À Ce Fe
Les “et ù : 5 C.Escarpe Le SS A Se # 20° 30' S.
LAGON = D'OUVEA ” C. St Hilaire Se —.
4 De És à SC se : :
.* : El ekin (Fayaoua) Fo Mouli
Fig. 179. L'île d’'Ouvéa, contours agrandis d’après la carte marine. 2 mm — 1 Km. +... Itinéraires.
20 m. diminue vers l'Est, du côté de l’île, tandis qu’elle augmente vers l'Ouest.
Nous abordons dans le Sud de l’île, près d’un petit endroit nommé Fayaoué dont les deux églises, l’une catholique, l’autre protestante, sont déjà visibles de loin. La maison de commerce Hagen, de Nouméa, possède ici une petite succursale pour le commerce avec les indigènes qui consiste surtout en achats de
CT
copra, principale production de l’île. Cette demeure se trouva trop exiguë pour que nous puissions nous y loger, de sorte que nous fûmes heureux de profiter de la permission que nous avait donnée M. Hadfield à Lifou, d'occuper la maison, alors inhabitée, que la mission possède dans l’île, à Fayaoué même.
Ouvéa forme une langue de terre très allongée, légèrement arquée, d'environ 40 km. de longueur et dont la largeur, toujours très minime, varie cependant dans diverses parties de l’île. Dans la région de Fayaoué, elle est de 5 à 6 km.; en d’autres endroits elle est encore plus petite. C’est dans le Nord seulement, que l’île s’élargit un peu, mais les cartes de cette région diffèrent passablement.
Les environs de Fayaoué sont plats et assez marécageux:; il s’en suit que le taro, par exemple, peut être cultivé sous l’eau, ce qui n’est pas possible dans les autres îles de l’archipel Loyalty, mais, une autre conséquence, moins agréable, c’est que les moustiques peuvent s’y multiplier et devenir fort importuns selon la saison; à l’époque de notre séjour ils étaient encore supportables.
En avançant vers l'Est, depuis Fayaoué, on parcourt sur plusieurs kilomètres un terrain plat ou légèrement élevé, recouvert de brousse et, par places aussi, de groupes de cocotiers. Disséminés dans les taillis, de gros troncs d’arbres calcinés témoionent, par leur nombre, que des forêts plus hautes recouvraient autrefois la contrée. Un grand incendie, qui éclata il y a environ 10 ans pendant une période exceptionnellement sèche, a détruit, nous a-t-on dit, de vastes étendues boisées. Après avoir parcouru cette région, on arrive au pied d’une falaise calcaire, ornée de forêts et s’élevant directement de la plaine.
C’est en passant au pied de cette muraille rocheuse que nous découvrîimes, dans une retraite idyllique, une petite cabane solitaire, entourée d’un champ cultivé. Cet ermitage n’abritait qu’une seule personne, un pauvre lépreux, qui menait là une existence triste et misérable, évité par tous et séparé du monde. La lèpre, probablement importée de la Nouvelle-Calédonie, a malheureusement fait, ces derniers temps, de terribles ravages
aux îles Loyalty; la proportion des malades ne doit guère être inférieure actuellement à celle de la Grande Terre.
La falaise rocheuse que nous escaladons ensuite se compose d’un calcaire auquel les intempéries ont donné, en le désagrégeant, un aspect alvéolaire; son élévation, par rapport au niveau de la mer, est d'environ 30 m. Un peu en dessous de son arête supérieure, il se creuse en une excavation au pied de laquelle nous avons découvert 8 crânes d'hommes alignés, dépourvus de leur maxillaire inférieur. C'était la première fois, que nous nous trouvions, aux îles Loyalty, en présence d’un autel consacré au culte des ancêtres, tel que nous les avons rencontrés en Nouvelle- Calédonie (voir p. 100 et 171). En revenant à Fayaoué, nous avons visité le village de St Gabriel, dans le voisinage duquel notre guide avait promis de nous montrer une idole redoutable. C'était un bloc de calcaire corallien, d'environ 50 em. de hauteur, à demi enfoui sous l’épaisse brousse, sans aucune trace de travail, mais façonné de telle sorte par la nature qu’on pouvait, avec quelque fantaisie, y voir une tête avec deux yeux — ou plutôt — avec deux petites cavités les remplaçant. Nous apprîmes qu’autrefois le diable «Doki» demeurait dans cette pierre, mais qu’il venait d’émigrer en Nouvelle-Calédonie! Peut-être le lecteur se rappelle-t-il que nous avons rencontré déjà ce « Doki», le diable rouge venu des îles Loyalty, dans la région de Kanala (voir p. 170). Malgré le départ de « Doki », notre guide n’osa pas s’approcher de la pierre en question.
Près du village, se trouvait encore une autre curiosité consistant en un trou profond et noir, ancien lieu de sépulture pour les femmes. C’était une de ces grottes dont Ouvéa est tout aussi riche que les deux autres îles. Cette cavité contenait une masse d’ossements dont la plupart étaient friables et mous comme du bois pourri. L’un des crânes présentait sur un côté une grande ouverture, aux bords grossièrement découpés, dont je ne pus m'expliquer la provenance jusqu’au moment où nos domestiques retirèrent de la grotte un magnifique exemplaire du crabe des cocotiers (Birgus latro Herbst). Cet animal, on le sait, peut, au moyen de ses puissantes pinces, ouvrir les noix de coco; il est vraisemblable que celui-ci avait pris pour son fruit préféré, le
crâne en question et y avait pratiqué cette ouverture! On a souvent prétendu, puis, mis en doute, que ce crabe puisse monter le long des palmiers. Pour contrôler ce fait, nous avons placé notre spécimen contre un cocotier; il commença bientôt à grimper en arrière, en se retenant au tronc avec ses fortes griffes et se hissant ensuite en s'appuyant sur ses énormes pinces, procédé lent, mais sûr. On trouve aussi une photographie d’un crabe grimpant à un cocotier dans le livre du Dr Félix Speiser sur les Nouvelles-Hébrides.
Comme nous n’avions qu'une semaine à consacrer à Ouvéa et que de nombreux travaux dans les différents domaines de notre activité scientifique nous demandaient beaucoup de temps, nous ne pûmes, malheureusement, ne faire encore qu’une seule grande excursion.
Au cours de celle-ci, nous avons parcouru l’extrémité Sud de l'île et les petits îlots voisins: Lékin et Mouli. Nous disposions, Fig. 180. Indigène de St. Joseph, Ouvéa. heureusement, pour nos déplacements sur mer, du bateau à moteur de la maison Hagen.
Dans la région de Fayaoué, le pays est plat et ne commence à s'élever qu'à une certaine distance dans l’intérieur, près de la côte orientale; au Sud de l’île, par contre, des bancs de calcaire gris apparaissent déjà, non loin du lagon et se continuent, à la même hauteur, dans l’île de Lékin pour s’abaisser légèrement dans celle de Mouli. Le dos rocheux de l’îlot de Lékin s'élève
derrière une étroite bande de terre cultivée en formant, à partir de cette plate-forme basilaire, deux autres paliers, de sorte qu’on en distingue trois en tout; on peut, de même, compter 3 excavations, en comprenant celle qui est formée par les vagues de la mer actuelle. Le rocher atteint ici environ 30 m., de hauteur totale, et cette altitude n’est probablement dépassée nulle part ailleurs dans Vlîle.
Cette terre minuscule d’'Ouvéa compte 2023 habitants; on y parle deux langues dont l’une est apparentée à un des idiomes calédoniens, et dont l'autre est polynésienne, ou, tout au moins, fortement mélangée de mots polynésiens. Cette dernière est en usage dans le Nord de l’île, dans la région de StJoseph, et au Sud, dans les îlots de Lékin et de Mouli. C’est de cette langue que provient la désignation de l’île: « Ouvéa », alors que dans l’autre idiome on l’appelle « Jai »
(d’après ÆErskine aussi Fig.181. Femmeindigène de Fayaoué,Ouvéa. « Erté» ou « Mondawi »); comme si ce microcosme n'était pas suffisamment dénommé, Dumont d'Urville le baptisa « Halgan ».
Le nom d’«Ouvéa» — ou plus justement Ouéa — est celui d’une île du groupe des Wallis, au Nord de l'archipel Tonga. Il a été prouvé qu’une invasion, venue de ces terres polynésiennes, s’est produite dans l’île qui nous occupe et lui a donné à la fois son nom et l’une deses langues; on place cet événement dans le milieu du 18esiècle. D’après les renseignements que nous tenons d’un des descendants de ces immigrants, leurs ancêtres n’amenèrent
Sarasin, Nouvelle-Calédonie. 19
pas de femmes avec eux; il dut, par conséquent, se produire un mélange avec la population autochtone, provenant de la Nouvelle-Calédonie. Ce phénomène s’est, depuis lors, si souvent répété, que je n’ai pu constater aucune différence notable entre les habitants des diverses parties de l’île. Bien mieux, des mensurations, pratiquées sur 30 hommes d’Ouvéa provenant des différentes régions, ont même montré que, de tous les habitants des trois îles Loyalty, ce sont les Ouvéens qui se rapprochent le plus des Calédoniens et, particulièrement, de ceux de la région d'Hienghène (fig. 180 et 181). De même aussi, les 12 crânes d’Ouvéa que je possède affectent le type calédonien et ne laissent aucunement reconnaître le mélange qu’on pourrait attendre de deux éléments hétérogènes. En ce qui concerne l’ethnographie d’Ouvéa, l’arrivée des Polynésiens n’a pas exercé non plus d’influence importante. Que l’on parcoure la région de Fayaoué, où sont fixés, soi-disant, les descendants de la population primitive, ou bien celle de Mouli, où l’on parle la langue des Wallis, partout l’on rencontrera, comme habitation, la case calédonienne typique, circulaire, avec toit conique recouvert de chaume, et munie d'un simple orifice d'entrée. Quand la paillote est surmontée d’une flèche, ce qui n’est pas toujours le cas, celle-ci est généralement taillée en formes géométriques; on en aperçoit une au sommet de la case représentée dans la fig. 182. A Mouli, nous avons aussi remarqué une vieille pièce de bois, très détériorée, avec visage humain sculpté dans le style calédonien. Outre les huttes rondes, on en voit d’autres, de forme ovale (fig. 183, à
Fig. 182. Case à Fayaoué.
l'arrière-plan), qui sont, peut-être, d’origine polynésienne et d’autres encore, plus modernes, construites à l’européenne. Le pourtour des cases et, notamment, le chemin par lequel on y accède est souvent joliment semé de sable et de coquillages. Toutes les anciennes armes que nous avons recueillies: les lances,
Fig. 183. (Cases à Fayaoué.
les massues, les pierres de fronde, sont absolument comparables aux objets similaires provenant de Calédonie et ne témoignent d'aucune influence polynésienne. L’arc est encore utilisé par les garçons pour la chasse aux oiseaux et cela, souvent, avec des flèches dont l'extrémité antérieure est élargie en forme de massue (fig. 184).
La jeunesse d'Ouvéa détruit une quantité d’oiseaux, non seulement avec l’arc, mais aussi avec des pièges et des pierres. Les indigènes adultes ne le cèdent en rien à leurs cadets dans cette passion et font une chasse spécialement acharnée à une espèce de perroquet confinée dans l’île d'Ouvéa, le Nymphicus
UT en
uveaensis Layard. Ce petit animal est très demandé à Nouméa, soit à cause de la couleur vive de son plumage et de la huppe qui orne sa tête, soit à cause de la facilité avec laquelle il apprend à parler. Presque chaque mois, le vapeur en emporte quelques paires; on les capture à l’aide de pièges, placés sur les arbres, et auprès desquels on dépose des fruits mûrs de Papaya; pour pouvoir manger le fruit, l’animal est obligé d'introduire une patte dans le piège qu’on ferme alors d’en bas. Actuellement, on paie déjà 10 à 15 frs. à Ouvéa pour un couple de ces oiseaux, alors qu’on pouvait l’obtenir, autrefois, pour une figue de tabac. Cet intéressant animal risque de disparaître bientôt de la surface du globe si le gouvernement ne prend pas les mesures de précaution nécessaires et n’en interdit pas complètement l’exportation. Les plantations de cocotiers qui s'étendent surtout le long des côtes ont apporté aux habitants d’'Ouvéa une certaine aisance; l'argent leur tombe pour ainsi dire du ciel, presque sans tie travail, et le marchand européen qui désire Fig. 184. Flèches à = pour la chasse aux aCheter du copra doit parfois se faire le seroiseaux. Long. 90 viteur humble et poli de ces insulaires pour obem et 1 m 40. D = o tenir à bon compte, ou seulement à meilleur marché que son concurrent, le précieux produit. En outre, la lagune, tranquille et peu profonde, offre aux Ouvéens une source inépuisable de ravitaillement. Ces conditions d’existence si faciles n’ont cependant pas eu une influence favorable sur leur caractère. S'ils sont, d’un côté, capables de construire des églises qui leur coûtent jusqu’à 100,000 frs. ils sont, d’autre part, devenus arrogants envers les Blancs. Le missionnaire européen lui-même ne semble plus compter pour beaucoup, à en juger par la manière dont ils s’exprimaient à son égard; les instituteurs indigènes, anciens élèves du missionnaire, ne laissent pas de se croire, eux aussi, égaux à leur maître.
C'est ainsi que les gens d’Ouvéa nous sont apparus comme les moins sympathiques de tous les Loyaltiens, mais, étant donné
notre court séjour dans cette île, il est possible que nous ayons pu nous tromper.
Le 17 Mai, le «St Pierre » jeta l’ancre dans le lagon et nous nous embarquâmes pour rentrer à Nouméa. Le 5 Juin suivant, nous primes définitivement congé du sol calédonien pour revenir en Europe, emportant avec nous un souvenir reconnaissant de tout ce dont nous avions eu le privilège de jouir au cours de notre expédition en ces terres lointaines.
Liste des principaux ouvrages consultés.
Archambault M., Sur les chances de durée de la race Canaque, Bull. et Mém. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, (5), 9, 1908. — Traces d’une ancienne civilisation en Nouvelle-Calédonie, La Dépêche Coloniale Illustrée, 9, 1909.
Balansa B., Ascension du Mont Humboldt, Bull. de la Soc. Botan. de France, 19, 1872.
— Nouvelle-Calédonie, Bull. de la Soc. de Géographie de Paris, (6), 5, 1873.
Bernard Aug., L’Archipel de la Nouvelle-Calédonie, Paris, 1895. Bourgarel A., Des Races de l'Océanie Française, première partie, Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, 1, 1860—1863; deuxième partie, ibid., 2, 1865.
Deniker J., Les Indigènes de Lifou (Iles Loyauté), Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, (4), 4, 1893.
Deplanche E., Ethnologie calédonienne, Bull. de la Soc. Linnéenne de Normandie, (2), 4, 1868—69, Caen, 1870. Deprat, J., Les Dépôts Eocènes néo-calédoniens, Bull. de la Soc. Géolog. de France, (4), 5, 1905.
Erskine, J. Elphinstone, Journal of a cruise among the Islands of the Western Pacific etc., in Her Maj. Ship Havannah, London, 1853. Garnier J., La Nouvelle-Calédonie, Paris, 1871. Glasser, M.E., Rapport sur les Richesses Minérales de la Nouvelle-Calédonie, Annales des Mines 1903 et 1904, Paris, 1904. Grundemann R., Die ôstliche Hälfte von Melanesien, Petermann’s Mitteilungen, 16, 1870.
Lambert le Père, Mœurs et superstitions des Néo-Calédoniens, Nouméa, Leenhardt M., La Grande Terre, Mission de Nouvelle-Calédonie, Paris, Lemire Ch. Voyage à Pied en Nouvelle-Calédonie, Paris, 1884.
NU
Meinicke, C.E., Die Inseln des Stillen Ozeans, erster Teil, Leipzig, 1875.
Moncelon L., Réponse alinéa par alinéa, pour les Néo-Calédoniens, au Questionnaire de sociologie et d’ethnographie de la Société, Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, (3), 9, 1886.
Pelatan L., Les Mines de la Nouvelle-Calédonie, Paris, 1892.
Piroutet M., Note préliminaire sur la Géologie d’une partie de la Nouvelle-Calédonie, Bull. de la Soc. Géol. de France, (4), 3, 1903.
— Note sommaire sur le Trias de la Nouvelle-Calédonie, ibid., (4), 8, 1908.
Rochas de, Sur les Néo-Calédoniens, Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, 1, 1860.
— Sur les maladies des Néo-Calédoniens, ibid., 2, 1861. Sarasin F., Etude anthropologique sur les Néo-Calédoniens et les Loyaltiens, Archives suisses d’Anthropologie générale, 2, 1916—17. Sarasin F. et Roux J., Nova Caledonia, Recherches scientifiques en Nouvelle-Calédonie et aux Iles Loyalty. A. Zoologie. vol. 1, 191314. vol. 2, 1915—17; B. Botanique (Réd. Hans Schinz et À. Guillaumin), vol. 1, L. 1, 1914.
Schlechter R., Pflanzengeographische Gliederung der Insel Neu-Caledonien, Engler’s Botan. Jahrbücher, 35, 1904.
— Beiträge zur Kenntnis der Flora von Neu-Caledonien, ibid., 39, 1906.
Suess Ed., Das Antlitz der Erde, 1892—1909.