie sur un corps en repos, ce corps résiste d’une force (:5yuç) qui doit égaler celle du moteur (699 a 32-37). D'ailleurs (1. 4, début) la terre possède cette force de résistançe en soï, puisqu'elle dépend de sa grandeur, indépendamment de l’action extérieure à laquelle elle résiste ; cf. Philop., An. mol., 109,29 : ioydc à Bapürnc.
(75) Voir sur la relation de moteur à mobile, n. 748 sq.
(76) La notion d’agent-patient ne se confond pas avec celle de moteur-mobile (Gen. Corr. 1,6. 323 a 16). Sur cet alinéa, voir n. 955.
(77) Gen. Corr. I, 6. 322 b 18.
(78) Philop. Gen. Corr. 129, 13 ; 138, 12.
(79) Phys. IIT, 2. 202 a 5 fin.
moteur meut sans être mü, touche sans être touché (80) ; en outre, quand elle s'applique, elle n’entraîne pas l’égalité de l’action et de la réaction : chaque substance pâtit selon sa puissance propre.
Il manque donc à la notion aristotélicienne de la force une pièce essentielle, qui l’eût, à vrai dire, constituée comme notion et nous
eût permis de la comparer à la nôtre : la force reste une émanation :
de la substance, et là même où Aristote semble réduire l’action de la force mécanique à un rapport, c’est encore d’un rapport entre termes substantiels qu’il s’agit (81). | C’est par suite une force substantielle, analogue à la contre-force dont on a établi la nécessité, qui joue le rôle de la masse (82). Cette indistinction de la masse et des résistances explique la théorie du halage (83) qui est bien propre à faire saisir le point de vue d’Aristote : un seul homme n’a aucune action sur un navire, alors que plusieurs réussissent à le traîner. Evidemment Aristote n’a pas l’idée de traiter la force comme une grandeur continue, à laquelle, par définition correspond un effet visible ou invisible ; son intention est même, en ce passage, de nier l’existence de ces mouve-
(80) Gen. Corr. I, 7. 324 b 13; 6. 323 a 31.
(81) De Cœlo II, 6. 288 a 27. La variation de la vitesse dépend du comportement de deux êtres : le moteur, le mü. Cf. n. 628 : liaison de la nature du premier moteur au mouvement du premier mû.
(82) Ce qui retarde le mouvement du mobile, c’est, avant tout, son poids. Phys. VII, 5. (n. 39. Remarquer 250 a 8 : äv&hoyav ioxds moùc ro fBépoc). De Colo
HT, 2.301 b 4-13 (n. 42. Noter : s6 #urrov xœt xovp#repov b 4. Proposition
admise implicitement de Coelo I, 8,277 b 1-5, note 45). IV, 2.308 b 17: Au plus correspond un moindre mouvement : ce feu composé de plus de triangles devrait être plus lourd: même raisonnement qn’au texte précédent. Mech. XXXWV : Parmi les corps qui sont dans un tourbillon, certains ne sont pas dominés par le liquide, grâce à leur grandeur, mais surpassent par leur poids la vitesse circulaire (858 b 14-17; b 22), Probl. XVI, 3, 913 a 37 : le plus lourd ne peut se mouvoir aussi rapidement que le plus léger, si la force est égale. Cf. XVII, 3 et 12 ; XXIV,9. Voir en outre les textes de la note 74 où la résistance est présentée comme nécessaire.
(83) Phys. VIX, 5, not. 250 a 12-19; cf. VIII, 3.253 D 14-19 : sur ce dernier
passage, où il s’agit de critiquer la thèse que tout est en mouvement, cf. Hamelin,
Syst. 323. Remarquer l'expression : rà uëv mAsw xuvodvra tic duvduewc (Gen. An. V. 7.787 a 21) le mobile peut ainsi être mû par un moteur, dont néanmoins il dépasse la puissance, mais cette motion sera lente et sans durée.
ments cachés, par lesquels les atomistes affirmaient le mouvement universel ; le fait qu'il se refuse à donner des mouvements invisibles à une force quelconque (84), montre qu’il n’avait point abstrait le concept de force, de façon à régler l’expérience sur ces variations, mais qu’il se bornait à décrire l’expérience avec des notions communes. Pour que la force produise son effet sur tel mobile, il faut qu’elle dépasse un certain minimun, au dessous duquel elle est. comme si elle n’était point ; la force efficace n’est donc pas divisible en forces proportionnellement efficaces, c’est un tout indécomposable (85). Ainsi, chaque fois qu’'Aristote dans ses proportions divise la force, ce n’est pas sur la force elle-même qu'il raisonne, mais sur la force en tant que liée à la grandeur. Que devient cette force trop faible après son échec? C’est ce qu'Aristote ne nous dit pas; ilest clair qu’elle retourne au sujet d’où elle est partie et dont elle constitue l’énergie ; c’est donc une quantité scalaire, caractéristique d’un sujet donné, expliquant le mouvement réalisé, non la réalisation du mouvement. Entre la force comme principe de mouvement et la force comme quantité d’énergie correspondant à la puissance du mouvement en un moteur donné, la pensée d’Aristote oscille sans se fixer.
Si, ni comme qualité, ni comme quantité la force n’est séparable de son sujet, il n’est pas étonnant que l’action d’un moteur sur un mobile qui lui est étranger ne soit intelligible que si le moteur accompagne constamment le mû (86). Alors le mouvement des
(84) Et c’est sans doute pour bien expliquer ce refus qu’il l’a préparé par la démonstration minutieuse de la proportionnalité des vitesses aux forces (Phys. VIL, 5).
(85) C’est pour éclaircir ce point qu’il considère les forces correspondant à des mouvements d’accroissement et d’altération : une goutte d’eau produit tel effet ; les parties de la goutte peuvent très bien n’en produire aucun ; de même, la divisibilité des sujets accrus ou altérés ne prouve rien quant à la divisibilité de l’action, qui peut avoir lieu en bloc (253 b 14-26).
(86) La démonstration de ce point fait l’objet de Phys. VII, 2 ; où l’on examine successivement la translation et ses espèces, traction, poussée, port, roulement, et leurs variétés, impulsion-répulsion, dilatation-condensation, et les subdivisions de celles-ci ; toutes se ramenant à la traction et à la poussée
projectiles soulève une grave difficulté (87). Le moteur devant être en contact ininterrompu avec le mobile, on comprend mal le vol de la flèche. L’explication par l’ävrimepioraate est indiquée (88) et refutée (89), un tel phénomène étant un effet plutôt qu’une cause. L’explication par la comparaison avec l’aimant est également insuffisante, car selon la remarque de Thémistius (234,24), si l’aimant est enlevé, les objets perdent leur force attrative. Il faut donc penser que le projecteur délèoue à un milieu capable d’être à la fois mû et imoteur (90) non seulement du mouvement mais de la force motrice; cette force déléguée s’atténue d’ailleurs à mesure qu’on
(243 & 10-244 b 2), puis l’altération (244 b 2-245 a 11), enfin l’augmentation (245 ax1-16). Cette démonstration, en effet, a été supposée par celle du premier moteur, qui est donné au ch. 1 ; cf 242a 24-28. La démonstration de Phys. VIII ne met pas ce même point en lumière, parce qu’elle admet sans éclaircissement la nécessité de s’arrêter (256 a 29).
(87) Le texte essentiel est Phys. VIII, 10. 266 b 27-267 a 21. En outre, la même question est traitée de An. IIL, 12.434 b 31-435 a 1 : où l’on explique comment laltération produite sur le milieu par le sensible se transmet au sensitif. En outre, Méch. XXXII, XXXIII et XXXIV (la 2me partie). -
(88) Phys. IV 8, 215 a 15. Aristote ne distingue pas ici entre cette explication et la sienne propre, parce que toutes les deux valent contre les partisans du vide. Contrairement à Duhem (Sÿs. Monde I, 375, 376, 387), nous pensons que Mech. XXXIII suit l'explication d’Aristote, non l'explication par l’ävrirepiorante (Remarquer la similitude des expressions : le propulseur a rendu le mobile, capable de pousser Gore 858 a 20) et de An. II, 12, 434 b 31: Cf. Phys. IV 8, 215 a 16: le poussé pousse. Dans Mech. XXXIV, la seconde explication (858 4 30, fin), d’ailleurs assez embrouillée, semble bien faire appel à l’avrnepioraouc ; mais il s’agit là d'expliquer, non le problème essentiel de la continuation du mouvement, mais celui de la portée plus ou moins grande du jet; or, ces problèmes ne sont rigoureusement liés que pour un esprit moderne : la pluralité successive (267 a 15) des moteurs du projectile interdit toute détermination rigoureuse de la portée ; or, Aristote ne nie point l’évermepioræouc (cf. Phys. IV 8, 215 a 14-19) et peut très bien l'utiliser pour un phénomène secondaire. On ne peut donc rien tirer des deux textes précédents contre l’authenticité des Mech.
(89) Phys. VIIL 10, 267 a 15-20.
(90) De Coelo, III, 2, 301 b 22-27, Phys. VIH, 10, 267 a 4, de An., UL, 12, 435 a 4. Sur cette notion, voir n. 529 et 845.
s'éloigne de l’origine (91), tout en se transmettant jusqu’au moment où le milieu ne reçoit plus que le mouvement et non une autre force motrice ; alors la pesanteur triomphe définitivement du mouvement violent (92). ;
D'où il résulte d’abord que la transmission mécanique d’un mouvement fait l’objet pour Aristote d’une représentation complexe, où l'essentiel qui est la délégation de la force n'est pas expliquée (93). Ensuite, la force est comme une quantité d'énergie qui ne se transmet pas, à proprement parler, mais s’éveille ; la force motrice d’une couche d’air ne lui vient ni de sa mobilité ni de son mouvement réel; en effet quand elle possède cette force, elle à cessé d’être en contact avec le moteur, donc d’être mue (94); à l'inverse, au terme de la transmission, l’avant-dernière couche ne transmet plus que le
mouvement et non la force, de sorte que la dernière est mue sans
être motrice. Ainsi, la force tout en restant une quantité propor-
tionnée à l'effet qu’elle doit expliquer, appartient toujours à un sujet qui la possède à titre de capital à dépenser (95) et accommodé à sa nature. |
Par suite, en faisant directement passer du moteur au projectile la force motrice, Philopon (96) n’a nullement simplifié l’explica-
(gr) De Coelo I, 8, 277 b 6 : Ce qui s'éloigne de la chose qui fait violence va plus lentement : Ce n’est là d’ailleurs qu’un principe. général destiné à montrer que le mouvement de chute, étant accéléré est naturel, et satisfait à la loi qui porte que tout ce qui est violent et accidentel est sans durée (de Coelo, III, 2, 201 44. Phys. I 8, 198 b 32, 199 a 8). Cf. Météor. II, 8, 368 a 7, (35) : le mouvement s’épuise, à mesure que « l’affection motrice se consume ».
(92) Mech. XXXI, 858 a 15 ; XXXIIT, 858 a 21.
(93) Sur l'ambiguïté de la notion de moteur-mû, voir n. 843 sq.
(94) L'interprétation d'Alexandre (Simplicius, Phys. 1347,6. — Cf. Thémis., Phys. 235,8) selon qui l’air est moteur après avoir cessé le contact avec le moteur parce qu'il est devenu automobile ajoute au texte d’Aristote, en outre elle suppose une notion de l'automobile différente de celle qu’on trouve ici 5.257 b 28 (Simplic. 1348,26).
(95) Cf. les expressions déjà rencontrées, n. 60 (Mech. I, 849,7 ; 3.850, 5) : quand il est poussé et prend le principe (du mouvement) de la puissance (äxd).
(96) Philop. (Phys. IV,8,639-642), dont Duhem fait un précurseur (Syst. Monde I, 380 sq.); en parlant d’une énergie incorporelle cédée au projectile par le projecteur, il émettait une opinion non pas absolument nouvelle, ni déconcertante
set , ‘ .! } tion d’Aristote, il en a mal compris le sens ; un corps ne peut pas
técevoir aussi simplement une force motrice qui n’a point de rap- port avec sa nature; c’est là une explication trop facile et il n’est
pas impossible qu’Aristote l’ait senti : d’abord en effet il semble
la connaître (97), ensuite il insiste beaucoup sur la nature spé-
ciale qu'il faut attribuer aux milieux pour qu’ils rendent l’office qu'on leur demande. Il nous semble donc que la théorie d’Aristote, toute confuse qu’elle soit encore, est, par l'effort qu’elle représente, supérieure en intelligibilité à celle de Philopon; mais il ne faut pas l’interpréter du point de vue mécanique; l’action qu’elle suppose entre Les corps est plutôt d’ordre chimique.
Faut-il dire, pour la comprendre, qu’Aristote ne connaissait pas
notre principe d’inertie ? (98). Nous ne croyons pas qu’une recher-
par sa nouveauté (Simplic., par exemple, ne l’a pas ignorée, contrairement à l’assertion formelle de Duhem, cf. Simplic. 1349,26 et 440,8 : #v3ootv, ntov nvoñv), mais de sens commun et, précisément pour cette raison, laissée de côté, sinon par les savants, du moins par les philosophes ; il est douteux que Philon et Hipparque l’aient adoptée (Duhem, Zh., 385 sq.; Meyerson, Id. Ré., p.98; d’après Simplic., de Coelo, 264,25). Sur Philop., cf. n. 368 et 1117.
(97) Voir le texte de Méféor. cité n. 91. En outre, on trouve dans les Mech. des explications analogues. Les cercles sont des figures très mobiles, parce qu’ils possèdent une for qui s’ajoute à la poussée (Mech., VIII et XXX, note 62).
(98) De ce point de vue on peut chercher dans son œuvre des traces de la notion d'inertie : d’une part on y trouve l’idée de la persistance de cértains mouvements, par exemple le mouvement imprimé obliquement à la balle (Proël. XVI, 3. Phys. VIII, 4. 255 b 27} et surtout la continuité du mouvement circulaire; cette continuité, d’ailleurs, est dans la Physique et la Métaphysique rapportée à des raisons qui n’ont rien de mécanique; mais aux Mech. VIII, 831 b 33-36, on rencontre une formule curieuse : selon certains, le cercle est toujonrsen mouvement, de même que les choses en repos [s. e. sont en repos], äix ro ävrepeideuv ;
. certes, cette dernière expression ne s'applique peut-être pas au mouvement du
cercle, mais seulement au repos; toutefois cette comparaison d’un mouvement persistant, on plutôt d’un mouvement qui tend à persister (il s’agit dans ce passage d’expliquer pourquoi les objets circulaires sont très mobiles) avec la force d'inertie du repos est remarquable. D'autre part, il y a les textes nombreux où est affirmée cette force d'inertie (gvrepeideu, dvriceiveuv ;-cf. n. 62, 74) : Phys. VIN,
- 10. 267 a 8. Mech. VIII, XXXIV , XXXV, 858 b 29; XXXI, on a vu que dans
An. mot. 3. on essayait d'établir une relation plus précise entre la force extérieure et la forcé d’inertie (« un certain rapport », 699 & 35) et d’une manière générale entre le repos et le mouvement; mais au fond, l’inertie est toujours conçue au
che de ce genre soit très féconde en ce qui concerne Aristote (99). Il faut, en effet, pour bien comprendre la différence qui le sépare des modernes, se représenter que le principe d'inertie n’a été vraiment établi que par Descartes, quand il a constitué une notion du mouvement indépendante de toute idée de force et ayant comme unité le mouvement rectiligne et uniforme, toute autre notion que l’inertie, autant celle de Philopon que celle de Galilée qui considère encore une vis impressa (100) avec de nombreux successeurs de Descartes, est une convention où une qualité occulte (101). Tant donc qu’on n’aura pas constitué rationnellement l’idée de mouvement et le passage du mouvement abstrait au mouvement concret, l’explication de la continuation du mouvement des projectiles par l’inertie sera arbitraire ou verbale On ne saurait donc faire appel au principe de l’inertie actuel pour juger la théorie d’Aristote.
Ce qu’on peut dire, c’est que la confusion, d’où elle part, de la quantité d'énergie et du principe moteur est de sens commun ; elle tient à coup sûr à l’ambiguité du mot force : on confond, pourraiton dire, en n’employant pas de termes techniques, la force-effet et la force-cause ; nous croyons qu’Aristote a essayé, et consciemment, de s'élever au-dessus de l'explication vulgaire qui consiste à voir dans la production causale le transvasement d’un effet préformé, de la cause dans l’effet, et nous espérons montrer les traces de cet effort
moyen d’imagés psychologiques. D'ailleurs, si la notion se trouve dans Aristote, comme dans le sens commun, le principe est absent, puisque l’idée même d’un mouvement indéfiniment prolongé dans l’espace est l’objet d’un raisonnement par l'absurde contre les partisans du vide (Phys., IV, 8).
(99) Voir note p. 22.
(100) Alexandre parle d’une «force propre » (Simpl. Phys. 1347,2) ; Themistius de «réception de la puissance... imprimée » (Phys. 235,4) ; Philopon (Phys. 642, 11) écrit : un certain acte incorporel moteur est imprimé. — Voir les développements de Simpl. Phys. 1230, 17) sur la transmission d’une quantité de chaleur d’un corps sur un autre par intermédiaires .:
(101) Ainsi l’on peut dire (Meyerson, Milhaud) qu’on ne voit pas pourquoi c’est la vitesse plutôt que l'accélération qui se conserve, et qu’expliquer la continuation du mouvement des projectiles par l’inertie, c’est admettre ce qui est en question (Farges, Théorie Jondamentale du mouvement, p.234 sq.)
qui marque bien la distinction fondamentale du mouvoir et de l'être mi. Toutefois, dans l’ordre purement mécanique, qui semble si favoable, pour l’abstraction moderne, à la constitution d’une notion de force, cet effort reste très confus, comme les développements précédents le montrent : recherchant un principe de mouvement, Aristote rencontre plutôt une qualité de substance, de sorte que les problèmes essentiels, comme la relation du principe à la vitesse, lui échappent ; par suite, bien qu’il essaie de mettre l’accent sur le caractère dynamique des phénomènes (par exemple dans la transmission du mouvement au projectile), la confusion du mouvement produit et de la production du mouvement se retrouve fréquemment chez lui (102).
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On voit ainsi ce qu'il faut penser de la prétendue mécanique d’Aristote, on ne doit pas donner aux formules que l’on recueille dans des œuvres différentes un groupement systématique. D'abord, il est facile de remarquer qu’elle ne répondent pas à un but unique et déterminé, comme de fonder une dynamique, mais d’établir ou de préparer l'établissement de propriétés physiques ou métaphysiques (103). Ensuite, leur forme mathématique ne doit point faire illusion ; il semble même devant l’uniformité des formules qu’on soit en présence d’un procédé d’exposition, séduisant par sa clarté,
(102) L'idée que la force est proportionnelle à la grosseur du corps vient sans doute de la constatation, qui suppose la confusion en question, que la chute d’un corps plus gros fait plus de dégâts. Cf, Mech., XXII, 8544 34: ioydc popäc nai Béac. XVII, 853424 : le moteur mû a plus de force. Météor., If, 365 b 33, (2): Le coup est fort à cause de la vitesse ; II, 1.370 b9, (1): la vitesse fait la force. Cf. Phys., VII, 2.244 a 11 : la vitesse est le signe de la force du mouvement (Simpl. 1054,7). On trouve dans Mech., XIX, 853b18, à propos de la hache. Tout agit par le mouvement (une chose lourde prend le mouvement de la gravité plus en mouvement qu’au repos).
(103) Cet ordre de recherche n’admet plus d’ailleurs la rigueur mathématique. Méta., «, 2.995 à 15, cf. notes 39-46.
mais purement formel, de telle sorte que les fonctions simples qui sont à l’origine de ces démonstrations pourraient bien n’avoir été choisies que pour les permettre; d’ailleurs l’étude de ces variations proportionnelles n’est proposée le plus souvent que pour l'examen des limites (cas de la pesanteur nulle ouinfinie par exemple), rien ne prouve qu’Aristote affirme leur justesse pour lintervalle; enfin il reconnaît lui-même une discontinuité essentielle dans le cas où la force varie en diminuant et affirme qu’elle ne doit pas dépasser un certain minimum, sans paraître inquiet de l'insuffisance de sa formule. Par suite, ces propositions ne sont pas des postulats spécifiques ouvrant une science nouvelle, mais l’expression aussi précise que possible de faits d’expérience interprétés à: la lumière de principes, tels que : au plus correspond le plus ; le plus peut le plus, où l'essentiel de la notion de pouvoir est accepté, non fondé. | |
Ensuite, une telle systématisation n'est pas conforme à l'esprit d’Aristote sur un point important : elle met ensemble, en effet, la force externe qui produit un mouvement d'autant plus rapide qu’elle s’applique à un plus petit corpset perdant sa vitesse à mesure qu’il s'éloigne de l’agent (104) et la force interne qui est elle-même proportionnelle à la grandeur et à la quantité du corps, ou encore la résistance opposée à la force externe et qui est la grandeur du corps mû et la résistance qui s'oppose à la force interne et qui est extérieure au corps mû. Certes, il arrive à Aristote detraiter de même ces deux forces, mais ce n'est jamais systématiquement; nous pourrons en comprendre dès maintenant la raison en remarquant qu'il aurait dû abandonner ou atténuer la distinction des mouvements naturels et des mouvements contraires à la nature, en y considérant une notion commune, la force mécanique, ce qui suppose un degré d’abstraction auquel il ne s’est jamais élevé. Or,
(104) Sur la force externe, cf. notes 39 et 42 les textes de Phys. VII, 5 ; de Cœlo I, 2. 301 b1;, de Coelo I, 8. 277 b 6: la force qui fait violence. — Sur la force interne, cf. notes 40, 42, 61, les textes de de Coelo I, 7, 275 a 7-20; I, 6.
273 b 20; IL, 2. 307 a 20-b 1.
une telle distinction (ros), formellement énoncée bien que, croyons-nous, il ne s’en soit pas entièrement rendu maître, appar- tient trop intimement au système d’Aristote, pour qu’on puisse en faire abstraction ; il faut donc pénétrer dans ce système pour bien saisir l'attitude d’Aristote devant les problèmes que nous appelons mécaniques. Remarquons, toutefois, dès maintenant, que c’est la force externe qui manifeste par son caractère de violence l’action spécifique de la force comme vis à fergo; sa place est donc difficile à fixer dans un système dont les déterminations essentielles sont de l'ordre des fins ; au contraire, l’effet de la force interne reste confondu avec cette force dans leur sujet commun et sert à la définir, facilitant ainsi la confusion de l’effet et de la cause (106).
Qu'il n’y ait pas de Mécanique en acte dans l’œuvre d’Aristote, c’est évident. À quel titre pourra-t-on dire qu’elle en contient une en puissance ? Les développements comme les Mécaniques où les chapitres 1 à 4 du de Animalium Motu sont d’une authenticité trop peu sûre pour permettre d'affirmer qu’Aristote ait positivement amorcé des développements d'ordre purement mécanique ; quant
(105) La distinction de ce qui est conforme’et de ce qui est contraire à la nature ne s'applique guère qu’au transport (Phys. V, 6. 230 a 29), par exemple la guérison n’est pas, plus naturelle que la maladie; maïs, bien entendu, il ne faut pas voir dans cette remarque un élargissement de la notion de mouvement, laquélle reste soumise à la nature, c’est-à-dire à des considérations téléologigues : la preuve c’est qu’il y a toutes sortes de changements violents (230 & 29-b 6) et qu’il ne faut pas reconnaître de génération du repos contre-nature, si ce n’est par accident (Cf. St Th., p. 266, n. 11 ; defectus virtutis factivæ), le rôle de la nature étant donc l'essentiel (230 b 21-26). L’assertion que le vieillissement est naturel est d’ailleurs contredite, de Coelo II, 6. 288 b 16. |
(106) Nous aurions les mêmes remarques à présenter sur l’autre essai de systématisation que l’on trouve encore chez Duhem (Théorie physique, p. 434) : La Dynamique aristotélicienne reposerait sur deux lois : 1° un corps soumis à une force constante se meut à une vitesse constante ; 29 un corps qui n’est soumis à aucune force demeure immobile. Aristote ne connaît pas l’idée de force constante et sa notion de vitesse constante est confuse ; il eût rénié celle de corps qui n’est soumis à aucune force (voir n. 115), et cela à bon droit, car c’est un non-sens qui persiste dans la Physique moderne ; enfin, un corps immobile est toujours, en tant qu'immobile, déterminé par des forces ; s’il est en repos violent, c’est évident ; si son repos est naturel, le corps a sa forme achevée, donc est suprêmement actif.
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aux autres passages, nous avons vu qu’ils faisaient partie intégrante de l’œuvre d’où ils étaient tirés et ne signifiaient pas une spéculation indépendante. On peut cependant montrer qu’Aristote a eu l’idée d’une telle spéculation, mais sans parvenir à lui donner son autonomie, que, sans doute, n’admettait point le système.
Des rares textes, où il parle d’une Science mécanique (107), celui de la Métaphysique (108) semble être caractéristique : de même que les mathématiques étudient les grandeurs et les nombres en tant que grandeurs et que nombres, bien que ces objets ne soient point réellement séparés, de même il y a beaucoup de choses à dire sur les choses mues, en tant que mues, indépendamment de la considération de leur essence propre et de ce qui en résulte ; on conçoit, par suite, une hiérarchie des sciences allant de l’arithmétique à la géométrie, de là aux sciences du mouvement, en premier lieu à la science du premier mouvement, puis à la mécanique (109); on à ainsi une descente du simple au complexe et du plus rigoureux au moins rigoureux. Mais la continuité apparente de cet enchaînement ne doit point faire illusion (110); il y a une coupure entre les
(107) Bonitz, Ind. 467 bs.
(108) Méta. M 3, 1077 b 17-1078 a 31 : il s’agit de montrer que l’abstraction propre à la science n’entraîne pas la réalisation d’Universaux séparés, l’objet des mathématiques n'étant ni une chose sensible, ni une chose séparée du sensible. Nous croyons que l’expression 1077 b 26 signifiait non le mouvement pur, mais un sujet pur du mouvement, contrairement à Rodier, de An. Il, 41.
(109) 1b. 1078 a 9-17. Cf. Bonitz, Méta. 535 en haut, Robin, Th. pl., 160. À vrai dire, la Mécanique n’est pas donnée ici comme la suivante immédiate de l’Astronomie ; entre elles il est parlé de l’Optique et de l’Harmonique, dans les mêmes termes, d’ailleurs que Phys. Il, 2. (n. 111). — Dans An. post. 1, 13, 78 b 37, la Mécanique est mise en relation avec la Stéréométrie, comme l’optique avec la géométrie, l’harmonique avec l’arithmétique, et les phénomènes, c’est-àdire l’expérience, avec l’astronomie (cf. An. pr. I, 30, 46 a 18), en tant que disciplines où sont distinctes la science de lé, et celle du réx: ; ce point de vue a été annoncé au chapitre 9 (76 a 10-15, 22-25), où la démonstration apparaît comme dépendant de principes propres, et où la mécanique est placée avec l’optique en face de la géométrie, l’harmonique en face de l’arithmétique. C’est en l’oubliant (confusion annoncée 78 b 39) qu’on peut mettre l’harmonie et l'optique parmi les mathématiques (1078 a 15) et l’astronomie dans la géométrie (1077 a 1).
(110) Ainsi An. post. 1, 27, où sont distinguées, apparemment sur des plans différents, la rigueur selon l’abstraction (arithmétique, harmonique) et la rigueur selon la simplicité (arithmétique, géométrie). La hiérarchie selon la simplicité décroissante ne dépasse jamais le cadre des mathématiques pures (Robin, 1. n. 173).
sciences qui s'occupent du mouvement et les précédentes (111); non seulement, en effet, la nature est principe de mouvement et il
serait étrange que le physicien eût à connaître de la nature des astres, par exemple, et non de leur mouvement, mais le mouvement n’est pas un attribut comme la figure ou la grandeur, par exemple, car il qualifie ontologiquement la substance à laquelle il appartient (112). Par suite, il paraît difficile inversement de parler du mouvement d’une chose sans parler de sa nature ; maïs alors, si la science du premier mouvement est l’Astronomie, où, en effet, Aristote considère la nature des astres pour en déduire le mouvement, on ne voit plus comment la science des autres mouvements, qui dans la Métaphysique (113), était la Mécanique, se distinguera de la Physique proprement dite : remarquons, en effet, que lorsqu’Aristote parle des « sciences les plus physiques parmi les mathématiques » au nombre desquels il compte l’optique, l’harmonique, la mécanique, il donne quelquefois des exemples pour les deux premières, mais non jamais pour celle-ci.
(111) Marquée déjà, Méta. 1078 a 11, elle est très nette Phys. II, 2 début, 194 a 12, où précisément il s’agit de renvoyer le mathématicien à ses abstractions, en montrant, notamment depuis 193 b 35, que les formes physiques sont inséparables, conceptuellement et réellement. L'expression xà ouoixwrepa r&v uaënuéroy 194 a 7) est justement interprétée par Hamelin (Phys. 63) comme signifiant les sciences mathématiques de la nature ; l'astronomie en fait partie ; la mécanique est oubliée. De même, Méta. B, 2, 997 b 12-24, dans la critique de la théorie platonicienne des choses mathématiques comme subtances intermédiaires, l’objet de l’astronomie (à laquelle est jointe l’optique et l’harmonique) apparaît comme devant être un Ciel immobile parce que mathématique. Certes, l’astronome utilise la géométrie (par exemple pour déduire la rotondité de la terre d’une éclipse de June) mais la différence entre une science abstraite et une science concrète reste absolue (cf. n. 1062).
(112) Sur cette ambiguïté de la notion de mouvement, qui se retrouve dans celle de matière, voir n. 1024 sq. Aristote caractérise par le mouvement l’objet de la physique, ici même, Phys. Il, et Méta. E 1, 1026 a 12; A, 1, 1069 a 36.
(113) Si nous admettons l’interprétation de Bonitz (n. 109). En revanche, il semble qu’on ait, dans l’école d’Aristote, une idée plus nette de l'astronomie comme science mathématique et abstraite, Philopon essaie de rattacher cette notion à la théorie de la démonstration (Philop. Phys, 221, 2, Hamelin, Phys. 61-62).
me aa Fr M o a une mécanique comme science autonome entr natiques Bt la Physique proprement dite, n doit nn éré
| que comme l’ébauche très vague de l’objet d’une telle sc science, qui. : ne pouvait aboutir, àla fois par suite de l'insuffisance de la pr RE que scientifique qui en eût été le modèle et des conditions g nérales
du He avec lesquelles elle ne s ue me médiocrement.
Utilisation concrète de la notion de force.
La force dans le monde inanimé.
Au premier coup d'œil, la notion de force apparaît dominant l’explication aristotélicienne du monde sublunaire (114): manière générale, tout corps sensible possède une puissance d’action l'étude du ciel (116), Aristote précise ainsi ce qu’il entend par choses natu-
ou de passion ou les deux (115); et, au moment de quitter
relles : ce sont les substances, {c’est à dire les choses du sen
(114) Nous suivons, dans ce développement, principalement les deux livres du de Coelo.
(115) De Corlo, 1, 7.275 b 5. Conclusion de la première partie de l’arg tion contre l'infini.
(116) De Coelo, II, 1.298 a 27-b $. Simplicius (De Coelo, 553,22) suggère que explication ne nous paraît pas nécessaire, l’énumération des substances étant évidemment Aristote pense-t-il à la causalité des âmes sur le monde physique, et nous verrons qu’en effet, une notion de ce genre persiste dans toute la physique, sans être jamais éclaircie (Simplic., 5h. 554,3) L'obscurité tient d’ailleurs à la notion de corps, qui (Rodier, - 1079) ;
r&v 4wy (a 33) serait mis par attraction pour ràc (4XAac) werabdoerc ; cette
incomplète. Il est difficile de comprendre la réserve de 298 b 2 ; peut-être
semble employée ici au sens commun. — ‘Ioropia signifie recherche de An., Il, 3), mais non pas forcément recherche empirique (Rivaud, n comme nous allons le voir.
s commun (117), et leurs actes et passions, c’est à dire d’une part les
derniers
umenta-
(117) Nous retrouvons Méta. 7,2 et À, 1, la mème énumération qu'ici.
mouvements de chacune de ces choses dont elles sont causes selon leur propre puissance (Sivav), d'autre part les altérations et transformations réciproques. Si l’on remarque qu’aussitôt après Aristote ajoute que la partie la plus importante de la recherche physique porte sur les corps, on voit que, tout en partant d’une vue sur l'Univers très proche de celle du sens commun, sa théorie est
profondément dynamiste (118).
Puisque les actions des corps composés dépendent de leurs éléments (119), il nous faut, tout de suite, étudier les forces élémentaires, car c’est bien à des forces que nous! avons à faire, puisqu'on ne saurait se contenter d'éléments purement géométriques (120) ;
(118) Cette vue domine dans les deux premiers chapitres du de Coelo (étroitement liés, puisque la réponse à la question de 1.298b6 est donnée 2.301 b 31), où Aristote, en s’opposant à ses prédécesseurs, montre qu’il y a génération et en quel sens (non pas à partir du vide) et d’autre part qu’il y a des mouvements naturels dans un cosmos éternellement ordonné. Cette revue préliminaire, antérieure à l'examen des éléments qui commence au chapitre 3, bien qu’elle soit annoncée comme le fondement de la question dès 1.298 b7 (après le cinquième élément, il faut étudier les deux autres, c’est-à-dire [Simplic. 555,9] les quatre éléments classés selon les deux tendances), oblige Aristote à faire en deux fois (ici et livre IV) la critique de Platon et des atomistes. — L'existence du mouvement est admise comme le postulat fondamental sur lequel il n'appartient pas au physicien de revenir.
(119) On peut discerner deux modes d'introduction de la notion d’élément : le premier qui répond à une tendance logique fait de l’élément la chose première au . moyen de laquelle la connaissance de toute chose est possible (de Coelo, II, 3. 302 a 11 : en tout, la connaissance procède des choses premières; IV, 4.311434: le reste obéit (&xoloubeï) aux choses premières ; sur le double sens d’éxoxoubeiv, voir n. 1058), le second qui répond à une intuition spatiale {fait de l’élément le résultat de la division d’un composé (d’où les expressions fréquentes de dLarpeiTat 302 a 12, 16; évémapyov ib.; Exxpivéueva 23); le réalisme de cette dernière conception étant d’ailleurs presque toujours immédiatement corrigé par la distinction de l’acte et de la puissance (cf. 16-17).
(120) De Coelo III, 2. 299 b 14-24 : Maintenant (à uhv indique le passage à l'argument dynamique, après les difficultés mathématiques avancées contre Platon depuis 299 a 1) on ne fera pas réussir un poids de choses qui n’en ont pas, car pour que cela se produise, combien en faudra-t-il et de quelle nature ? On ne peut le déterminer sans faire de réponse fantaisiste et irrationnelle. D’ailleurs (xai,17) une telle réponse aboutit à une contradiction, car c’est par un poids qu’un poids est plus lourd qu’un autre, or, c’est par un point qu’un ensemble de points
en effet, de tels éléments ne donneront jamais une tendance, s’ils ne sont pas eux-mêmes doués d’une qualité motrice; de telles qualités sont donc des puissances (121), produisant les mouvements naturels et contenant en soi comme des étincelles de mouvement ; il nous faut connaître leur origine et leur modalité d'action.
Les principes de la détermination des éléments sont assez faciles à démêler; c’est d’abord que la nature est principe de mouve- ‘ ment (122) ensuite qu’il y a des mouvements naturels (123), enfin qu’aux mouvements simples correspondent les corps simples (124).
est plus lourd qu’un autre, donc le point serait lourd ; les différences de poids entre des corps quelconques sont doncinexplicables, Cf. la critique (de Coelo III, 8. 306 b 29-307 a 24) de la figuration des éléments, la mobilité de la sphère est bien une qualité dynamique, mais, appliquée au feu, elle est contredite par l'expérience ; en outre (a 16-24) les choses mathématiques brüûleraient ; or, elles n'ont aucune détermination dynamique (cf. n. 1062 fin), preuve que le vrai principe dynamique échappe aux partisans de cette théorie. Voir de même la comparaison du Grand et du Petit au Rare et au Dense comme déterminations trop mathématiques. Méta. 4, 9. 992 b 1-7. (Cf. Robin, Th. pl., n. 498). Cf. la réponse de Simplic. (de Coelo, 563, 26): les surfaces de Platon sont physiques, non mathématiques, #vuxx (573,5).
(121) De Coelo [V, 1. 307 D 30: ävvguerc, 308 4 2: Cwnupa.
(122) Phys., IL, 1, où l’on trouve une énumération de natures qui rappelle celle des substances de de Coelo, III, 1. Ce principe est rappelé de Coelo, I, 2, au moment de la détermination des mouvements simples (268 b 16).
(123) De Coelo, I, 2, où on le démontre d’abord à partir de l’observation des choses mues et du principe que le violent suppose le naturel (3004 20-27), puis à partir de l'observation du repos de la terre, du principe de la finité de l'univers et du principe qui fait correspondre le repos violent au mouvement violent et lé repos naturel au mouvement naturel (4 27-b 9). Ce principe, qu’Aristote utilise fréquemment (c’est la base de la critique du mécanisme atomistique 300 b 9 sq.; il sert à la démonstration de l’immobilité de la terre [II, 13.294 b 30], à celle du me élément (1, 2.269 a 32-b 1]) est lui-même une conséquence du précédent, en tant que par celui-ci on ne conçoit de mouvements que par rapport à une nature À laquelle ils sont conformes ou non.
(124) Ce principe est notamment utilisé pour le 5me élément (E, 2) pour le lourd et le léger (HI, 3.302 b 5-fin), et aussi pour démontrer que les éléments sont multiples (I, 5.304 b11-fin ; en nombre fini, III, 4.303 b 4-fin ; employé I, 9.278 b 21 filn’y a pas d’élément en dehors du 5me]). Permet-il de dire qu’Aristote définit le corps par le mouvement ? Non, car pour être opérant, il doit s’énoncer : à chaque mouvement simple correspond, non seulement un corps simple, mais un seul, autrement dit un mouvement simple demande un corps simple spécial qui l'ait comme mouvement naturel, ou encore un mouvement simple est mouve-
Maintenant comment distingue-t-on les mouvements simples ? D'abord sur le principe d’ordre géométrique que les seuls mouvements simples sont le rectiligne et le circulaire, qui correspondent aux seules grandeurs simples (125) ; mais la notion de monde fini détermine immédiatement le mouvement circulaire en mouvement autour du centre, et le rectiligne en mouvement vers le haut et vers le bas. Si donc les mouvements déterminent les éléments, nous ne nous étonnerons pas, que, dans l’étude du monde sublunaire, les mouvements essentiels soient déterminés par les lieux ; or, le bon sens (126) nous fait admettre l'existence du haut et du bas. Mais il faut remarquer que dans cette détermination tirée des lieux entrent non seulement le principe de la finité du monde, mais un principe franchement dynamique ; car le lieu n’est pas une simple place spatiale, il fait partie du système de forces que semble être l’espace (127); or, tout ce qu’il y a de dynamique dans ce sys-
ment naturel d’un corps simple (cf. I, 2.26949; Aristote ne met pas en lumière cette complication d’où résulte une obscurité dont il a conscience, I, 3 début). Cf. Simplic. (de Coelo, 60,4). Parmi les postulats d’Aristote, il faut compter celuici: Le mouvement de chaque corps simple est unique. Ainsi le mouvement ne détermine le corps que s’il est rattaché à une nature ; le dynamisme d’Aristote reste substantialiste.
(125) De Colo, I, 2.268 b 18-20. Le cercle, dont la perfection est sans conteste, est cependant mal distingué de la droite pour la simplicité, cf. n. 20.
(126) De Coelo, IV, 4.312 a 7-8. Ilest conforme à la raison que le lourd et le léger soient deux (deux boat, Simplic. 716,16), car les lieux sont deux, cf. III, 4.303 b6 (la limitation des lieux en grandeur et en espèce sert à la critique de l'infini [Phys., III, 5.205 a 29 sq. ; de Coelo, I, 6]). Cf. de Coelo, IV, 1.308 a 17 ; de même 5.312b 25, bien que ce soit sur un sujet différent, l'expérience et la raison sont invoquées pour prouver l’existence du lourd et du léger absolus.
(127) Cette expression est excessive, car les lignes de force dont est traversé le monde d’Aristote supposent la finité du monde, c’est-à-dire non seulement plus que l’étendue infinie (cf. la critique de l'infini par les lieux de Coelo I 7, 273 a 7-15, Phys. NI $, 205 a 7-b 1 ; l’impossibilité du mouvement dans le vide, Phys. IV 8, 214 b 28-215 a 14) mais encore plus, comme nous allons le voir, que le système des lieux. Toutefois, notre expression peut se justifier par les textes suivants :
Phys. IV 1, 208 b 8-22 Büvauiv siva. De Coelo II 2, 285 a 10 sq. où est affirmée la puissance du haut et du bas, de la droite et de fa gauche, comme principes chez les êtres animés, (les seuls qui possèdent ces déterminations locales,
tème lui vient des natures et de leurs afinités (128). Nous tournons donc dans un cercle ; ou plutôt voici ce qu’il faut dire : le principe fondamental est la position de natures comme causes de mouvements (129), principe lui-même suggéré par la constatation du mouvement universel et l’expérience du feu qui s'élève et de la terre qui tombe ; la détermination par les mouvements et les lieux n’est qu’un mode d’exposition, non de déduction ; le dyna- misme, interprêté ensuite par le finalisme et le substantialisme, est au fond du système, à titre d’intuition.
Si les mouvements centripètes et centrifuges des natures pesantes
parce que seuls ils ont en soi le principe des mouvements 284 b 20-33), notamment pour le ciel (285 a 27 sq.). De même Phys. IV 1, 208 D 22-25 et de Coelo HT 6, 305 a 26 : les choses mathématiques, n’ayant pas de fo ne sont pas dans le lieu (cf. comm. de Philop. Phys. 583, 21 : le lieu des choses physiques doit être physique, c’est-à-dire non dénué de principe de mouvement et de repos). Ainsi, introduire un corps dans le lieu, c’est le qualifier ; il n’y a pas de corps ämoïov dans le lieu : Philop. Gex. et corr. 73, 31 ad I $, 320 a 31 (pour prouver que l’augmentation n’a pas lieu à partir du vide ni d’un &yaichnrov ; cf. Alexandre. Philop. 1. 77, 10). — Changer la direction naturelle d’un corps, ce serait changer sa nature de Coelo I 8, 276 b r8.
(128) En fin de compte, les lieux pas plus que les mouvements (n. 124) ne déterminent les corps simples. Voir la critique adressée par Philop. (Phys. 581, 28) à l’opinion exposée par Aristote Phys. IV 1, 208 b 8 (note précédente) : Ce qui a une « certaine force » ce n’est pas le lieu, c’est le corps qui a le désir de ce lieu, . que lui a fixé le Créateur. Le lieu est évidemment rattaché à la substance, au livre IV de la Physique. Cf, I, 208 b 20 ; le haut n’est pas n'importe quoi, mais ce vers quoi le feu est porté; (tout le passage a pour but de montrer que selon l'opinion commune, le lieu a une existence propre) 5 fin et de Coelo IV 3, 310 h 7-16 : Le lieu étant, en un sens, semblable au corps; c’est ainsi qu’il faut admettre l’opinion des anciens que le semblable attire le semblable.
Par suite il ne faut pas s’étonner des passages suivants qui semblent contredire ce qui précède : de Coelo (I 9, 279 a 11): là où il n’y a pas de corps, il n’y a ni lieu, ni temps, ni vide. I, 8 fin : Les lieux sont trois, parce que les mouvements sont trois. (Simplic. 272, 6). De même dans Météor. I 3, 310 b 19, l'opposition des lieux est indiquée après celles des puissances des éléments (Philop. Météor. 33, 35) et comme une dépendance de cette dernière (cf. de Coelo IV 4, 312 a 1 sq.).
(129) On peut même dire que la nature est antérieure au mouvement : Ainsi à des natures contraires, correspondent des mouvements contraires (de Coelo I 3, 270 a 12-22) ; pourquoi, dès lors, le feu est-il plus opposé à l’eau qu’à la terre ? (Alex. Simplic. de Coelo 92, 18), c’est ce qu’Aristote n’explique pas.
et légères ne sont pas ramenés à des notions plus simples, du moins Aristote s’est-il posé explicitement la question de savoir pourquoi il y a des mouvements naturels centripètes et centrifuges. (130). Ces mouvements ne sont pas dus à une attraction de substance par une substance semblable (131); la terre mise à la place de la lune n’attirerait pas les pièrres, car si le centre du monde est le lieu de la terre, c’est que la terre n’est terre qu’au centre du monde (132). C’est, conformément aux autres générations et changements, un passage de la puissance à l’acte, sous l’action d’une cause efhciente (133). Ainsi un mobile est mû, non par la forme qu'il a, mais par celle qu'il devrait avoir et qu’il n’a qu’en puissance, C’est le schéma de toute explication des changements (134), mais il y a
(130) C'est-à-dire, pourquoi il y a du lourd et du léger. La question est traitée de Coelo IV, 3. Dans les chapitres 1 et 2 est établie l'existence du lourd et du léger considérés comme qualité absolue et non seulement relative.
(131) D'abord l'interaction de substances est très difficile à concevoir ; comme nous aurons à l’étudier ; ensuite elle n’est intelligible que par le contact (voir n. 774 sq, et Phys. III, 1.201 424, Gen. corr. I, 6.322 b21 ; 9.327 2).
Ensuite l’opposition d’une pierre à la terre est celle d’une partie au tout, et n’a peut-être pas une valeur substantielle : ainsi, il conçoit l’eau et la vapeur comme constituant, par leur changement réciproque, un immense fleuve autour de la terre (Météor. II, 3, cf. n. 193).
(132) De Coelo IV, 3.310 b 1-6. Remarquer l'expression Phys. VII, 4.255 b 17 : l'essence du grave est d’être Stwptouévoy par le bas ; d’où la chute.
(133) Zb. 310 à 20-b 1 : Dans tout changement, le mobile et le moteur sont déterminés ; de même (a 29) il faut admettre que le moteur et le mobile selon le lieu ne sont pas des termes quelconques ; «si donc on a d’une part comme moteur le gravifique et le lévifique, comme mobile le lourd et.le léger en puissance, le fait pour chaque chose d’être transportée vers son lieu propre revient à être transportée vers sa propre forme. »
(134)Ainsi, le feu est léger quand il est en haut ; il n’a pas encore en acte toute sa nature quand il y va (Phys. VII, 4.255 b 11 ce passage où sont distingués deux degrés dans la puissance d’un corps simple appartient à la discussion où l’on montre qu’un corps mû par nature n’est pas forcément mû par soi. Voir n. 162). Ainsi le feu est léger non parce qu’il tend vers un lieu mais parce qu’il l’occupe, et il ne faut pas dire (Simplic: Phys. 1213, 10) l’acte du léger est d’aller en haut, comme Simplic. le reconnaît de Coelo 725, 1-3 et 697,23-27. Ce qui précède éclaire, semble-t-il, l'expression assez obscure qui est employée un peu plus loin à propos des mouvements locaux de substances 310 b 32 : parce que leur matière
une différence (135) pour le mouvement du lourd et du léger ; ils semblent (136), en effet avoir en soi le principe de leur mouvement ; au contraire les choses altérées ou accrues l'ont hors d’elles ; et à cela une raison intéressante est apportée, c’est que ce sont des substances presque achevées, le mouvement local étant le dernier selon la génération. (137). Une première explication consistera donc à dire que les choses qui existent déjà substantiellement (138) se meuvent vers les lieux afin d’entrer en possession de leur forme parfaite ; c’est cette attraction qui produit le mouvement (139). Cette explication est insuffisante, nous le verrons plus loin ; ces notions de forces sont cependant utilisées telles quelles dans nombre de questions physiques et nous devons examiner les développements quelles reçoivent. D’après ce qui précède, nous ne nous étonnerons pas de les voir distinguées en deux forces qualitativement différentes ; c’est la distinction du lourd et du léger absolus (140).
est éyyÜrara (pl. n.) +ñc oûaiac. La Yan c’est le mobile, tout informé sauf quant au lieu (312 a 30-b 19), le mouvement.c’est l’acte de cette puissance qui est très près de l'achèvement, puisque (selon Phys. VIII il suffit de l’absence d’obstacles pour qu'elle se réalise en l’être complet (oùsiæ). Cf. Simplic. de Coelo 703,9 et de Coelo IV, 4.311420. ; |
(135) Il suppose donc (voir note 133) la distinction du moteur et du mobile et le principe d’intelligibilité, selon quoi n'importe quoi n’est moteur ni mobile de n’importe quoi. |
(136) 310b 24 : xAnv 871. Aristote n'apporte pas d’ailleurs une affirmation très nette (Soxeï, paiverai : D 24, b 32).
(137) De Coelo IV, 3. 310 b 31-311 « 1 (cf. n. 1003). En rapprochant cette proposition de la conclusion à laquelle nous sommes parvenus n. 124 (le mouvement ne détermine pas le corps sans être rattaché à une nature, on voit qu’on ne saurait parler du mécanisme d’Aristote à la façon de Rodier, Siraton, 34), malgré l'importance qu’il attribue au mouvement local.
(138) 311 a 6: Fèn Ümapxovra ai Gvra.
(139) La solution des anciens qui invoquaient l'attraction du semblable par le semblable n’est acceptable qu’en ce sens, c’est-à-dire si l’on voit dans le lieu quelque chose de semblable au corps (310 b 1-16). Ce passage retarde la solution de la question essentielle que pose le ch. 3. d’où 310 b 16 la particule 54 au lieu de 5€ (Bk.); cf. Alexandre-Simplic. 701,30.
(140) Cette distinction est posée IV, 1 contrairement à l’opinion des anciens et conformément à la distinction évidente des lieux absolus. La démonstration proprement dite est l’objet du ch. 4. Par suite, la proposition 1.308 a 29 (nous appelons absolument léger...) n’est qu’une définition.
Elle est d'abord fondée sur l’expérience, de même que la constatation des mouvements naturels et de leur proportion à la quantité du corps avait montré qu’on ne pouvait se contenter d’éléments purement géométriques et qu’il fallait introduire des qualités dynamiques (141), de même une autre expérience montre qu’on ne peut en introduire qu’une seule : on constate (142), en effet, qu’une petite quantité de terre est toujours plus lourde qu’une grande quantité de feu, et d’une façon plus générale que le poids et par suite la vitesse du mouvement n’est pas proportionnelle à la quantité du corps, qu’enfin la terre n’est jamais naturellement transportée en haut, ni le feu en bas. Si l’on interprète ces expériences, il faut conclure qu'on n’expliquera pas par des différences quantitatives ces variétés qualitatives (143). Il faut donc admettre (144) d’abord un lourd et un léger absolus.
(141) Voir n. 120. C'était la supériorité de Démocrite sur Platon (2. 309 a 1-2) de pouvoir expliquer que le plus grand est le plus lourd (cf. Simplic. 685,5 et III. 299 b 14-24). En fait, Platon, considérant que le poids est proportionnel au nombre des éléments, admet pour tous les corps une matière unique et qualifiée (IT, 1.299 b 31, IV, 2.308 b 2-12) et par suite mérite les mêmes critiques, tirées de la distinction du lourd et du léger absolus, que les atomistes (cf. 308 b 12-21- 28). D’où les répétitions de III, 1 et IV, 2 (cf. n. 786).
(142) La terre est toujours portée en bas (2.308 b 12 ; 309 a 22); ici la définition de 1. 308 a 29 [n. 140] est prise comme un fait propre à critiquer les théories de Platon, d’Anaxagore et d’Empédacle (4.311 b 19, b 27, etc). Le poids et la vitesse ne sont pas proportionnels à la grosseur. (dYxoc, n. 147): 2.308 b 32, 309 a 24. Une petite quantité de terre est toujours plus lourde qu’une grande quantité de feu : 2. 309 a 15-17 (où cette constatation est supposée acquise), 30-32 ; 4. 311 4 19-21 (paiverai). La difficulté où l’on est par l’interférence des critiques contre Démocrite et Platon, de distinguer les cas où Aristote invoque cette constatation comme un fait d'expérience d’où part la démonstration n’interdit pas de penser que c’ést à des faits qu’il se réfère, à chaque moment. — Cf. L’expression de 5. 312 b 25. « Nous voyons (par l'expérience) et le raisonnemant nous apprend ».
(143) L'opposition de la quantité à la qualité est nettement marquée dans toute la critique contre Platon et surtout contre les atomistes (on n’explique pas les différences qualitatives par des quantités de vide ou de solide), 2.309 a 16-19, a27-310a 2-fin. Cf. Phys., IV, 9.217 b6 (théorie de la génération après la critique du vide); la flamme n’est pas faite de parties sans lumière ni chaleur.
(144) Le raisonnement de 4.311 b 13-29-3124 2 tire de la constatation que la terre ne reste au-dessus de rien, ni le feu au-dessous de rien et de l'hypothèse
à Nous avons là les deux forces primordiales qui servent à expliquer la plus grande partie des mouvements locaux de lunivers ; un corps est lourd, dans la mesure où il contient le lourd absolu (145), et léger de même. Mais alors la force n’est proportionnelle à la quantité (et par suite la vitesse) (146) que dans les limites d’un genre. Par là s'explique ce que les modernes appellent la différence de densité et dont Aristote a saisi vigoureusement l’extrême importance pour une physique qualitative (147). Les mêmes démarches nous conduisent à poser deux éléments intermédiaires :-ainsi l’expérience (148), l'interprétation de l’expé-
(ax uv b20), qu’il y a un centre, définissant le lieu du lourd absolu, l’idée que le feu qui tend vers l’extrémité définit le léger absolu, Ce raisonnement, qui suppose la finité de l’univers (311 b 29-34) et la relation de contrariété (312 a 2-7) ne mérite pas le nom de démonstration ; c’est plütôt, bien qu’Aristote n’ait point fait cette distinction, une vérification qui tend à montrer que l’existence de deux forces absolues cadre bien avec certains principes généraux, d’où l'expression d’edléyws (31247) qui commande la conclusion, Ce raisonnement suppose en outre que la terre est en repos au centre ; nous rencontrerons plus loin une déduction des éléments qui prétend s'appuyer sur la démonstration de cette proposition.
(145) 4.311 a 29 : il le contient comme yévoc. Ainsi (Simplic. 705,14) la pierre qui se forme dans les nuages, le feu qui s'allume sur terre.
(146) 4.311 a 21. La vitesse est moins importante que la direction du mouvement.
(147) À volume égal, des corps ont des poids différents : dans les propositions si nettes de ce genre (2.308 b 32, 309 a 24, cf. Resp. 479 b 26), il semble qu’éyxos doive se traduire par volume; de même, dans la définition du dense (de Coelo, III, 1.299 b'7) par l'existence d’une plus grande quantité de la chose (cf. Simpl. de Coelo, 622,30, plus de substance dans un volume égal) et toutes les fois que les dimensions du corps sont séparées de sa nature. Toutefois, par ailleurs, ÿyxoç doit être traduit par masse ; par exemple, Phys., IV, 1.209 a 3, ce terme signifie ce qui dans un corps est autre que les limites, avec tout ce que ce sens comporte de déterminations dynamiques (cf. Simpl. 681,25-33, l'expression de Philop., Phys., 515,19: oyrwbeïox Jkn; Bonitz, Ind., 495a 34 et n. 64); de même, IV, 6.213 a 17; plus loin 8.216 b6, c’est l'extension pure (sur le rapport de cette notion à celle de matière, voir n. 424), mais considérée comme appartenant à la nature du corps bien que non séparable et opposée aux autres affections (assimilée au corps » 10); remarquer l'expression uéyeoc 105 ëy. 9.217 b8. Quand il est question de la constance de l’univers, les notions de volume et de masse restent confondues (217 & 17).
(148) Et bien entendu, l’idée d'accorder le tableau des éléments qu'il achève au ch. s du Coelo par l'introduction des intermédiaires avec celui du De Generatione et Corruptione, fondé sur un autre principe.
rience par le raisonnement, enfin des raisons tirées de la contrariété et de la symétrie (149) montrent qu’entre le feu et la terre, il faut placer l'air et l’eau, chacun de ces corps étant une nature spécifique, irréductible à l’autre et aux deux premières (150) et caractérisée par les tendances suivantes : ils sont tous deux pesants, non seulement par rapport au feu, mais en soi et dans leurs places propres (151), par similitude de matière (c'est-à-dire de puissance (152), avec la terre; au contraire, ils s'élèvent et surnagent quand ils sont placés dans plus lourd qu’eux.
(149) Aristote ne distinguant pas ces diverses preuves, il est difficile de les démêler et de faire à chacune sa part. Nous citerons comme appartenant à la dernière : d’abord le passage de 4 fin (312 a 8-14; où Heïberg [Simpl. 718] fait commencer le ch. $, malgré le passage: final a 12-21 qui se rapporte à 4); puis S. 3124 28-30 ; c'est successivement l'affirmation d’un intermédiaire entre les contraires, et d’un intermédiaire double par symétrie. La symétrie n’est d’ailleurs pas entière car, selon la remarque de Simplic. (725, 19) on devrait pouvoir dire que tous les éléments intermédiaires sont légers en puissance, or, ils ne sont que lourds (voir, de même, un autre cas où sont affirmées la supériorité du feu et la discontinuité qui le sépare des autres, Gen. Corr. II, 8, 335 a 19. — L'expérience semble invoquée nettement dès 4, 311 b 1 [passage intercalé dans la discussion sur le lourd et le léger absolus], cf. 5. 312 b 30. — Le raisonnement qui interprête ces expériences et y voit la preuve que des différences de quantité n’expliqueront jamais des différences de qualité, porte principalement sur les partisans d’une matière pesänte unique, différenciée par le vide (312 b 19-313 a 6 fin); c’est le même que précédemment (n. 141). Les propositions de 5. début (a 22-28 et 312 b 19-25) semblent plutôt des définitions de l’élément intermédiaire, qu'il reste à expliquer (de même que la définition du lourd et du léger absolus (1. fin; voir note 140).
. (150) 312 b 19-28 : Critique de la notion de matière unique ; cf. 2. 308 b 10-12; 309 b 29-32, 310 a 7, fin ch. Voir ici n. 980 sq.
(151) 4. 311 b 1-13 ; 5. 312 b 12-19. Quand on soutire leur base, ils tombent (312 b 5. Simplic. 723, 6); l'air prend ainsi la place de l’eau.
(152) Ainsi interprétons-nous l'expression ambiguë «similitude de la matière » (312 b 19) selon les autres passages 310 b 32, 312 a 30 (voir n. 134); la similitude des puissances entre la terre et les intermédiaires n’est d’ailleurs qu’approchée (Simplic. 725, 10); par suite, il faudrait traduire 312 b 19 : « ou jusqu’au lieu des corps qu’il surnage naturellement (quand ceux-ci n’y sont pas) ». La similitude de matière se comprend alors, d’après la théorie de Phys. IV, 5, rappelée ici 312 a 12 en un court passage difficile à situer, qui établit entre les corps stratifiésles relations de matière à forme ; d’ailleurs le feu sera plus tard distingué des autres éléments, comme étant plus formel (voir n. 288 sq.).
A l’aide de ces notions, on expliquera les mouvements qui résultent, selon les modernes, des différences de densité et du principe d’Archimède. Ainsi, un morceau de bois, plus lourd dans l’air qu’un morceau de plomb, est plus léger dans l’eau, car le bois, ayant plus d'air que de terre et d’eau, aura un poids dans l'air, car l’air dans l'air a un poids, comme le prouvent les outres {cela suppose la proportionnalité des forces aux grandeurs] ; par contre, il sera plutôt léger dans l’eau ; au contraire, le plomb ayant moins d’air que le bois sera plus léger dans l'air, et ayant plus de terre, plus lourd dans Veau. Il importe de remarquer le caractère dynamiste de cette explication qui n’invoque pas l’action mutuelle du corps et de son milieu (153) mais seulement la nature propre du corps (154).
Ces mêmes notions de force seront utilisées dans des problèmes spéciaux et comme types ou termes de comparaison pour d’autres forces ; dans l’exemple du siphon, l'attraction de l’air est opposée au poids de l’eau, cette force produit donc dans l’eau un mouvement contraire à sa nature; or, nousne voyons pas qu'Âristote ait cherché une explication nouvelle de cette interaction (155), il se con-
(153) De Coelo IV 4, 311 b 1-13.
(154) Il n’y reste pas toujours fidèle ; ainsi Méféor. I 12, 348 a 9 (3) : l'or surnage par sa ténuité prrpouépera ; les gouttes d’eau tombent quand elles sont assez nombreuses ; c’est revenir au sens commun qui fait appel au mécanisme du poids proportionnel à la grosseur (n. 102) ; par suite à une qualité occulte (un corps ne tombe pas parce qu’il n’est pas assez pesant).
(155) 5, 312 b 7-13. Les commentateurs introduisent une force spéciale : Alexandre (Themistius, Phys. 241) parle d’une espèce de colle, Simplic. (723, 28, 36) d’une espèce de soudure qui réunit les surfaces de l’air et de l’eau sous l’action de l’aspiration ou de la chaleur. Cf. Duhem, Syst. Mondel, 328 sq. — Cette expérience aurait pu servir à démontrer que les éléments intermédiaires ont aussi bien légèreté que poids dans leur lieu propre et supprimer la dissymétrie constatée n. 149 ; c’est en effet le phénomène inverse de la chute de l’air ou de l’eau quand où soutire leurs points d’appui (312 b s); Aristote semble prévoir cette explication et s’y refuse (b 8-10) ; cela prouve que les expériences d’ascension étaient moins familières que celles de chute, peut-être par une influence latente de la théorie atomiste (cf. 312 b 19-25). La traction est exprimée par le verbe çràv et sa force est mise en comparaison O&rrov avec le mouvement de chute de l’eau (312 b 10). Au contraire, le rapport du poids à la cohésion du milieu (6, 313 b 6 fin) est plus net (voir n. 62) ; toutefois, les expressions « plus facile à diviser » (b 11),
dd LIVRE PREMIER
tente de la qualifier de violente (156). La force est donc de nature essentiellement qualitative, elle n’est rattachée à la quantité qu'indirectement et secondairement (157) d’ailleurs sans que ce lien soit suffisamment démontré (158).
Si donc Aristote part d’une représentation du monde analogue à celle du sens commun qui le découpe en choses séparées dans l’espace, il faut reconnaître dans la théorie des éléments au de Cælo un effort pour atteindre le système de forces, rationnellemient conçu, quoique non reconstruit & priori qui rend compte de la vie de l’Univers et explique les phénomènes.
Toutefois, cet effort n’a pas atteint son but avec la théorie de la gravitation ; l’attraction d’un corps, dirigée non pas vers son lieu, mais plutôt vers l’état où il sera quand il aura occupé son lieu, ne va pas au fond des choses. Remarquons, en effet, en premier lieu que, bien que ces éléments soient des substances, ils ne sont pas éternels en soi, et bien qu’irréductibles les uns aux autres dans leur nature, ils sont engendrés les uns des autres (159), ils apparaissent ainsi, dès maintenant, plutôt comme les moments d’un cycle que comme des choses, tandis que la pesanteur et la légè-
« plus incorporel » (Phys. IV 8, 215 b 5), « présentant moins de résistance ». ({b. b 11) ne signifient pas une intention bien nette de quantifier la force de cohésion (cf. G. Sorel, Uf. Pr. 262, 1 ; contre Duhem O7. Sé. I.) ; d’ailleurs il s’agit là du problème secondaire (p. 14) de la détermination de la vitesse par la figure.
(157) Cf. n. 64 sq. et de Coelo III, s (on ne peut définir les éléments par la grandeur ni par la figure IIT, 8). La conclusion du livre III, (8, 307 b 8) montre bien le point de vue dynamiste d’Aristote : les différences essentielles des corps sont selon les affections, les œuvres et les puissances.
(158) Ainsi dans l'interaction des corps, un petit corps peut très bien n’avoir aucune action là où un plus gros agit (Phys. VIII, 3 — note 83). Et, dans le mouvement propre des éléments absolus, il n’est jamais expliqué pourquoi une plus grande quantité de feu monte plus vite ; il se mêle, sans doute, dans cette proposition la confusion signalée n. 102.
(159) De Coelo Il, 6 et 7. Cf. IV, 5.312 a 30-32 : les éléments ont une matière unique, précisément parce qu’ils s’engendrent mutuellement.
reté se rattachent à chacun de ses moments; on peut ainsi dire (160) : « Quand l'air est engendré de l’eau et le léger du lourd... ». Audessous du lourd et du léger, il ya donc un ordre de changement plus profond dont les mouvements étudiés jusqu'ici ne sont que le développement. Le |
En second lieu, si le lourd et le léger semblent avoir en eux le principe de leur changement (161), c’est surtout par rapport aux autres espèces de changement, mais ce n’est pas exact à la rigueur : on démontre, en effet, dans la Physique (162), que tout ce qui est mû par nature n'est pas forcément mû par soi. Aucun être inanimé n’a en soi le principe de son mouvement, car alors on ne le distinguerait pas des êtres animés, il aurait notamment la capacité de s'arrêter soi-même et ne serait pas assujetti à un mouvement unique (163). Pour le comprendre il faut faire une distinction parmi les causes (164), et pour cela il faut au préalable distinguer trois degrés dans l’existence d’un corps simple ; le feu, par exemple, est d’abord purement en puissance, dans l'air; puis il y a le feu réalisé à qui il manque seulement d’être dans son lieu ; enfin il
(160) IV, 3.3114 1. Voir Part. An. Il, 1,646a 18 : la pesanteur et la légèreté drohoufet aux qualités naturelles.
(161) IV, 3.310 b 24-fin du chapitre. ?
(162) Les textes principaux sur ce point sont : Phys. VIII, 4.254b 32-255 b31: Il s’agit de montrer (dans le ch. 4) qu’il faut distinguer entre le moteur et le mû (tout mû est mû par quelque chose) cf. Hamelin, Syst. 326-327. De Coelo IV, 3.31149-fin du ch., où l’on a cherché la raison des mouvements de gravitation. Voir aussi de Coelo II, 2, début 285 a 1. C’est, sans doute, au passage de la Phys. que renvoie Simpl. Phys. 287,12 et que Diels (ib) oublie.
(163) Phys. VII, 4.255 a 5-12. Contrairement à ce que prétendent Alexandre (Simplic. 1210,11) et Hamelin (nofes particulières) le 3£ de a 10 indique bien un argument nouveau, ou tout au moins une progression (Simplic. 1210,3) dans l'argumentation. Zb. a 12-18 : ce qui, sous le rapport qui nous occupe, sépare l’inanimé de l’animé, c’est qu’on ne peut distinguer dans la nature homogène et non organisée de l’inanimé un agent et un patient (sur la nécessité de cette distinction, voir n. 651 sq.). Voir en outre de Coelo II, 2.284b 35.
(164) Hamelin (notes part.), d'après Simplic. 1211,8 : «car les unes agissent par le contact comme tel, mais il y en a d’autres qui agissent par l’actualisation d’une puissance. » Il semble plutôt qu’on doive distinguer entre la cause qui fait passer à l'acte la première puissance (qui transforme l'air en feu), et celle qui actualise la seconde puissance, et qui est une cause circonstantielle.
y a le feu en acte dans son lieu. Nous mettrons à part fa cause par laquelle est supprimé l’obstacle qui empêchait le feu réalisé de gagner son lieu (165). Le mouvement centrifuge qui se produit aussitôt après la suppression de l'obstacle (166) n’est donc que la suite de celui par lequel l’agent véritable fait apparaître dans le feu en puissance, c’est-à-dire l’air, qui, à ce titre, est matière du feu, la forme du feu, par exemple en changeant l’humide en sec; si nous attribuons au lourd et au léger le principe de leurs mouvements, c’est que nous ne faisons attention qu’à ce deuxième moment.
Quel est donc cet agent supérieur aux forces de gravité et de légèreté, et dont celles-ci tiennent leur activité ? Dirons-nous que la vraie cause qui transforme l’air en feu, c’est, par exemple, la masse de feu où cet air se trouve transporté et qui l’assimile selon un déterminisme que nous étudierons plus loin (167) ? Cette réponse suffit à la rigueur pour résoudre la difficulté à propos de laquelle s’est posée la question, et comme telle, au 8": livre de la Physique, il semble bien qu’Aristote s’en contente (168). Mais il faudra toujours se demander d’où vient la force motrice du feu, qui n’est pas un élément éternel et la difficulté revient. Force est donc, : en dehors de toute indication directe, d’adopter dans sa partie générale l’interprétation d’Alexandre, admise par Themistius et Simplicius qui la rapporte (169). On peut encore dire que la nature est principe de mouvement en ces choses, pourvu que l’on
(165) Cette cause circonstantielle n’a pas une efficience très nette, elle est plutôt cause par accident (Phys. VII, 4,256 b 24-29) ; nous verrons qu’elle joue cependant un grand rôle dans le système.
(166) 255 b 10 : edôvc.
(167) Voir n. 248 sq. Les principaux textes sont : Gén. corr. I, 10.328 a 30 ; I, °4.331a 20. Météor. IV 2.379 b 33.
(168) Au moins dans la Phys. Le texte du de Coelo IV, 3 fin est plus vague. Le moteur, dit-il, c’est soit la cause qui a enlevé les obstacles, soit « ce qui a produit &£ apyñc. »
(169) Alexandre (Simplic. de Coelo 387,7), Themist. (de Coelo 220,4), Simplic. (de Coelo 383,34. Phys. 1217,35 sq.). Simplic. (de Coelo 379-32) en profite pour critiquer l'identification admise par Alex. entre l’âme et la nature dans les sphères célestes (cf. n. 650).
distingue la motricité et la mobilité, le mouvement comme action et le mouvement comme passion ; le corps naturel inanimé n’a par soi que la capacité d’être mû, non de mouvoir, de même que celui qui a des dispositions pour la philosophie, s’il devient philosophe, est bien principe de sa propre génération mais n’est pas pour autant capable de rendre un autre philosophe. On comprendrait donc très mal la gravité et la légèreté si l’on pensait que la nature des corps lourds ou légers se suffit à soi et suffit à expliquer le mouvement qui en sort; certes, dans la pratique de la physique, on peut les traiter comme telles, mais ce positivisme n’est pas le dernier mot de la connaissance ni de la philosophie d’Aristote ; au fond, ces forces ne sont que matière pour une cause supérieure d’où elles tirent leur activité (170).
Nous ne chercherons pas pour le moment quelle est cette cause supérieure (171), imitant en cela Aristote, qui en suggère l’existence sans la préciser ; nous: nous contenterons de montrer que la position d’une telle question éclaire certains passages obscurs que nous avons rencontrés. Ainsi, le mouvement de gravitation suppose une cause effciente, le gravifique et le lévifique (172); une telle cause n’est certainement pas le mobile comme tel, car la nature du mobile n’est rien d’actuel ; le mobile en tant que mobile n’est que puissance, et le rôle du moteur est de l’actualiser en lui donnant la forme dont il n’est que la matière (173). De même, à la question (174): pourquoi le feu est-il transporté si haut ? la réponse donnée n’est ni directe, ni, semble-t-il, complète. Se poser cette
(170) Cette expression se légitime par le rapprochement des deux textes suivants, sur lesquels nous reviendrons. Phys. VIII, 4.255 b 29. Le corps pesant a le principe du mouvement, non du mouvoir ni de l’agir, mais du pâtir. Gén. corr. II, 9.335 b 30 : Le pätir et l’ «être mû » sont de la matière, le mouvoir et l’agir d’une autre puissance (Suvéuews). Voir n. 839.
(171) Que Simplicius trouve dans le surnaturel ; conformément à son néoplatonisme (par ex. Phys. 1218, 18).
(172) De Coelo IV, 3, 310 a 29-32.
(173) Voir n. 133 et not. Phys. II, 2.
(174) De Coelo IV, 3.
question, dit-il (175), c’est comme si l’on se demandait pourquoi le guérissable évolue vers la santé et non vers la blancheur. Cela signifie-t-il qu’il faut borner la recherche à cette donnée du lourd et du léger considérés comme des faits et des définitions (176) ? Mais alors, Aristote lui-même n'aurait pas suivi cette règle, puisque nous l’avons vu essayer de ramener l’existence des mouvements élémentaires à d’autres principes, soit aux lieux, soit en utilisant des raisons de symétrie. Nous croyons que dans le passage en question, Aristote veut d’abord montrer que le lourd et le léger sont des forces spécifiques, premières et irréductibles à d’autres et notamment l’une à l’autre (177), et ensuite qu'un lien de parenté réunit les divers mouvements, à savoir la notion du passage de la puissance à l’acte (178), c’est-à-dire cette condition générale des phénomènes sublunaires qu’est l'insuffisance du mobile et la nécessité d’un moteur ontologiquement supérieur.
Bien qu’Aristote ne l'indique jamais explicitement, peut-être parce que la recherche n’est pas pour lui d'ordre physique, peut-être parce qu’il n’est pas en état de la mener à bien, nous croyons que cette idée est présente dans tout le chapitre 3 et notamment à la
fin (179).
(175) 310 b 16. Le 5e de b 16 nous paraît préférable au 54 que préconise Alex. (Simplic. de Coelo 701, 30), car il s’agit bien ici d’un autre argument, destiné à prouver, par comparaison avec les autres changements, que les mouvements rectilignes sont des passages de la puissance à l’acte (cf. n. 178).
(176) Rivaud, n. 963. Certes, d’une façon générale la forme ni ne s’engendre, nine se démontre (voir n. 1016). Cf. Brunschvicg, Exp., 148 (Cf. n. 178).
(177) Comme il l’a indiqué contre les Atomistes à la fin du ch. précédent. Cf. 309 b 27 : Quelle est la cause d’un tel mouvement ?
(178) Cette notion est moins nette pour le feu parce que le nom ne contient pas, comme l’éyiaorév, la fin: 5yieix. Selon les auteurs cités n. 176, il faudrait sous-entendre : la montée verticale du feu n’est « pas plus » à expliquer que le changement du guérissable est guéri. Il faut plutôt considérer, avec Simplic. 701, $, que c’est un. nouvel argument destiné à confirmer, pour la pesanteur et la légèreté, l'explication par l'acte et la puissance.
(179) Dans le chapitre précédent, ika montré (308 b 28-309 b 17) que le plein et le vide, hypothèse d’ailleurs supérieure à celle de Platon, échouait à expliquer les différences de qualités, qui sont absolues et indépendantes de la: quantité, entre certains corps ; maintenant (%x1ù uñv 309 b 19), si l’on attribue au vide une nature
Reste donc, pour le moment, à étudier le premier point signalé plus haut par où le lourd et le léger apparaissent comme ne se ‘suffisant pas, comme étant des moments dans un enchaînement de générations ; c’est ce que fait Aristote au deuxième livre du de Generatione (180). |
| On sait (181) que cette seconde déduction repose sur la distinction des qualités tactiles chaud, froid, humide, sec, et sur leur couplage, après élimination des couples de qualités contraires (182),
centrifuge, outre que l'explication des choses composées (b 20, qui requerront dans la véritable théorie deux natures nouvelles, celles des intermédiaires) reste difficile, il se pose la question générale du pourquoi de ces deux mouvements (b22, b27).
C’est la question du ch. 3; elle est résolue d’abord (310 4 20-b 1) par la théorie générale du changement qui pose la relation dynamique d’un mobile à une forme, spécifique dans chaque changement. Puis (310 b 1-16) cette notion de forme permet d'interpréter certaines théories des anciens. Mais la question du début est posée de nouveau (310 b 16). Pourquoi est-ce le feu qui est transporté en haut (s. e. étant donné qu’on vient de démontrer que le mouvement centrifuge est la conséquence d’une nature) ; il suffit d’attribuer au.feu une telle nature, bien que cette attribution ne soit pas indiquée ni par la terminologie, ni, jusqu’à présent (nous trouverons plus loin, n. 301, un essai d’explication), à rien d’autre ; il reste donc quelque chose d’arbitraire dans la thèse, en ce que le lien n’est pas établi entre le feu comme répondant à la nature centrifuge, et soit le feu au sens vulgaire, soit le feu comme composé de telles qualités. Ici (3100 24-311 4 1) une remarque incidente, en apparence, et destinée à distinguer le mouvement local des autres mouvements, mais capitale puisqu'elle porte sur le principe du mouvement, n’aboutit cependant qu’à une solution incertaine (n. 159-160). Puis (311 4 1-9) est résumée la solution générale, Enfin (a 9-fin) vient la question du moteur, dont la solution reste incertaine (n. 175).
(180) Dont les conclusions (ou au moins les faits expérimentaux qui les fondent) sont supposées dans le de Coelo, notamment (II, 7.305 b 22; IV, 4.311 b 1, 5, etc.).
(181) Les principaux textes utilisés dans ce paragraphe sont : de Coelo II, ret2; Gen. Corr. I, 1-5 : Etude des différents changements du point de vue dynamiste. De Coelo I, 3-8; Gen. Corr. Il, 1 : Etude de la notion d’élément, en relation avec cette notion du changement. Gen, Corr. Il, 2-7: Tableau des quatre éléments.
(182) Gen. Corr.Il, 2-3.
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et se trouve d’accord avec les quatre corps que l’expérience donne comme simples (183). Le but d’Aristote est d'atteindre les principes du corps sensible, afin d’expliquer, outre les mouvements locaux, les autres changements (184) ; nous aurons donc à considérer des éléments se mêlant et se transformant mutuellement, par suite actifs et passifs mutuellement : deux points à mettre successivement en lumière, bien qu’Aristote n’établisse pas nettement cette distinction (185).
C’est d’abord l’ordre de génération des éléments ainsi i formés les uns à partir des autres : pour ceux qui ont une contrariété et une qualité identiques (186), la transformation est facile et rapide ; pour ceux dont les deux qualités sont contraires (187), elle est plus difficile et plus lente. On obtient une classification en série, qui se traduit par un ordre de génération circulaire entre les éléments : terre, eau, air, feu, terre (188), etc.
(183) Gen. Corr. Il, 3. 330 b 3; l'air paraît cependant humide ; mais (Philop. Gen. Corr. 224, 15) il est mis avec le feu comme léger, produit par la chaleur, enfin par symétrie.
(184) Sans la transformation mutuelle des éléments, l’altération est impossible (Gen. Corr. I, 1. 314 b 17). Cf. IL, 1, 329 b 2 ; 4, début : première partie de la Critique d’Empédocle [à propos de la distinction de la génération et de l’altération]). Il montre ensuite (315 a 2-fin et IL, 1. 329 b 2) que pour être d'accord avec son propre système, Empédocle devrait admettre les transformations.
(185) Gen. Corr. II, 2. 329 b 22-24. (Le lourd et le léger ne sont pas des différences premières, car en tant que tels ils n’ont pas d’action sur les autres, ni n’en subissent [Philop. Gen. Corr. 215, 1 : le lourd n’alourdit pas ses voisins] bien que le contraire soit soutenu, Gen. Corr. I, 6. 323 a 9). « Or, les éléments doivent être actifs et passifs mutuellement, car ils se mêlent et se transforment mutuellement ».
(186) Gen. Corr. Il, 3. 331 a 23-b 4 (sôuéoha) : on retrouve ici les deux expressions Gärrov ai päoy fréquemment liées dans les Mech.
(187) Ib. b 4-11. Cf. b 6.
(188) La théorie de l’exhalaison sèche (Méféor. I, 4, voir n. 222) par laquelle on va de la terre au feu, sans passer par l’eau, n’est pas infidèle à cet ordre ; car l’exhalaison sèche est à placer entre la terre et le feu, comme étant du feu en puissance (Météor. I, 3.340 b29 [15]). On peut encore considérer selon la théorie de la combinaison des éléments deux à deux (voir n. 202) que la flamme est de la fumée brûlée et que la fumée est air et terre (Gen. cor. II, 3.331 b 24).
UTILISATION CONCRÈTE DE LA NOTION DE FORCE $f
Untel schéma permet une théorie de la génération qui sauve- Éarde ce qu'il y a de spécifique dans la notion de production; car, faire sortir les éléments d’un tout où ils préexistent comme dans un vase, ce n'est constituer qu’une génération apparente (189), d’où l'essentiel, le changement, est exclu. Aussi, la critique de Pindivisibilité de lélément est-elle d’une importance considérable (190); elle nous permet de dépasser cette représentation, d’après laquelle les éléments sont des choses irréductibles et opaques les unes aux autres, avec lesquels on ne peut invoquer d’autres modes de changement que la composition et la division ; or, c’est précisément au-dessus de cette représentation, qui est au fond celle du sens commun et du réalisme vulgaire et suppose l'essentiel du problème, qu'Aristote veut s'élever: Dès lors, nous comprenons que, pour obtenir une génération qui ne soit ni la composition d'éléments indivisibles, ni l’altération d’un sujet (mais au contraire rende cette dernière possible) (191), il faille être en possession
(189) De Coelo II, 7.305 b 1-26 : Il s’agit d'expliquer la génération des éléments, - dônt on a démontré au ch. 6 qu’ils n'étaient pas éternels. Les théories d’'Empédocle et de Démocrite ne peuvent rendre compte de la spécificité, quant au poids (b 1-10) et au volume (2 10-20) de l'élément - produit à partir d’un autre, par exemple l’air à partir de la terre ; en outre, (b 20-26) ils doivent admettre ou bien -que dans un morceau de terre, il y a de l’eau à l'infini, ce qui est impossible, ou qu’on peut arriver à vider la terre de toute l’eau qu’elle est supposée contenir, ce qui est contraire à l’expérience (cf. Sinplic. 635,25 et de Coelo LI, 4.303 a 24-29; Simplic. 612,26). Remarquer 305 b5 le sens nettement dynamiste de matière, opposée à vase, et que Simplic. (632,25) interprète justement comme puissance. CF. Phys. I, 4.188 a 14-fin: l’air ne vient pas de l’eau comme les briques de la maison (Bonitz. Méta. Il, 371).
(190) Gen. Corr. I, 2.315 b 24, que ces indivisibles soient des surfaces ou des points (316 a 14-b 14) ou des corps (b 14-3174 17), (la critique dirigée ici contre Platon et Démocrite ne fait pas double emploi avec celle du de Coelo, parce qu'ici elle porte sur la génération en général, non sur celle des éléments, et non sur les résultats de l’atomisme en physique maïs sur les raisonnements qui mènent aux grandeurs indivisibles [Philop. Gen. Corr. 34,8]). D’autre part, si l’atomisme entraîne l'explication mécaniste de la génération, la réciproque n'est pas nécessaire ; voilà pourquoi la question des indivisibles est importante æisïorov €t non ravri (Philop. /b. 25,5) Empédocle doit être mis, de ce paint dé vue, aux côtés de Démocrite, comme de Coelo I, 7.305 b 1.
(191) Ainsi qu'il le résume lui-même, Gen. Corr. I, 2, 315 b 15-24.
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; d’une loi de changement entre des éléments qui soient composés AS de termes de rapport, et c’est ce que semble être ce tableau des éléments, d’où nous pouvons déduire a priori l’ordre des changements et combinaisons (192). Nous disons que les éléments sont # composés de termes de rapport, et, en effet, semble-t-il, chaque æ élément étant défini par deux contraires est plutôt un point de ES. transition qu'une chose (193); la matière qui est leur sujet est” me incorporelle et inséparable (194), son unité est le corollaire de la it possibilité de transformation réciproque (195), et c’est encore la . possibilité du changement réciproque qui permet la comparaison quantitative des éléments (196). La représentation que nous avons de l’Univers est, dès lors, celle d’un flux perpétuel ordonné en ce que ses moments sont qualitativement et quantitativement déter-
; minés. | . Toutefois, une telle représentation du monde est plutôt suggérée qu’exposée nettement dans l’œuvre d’Aristote; il ne pouvait la mener à bien faute d’une théorie de la production que lui eût permise la distinction de la notion de force et de celle de substance.
(192) L'expression à priori ne devant pas ici être prise au sens rigoureux, c’està-dire kantien de conforme aux principes premiers de la pensée, considérés comme conditions de l’expérience, car pour Aristote une physique à priori ne saurait être que logique (Bonitz, Ind. 432 b 5-11), puisqu'il faut à des phénomènes sensibles des principes sensibles (de Coelo IT, 6. 306 a 15). Néanmoins, il y a chez lui l'intention de rendre un compte rationnel de l’expérience, füt-ce après coup, au moyen de principes intelligibles ou vraisemblables (cf. n. 144, 209 et 617).
(193) Voir notamment Méfcor. II, 3. 357 b 30 (21) : Pour expliquer la salure de la mer, Aristote considère le flux perpétuel des éléments, au milieu duquel seule reste constante l’idée de leur quantité et qu’il compare à un fleuve, ou à la flamme, dont il a dit plus haut IT, 2. 355 a 9, (9) que c'était une génération perpétuelle du sec à partir de l’humide (cf. Ideler I, $11 : micht ein Ding, ein Process). Il est vrai que la flamme n’est pas le feu (n. 201 et 250).
(194) Gen. Corr. Il, 1. 329 a 9-10, 25 (où il renvoie à des traités antérieurs). Comme nous le verrons, la matière première n’a aucune détermination, sauf peut-être celle d’être contenue dans le ciel, puisqu'il est dit (de Coelo, I, 9. 278 a 21 sq.) que le ciel la contient toute, conformément au principe de la finité de l'Univers.
(195) De Coelo IV, 5. 312 a 32. Voir n. 980 sq.
(196) Gen. Corr. If, 6. 333 4 16-35, selon la quantité et selon la puissance.
On le comprendra si l’on remonte aux principes qui l'ontconduit à son tableau des éléments. C’est d'abord un principe d’intelligibilité, qui veut que le changement se produise de contraire à contraire (197), parce qu’une chose ne va pas de n'importe quoi à n'importe quoi, et qui suppose le principe de contradiction (198), selon lequel une chose n’est plus dans l’état d’où elle sort. Ensuite, conformément au principe de substance, les contraires ne sont que des qualités qui ont besoin pour exister d’un sujet d’ailleurs non séparable ni qualifié : c’est le sujet du chaud, qui devient froid, car le chaud ne saurait être sans contradiction le sujet du froid, pas plus qu'il ne devient froid. Il est nécessaire d’avoir ces principes, que nous étudierons plus loin, présents à l’esprit pour comprendre le sens et la portée du tableau symétrique des éléments et de leurs transformations. Ce tableau qui fait abstraction de la matière n’est qu’un schéma, une loi d’ordre. Considérons, par exemple, comment du feu sort l’air (199) : ces deux éléments ont entre eux une qualité commune, le chaud et le premier est sec tandis que le second est humide ; le tableau indique bien leur voisinage et que le changement se fait quand la contrariété du sec à l’humide se réalise, mais non pas où est le principe du changement; il n’y a aucune force dans la qualité comme telle, qui appelle à la réalité son contraire ; il faut, pour cette réalisation, que le sec soit dominé par l’humide ; l’expression xpareiv signifie bien que l’on est sorti du simple rapport de contrariété, quelle que soit la valeur ontologique qu’on lui donne, pour considérer un rapport de causalité et d’une causalité compliquée, puisqu'il s’agit d’une assimilation d’or- dre vital.
On le voit nettement, quand, après avoir établi la transformation linéaire des éléments, il aborde, sans transition (200), l'étude
{197) Gen. Corr. Il, 4. 331 4 12. De Coelo IV, 3. 310 a 29. Voir n. 885.
(198) Selon Alexandre ; voir n. 885.
(199) Gen. Corr. Il 4, 331 a 26-28; de la même manière de l'air sort l’eau, de l’eau la terre, de la terre le feu (a 28-b 4).
(200) 15. b 11. La flamme est air et terre (b 24-26) : voir aussi Météor. IV, 9. 387 b 31 (41).
de ce que produit la combinaison de deux éléments : ainsi de l'air et de la terre combinés sort le feu, si l’humide de l’air et le froid de la terre sont détruits ; c’est ce que montre l’expérience, car le feu est de la fumée enflammée, or la fumée est air et terre; on ne nous dit point comment les deux qualités, dont la destruction est nécessaire disparaissent, mais l'exemple nous montre que, le feu ne sortant de la fumée que grâce à une inflammation (201), la véritable puissance motrice du changement doit être recherchée dans la cause de l’inflammation.
Nous disons donc que le tableau des éléments ne nous fait pas pénétrer dans la réalité des productions concrètes ; aussi les spéculations qu’Aristote en tire, avec ce goût qu'il marque souvent pour les développements des formules, sont-elles entachées d’abstraction (202): dire, par exemple, que la combinaison de deux consécutifs ne produit rien parce qu’il ne reste, après perte d’une qualité en chacun qu’un couple de qualités contraires ou identiques, c’est raisonner dans l’irréel, parce qu’en fait la perte d’une qualité s'accompagne naturellement de l'acquisition de la qualité contraire, de sorte que de l’air et du feu peuvent très bien venir l’eau et la terre. Ainsi, ou bien l’on en vient à dire que tout élément peut provenir de tout autre (203), ou, si l’on veut une loi de l’ordre selon lequel ils se transforment, il faut se borner à la première : le changement est facile et rapide entre deux éléments consécutifs, plus lent et difhcile entre deux éléments contraires.
(201) Par exemple, (de Coelo II, 7. 289 a 28) l'air devient feu ia +hv xanynv rÿ xivhoe. Philop. Météor. 56, 24: Le vrai feu c’est le degré extrême de l’inflammation, quand il y a flamme.
(202) Voici le plan des discussions de Gen. Corr. Il, 4, 321 a 23-b 4 : Passage d’un élément à son consécutif. b 4-11 : passage d’un élément à celui qui a les deux termes contraires. b 11-26 : Passage de la combinaison de deux éléments contraires à un autre. (Cf. Météor. II, 4. 360 a 21 (8) n. 214). b 26-35 : Stérilité d’une combinaison de ce genre appliquée à deux éléments consécutifs ; par ex. b 30, le feu et l'air, si le sec du feu et l'humidité de l'air sont détruits, donnent deux chauds, et si le chaud est détruit dans les deux donnent le sec et l’humide. Nous suivons le commentaire de Philop. (Gen. Corr. 233-234); cf. 236, 15 ; il faut considérer cette transformation ar’ ëmivorv.
(203) 332 a 1 : conclusion du ch. 4.
- L’intelligibilité du tableau des éléments reste donc superficielle, elle ne pénètre pas jusqu’à leurs principes dynamiques, lesquels sont admis et non encore expliqués. Voici comment nous pouvons en ce moment les distinguer : il y a d'abord la matière sous-jacente aux éléments, qui n'étant ni un corps individuel, ni une substance comme une autre (sans quoi la génération n'aurait pas à être si soigneusement distinguée de l’altération) (204) apparaît comme une loi de changement pour tous les êtres dont elle est le sujet; mais sur le rapport qui unit à la matière les formes, union qui constitue les éléments (205), nous n’avons aucun renseignement; c’est un problème qui dépasse la physique et doit être étudié plus tard. Ensuite il y a les principes de l’action et de la passion mutuelle des éléments (206); ce sont certaines qualités, déjà invoquées au moment de la détermination du tableau, et qu’il nous faut étudier maintenant.
Parmi les propriétés qui sont appelées tantôt causes des éléments, tantôt éléments elles-mêmes (207), il faut distinguer les actives et les passives (208), les premiers étant le chaud et le froid, les autres le sec et l’humide. Cette distinction est fondée en premier lieu sur des faits d’expérience (209) : ainsi le chaud et le froid déterminents soudent, transforment les choses homogènes et hétérogènes, liquéfient, déssèchent, durcissent, ramollissent; en second lieu, sur les définitions qu’on en donne (210), qui d’ailleurs sont d’accord avec
(204) Gen. Corr. I, 2. 317 a 17-fin du ch. Voir n. 184.
(205) Gen. Corr. Il, 1, 329 a 32-b 2. Il faut distinguer les éléments eux-mêmes qui sont des choses qui changent et se transforment les uns dans les autres des contrariétés qui ne se transforment pas.
(206) Gen. Corr. II, 2. 329 b 16-24. Voir n. 185.
(207) Météor. IV, 1. 378 b 11; (1). Gen. Corr. II, 3 début; c’est le terme Süvauuc qui signifie le plus souvent propriété ; il appelle éléments les contrariétés (Philop. Gen. Corr. 224, 3. Les textes principaux sont Gen..Corr. II, 2; Méïcor. INPCI/1. 275).
(208) Météor. IV, 1. Gen. Corr. I, 2.
(209) Météor. IV, 1. 378 b 14, (2) (Ideler. I, 394) Cf. Météor. IV, 3. 380 b7 (8) [ouveoréva]; 10. 388 a 21, (3). Phys. VIIL, 7. 260 b 8-0.
(210) Météor. IV, 1. 378 b 20; (3). Gen. Corr. II, 2. 329 b 24-30 : le feu rassemble (suyxpivov) les choses homogènes, contrairement à l'opinion vulgaire
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ces faits et s’en inspirent et qui posent le chaud et le froid comme des facultés de rassembler et de dissocier ; au contraire, l’humide et le sec se définissent relativement à leur faculté d’être délimités. Voilà donc effectuée une synthèse, encore bien précaire, entre une qualité et un mouvement local. Etudions de plus près la fôrce qu’Aristote appelle le chaud, en laissant provisoirement de côté l'explication de la production de la chaleur, qui fait appel à l’action des astres (211).
L'action la plus nette de la ÉhAARE Ga) est la production des deux exhalaisons, vaporeuse et fumeuse, qui sont des transformations de l’eau et de la terre (213) ; la première est chaude, humide et relativement lourde, c’est de l’air en puissance; la seconde est chaude, sèche et légère, c’est du feu en puissance (214). Cette dou-
qui interprète faussement la fonte des métaux (Philop. 218, 6); le froid rassemble tout (oœuvéyov xai œuyxpivov). — b 30-32: l’humide est sans limites déterminées quant à sa configuration propre, maïs est facile à délimiter, le sec tout le contraire. Ainsi, chaud et froid signifient une action, sec et humide, une passion. (b 25). Cf. Meétéor. IV, 1. 379 a 10; (8) : le sec est déterminé &p{oôn par l’humide sous l’opération des actifs.
(211) Philopon (Méféor. 120, 28) qualifie le mouvement du soleil de cause physique. Voir n. 565 sq.
(212) « Par la puissance du chaud ». Météor. I, 9. 347 a 8, (7); les faits expérimentaux correspondants étant, sans doute, l’ébullition de l’eau et l’inflammation du bois vert (Philop. Méféor, 55, 15).
(213) Météor. I, 4. 341 b 11, (2). Au lieu de 6epuéy, Ideler lit xoùçov (1, 365) [cf. n. 223].
(214) Ib. 3, 340 b 28, (15): en puissance comme du feu ; 8. 345 b 33, (11): ayant la puissance du feu. Au contraire, Méféor. II, 4. 360 a 23, (8), la vapeur est dite humide et froide, froide à cause de sa parenté avec l’eau d’où elle sort ; cette proposition sert à montrer comment l’air sort de la composition de la vapeur et de la fumée, qui est chaude et sèche, par perte du froid et du sec (comme cela est prévu Gen. Corr. 331 b 14); il s'agit, d’ailleurs, ici de l’air qui est autour de la terre, mais cette remarque ne résoud pas la difficulté, quoi qu’en pense Ideler I, 547-8 ; peut-être faut-il admettre que cette vapeur est froide par sa matière et chaude par son acte et sa force d’ascension ; d’ailleurs Aristote reconnaît (Méféor. IT, 4. 359 b 30, (1) que la terminologie n’est pas nette. (cf. Gen. Corr. II, 3 330 b 4) et il n’y a rien là d'étonnant puisque chaque terme est en puissance non contraire, le sec étant d’ailleurs toujours en acte avec l’humide Météor. IL, 4.
359 b 32), (2); IV, 9. 387 a 29, (33) ; 4. 382 4 3, (4).
ble transformation, qui va expliquer l’ordre et la production des
phénomènes de l'atmosphère (215), est présentée comme un fait.
L'ordre qu’elle observe est sans doute donné par la table des élé-
ments, qui montre que la terre peut se transformer directement en
feu et l’eau en air, pourvu que le froid de chacun de ces deuxéléments soit dominé par le chaud (216); ainsi se produisent des
transitions entre les éléments dontelles assurent la continuité (217);
mais comme les éléments eux-mêmes, ce sont des moments plutôt
que des choses ; du moins est-ce ainsi qu'il faut les interpréter, si
l'on veut en comprendrela production.
Considérons par exemple l’explication de la pluie; elle comprend deux phases : par la force dela chaleur, l’exhalaison humide est excitée et elle monte (218). Dans la première phase, l’humide de la terre s’est transformé en vapeur et cette exhalaison n’est plus de l’eau puisqu'elle est chaude portant en elle la chaleur de vaporisation, à qui elle doit sa force ascensionnelle (219), elle n’a pas le
(215) D'abord par le mouvement naturel des exhalaisons, ensuite par leur interaction : quand l’exhalaison humide qui entoure la sèche se refroidit, il y a expulsion du feu, d’où les météores ignés Méféor. I, 4. 342 a 14, (10) ; IL, 6. 364 b 30 (21) ; 9. 369 a 19 (4) ; ou bien elle refroidit la sèche [la pluie abat le vent Météor. Il, 4. 361 a 1, (18)] ; ou bien l’exhalaison sèche dévore l’humide, fournissant ainsi la matière des comètes { Méféor, I. 7. 344 b 17 (8). Cf. Philop. 99, 22 sq.]; Cf. la théorie des vents Méféor. IT, 4. surtout 360 b 25, (15).
(216) Kpareïv (Gen. Corr. IT, 4. 331 a 28) Nuwäv (Philop. Météor. 55, 19 ; cf. 99, 29-30).
(217) Le vévos (Météor. I, 9. 346 b 32, (4) n’est pas un degré de plus entre l’eau et l’air dont l'intermédiaire véritable est l’écuéc ; ce n’est qu’une accumulation de vapeurs (Philop. 122, 30). D'autre part, l’exhalaison sèche semble contenir du solide (voir la distinction de l’exhalable et du vaporisable) Méféor. IV, 9. 387 b21 (37)-fin du ch.; Cf. Il, 5. 362 4 9, (6), et bien que le livre I des Météor. ne le signale point expressément, on peut le conjecturer de l’expression uevoonc yvüc (l, 9. 346b23, (2) appliquée à l’exhalaison humide; voir, de même, la théorie de la salure II, 3 et l’assertion de Philop. (Gen: An. 225, 29 ad Gen. An. V, 2. 782 a 24, théorie des poils frisés). D'ailleurs ces intermédiaires sont Faut des moments que des choses, comme les éléments eux-mêmes.
(218) Météor., I, 4.341 b5, (2)sq.
(219) Voir notamment Méféor., I, 10. Cf. Alexandre dans Ideler, 1, 364 : les deux exhalaisons participent à la chaleur parce qu’elles sont engendrées par la chaleur.
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temps de devenir air, si la chaleur qui est en elle la quitte (220) ; alors elle redevient eau et retombe (221), L’explication prend un caractère mécaniste du fait que la vapeur semble n’être qu’un mélange de chaud et d’humide et que ces éléments substantialisés permettent facilement une explication par séparation dans l’espace, d'autant qu’à chaque corps défini comme un couple de qualité appartient un mouvement local qui explique la seconde phase automatiquement. Mais ce n'est là qu'une apparence; l’union du chaud et de l’humide est bien plus profonde qu’un simple mélange; elle est le résultat de la domination d’une substance sur une autre(222)
et c’est là qu’est la vraie cause du pnénomène.
L’explication de la seconde phase n’est pas essentiellement différente. Nous touchons ici à l’un des aspects les plus caractéristiques de la physique d’Aristote ; l’activité du monde sublunaire entraîne une série de mouvements locaux très importants parce qu’ils permettent, non seulement l’obtention de sa forme à chaque corps, mais les rapprochements entre agents et patients nécessaires aux autres mouvements. Or, il rend compte de ces mouvements locaux, en identifiant les éléments déduits à partir des lieux à ceux que donne le couplage des qualités : ainsi le chaud tend vers le haut, mais parce qu'il est feu ; le-froid vers le bas car il est dans la terre et dans l’eau (223). Quelle que soit la valeur de cette identifica-
(220) Soit pour aller vers le lieu supérieur, soit vaincue par l’air et par le froid (Météor. 1, 9.346 b26, (3) sq. ; IL, 9.369424, (3); le froid étant lui-même quelquefois répercuté par la chaleur (IT, 4.361 a 2, (18) ; n. 241).
(221) Météor. I, 9, notamment 346b31, (3); 10.347a15,(1) eta 3x, (S).
(222) D'abord nous savons qu'aucun élément ne doit se déduire d’un autre par simple séparation. Voir n. 189. Ensuite il y a entre le chaud et l’humide un rapport d'ordre vital. Pas d’humide sans chaud (Gen. An., V, 3.783 a 37). Le feu se nourrit de tous les autres éléments (Gen. Corr., I, 8 fin ; cf. n. 288 sq., de là Ideler,
* Météor. I, 430 tire que le feu existe en tous). Sur la chaleur latente, voir Météor.
1, 10.347 a 14 : la vapeur contient le feu qui l’entraîne, et Ideler, I, 424 ; II, 463.
(223) Cette identification est posée dès le début des Météor. I,2.339 a 16, (2) (Ideler. I. 329). Cf. 3.340 b 19, (14) ; 4.341 b 6-12, (2). Aussi, croyons-nous qu’on peut très bien garder l’opposition (341 b 11; n. 213) du chaud au poids, d’autant que la chaleur est souvent présertée comme luttant avec le poids (cf 7h. 10.347414 [1] et a 31{5]) et pouvant se trouver vaincue ; d’où la rosée et la gelée blanche. Le froid est dit passif, parce qu’il est dans la terre et dans l’eau (Méféor. IV, 5-382b3, (4) ; 11.389 a 29-b 5, (3).
tion et bien qu elle soit toujours présentée plutôt comme évidente que comme démontrée, ce que nous devons en retenir c’est que la liaison de la qualité au mouvement se fait par l’intermédiaire de la substance ; quand il nous dit que l’eau, raréfiée par la chaleur, devient plus légère et s'élève, ce n’est pas une explication mécaniste, car elle suppose un jeu dynamique de natures : si l’eau est plus légère, c'est qu’elle est engendrée air et si Eañ s'élève c’est pour obéir à sa forme (224).
Telle est l’action de la chaleur dans le cas où elle est la plus claire, quand elle agit de l’extérieur sur l'humide; certes, ce n’est pas là une notion simple de la force et nous verrons bientôt qu’elle était encore plus complexe ; telle quelle, peut-être trouvera-t-on qu’elle met assez bien en lumière l'intention profonde d’Aristote, qui était de montrer en tout phénomène le résultat d’un changement de substances élémentaires et d'atteindre ainsi le dynamisme et ce qu’il appelle lui-même la vie de l'Univers (225). Quels sont
(224) Cf. Alexandre ad Météor. F, 4 ; dans Ideler I, 364 : telle est la nature du feu. Cette action du chaud a souvent le caractère d’un effort (cf. I, 10,347a31,[5]). D’autres fois, ce n’est plus qu’une poussée (I, 12.348 a 20, [s]). Nous verrons qu’il ne faut pas attacher une importance capitale à cette différence de terminologie. D'autre part, il est dit (Phys. IV, 9.217 b 11 cf. de Coelo III, 1.299 b 7) que le rare est léger et le dense lourd. Mais pour interpréter correctement cette affirma-
tion, il ne faut pas oublier (voir n. 147) d’abord que le rare et le dense sont définis par la quantité de la chose (de Coelo III, 1.299 b7) donc par la nature, ensuite que le passage de Phys. IV a pour but, précisément, de montrer qu’un être qui devient dense ou rare subit ce changement en vertu de sa nature, par un passage intrinsèque de la puissance à l’acte ; ainsi, le léger est rattaché au rare, par un lien d’ailleurs tout empirique, mais le rare est le résultat d’un dynamisme, non d’un mécanisme fondé sur l'existence du vide.
(225) C’est là, bien entendu, plutôt une tendance qu’une méthode et qu’il faut déceler dans des cas particuliers. Par exemple, l’explication d’une propriété statique comme la salure de la mer requiert un principe de changement dynamique, au lieu de faire appel au mélange de terres apportées par l'érosion (Météor, IL, 3). De même, l’explication mécaniste de l’éclair par Empédocle [Météor. IT, 9.369 b 12 (10)], des tremblements de terre par Anaximène [| Méféor. II, 7.365 b 6, (6,7)], laisse échapper les caractères individuels du phénomène : la mer seule est salée, les tremblements de terre ne se produisent pas partout, ils sont le résultat de la consommation par l’« élan du souffle » et le principe de l’exhalaison [IL,8 (35,36)], les jets de pierre et les vents n'étant que des accidents [II, 8.369 a 8, (so)]. De
donc les postulats d’une telle explication ? c'est d’abord la causalité inexpliquée du chaud sur l’humide, qui est bien conforme au tableau des éléments, mais que ce tableau ne saurait donner ; c’est ensuite la coïncidence des deux séries d'éléments ; autrement dit, il manque à Aristote une notion claire de la force comme mécanique, c’est-à-dire productrice de mouvement local et comme qualitative, c’est-à-dire productrice de mouvements locaux et qualitatifs. Sans nous demänder si la science moderne donne satisfaction sur ce point à la philosophie, et afin de voir si l’effort de rationalisation et d’intelligibilité, que nous avons remarqué déjà dans la théorie aristotélicienne du changement, aboutit à un résultat en ce qui concerne les forces de la nature, nous devons poursuivre l’étude des actions qualitatives plus complexes que les précédentes.
Nous venons de voir que dans le cas relativement simple de l’excitation de l’exhalaison humide, dès qu'Aristote s'élève au-dessus de la constatation d’un pur mécanisme, c’est pour faire appel à une causalité mal définie et d’ordre vital. Les autres modalités de l’action du chaud, bien que plus compliquées admettent une explication analogue. |
Le desséchement par ébullition se produit, quand la chaleur du liquide triomphe de la chaleur interne qui est toujours le support d’une certaine humidité (226), excrète l’humide et rend la chose plus sèche (227); au contraire, dans la coction sur gril, la chaleur sèche du feu attire à soi l'humidité et le rend sec (228);
même, l'éclair est irrégulier [II,9. 369 b 19 (12)]et, pourrait-on dire, historique. On ne comprendra pas ces phénomènes en supposant un élément préexistant qui les explique (ainsi, peut-être, pourrait s’interprêter, Méféor. II, 9.370 b 25 (20), cf. (15)|, mais en les faisant apparaître comme les suites des grands changements des : substances élémentaires (II, 9 fin). Ainsi on remonte à la production du phénomène, rétablissant la véritable succession du vent et de la pluie [II, 4. (17-18)], du tonnerre et de l'éclair (IL, 9 fin).
(226) Voir n. 222.
(227) Météor. IV, 3. 380 b 23, (12). Cf. 381 a 16, (20) (xparei, xxpaverau).
(228) Météor. IV, 3. 380 b 22, (11) (Exxerv, avaonäv). La coction sur gril est dite contraire à la coction par ébullition, sans doute parce que la première se produit sous l’action de la chaleur sèche, c’est-à-dire du feu cf. 381 a 23, (21) qui trans-
de toutes façons le discernement produit par la chaleur externe est le résultat de la lutte de cette chaleur soit avec la chaleur interne, qui, sielle n’est pas domptée peut se nourrir de l’humide externe, soit avec l’humide qu’elle assimile. Dans le premier cas, l’humide s’en va selon un processus que nous allons retrouver; dans le second, il est transformé, conformément aux changements élémentaires. | |
Dans le desséchement ordinaire, l’humide est détruit par évaporation (229), soit sous l’action de la chaleur extérieure, selon l'exemple évident du manteau séché, sous l’action de la chaleur interne qui, en sortant du corps, entraîne l’humide (230); cet entrainement est indiqué également dans le desséchement par putréfaction quand la chaleur s’évade, s’évapore et fait sortir par traction l’humide que rien ne rattache plus au corps (231); mêmes expressions dans l’explication du durcissement sous l’action du chaud ou du froid {232), de l’épaississement des mixtes de terre et d’eau (233). Expliquerons-nous ce départ de l’humide, en disant,
forme l’humide, la seconde sous l’action de la chaleur humide qui l’excrète cf. IV; 5. 382 b 20, (9). D’autre part, Aristote prétend que la coction par gril dessèche moins que l’autre parce qu’elle durcit la surface de l’objet et emprisonne ainsi l’humide 381 b 2, (23); or, il semble au contraire que la chaleur dilate ; mais cela est vrai que de la chaleur humide, non de la chaleur sèche. (Ideler. IT, 441, cite Gen. An. V, 3. 783 a 33 [et non 782 «4; en outre, ligne 3, lire Sr roÿ 6epuoÿ]); la vraie raison se trouverait, sans doute, dans la différence des substances élémentaires, feu et air.
(229) Météor. IV, notamment 5. ’Avañwüf ; auvekaritovroc.
(230) Par exemple Méféor. I, 10. 347 a 32 (n. 230) : L’exhalaïson contient le feu qui l’ertraîne. Probl. XXV. 21 : la chaleur transpire et entraîne l’humide ; cf. XXVI, 28. Mais le texte important sur ce point est Météor. IV, 5 : Remarquer les expressions (8), 382 D 20 : ouveéaruizovroc; dans l’ébullition, la chaleur interne par son départ suffit à la dessication (émomveoÿonc. Ideler. IT, 463). 6, 383 a 11, (4) antÉvToc ; (5) a 16 ; Éédyovroc; cuvamépysTu.
(231) Météor. IV, 1.379 a 23 (12) ; 10.388 b 10 (9-12) : étiévroc ; Eméyet ; Éhxouox ; or&y.
(232) Gen. an. V, 7.783 a 33. CI. a 36 ouvetépysrou; cf. V, 3.783 a 36 (comment les poils deviennent terreux) : dans la dessication le froid n’agit que par accident ; c’est le chaud oui est la vraie cause.
(233) Météor. IV, 6.383a 13-19, (5); 7, début et 384 4 14, (9).
avec Ideler (234), qu'il s'élève parce que la chaleur l’a rendu plus rare et plus léger. Mais, d’abord, cette explication nous ramène à l’action de deux substances élémentaires, ensuite elle est sousentendue par Aristote ; et, en effet, nous allons le voir indiquer dans de nombreux cas l’action telle qu’elle se passe, en négligeant de dire comment.
Par ces derniers exemples on remarque, en effet, que l’action de la chaleur est admise, mais plutôt comme substrat de l’humide que comme agissant sur l’humide et la véritable activité est donc rejetée dans ce qui chasse cette chaleur. Mais Aristote pousse encore plus loin la simplification et va jusqu’à négliger l’un des deux termes, chaleur ou humidité ; ainsi, un mixte de terre et d’eau sera dit desséché, simplement quand l’eau en sort (235), ou inversement ‘les mouvements de l’humide seront passés sous silence et il ne sera question que du chaud et du froid, notamment quand l’action du feu sur l’humide n’est plus très nette, par exemple dans la fusion des mixtes (236).
Un tel mode d'explication appelle deux observations. D’abord Pactivité du chaud n’est pas élucidée ; la fusion est expliquée uniquement par contrariété avec la solidification par le froid, laquelle est empruntée directement à l’expérience ; car si elle est indiquée directement à côté de la solidification par le chaud, tandis que celle-ci recevait pour les mixtes d’eau et de terre, grâce à l’action sur l’humide et le desséchement (237), un commencement d’explication, elle est acceptée de l’expérience de la glace. Ainsi, ou bien il n’y a pas d’explication, ou bien l’explication tend à devenir le
(234) IL. 463. L’humide est quelquefois chassé en deux temps : ainsi dans l'argile, il subsiste un moment à l’intérieur, d’où la déformation de certaines poteries pendant la cuisson. Méféor. IV,6.383 a 25, (7). Cf. la théorie de l’exhalaison IV, 9.387 b 31, (37). Ideler, II, 220.
(235) Météor. IV, 7.384 a 5, (7).
(236) Météor. IV, 6.383 a 7, (3). Les choses solidifiées par le départ du chaud fondent sous l’action du chaud quand il revient (6.383 a 26, (8); 8.385 a 33, (10).
(237) La solidification est desséchement (Méféor. IV, 5.382 b 1, (4) ; 7.38448, (8). L’explication ne vaut pas dans le cas de l’épaississement du mixte par l’eau et l’air (Huile, semence. Philop., Gen. An., 82,2). :
simple signalement de la présence ou de l'absence de l'élément. La force active est considérée comme une substance dont il suffit d’invoquer l'existence pour expliquer l’action ; nous aurons à étendre cette remarque à tous les éléments. ;
Ensuite, l’action du chaud est très souvent liée à une action du froid. En premier lieu, on nous dit que le froid est l'absence de chaud (238) ; toutefois, le froid qui est dit privation dans la Métaphysique (239) se voit nettement attribuer une nature dans l’étude spéciale que lui consacrent les Parties des animaux, et en effet il semble exercer parfois une action positive (240).
En second lieu, le chaud et le froid ont l’un sur l’autre une action spéciale : le chaud est expulsé par le froid (241); le froid, à son tour, est répercuté par le chaud (242). Cette opposition du chaud et du froid, tirée sans doute d’expériences communes (243) est
(238) Météor. IV, 1.379a 19, (11) (explication de la putréfaction). — Le froid, dans les tremblements de terre est produit par la disparition souterraine de l’exhalaison sèche et chaude Météor. Il, 8. 367 b6, (27). Pour la pluie, tantôt le froid provient du départ du chaud Météor., I, 9.346 b 27, (3); Il, 9.369a 17, (3), tantôt est répercuté par le chaud Météor. Il, 4.360 b 25, (18); cf. n. 232. Le froid, étant dans la terre et l’eau, est plutôt parmi les passifs IV, 5.382 b5, (4); 11.389 a 29, (3).
(239) Méta., À, 4.1070 b 12.
(240) Part. 4 Il, 2.649 a 18. — Ainsi le froid est dit Kpareiv (Météor. II, . 1.371a6, (set6) ; il a, nous l’avons vu, une action positive dans la condensation. De même, on part de Pédiôn du froid pour expliquer celle du feu dans la solidification et la fusion : Meétéor. IV, 6.383 a 26, (8) ; 8.385 a 31, (10). De même, la solidification par manque de chaud n’a pas les mêmes conséquences que la solidification par le froid Météor. IV, 6.383 a 26, (8).
(241) ‘’Exxpoÿera, éxbliééuevov. Dans l’incoction Méféor. IV, 3. 381 a 14 (20) ; dans le dessèchement par évaporation Météor. IV, 6. 383 a 13 (5) ; dans la formation des météores ignés, concurremment avec l’action des astres (Météor. 1, 4. 3424 1,(7) (Philop. Météor. 60, 31 et 62, 26) elle est d’ailleurs donnée, peu après, comme une simple poussée exercée par l’air condensé qui tombe (342 a 20 (11) ; Philop. 64, 5) ; dans la foudre II, 9. 369 a 22 (4), pour laquelle, d’ailleurs le concours par rassemblement (suv:6vrwv) des nuages semble nécessaire IL, 6. 364 b 31, (21) ; 9. 369 a 27, (5) et 370 a 29, (21).
(242) D'où la grêle (gvremspioraoic). Météor. I, 12. 348 b 2,(11)et 349 4 8,(20): la pluie (II, 4. 361 a 1, (18); le froid du vent du nord (Probl. XXVI, 28).
(243) La fraîcheur des caves, les puits qui fument par vent du nord, le refroidissement de l’eau dans les gargoulettes (Probl. XXIV, 13).
intéressante en ce que, bien souvent donnée en exemple de contrariété, elle se traduit ici par un mouvement local de répulsion, étant elle-même proportionnelle au contraste comme la vitesse de la transformation dont elle est cause (244). On peut essayer (245) de réduire cette opposition à n’être que le résultat de l’activité qui pousse le chaud et le froid en deux directions divergentes; on peut aussi interpréter certaines expériences en disant que le feu se concentre dansla terre, dont les pores sont fermés par le froid, pour en sortir l’été ; cette dernière explication, en apparence mécaniste, fait cependant expressément (246) appel comme la précédente aux relations dynamiques entre éléments, D'ailleurs ces deux explications semblent insuffisantes; les textes indiquent nettement entre le chaud et le froid une action positive, produite par la mise en présence des deux qualités et aboutissant à des mouvements contre nature pour chacune (247).
Il faut donc admettre que le chaud et le froid sont des substances (248) séparées dans l’espace. A vrai dire, on ne constate pas qu’Aristote ait cherché à relier d’une façon expresse sa théorie logique des contraires et de leur non-existence dans un même sujet, à cette répulsion physique (249). Nous devons donc considérer la théorie de l’action réciproque du chaud et du froid comme étant l'interprétation immédiate de faits d’expérience au moyen de notions contenant une idée non élucidée de force et se ramenant en définitive au commerce de deux substances incompatibles et même ennemies.
(244) Méteor. I, 12. 348 b 32, (17). Probl. XXVI, 28.
(245) Rodier, Sfraton, 69.
(246) Philipon ; Méféor. 126, 28 ; passage cité en partie par Ideler I, 237.
(247) Ainsi, les météores ignés sont dus non pas à une éxxauas, mais à une blque (E, 4. 342 a 2, (8, 9, 10). Philop. 64, 5). Une répulsion du même genre se retrouve entre les deux exhalaisons cf. Météor. II, 4. 360 b 25 (15); c’est à cela qu'il faut attribuer les différences des régimes de vent et de pluie en une même région. (Ideler 543-544) et même entre le sec et l’humide dans le corps humain 11, 2. 355 b 6, (14).
(248) Voir note 259.
(249) L’impossibilité de coexistence qui est attribuée aux contraires sert, comme nous le verrons, à démontrer la nécessité d’un sujet de la génération qui passe d’un contraire à l’autre, non l'interaction dés choses qui possèdent les contraires.
Reconnaissons donc que la force du chaud, quelle que soit la modalité de son exercice, a pour siège et origine non pas tant la qualité dite active que la substance feu. Or, s’il y a des difficultés propres au terme qui est le sujet du chaud (250), la question de
la substance ou comme Aristote dit parfois du corps des autres éléments est loin d’être élucidée (251). On peut dire que lorsqu'il invoque une propriété, il pense invinciblement à l’élément qui la porte. Dès lors, il est facile de mettre en lumière les conséquences de ce substantialisme.
(250) Notre feu n’est pas l'élément (Gen. Corr. II, 3.330 b 21-30 ; Météor. I, 3.340 b 23 [14]) ; cf. Philop. Gen. Corr. 228,28 ; Météor. 34,5 (il n'intervient pas dans la constitution des êtres, car il les détruirait ; c’est plutôt un mixte, comme la flamme I, 4.341 b21 (4)ou Peso secte (Philop. Météor 36,22) sur la flamme, cf. les deux textes : Gex. Corr. Il, 4.331 b24et Météor. 1, 4.341 b 22, cf. 3.340b23 et Waïitz, Org. I, 290. Or, le feu ne peut exister sans un sujet, qui n’est d’ailleurs pas toujours chaud par soi, comme le charbon ou la fumée. Part. an. Il, 2.649421, et qui en tout est un corps étranger (Gen. An. III, 11.761 b 18-21), sauf dans la région ër zñc oekhvnce Philop. (Gen. An. 160,13) semble ici contredire son explication de Météor. I, 3 (12) (Philop. Méféor. 30), justement critiquée par Ideler (Viwom. I, 346) touchant les confins du monde sublunaire, où l’exhalaison (xd Uréxxavua de Météor. I, 4) semble bien de plus en plus apte à être le sujet du feu pur, c'est-à-dire ayant forme propre (Gen. An. III, 11 b 19). |
(251) Il semble employer sans règle le mot qui représente la qualité et celui qui représente la substance. Il signale tien que l’une des quatre qualités peut-être considérée comme l'élément où elle domine et dont elle est la puissance (Hétéor. IV, 10,388 a 23 [3]); mais c’est plutôt un procédé de méthode, d’ailleurs variable selon le point de vue du moment ; comparer Gen. Corr. Il, 2,330 a 2, Météor.IV, 4.382 a 3 (4) : ainsi l’humide caractérise tantôt l’air, tantôt l’eau et devrait souvent se traduire par fluide ; Philop. (Gen. Corr. 230,22) essaie de concilier les deux points de vue en disant que l'air est plus diffusible, mais moins facilement que l'eau contenu dans ses limites ; 11,389 4 31, (3), « surtout »; ce dernier passage atténue la déclaration de Météor. IV, 5 (4): « Considérons que le corps de l’humide c'est l’eau». Ii ne faut pas prendre ici à la lettre l'expression cüux, puisqu’un peu plus loin IV, 8, (1) ; 10,(3) il déclare que le corps n’ést formé que par l’action des propriétés actives sur les passives. Il distingue nettement les éléments comme substances de leur &vaws. (Part. An. If, 1, début); selon Philop. (Part. An. 25,17), c'est parce que les substances semblent devoir se détruire par leur contrariété et ne pouvoir constituer les composés, ce qui est la question ; mais le même Philop. (Gen. Corr. 275,22) a montré que les éléments étaient contraires par leurs formes, c'est-à-dire leurs qualités (279,20 : selon les puissances formatrices). Aristote veut en réalité distinguer les forces fondamentales qui président à la composition, des forces dérivées de celles-ci (äxohouhoÿoiv, 4 18).
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x 1474 ARE 4) M NNE dl:
Si les éléments sont conçus comme des substances, il n’est pas étonnant que la séparation cesse d’être nette entre les qualités passives et les qualités actives ; le feu se voit opposer l’eau (252), à laquelle dans certains cas, est attribuée une efficacité directement contraire à la sienne ou même parallèle (253); aussi peut-on dire en général que le feu pâtit en retour (254). De même, le sec et l’humide agissent, d’abord l’un sur l’autre (255), et ensuite à
(252) Météor. IV, 11.389 b 16, (7) ; bien que l’eau soit parmi les passifs (Météor. IV, 5.382 b4, (4) ; et les contraires sont causes des contraires (IV, 7.384 b'2, 16). Il faudrait plutôt dire ennemi que contraire (voir la difficulté sur la contrariété des substances Gen. Corr. II, 8) cf. Philop. Gen. Corr. 275,22: les éléments ne sont pas contraires, mais leurs formes.
(253) Dans la théorie de la dissolution IV, 6.382 b A Fe 7.384 a 33, (15 et 17) ; 8.385 a 26, (9); de la combustion, l’humide qui est dans les pores résistant à l'invasion du feu 9.387 4 20, (30) ; le froid éteint l’exhalaison sèche, d’où abat les vents Météor. II, 5.361b27, (3) de même, d’ailleurs, que l’excès de chaleur. D'où la distinction de s6éoic et de uépavoic (Resp. 8.474 b 13-fin du ch.) dans l’étude de la destruction du feu (application aux êtres inanimés et animés).
(254) Gen. Corr. Il, 9.336 a 6: critique des physiciens matérialistes et mécanistes.
(255) L’humide agit d’abord en liaison avec l’eau, mais aussi indépendamment du froid ; ainsi, les sélaciens sont vivipares, bien que froids, précisément dans la mesure où ils sont humides, parce que l’humide est plein de vie (Gen. An. Il, 1.733 a 11) cf. Philop. Gen. An. 70,20 ; 71,8). De même, le sec agit en liaison avec le feu, et aussi, semble-t-il, indépendamment : l’absence du sec empêche l’eau de s’exhaler, elle ne peut que se vaporiser Météor. IV, 9.387 b7, (35) ; condensation de l’exhalaison chaude tx Enpérnroc (formation des métaux dans les pierres. Météor. III, 7.378 a 26 [4]). D'autre part, le sec et l’humide agissent l’un sur l’autre (Ideler II, 393) ; selon Gen. Corr. II, 8.335 a 1, le sec a besoin de l’humide, sinon il s’émiette (cf. Simplic. de Coelo, 724,1) et la domination du sec par l’humide semble être une première détermination du corps (Météor. IV, 1.378 b20, (3); 3794 8, (8) ;, 5.382 a 24, (1); 382b 1, (4). En outre dans la transformation du feu en air, et de l’eau en terre, le sec et l’humide doivent se dominer mutuellement, si l’on en croit la discussion de Gen. Corr. II, 4 (voir note 202). Philop. (Gen. Corr. 217,32) essaie de lever la difficulté en prétendant que cette action mutuelle est relative à la production des composés ; mais cette interprétation est relative au texte de Méféor. IV, 1.378 b19, (2) où le sec et l’humide sont dits agir non seulement dans les corps qu’ils composent, mais af’ adra. La causalité de l’humide et du sec n’est donc pas seulement immanente (Philop. 217,15) d’ailleurs leur action réciproque, qui est subordonnée à celle des qualités actives IV, 1.379 a 10, (8) leur est fréquemment réductible Météor. IV, 6.383410, (4) 8.384 b 26, (1) : l'épaississement qui a lieu par le départ de l’humide, est une éoÿacia du feu.
V tour Ainsi, après avoir voulu expliquer les activités des corps par des forces élémentaires, Aristote se laisse aller à considérer les activités élémentaires avec les concepts vulgaires par lesquels on se représente communément l’activité des corps empiriques.
” Voilà pourquoi l’image dominante qui préside à l'explication de l'interaction des éléments est celle de la lutte (256), elle-même
commandée par celle de l'assimilation. Nous disons que c’est une
image parce qu’'Aristote, comme nous le verrons, n’a pas rendu
Nr 4: É MA Me : ; . compte du principe de vie qu’anime cette activité. Cette influencé
substantielle, qui est le plus souvent appelée Süvaue (257), est proportionnelle à la quantité de l’agent (258). Ainsi, après avoir dégagé . la notion de force de celle de quantité, la théorie d’Aristote aboutit de nouveau à leur union ; assurément, ce n’est pas une faute en soi, mais la considération de la quantité est secondaire (259), or,
(256) Kpureïv. Cf. Simplic. Phys. 379, 32 : les qualités, pour se maintenir dans leur sujet, luttent (uéynv) contre leurs contraires ; il ne saurait être question d'inertie à propos de cette imagé. Elle ést particulièrement développée pour l’action du soleil sur l’exhalaison sèche Météor. I], 8. 366 a 16, (6) ; 367 b 28 (32). Probl. XXV, 4. 938 a 25. Cf. Ideler I, 544: Quasi victoria, (à propos de l’action des deux exhalaisons et de son influence sur le vent et la pluie. Cf. IT, 8, 368 a 9, (35) l’ « élan du souffle » agit en consommant la matière du vent qu'est le tremblement de terre. Sur la nutrition du feu, voir n. 222 et n. 288 sq.
(257) Voir Ideler. Index.
(258) C'est la notion d’&yxe; où sont confondus la quantité de matière et le volume, le volume étant l’objet d’une considération relativement secondaire, voir n, 147. — Chaque élément, si sa quantité était trop grande, dévorerait les autres Météor. 1, 3 : sur l’arrangement de l'Univers, notamment, 340 a 1, (6) et (7) ; Phys. IV, s, 204 b 10-23 : critique de l'infini. — Les forces de chaque élément sont liées, pour chacun, à une certaine masse et comparables entre elles Météor, I, 3. (8) ce qui suppose que les éléments se transforment entre eux selon ces masses {Gen. Corr. Il, 6]: — La proportionnalité de la force à la quantité est fréquemment invoquée dans les cas particuliers (p.ex. la destruction du chaud par le froid, pour la production, de la pluie Météor. I, 10 et 11, la combustion . Météor. IV, 9). — Remarquer l'expression (Météor, I], 2. 354 b 6, (2): « masse ramassée, qui est principe par la quantité » ; de même l’expression éroswoûv (Phys. HI, 5. 204 b 15), à propos de l’équilibre entre les puissances des divers éléments, selon leur quantité (critique de l'infini).
(259) Comme Aristote l'indique lui même fréquemment : Par ex. Gen. Corr. I, 2. fin : la quantité explique la facilité de l’action, non l’action; de même, les pores (1b. 8, 326 b 21, voir n. 706.
si l’on suit le sens commun, elle devient prépondérante et en vient à masquer entièrement celle de la production, d’abord parce que l'essentiel de celle-ci 2st enfermée implicitement dans la substance (260), ensuite parce que le sens commun juge de la force par l'effet produit (261) non comme cause productrice (262). Cette force substantielle est inséparable, dans son action, de la force étrangère qu’elle dompte et à laquelle elle est en un sens obligée de s’accommoder; Aristote, d’ailleurs, n'apporte aucune précision spéciale à l'établissement de cette réaction, dont la nécessité apparaît si l’on considère que l’action suppose une dualité, (dualité de la cause matérielle et de la cause efficiente) (263), principe sur lequel nous reviendrons mais que nous pouvons considérer en ce moment comme donné par l’évidence du sens commun. Nous avons vu cette réaction dans la lutte des éléments les uns contre les autres. Elle apparaît très nettement dans la formation des composés à partir des éléments et de leurs activités élémentaires. - Tantôt, notamment au livre IV des Météorologiques (264), cette formation nous est présentée comme l’action sur le sec et l'humide du chaud et du froid considérés tantôt comme agents, tantôt comme instruments et puissances d’un agent (265). D’une
(260) Ainsi, on en vient à soutenir qu’une différence d’éyxoc à l’intérieur d’une même nature suffit à créer entre les deux parties une action : la plus grosse dévore la plus petite cf. la häpavoic. Météor. II, 5. 361 b 21, (1) ; de Coelo IL, 6. 305 a 11.
(261) Ainsi, en étudiant le froid et le chaud, (Part. An. II, 2. 648 b 12 sq.), on jugera des degrés de chaleur par la quantité de l’effet produit.
(262) Ainsi il néglige l’idée capitale d’élasticité (voir n. 1109) : la masse suffit à expliquer l’augmentation de force par accumulation du corps : de l’air dans les cavernes : Météor. II, 8. 366 a 23, (7); 366 b 13,(14); 367 a 30, (24); 368 b 5,(42).
(263) Par exemple, Météor. IV, 5.382 a 27, (2) : il y a sept rhv Uany deux causes : l'agent et l'affection.
(264) Alexandre pense que le 4me livre est l’étude des composés, et comme tel devrait être rattaché directement à Gen. Corr. II ; mais les premiers livres des Météor. portent aussi'sur des composés ; les exhalaisons se formant par une action des éléments qui ne se distingue pas nettement de celle du livre IV. D'ailleurs, au point de vue des forces, il n’ÿ a pas de différence. Toutefois, si, comme éléments, l’eau et l'air sont moins purs que les éléments extrêmes (Ge. Corr. II, 3.330 b 30), ils n’en ont pas moins une nature spécifique irréductible (de Coelo IV, s).
(265) Météor, IV, 1.378 b31, (6); 37948, (8); 2.379b18,(3) ; 5.382431, (3).
À s È x UTILISATION CONCRÈTE DE LA NOTION DE FORCE 69
façon générale, les notions d’agent et de matière sont utilisées en
conformité avec l’étude générale qu’Aristote en a donnée et que nous trouverons en son lieu, mais n’apportent pas de lumière sur l’action proprement dite de l’agent. Toutefois, un point important est bien mis en valeur : c’est que la matièré n’est pas purement passive, qu'elle résiste à l'agent et que celui-ci doit s'y proportionner (266), sans quoi l’action ne se produit pas, ou mal, ou à l'excès (267). Par là, un même agent peut avoir deux effets con- traires (268), selon que la matière est disposée à le recevoir. [l y a bien là l’idée importante que l’action n’est pas tout entière concentrée dans l’agent et qu’elle est le produit d’un rapport; mais ce rapport est conçu ici entre des substances qu'on suppose existant et agissant ou pâtissant, de sorte que l’essentiel de l’action est postulé dans la conception de telles substances et non expliqué par leur mise en rapport qui développe seulement des possibilités préexistantes.
Tantôt la constitution des composés à partir des simples est attribuée au mélange (269), toutes les fois qu’il n’y a pas destruction
(266) Météor. IV, 1.378 b 33, (6). Les forces ou puissances actives doivent -avoir proportion avec la matière, à partir de laquelle (&x cf. 2.379 b 20, [3]). Dans cette théorie, comme il s’agit toujours de l’action d’un élément sur un autre, l’image de l’assimilation subsiste, mais par suite des notions d’agent et de matière, elle se combine avec d’autres empruntées aux arts, qui trouveront leur développement à propos des êtres vivants.
(267) Météor. IV, 1.379 a 32, (14): la résistance à la putréfaction ; la trop grande subtilité de l’exhalaison empêche l’inflammation, de même que son épaisseur (Philop. Météor. 111,16 ; les comètes ne se produisent pas près des tropiques) ; Méféor. 1, 8.346a 11; I, 7.344414, (2) ; elle doit être eÿxparoc. Philop. 90,24.
(268) Météor. I, 7.345a5, (11) : la chaleur suscite et dissipe l’exhalaison ; Météor. II, 8.366 a 17, (6) : le soleil suscite et dissipe les vents. Cf. IT, 8.368 a 19, (38) : le son varie avec le récepteur.
(269) Gen. Corr. Il, 7. 334 b 2-fin : après la critique de la théorie mécaniste de la composition des éléments. Cette seconde explication ne s'oppose pas à la précédente (on retrouve dans les Météor. la même condition d’équilibre ; ARS PEL TA 33, (6); elle est, semble-t-il, plus élaborée, grâce à la notion de mélange, dont l’idée est bien dans les Méféor., mais non mise en valeur (le terme même de uéerc s’y rencontre très rarement et dans des cas particuliers).
d'un élément par l’autre, c’est-à-dire quand leurs forces se font équilibre ; alors ils entrent en composition, perdant chacun leur pureté, dans une proportion variable qui constitue le caractère propre à chaque composé, et gardant leur essence puisqu'ils subsistent en puissance. Nous ne sommes pas encore au moment d’étudier l'effort intéressant qui se manifeste par cette notion du mélange ; constatons seulement que l’utilisation d’une telle notion ne fait pas sortir Aristote des mêmes difficultés; l’action n’est jamais expliquée mais seulement constatéé et interprétée. Il ne peut déduire à partir de ses éléments la production d’un seul homœæomère.
En résumé, l’action des éléments reste interprétée dan point de vue substantialiste ; en conséquence, le tableau des éléments, où l'effort vers une représentation intelligible du changement est si net, ne nous fait point pénétrer au cœur de la production; il y faut d’abord des images, empruntées à l’expérience de substances agissantes ; il y faut ensuite, comme nous venons de le voir en dernier, bien qu’elle n’y soit pas toujours explicite, l’idée métaphysique de puissance qui était déjà à la base du tableau des éléments dans la matière première. Au fond, c’est cette notion qui rend possible l’action des substances : pour qu’une substance agisse sur une autre, il faut que celle-ci la contienne en Quisane ou au moins son effet (270).