SD TE UE
plus clairs, surtout pendant les premières années de leur vie. C’est seulement à partir de la cinquième année environ que le corps présente les tons foncés qui sont ceux des adultes. Vers la même époque, parfois plus tôt, parfois plus tard, la chevelure subit aussi un changement. Assez fine dans le jeune âge, ondulée ou bouclée et de teinte d’un brun plus ou moins clair, elle fait place, ensuite, à la chevelure de l’adulte, plus grossière, Crépue — ou pour mieux dire spiralée — dont la teinte est d'un brun-noir. Lorsque le ciseau l’épargne, cette perruque forme sur la tête une masse imposante et touffue. Je conclus, de cette transformation des cheveux que les Calédoniens proviennent d’une souche humaine à cheveux ondulés.
Le Calédonien traite sa chevelure en véritable artiste, la modifiant de façons fort diverses. Beaucoup d’indigènes coupent
leurs cheveux très courts, Fig. 13. Calédonienne du Nord de l’île. mais souvent — chez la femme cependant moins fréquemment que chez l'homme — Ja
mode veut que les côtés et le derrière de la tête seulement soient tondus, tandis que le sommet du crâne reste garni de cheveux d’une certaine longueur; le Calédonien semble alors porter une sorte de perruque de fourrure. Parfois, il ne laisse sur la tête qu’une couronne de cheveux longs, ou bien ceux-ci dessinent un fer à cheval; il arrive même que la chevelure entière soit coupée, à l'exception d’une mèche qui pend sur le front. L’indigène frotte
Sd Us
volontiers les cheveux longs avec une bouillie de chaux qui détruit le pigment foncé et leur donne une couleur brun-rouge. Quand la chevelure est négligée, les éléments qui la composent, légèrement aplatis et enroulés en spirales, se groupent en mèches et en flocons. Pourtant ce cas se présente assez rarement, car, avec des peignes et des pointes, le Calédonien s'applique à dissocier ces groupes et à obtenir une masse uniforme et élastique, semblable à du crin cardé, qui recouvre toute la tête (fig. 12 et 13). Les cheveux grisonnent assez vite et régulièrement, maïs les cas de calvitie sont rares; nous n’en avons, du moins, jamais observés. Chez l’homme, la barbe est fortement développée, de même que le revêtement pileux du corps; ce dernier semble parfois semé de petits flocons noirs. Ces poils foncés apparaissent pendant la période de puberté, tandis que les enfants présentent une toison très fine, d’une teinte jaunâtre, sur laquelle le soleil met des reflets dorés. Des vestiges de ce duvet enfantin se conservent encore, jusque vers la trentième année, et au delà, indépendamment des poils noirs qui apparaissent à l’âge pubère.
La tête est de forme allongée et étroite, caractère qui est tout spécialement marqué chez les tribus du Nord. Celles-ci sont, en effet, extrêmement dolichocéphales (index céphalique de 67 hommes: 72,1; de 19 femmes: 73,5). Dans d’autres régions de l’île, la tête est plus large et plus courte. Sur le crâne de l’homme, la glabelle fait fortement saillie, de même aussi les arcades sourcilières, en sorte que les yeux et la racine du nez se trouvent protégés par une espèce d’avant-toit très proéminent.
Par suite du développement extraordinaire de la région buccale, le visage paraît large. Les dents sont puissantes, le nez très épaté. Ce dernier caractère est surtout extrêmement marqué chez les Calédoniens du Nord, dont les ailes nasales ont une largeur qui dépasse, en moyenne, la longueur de l’appendice lui-même. Outre cela, le nez est épais, charnu, à racine et à dos larges et sa pointe est souvent tournée vers le haut: nous en avons même vus de si prodigieux dans leur masse, que nous les avons qualifiés de «surnez »! Le Calédonien est fier de son appendice nasal et ïl en exagère volontiers les proportions jusqu'au fantastique, dans ses sculptures sur bois.
EEE
La bouche aussi est souvent affreusement large; de plus, les lèvres sont épaisses, bien qu’elles ne forment pas de bourrelets comme chez les nègres. Chez les hommes, elles ont une vilaine couleur violacée, tandis que leur teinte est plus claire chez les femmes, où le violet se mêle de rose; enfin, celles des enfants
Fig. 14. Case de chef à Diaoué.
sont d’un rose franchement accusé. Vues de profil, les lèvres forment une saillie conique, souvent aussi proéminente que l’extrémité du nez; c’est là une conséquence de l’énorme prognathisme des mâchoires. L’œil, modérément fendu, paraît plutôt petit dans ce visage massif; des sourcils très touffus, surplombant parfois la paupière supérieure, lui donnent une expression sombre à laquelle participent aussi le ton jaune et les macules brunâtres