‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 13 sur 39 · DE NA RE · texte numérisé non relu

DE NA RE

tachant le globe. Chez les femmes, ces caractères sont adoucis et chez l'enfant, dont le regard exprime une confiance absolue, l'œil est d’une pureté admirable.

Il ressort de tout ce qui vient d’être dit, que le Calédonien et la Calédonienne sont très éloignés de ce que nous, Européens, concevons sous le nom de beauté! Mais, je crois que nous faisons erreur en comparant, à ce point de vue, les autres peuples à nous-mêmes

Fig. 16. Case ovale à Tchambouenne,.

et en faisant usage des conceptions que nous avons du beau et du laid. Les Calédoniens nous apparaissent étranges, c’est vrai, mais beaucoup d’entre eux sont de superbes représentants de la force brutale et virile et, à cet égard, peuvent être qualifiés de «beautés».

Rendons maintenant visite aux villages indigènes. Tous ceux de la région d’Oubatche sont situés sur la bande de terre, basse et étroite, qui sépare la mer du pied de la montagne. Ils se dissimulent sous les cocotiers et groupent toujours leurs huttes dans le voisinage d’un cours d’eau.

Les cases, construites directement sur le sol, sont parfois isolées, parfois réunies en petits amas de trois à cinq, entourées de clôtures, et en général peu éloignées les unes des autres.

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La hutte calédonienne typique, la paillote, est ronde, en forme de ruche d'abeille, et c’est cette forme qui prédomine encore partout dans les villages du Nord, tandis que, vers le Sud, elle disparaît de plus en plus. Elle se compose d’une partie inférieure circulaire, à paroi verticale de 1 m. 20 à 1 m. 50 de haut, sur laquelle repose un toit de forme conique. La paroi circulaire est le plus souvent construite sur un petit talus de terre et recouverte d’écorce de niaouli. Le toit, de hauteur variable, s'appuyant sur un poteau central, est revêtu de paille. Une porte étroite est la seule ouverture pour l’air et la lumière; quant à la fumée provenant du foyer, elle doit chercher son issue à travers le chaume du toit. L'entrée de la hutte est souvent pavée, et son talus basal tapissé de pierres et entouré de plantes d'ornement.

Les habitations ordinaires sont petites, d’un diamètre de 3 à 4 mètres; celles des chefs sont de plus grandes dimensions, de même que les maisons communes où l’on se réunit pour tenir conseil, pour danser, ou bien encore pour recevoir les hôtes. Deux constructions | calédoniennes, situées dans notre i :

région, sont représentées dans les Fig.17. Talé(Planche flanquant fig. 14 et 15. Elles s'imposent dès l’entrée),provenant d’une case de labord au regard, par leurs riches ie sculptures ornementales. Fortement attaché au pilier central de la case, s’élance, au-dessus du toit, un poteau sculpté, représentant un visage humain fortement stylisé. De chaque côté de l’ouverture servant de porte sont placées deux planches larges et lourdes, sculptées également; le seuil lui-même, légèrement surélevé, porte souvent aussi des dessins gravés. Les planches qui flanquent la porte, et qu’on nomme ici « talés », présentent toutes, dans leur

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partie supérieure, un visage humain, noirci à la poudre de coco, au milieu duquel trône un nez d’une largeur fabuleuse. La partie inférieure, plus haute, est colorée en rouge et en noir, et les sculptures qui la couvrent dessinent des figures géométriques. Les indigènes actuels ne connaissent plus la signification de ces sculptures-ci, ni de celles ornant la flèche du toit; cependant, chacune des parties des poteaux sculptés a encore son nom particulier. Aux questions que nous posions à leur sujet, nous obtenions toujours la même réponse stéréotypée «Les vieux dans le temps savaient cela, mais nous ne le savons plus ».

D’autres explications reçues dissimulent mal une ignorance COomplète;” c'est "ainsi que les deux panneaux, placés “près «de lamporte, seraient destinés à éloigner les rats ou repré- Fig. 18. senteraient les femmes

Case en ruine. Tchambouenne. de la divinité sculptée sur

le poteau du toit! Il me

semble possible que les «talés » représentent des porteurs du masque calédonien et que leur partie inférieure soit née de la stylisation du manteau de plumes accompagnant cet objet, dont nous aurons à parler dans la suite. L’art de la sculpture sur bois se meurt en Calédonie; les quelques produits qui se font encore aujourd’hui sont franchement mauvais. Le style n’y est plus, conséquence inéluctable de la disparition du sentiment de dévotion envers les objets qui devaient en être autrefois l'expression. Outre les huttes rondes, il s’en trouve aussi de forme ovale (fig. 16); elles semblent être utilisées plutôt pour le travail que

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pour l'habitation. Je ne puis dire si celles-ci sont d'inspiration calédonienne ou si elles sont dues à des influences étrangères. Ce dernier cas est certain en ce qui regarde les constructions rectangulaires, simples copies des maisons européennes. Lors de notre première visite à Tchambouenne, un prêtre catholique était occupé à la construction d’une chapelle, et nous apprit que les gens de l’endroit s'étaient finalement décidés à abandonner le paganisme; ceux des villages voisins, Yambé et Diaoué, sont déjà en grande partie convertis au catholicisme.

Comme nous le verrons plus loin, la région d’'Oubatche est un des centres d'action les plus anciens de la mission catholique qui est aux mains de l’ordre des Maristes. Du Nord de la colonie, cette œuvre s’est répandue sur de nombreux points de l’île. Beaucoup plus tard, vers la fin du siècle dernier seulement, la mission protestante de Paris a pris pied en Calédonie. Nous apprendrons à connaître son principal champ d'activité en parlant de la vallée de Houaïlou. Il ne m'est pas possible de publier des statistiques donnant le nombre des indigènes païens et de ceux qui se rattachent aux deux confessions religieuses dont nous avons parlé; je doute même qu’on puisse, à cet égard, donner des renseignements précis.

Dans chaque village, on remarque toujours quelques huttes délabrées. Ce sont les demeures d’indigènes décédés, qui, après la mort des propriétaires, sont délaissées et vouées, ainsi qu'une

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Alènes de bois (Vallée d'Houaïlou) Longueur: 90 cm et 1 m 40.

partie de leurs plantations et de leurs cocotiers, à une destruction intentionnelle. Cette pratique est une signe de deuil, au dire des gens: mais, leur idée primitive était, sans doute, que les objets qui mouraient en même temps que l’indigène, par exemple sa hutte ou ses cocotiers, le suivaient dans l’au-delà.

Sarasin, Nouvelle Calédonie.

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Les «talés» de ces cases en ruine passent aussi pour appartenir au défunt, aussi, ne les vend-on qu’à contre-cœur. L’énorme spécimen que représente la fig. 17 (2 m. de haut sur 1 m. 15 de large) provient de la hutte d’un chef, mort à Yambé. Ce panneau gisait sur le sol, près de son congénère, abandonné, comme lui, à la pourriture. A la mort du chef, le nez de la figure sculptée avait été tronqué à coups de hache, de même qu’un œil, à chaque «talé», sur l’un, l'œil gauche, et sur l’autre, l’œil droit. C’est sur ces cases en ruine (fig. 18) qu'on peut, le plus facilement, étudier leur mode de construction, ce qui n'est guère possible dans la hutte sombre et enfumée. Dans sa partie supérieure, le poteau central est entouré d’une sorte de corbeille profonde, formée de bâtons solidement réunis entre eux par de fortes lianes. Cette corbeille sert elle-même de support à une épaisse couronne, tressée également, et sous laquelle sont fixées solidement les extrémités des poutres du toit. Ces poutres

Fig. 20. Tabou pour cocotiers. sont aussi reliées entre elles

par de forts liens de rotang,

placés à intervalles réguliers. Les paquets de paille qui forment

la couverture du toit sont cousus sur le bâti sous-jacent au moyen

de longues alènes de bois (fig. 19). Je dois ajouter que le mode

de construction du toit des cases diffère sensiblement dans les diverses régions de l’île.

Près de chaque village calédonien, on rencontre fréquemment des « tabous ». Ce sont des défenses que les propriétaires des palmiers placent au pied des arbres, lorsque les noix de coco sont mûres, pour en interdire la cueillette (fig. 20). Ces «tabous » sont formés de quelques pieux fichés en terre, entourés d’écorce de niaouli ou de quelques rameaux; parfois, un des bâtons est sur-

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