‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 25 sur 39 · EN · texte numérisé non relu

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bien 100 m. de large à cet endroit, et dont les rives sont garnies d’épaisses broussailles (fig. 52). Son eau est noirâtre et calme comme un lac; un léger courant vers l’amont, reconnaissable seulement à la direction des feuilles charriées, annonçait le flux. Sur la rive droite, sont disséminées de nombreuses habitations d'Européens. Nous trouvons à nous loger dans la maison d’un libéré, dans un petit centre nommé « Le Diahot ».

Le séjour en cet endroit étant fort peu agréable, nous décidons de repartir le lendemain pour traverser la chaîne de montagnes et retrouver la côte orientale de l’île. Cette chaîne est ici beaucoup moins élevée qu’au-dessus d’Oubatche; un bon sentier conduit au col de Poraris, dont l'altitude n’est que de 400 m. environ, et descend ensuite sur l’autre versant pour aboutir à Balade situé au bord de la mer.

En gravissant la montagne, nous avons encore une fois l’occasion d'admirer le bassin du Diahot. A nos pieds, coule le fleuve, décrivant dans la plaine ses majestueux méandres, encadrés de deux longs rubans d’émeraude. Puis, c’est la région des collines que nous avions parcourues, dont la teinte d’un vert-gris indiquait le revêtement d’herbages. Des chaînes de montagnes rougeâtres bornent vers le Sud et l’Ouest ce district mamelonné. Elles semblent porter, comme d’étranges excroissances, les masses rocheuses grises de Tchalabel et de la Roche Mauprat. Vers l'Ouest, s’étale le large dôme de Tiébaghi, dont les pentes abruptes, fouillées et ravinées par l’érosion, sont marquées de profondes cicatrices d’un rouge foncé. Et sur ce tableau, aux colorations si diverses, de légers nuages mettent des ombres bleues, donnant à tout le paysage un cachet d'Italie.

A l’exception de quelques gorges humides, la montagne que nous escaladons n’est recouverte que d’une maigre végétation; en maints endroits, le quartz, ennemi de toute vie végétale, recouvrait le terrain de ses éclats brillants. De l’autre côté du col, le sentier s'engage sur le flanc droit d’une longue vallée et descend lentement vers la mer en décrivant d'immenses courbes. Ce paysage, plutôt monotone, est égayé, ici et là, par la plus belle espèce de papillons que renferme l’île, c’est le Papilio montrouzieri Bdl., aux ailes ornées d’une superbe livrée bleue. La rivière de Balade,

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qui arrose la vallée dans laquelle nous descendons, se perd, dans le voisinage de la mer, dans une plaine immergée, envahie par les palétuviers. À travers les palmiers de la côte, nous apercevons bientôt le toit de zinc de l’église de Balade brillant au soleil.

Balade, avec sa tribu indigène qui compte actuellement à peine 140 âmes, a joué dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie un rôle de toute première importance.

C’est un peu au Nord de Balade que, le 5 Septembre 1774, les deux navires «l’Adventure » et la «Resolution » du grand explorateur anglais James Cook jetèrent l’ancre, lors de sa croisière de découverte de l’île. Cook avait quitté le 1er Septembre les Nouvelles-Hébrides; le 4, le volontaire Colnett signala la terre dans le voisinage du cap qui, au sud d’Oubatche, porte aujourd'hui son nom. Naviguant en dehors du grand récif, l’explorateur se dirigea vers le Nord, et trouva, par la passe de Balade, un accès à la côte de la Nouvelle-Calédonie. L’accueil des indigènes ne fut pas inamical, de sorte que Cook put séjourner là en toute tranquillité jusqu’au 13 Septembre. Il continua ensuite son voyage le long de la côte Est, faisant voile vers la Nouvelle- Zélande.

C’est dans la région de Balade que furent récoltés les premiers produits naturels, plantes et animaux, qui parvinrent de la nouvelle terre en Europe. Ils avaient été recueillis par les deux naturalistes Forster père et fils, qui accompagnaient Cook dans son expédition. On sait que Cook a donné aux Nouvelles- Hébrides et à la Nouvelle-Calédonie les noms qu’elles portent encore aujourd'hui. On pense généralement que la côte montagneuse de cette dernière île rappela au grand voyageur les paysages de l’Ecosse, et que, pour cette raison, il baptisa la terre nouvellement découverte: Nouvelle-Calédonie. Quant à moi, j'incline plutôt à croire que c’est l’analogie de position entre la chaîne des îles Hébrides et le Nord de l’'Ecosse (partie du pays qui porte justement le nom de Calédonie) d’une part, et entre les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie d’autre part, qui a déterminé cette dénomination. Bien que, dans le premier cas, les îles soient situées plus près et à l'Ouest de la terre principale au lieu d’être à l'Est comme dans le second cas, il me semble que

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le nom de Nouvelles-Hébrides étant une fois choisi, la dénomination de la plus grande terre voisine était facile à trouver.

Ce fut encore à Balade qu’aborda la deuxième expédition européenne qui a sûrement touché l’île. En 1787, le roi Louis XVI avait envoyé en expédition La Pérouse, avec la mission d’explorer la côte occidentale de la Calédonie que Cook n’avait pas visitée. Mais son vaisseau, s'étant perdu corps et biens sur les récifs de Vanikoro, au Nord des îles Banks, on ne saura jamais si l'explorateur français aborda ou non en Nouvelle-Calédonie. En automne 1791, une nouvelle expédition, comprenant Îles vaisseaux «la Recherche » et « l’Espérance », partit de France sous les ordres de Bruni d'Entrecasteaux et de Huon de Kermadec, pour aller à la recherche de La Pérouse. En 1792, ceux-ci longèrent la côte Ouest de la Nouvelle-Calédonie et, sans débarquer dans l’île, se dirigèrent au Nord, le long du récif corallien qui se prolonge dans cette direction. Ce n’est qu’en Avril 1793, à leur voyage de retour et après des recherches infructueuses qu'ils touchèrent l’île, et c’est également à Balade qu'ils opérèrent leur descente. Leur séjour, qui dura 3 semaines, fut assombri par un tragique événement. Huon de Kermadec mourut et fut enseveli dans la petite île de Poindiou, près de Balade. En outre, les frottements désagréables qui paraissent s'être produits avec les indigènes, et les nombreuses scènes de cannibalisme dont les voyageurs furent témoins leur rendirent ce séjour fort pénible. L’un des narrateurs de l’expédition, de Rossell, écrit, indigné: « La barrière de corail qui entoure le pays de ces indigènes semble être là pour empêcher d’y débarquer et de s’y faire dévorer ».

Balade vit aussi le premier établissement européen en Nouvelle-Calédonie. C’est là, en effet, qu’en l’année 1843, s’établirent les premiers pionniers de la mission catholique. La bonne entente qui régna au début avec les indigènes ne fut pas de longue durée puisque, en 1847 déjà, la station missionnaire fut attaquée et réduite en cendres. Les missionnaires, sauf un qui fut tué par la population, purent s'enfuir à bord d’un navire qui, par bonheur, croisait dans ces parages et se dirigèrent vers l'Australie. En 1848, une nouvelle station missionnaire fut établie sur l’île des Pins, au Sud de la Grande-Terre, et le mouvement gagna finalement

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le pays après plusieurs essais infructueux. À Balade, et Pouébo qui avaient vu ses débuts, la mission prit définitivement pied en 1851.

Au nom de Balade se rattache aussi le souvenir du triste sort d’un navire d'exploration, « l’Alemène », sous le commandement de d’Harcourt en 1850. Pendant que le bateau stationnait là, l’hydrographe Devarenne fut envoyé, en canot, pour chercher plus au Nord un passage vers la côte Ouest. Il tomba entre les mains des populations des îles situées au Nord de la Nouvelle- Calédonie, fut tué et dévoré avec 12 de ses compagnons. Enfin, c’est à Balade que, le 24 Septembre 1853, le contre-amiral Febvrier- Despointes fit hisser sur l’île le drapeau tricolore et prit solennellement possession du pays au nom de la France. Un fortin, érigé en cet endroit, servit à assurer l’ordre dans cette partie de la nouvelle colonie.

Ces quelques notes montrent le rôle extraordinaire que le petit village de Balade, aujourd’hui presque désert, a joué dans l’histoire de la découverte et de la colonisation de l’île.

Le chemin de Balade à Oubatche (20 km. environ) offre peu d'intérêt. Il suit la côte à quelque distance, coupé par de nombreux cours d’eau, traversant par places des terrains on OU qui, vers la mer, se couvrent de mangjliers.

A des territoires nus et incultes succèdent des plantations de cocotiers. Celles-ci sont particulièrement belles dans la région de Pouébo, dont la grande église domine la rive droite d’une pittoresque rivière. La chaîne des montagnes voisines s'élève peu à peu à mesure qu’on s’avance vers le Sud et son revêtement boisé se fait de plus en plus dense vers la région d’Oubatche.

Hienghène.

27 Mai — 10 Juin 1911.

Un séjour à Hienghène (ou plus justement Yehen ou Yeheng) nous avait toujours paru désirable, et cela, pour diverses raisons. C’est dans le voisinage immédiat de cet endroit que se trouvent les grands rochers calcaires dont il a été question dans un chapitre précédent. Les nombreuses grottes qui les creusent nous promettaient d’intéressantes trouvailles, soit au point de vue zoologique, soit au point de vue anthropologique, et peut-être aussi préhistorique. En outre, les indigènes, au nombre d’environ 900, fixés dans cette région, devaient nous fournir un important sujet d'étude.

Les voyages d’aller et de retour s’effectuèrent sur le vapeur qui dessert régulièrement la côte, le « St Pierre ». Nous avons si fréquemment utilisé ce bateau pour nos multiples déplacements, que nous nous y trouvions finalement un peu comme chez nous. Le StPierre! C’est encore l’ancien type du navire, dans lequel toutes les cabines accèdent à une salle à manger centrale. A bien des égards, son aménagement était des plus primitif; c’est ainsi qu’à 10 heures du soir, l'éclairage électrique était suspendu et que la seule source de lumière était la lampe à pétrole de la salle à manger! Mais la table du bord était abondante et excellente et le vin rouge de très bonne qualité. Sur cette côte, les passagers étaient en général peu nombreux; c’étaient, le plus souvent, quelques colons en voyage d'affaire, ou bien un fonctionnaire, un médecin, ou un missionnaire en tournée.

Le niveau social des colons français en Nouvelle-Calédonie est, en général, tout autre que celui des Anglais établis dans les possessions du vaste empire britannique, par exemple, aux Indes ou à Ceylan. Le planteur anglais est un grand seigneur, tandis que le colon calédonien appartient plutôt à la petite bourgeoisie.

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