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Ce qui oppose le plus d'obstacles à la reconstruction si désirable de l'union américaine, à cette fusion qui satisferait tant d'intérêts à la fois, ce n'est pas précisément l'incompatibilité d'humeur entre le Midi et le Nord ; c'est le grand respect ou plutôt la vénération superstitieuse que l'éducation des Américains a fomentés et entretenus chez tous les citoyens, pour la constitution écrite des États-Unis.
Pour eux c'est quelque chose comme la parole de Dieu. L'étranger a beaucoup de peine à partager cet enthousiasme ; et de quelque côté qu'il veuille examiner ce document fondamental, il est forcé de convenir que la loi organique, si profondément vénérée par l'esprit pratique du Pensylvanien, par l'intelligence acérée du citoyen de la Nouvelle Angleterre et par le loyal et brave habitant de la Virginie, est loin de lui sembler suffisante et complète. Cette loi n'a pas encore cent ans de date ; et il lui manque le prestige que donne le temps. Elle n'est pas un produit du sol et ne procède pas de l'esprit anglais; on peut, au contraire, la regarder comme une plante exotique,
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née dans l'atmosphère artificielle de la France. A son origine elle n'était qu'un compromis; et depuis le jour où on l'a adoptée, elle a entravé le progrès des États-Unis. Les principes qu'elle établit sont en opposition directe avec la déclaration d'indépendance, admirable Charte dont elle se trouve accompagnée dans la plupart des livres de jurisprudence; car la constitution nie que tous les hommes soient libres et refuse à de nombreuses catégories de citoyens le droit au bonheur.
Que de fois et avec quel succès n'a-t-on pas cité la constitution, pour démontrer qu'aux yeux des fondateurs de la Repu blique, les esclaves noirs n'étaient pas des êtres humains ! La liberté, l'égalité n'existent que pour ceux qui ne sont pas nés dans le servage. Mais tout le monde sait que la déclaration d'indépendance résume les vues définitives des fondateurs, tandis que la constitution n'est que le résultat des compromis politiques du moment. Ceux-là mêmes qui l'ont signée désiraient qu'elle fût amendée un jour ou l'autre. On s'aperçut, dès la première secousse qui vint éprouver l'édifice politique, que la constitution était la cause de mille désastres. Elle a mis le pays dans bien des dangers; et il s'écoulera peut-être bien des années avant que l'on arrive à établir un accord entre la loi écrite et les faits accomplis, désormais irrévocables.
Puisque les Américains sont en train de défaire et d'amender leur constitution, ne devraient-ils pas se demander : « A quoi sert ce document? » Dans .les meilleures conditions, quand la lettre d'une constitution est vraie dans tous ses détails, quand sa morale se trouve en harmonie avec les desseins de Dieu, quand elle répond aux vœux et aux besoins du peuple au" nom duquel on l'a rédigée, elle se borne au fond à définir les faits. C'est une chose du passé, qui constate ce qu'un peuple a été, ce qu'il est. Mais une définition implique des bornes et des réserves. Pourquoi circonscrire dans une phrase étroite l'avenir d'un vaste continent? Une nation progressive est-elle autorisée à imposer des limites à son essor futur? De quel droit cette république libre se permet-elle de restreindre la marche des idées et des événements? Dans les Etats despotiques, où les hommes ne sont ni libres, ni égaux, où l'on ne compte pas
s'agrandir, où l'on n'aspire pas à la prospérité, une loi écrite, aussi immuable que celle des Mèdes et des Perses, peut avoir sa raison d'être; car sous un régime pareil un peuple ne saurait s'élever au point de n'avoir d'autre loi que sa propre volonté. Dans un pays comme l'Amérique, la constitution, pour être digne de ce nom, doit être une réalité, un fait positif, non une feuille de papier couvert de quelques phrases d'un sens douteux.
L'Angleterre n'a jamais eu de constitution. Comment en aurait-elle une? Son passé, ses actes, ses souffrances, voilà ses constitutions, parce qu'elle se compose de tout cela. A quoi bon raconter son histoire dans une douzaine d'articles? Qu'y gagnerait-elle, si ce n'est une paire de menottes? Il serait impossible de résumer en douze phrases tous ses principes de vitalité, dont quelques-uns sautent aux yeux, tandis que d'autres demeurent cachés. Aucun esprit ne peut se rappeler tout le passé, prévoir tout l'avenir.. Pourquoi ne pas se contenter de laisser vivre la nation? Quel homme jouissant de son bon sens s'aviserait de rédiger une constitution pour un jardin, d'enrouler une chaîne de papier autour des tiges d'une plante ? Et pourtant les citoyens établis sur un sol libre sont exposés à subir de plus grandes transformations que les arbres ou les fleurs. Qui donc songerait à inventer une constitution pour la chimie, l'astronomie, la physique? Là où il existe une force de croissance irrésistible, il faut agir avec progression, méthode et intelligence, au lieu d'établir une théorie définitive, une loi invariable.
Et quels avantages prétendez-vous tirer d'une constitution écrite? On craint que les citoyens n'oublient leurs principes politiques et ne renoncent à leurs libertés ; on veut qu'une attache de papier les empêche de s'égarer. C'est là la réponse habituelle. Mais voyez ce qu'implique cette crainte, et si tout ce qu'elle implique est juste. Comme les citoyens ne sauraient s'égarer qu'en obéissant à leur, caractère, à leur instinct, à leurs passions, vous vous trouvez obligés de supposer que votre constitution a une existence à part de celle de la nation; qu'elle est une abstraction politique, non une vérité morale et sociale. Si la constitution représente les opinions
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du peuple intelligent et tenace des États-Unis , si elle est le résultat véritable des actes passés et des idées actuelles de ce peuple, vous n'avez rien à redouter ; — on ne l'oublira pas, on ne le trahira pas. Si c'est un produit étranger, de quel droit l'imposez-vous à l'Amérique ?
Vu le respect qu'inspire aujourd'hui la constitution, je crois que l'on se hâterait de fermer la bouche à quiconque proposerait de l'enterrer décemment.
Mais l'heure de la délivrance viendra. On se borne, pour le moment, à réparer çà et là une œuvre fautive ; on cherche à en faire disparaître les plus mauvais articles, dictés par les propriétaires d'esclaves. Les radicaux seuls songent à mettre la constitution d'accord avec la déclaration d'indépendance. Tandis que les chirurgiens politiques sont à l'œuvre, ne devraient-ils pas se demander s'il ne vaudrait pas mieux enlever les parties malades ? Pourquoi ne pas abolir les restrictions gênantes? Pourquoi ajouter des étages à un édifice qui, de leur propre aveu, repose sur une base défectueuse? Ils savent que, sans la barrière qu'opposait la loi écrite, la défaite du général Lee aurait mis un terme aux désordres qui divisaient le Nord et le Sud. Pourquoi donc, en augmentant par d'autres compromis les statuts organiques, créer de nouvelles difficultés, contre lesquelles vos enfants auront un jour
à lutter? BtnooftUwtty
Dans quelques années, le Nord et le Sud seront unis comme naguère ; on ne songera plus aux droits des Etats et le noir aura trouvé son niveau. Une libre république ne saurait jouir du repos que goûtent tristement les* pays despotiques ; elle ne saurait allier la tranquillité de Pékin au mouvement de San-Francisco, l'ordre de Miako à l'animation de New-York. On peut prédire que l'avenir aura ses flux et ses reflux ; à une époque, l'opinion publique se déclarera en faveur de la séparation, de la liberté individuelle des États ; à une autre époque, on prêchera l'union, la fraternité, la soumission à un gouvernement central. Mais le flot politique roulera de l'Ouest à l'Est, de l'Est à l'Ouest, sans causer un second naufrage. On ne se fera plus la guerre pour savoir si *un État a le droit de se
retirer de l'Union contre le gré de ses voisins — les faits ont tranché cette question, que la constitution laissait irrésolue. Mais les passions se réveilleront et les orateurs se mettront en campagne sans toutefois tirer l'épée du fourreau. Ceux-ci défendront avec ardeur les droits de l'homme, tandis que ceux-là plaideront avec non moins d'éloquence en faveur du pouvoir des États. De ces deux causes, quelle est celle qui trouvera les avocats les plus furibonds ? Il serait difficile de le dire. D'un côté, on s'appuiera sur la liberté personnelle, de l'autre, on déclarera qu'il faut avant tout maintenir la puissance nationale. La liberté personnelle, la puissance nationale ce sont là deux forces immortelles. Un siècle combattra pour l'indépendance, le siècle suivant voudra la domination, selon que l'esprit saxon ou l'instinct de la race latine prévaudra. Lorsque ces deux forces se contrebalanceront — et alors seulement — la république sera à la fois aussi libre et aussi puissante qu'elle peut le devenir.
Quand les deux armées américaines se sont trouvées en présence après la prise du Fort-Sumter, le champ de bataille s'est agrandi, les adversaires ont arboré leur vrai drapeau. Quels principes la grande République adoptera-t-elle pour devise? Les principes de l'ancienne cavalerie, ou ceux de l'égalité? L'industrie sera-t-elle regardée comme une occupation dégradante? La Nouvelle Amérique sera-t-elle une nation esclavagiste ou une république libre?
La lutte allait en décider.
La bataille se livra à armes loyales sous les murs de Richmond. Des deux côtés on déploya un talent, une fierté, une valeur qui rappellent les assauts de Naseby et de Marston-Moor; les cavaliers furent vaincus ; le moyen âge tomba pour ne plus se relever.
Quand la déroute et l'incendie eurent calmé l'ardeur martiale des sécessionistes, des sentiments plus fraternels et plus pacifiques, qui n'avaient fait que sommeiller dans le cœur de ces soldats improvisés, reprirent le dessus. Un nouvel ordre de choses commença. Il pourra s'écouler des années avant que ce retour des Sudistes à des idées d'union se manifeste avec une
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force éclatante; mais le mouvement est donné, le temps fera le reste,
Oui, ici-même, à Richmond, parmi ces braves sabreurs du Sud, sur qui les désastres de la guerre ont pesé de tout leur poids, — parmi ces gens qui ont sacrifié leur fortune et leurs amitiés, — il en est beaucoup qui avouent, il en est quelquesuns qui proclament qu'ils ont changé d'opinion avec une rapidité surprenante. Ce sont les mêmes soldats, il n'ont rien perdu de leur courage, mais il ont opéré une conversion et tourné le dos au passé. Un certain nombre d'entre eux, dit-on, ne sauraient revenir ainsi sur leur pas ; leur rôle est terminé, ils sont tombés avec le passé. Ceux dont le dernier exploit a été de brûler Richmond avant de s'enfuir, ceux qui ont laissé ces murs noircis, ces colonnes brisées, ces carrefours déserts, comme un stigmate et un souvenir de leur désespoir, peuvent s'imaginer qu'ils ont le droit d'élever la voix et de se faire écouter dans les cités du Sud ; mais on commence à comprendre que si le passé, heureux ou malheureux, leur appartient, le monde voit s'ouvrir devant lui un avenir où ces acteurs trop compromis n'oseront plus se montrer sur la scène. Le vainqueur les a marqués au front, de façon à les empêcher d'aspirer désormais à quelque pouvoir. Leurs amis regretteront sans doute cette exclusion, mais il faut que la nation vive. La masse des Sudistes ne se condamnera pas à une inertie éternelle, même par reconnaissance pour ceux dont l'enthousiasme a conduit les rebelles à leur perte. En somme le vent a tourné, les séparatistes d'hier sont aujourd'hui prêts à défendre l'Union.
Beaucoup de ces planteurs s'aperçoivent, — un peu trop tard, il est vrai, — que ^eur hâte fiévreuse, leur courageuse impatience, leur intrépidité les ont entraînés trop loin et trop vite, — si loin que, dans leur poursuite de l'indépendance, ils allaient sacrifier la nation, — si vite que, pour arriver à la liberté, ils allaient immoler la loi. Ils tenaient tant à être libres, qu'ils avaient oublié que le salut consiste dans l'ordre et dans l'équilibre des pouvoirs. Afin de réaliser leur vœu le plus cher, afin de se gouverner eux-mêmes, ils auraient détruit la société
et fait rétrograder le monde de dix siècles. Ils reconnaissent aujourd'hui leur erreur et voudraient la réparer autant que cela est possible. Quelques-uns se drapent dans leur orgueil et leur faiblesse ; prophètes de malheur, ils souhaitent pour le Sud le sort de la Pologne. D'autres demeurent silencieux ; ils sourient avec amertune en contemplant ces murs écroulés, ces Yankies qui montent la garde, ces nègres qui poussent des cris de joie; mais le temps est en train de panser les blessures de ces âmes malades. Ils sentent qu'après avoir perdu la partie, ils doivent céder à la nature : — un Anglo-Saxon ne saurait s'abaisser jusqu'à devenir un Polonais.
Ce n'est pas que l'étendard de Lee soit foulé aux pieds dans la capitale de l'insurrection. Les habitants de Richmond auraient grand tort de traiter ainsi une bannière arborée par des hommes qui ont glorieusement défendu une cause dont ils ne rougissent pas. Je dis seulement que cette bannière a été roulée autour de sa hampe et mise au rebut avec des objets dont on ne peut plus se servir ; dans ses plis reposent l'ardeur chevaleresque, les passions romanesques du Sud. Le bon sens, sinon l'amour fraternel, renaît chez ce brave peuple, qui voit fort bien qu'il n'y a plus à revenir sur le passé, que la colère ne servirait à rien, que la lutte est terminée, mais qu'il peut encore remplir un rôle dans la République. Aujourd'hui, les Sudistes ne sont rien ; ils possèdent moins d'influence que les derniers des Nordistes, moins d'influence que les esclaves d'hier. Cette situation ne saurait durer.
« La plupart de nos jeunes gens, me disait récemment un Yirginien, ne sont pas disposés à se rallieret à siéger au congrès. Il leur répugne de paraître abandonner leurs anciens généraux ; mais ils veulent vivre ; — et leur opposition ne durera pas toujours. »
En effet ces jeunes gens, auxquels les vainqueurs ne gardent pas rancune, ont presque oublié les cinq dernières années. La jeunesse regarde droit devant elle et n'aperçoit plus que le drapeau des États-Unis.
Yoilà comment il se fait que, dans les rues mêmes de Richmond, des hommes qui, hier encore, montaient à cheval pour
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défendre les principes de la confédération, regrettent d'avoir abandonné l'étendard national.
« Notre plus grave méprise, me disait ce matin un Géorgien, a été de changer de drapeau. Nous aurions dû nous déclarer en faveur de l'Union ; de cette façon, nous aurions mis ces Yankies dans leur tort. Nous nous serions appuyés sur la Constitution et nos ennemis seraient devenus les sécessionnistes. Si nous avions agi ainsi, nous aurions remporté la victoire, car tout l'Ouest eût marché avec nous; alors, au lieu de nous promener sous ces murs noircis, nous serions maîtres du pays jusqu'au Niagara et nos sentinelles monteraient la garde devant Faneuil-Hall. »
Peut-être ne se trompait-il pas ; mais le regret du Géorgien n'est-il pas tout simplement le résultat de la défaite? Au début de la guerre, les Sudistes songeaient-ils au drapeau national, à l'intégrité de la grande République? Ils ne rêvaient alors que la séparation des États. Si des idées plus sages leur sont venues, n'ont-elles pas été dictées par les épreuves et les désastres? Ceux qui mettent aujourd'hui leur confiance dans l'Union, qu attendent leur salut du gouvernement central et du Capitole, proclamaient naguère d'autres doctrines : — ils prêchaient la .liberté, l'indépendance, l'isolement des États. Ils ont combattu pour le triomphe de leurs théories; la loi, la bonne politique, les instincts de la société étaient contre eux, et ils ont perdu la partie.
Le monde doit se féliciter de leur défaite, qui semble due à une loi de la nature. La victoire d'un pays esclavagiste, entraînant la ruine d'une puissante république, eût été la plus grande des calamités politiques. Toutes les nations libres auraient ressenti le contre-coup de ce désastre, tous les cœurs honnêtes en auraient souffert; mais, bien que leur cause fût mauvaise, en dépit de leur politique rétrograde, de leur bannière séparatiste, ils ont fait preuve d'une bravoure prodigieuse. Des hommes qui savent succomber glorieusement pour leur foi, si erronée qu'elle soit, frapperont toujours l'imagination et garderont une place dans l'affection d'une race courageuse. Ces planteurs de la Virginie, de l'Alabama, du Mississipi, qui
s'étaient armés pour défendre une cause insoutenable, couraient au combat comme s'il se fût agi d'un fête. Le cœur de plus d'un spectateur battait, son regard brillait, tandis qu'ils se jetaient dans la mêlée. On ne souhaitait pas le succès de leur entreprise ; mais on ne pouvait s'empêcher de chevaucher, pour ainsi dire, à leurs côtés. Le courage est électrique. On admirait les éclairs que lançait l'épée de Jackson ; on suivait d'un regard ému la marche de Stuart. Tout en les comdamnant, on admirait leur valeur. Fidèles à leurs faux dieux, à leur croyance rétrograde, ils ont accompli des exploits qui ne permettent pas de douter de leur sincérité. Ces riches propriétaires, habitués au luxe et au bien-être, ont bravé la faim, les maladies, la mort ; ils se sont exposés à périr dans un fossé ou sur une brèche. Autour de Richmond, sous les collines de sable, sous les feuillages de la forêt, au bord des flaques d'eau, gisent les ossements de soldats imberbes et de vieillards qui étaient l'espoir, la joie et l'orgueil de mille foyers anglo-saxons. Plût au ciel qu'un peu de sable pût ensevelir le souvenir de leur erreur! Sur le versant de cette colline, du sommet de laquelle on voit se dérouler l'admirable panorama des forêts et des cours d'eau de la Virginie, les Fédéraux ont pieusement rassemblé dans bien des tombes, sous bien des pierres blanches, les restes de leurs illustres morts .Là reposent la fleur, la force, le cerveau de la libre famille nordiste, ces jeunes gens qui abandonnaient les fermes de l'Ohio, les usines de Vermont, les collèges du Massachusetts, qui accouraient en chantant des hymnes, qui disaient adieu au bien-être, à leurs paisibles occupations, à l'amour, à l'étude, afin de sauver leur pays de la division, de la guerre civile, de la mort politique, Ils chantaient leurs alléluias quand ils sont tombés sur le champ de bataille ou dans la tranchée La Nouvelle-Angleterre a enterré là ses meilleurs et ses plus braves défenseurs. Je sais une rue de Boston où chaque maison a fourni une victime ; dans la demeure du poëte et du professeur j'ai vu Rachel pleurant avec une joie orgueilleuse les fils qu'elle ne devait plus embrasser. Les héros dorment sur cette colline, dans la cité même qui les avait défiés et qui les a tués. Ils y sont enfin entrés en vainqueurs, et ils y monte-
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ront désormais leur garde silencieuse, sentinelles d'une cause sainte et juste. Gloire à eux, maintenant et à jamais !
Là-bas aussi, dans ces marais, sur ces terrains incultes, près de ces parapets abandonnés, à coté du fort démantelé, au milieu des mauvaises herbes qui poussent au bord de la rivière, gisent les débris de deux armées, les cendres déjeunes gens et de vieux guerriers venus des districts cotonniers de la Louisiane, des villas de la Géorgie, des rizières de la Caroline, pour défendre ce qu'on leur avait appris à regarder comme leurs droits.
C'étaient des soldats aussi sincères, aussi braves, aussi fiers qu'aucuns de leurs ennemis, plus nombreux et plus habiles. Mais la force était du côté du bon droit, le bon droit du côté de la force, et les plus faibles ont péri sous une terrible étreinte. Ils sont tombés ensemble, ayant accompli leur devoir et épuisé leur colère. Plus d'un office charitable, plus d'une parole solennelle s'échangea entre ces frères mourants, qui parlaient la même langue, murmuraient la même prière, reconnaissaient le même Dieu et la même patrie. Ils moururent sur le même champ et blanchirent le même sol. Aujourd'hui encore, quelque main pieuse réunit dans une tombe commune les ossements des frères ennemis, des unionistes et des séparatistes, des vainqueurs et des vaincus.
Que le Nord oublie et pardonne le passé ! Les morts de peuvent plus se révolter.
Laissez le rebelle d'autrefois dormir honoré, à côté de son frère.
Sur cette colline que le soleil à son coucher baigne de ses plus doux rayons, qu'ils dorment en paix, les héroïques champions des deux causes, réconciliés dans la mort, et gages, pour leur patrie commune, d'une prospérité nouvelle et d'une réconciliation définitive.