‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 38 sur 39 · PI. VIL · texte numérisé non relu

PI. VIL

CAP YACHO, ÎLE DE LIFOU

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profil horizontal également, qui surmonte la plaine calcaire et paraît distinctement plus haute que le rocher de Yacho: l’élévation de celui-ci n’est que de 35 m. au-dessus du plateau.

La pointe extrême du cap Yacho, un peu plus basse que le reste du promontoire est représentée dans la PI. VIII On remarque une terrasse côtière très étroite avec la sombre excavation formée par les vagues de la mer actuelle; au-dessus de cette première, on en voit une seconde, sur la corniche de laquelle s’élève un cocotier agité par le vent. Le bord inférieur de cette voûte creuse est à environ 15 m. au-dessus du niveau de la mer, si l’on estime sa hauteur d’après la taille de l’indigène qui se tient debout sur le palier inférieur.

Le plateau de Lifou présente absolument les mêmes caractères que celui de Maré; le sol calcaire en est rugueux et recouvert, par endroits, d’une terre rouge, propice aux cultures. Comme dans l’île voisine, des fentes et des grottes nombreuses s'ouvrent dans le calcaire; ce sont, parfois, des dolines profondes et larges qu'on ne peut explorer sans l’aide de la corde et qui contiennent souvent des nappes d’eau douce ou légèrement saumâtre dans le voisinage des côtes.

Partout où les plantations de cocotiers et les champs cultivés n’occupent pas le plateau, celui-ci est recouvert d’herbages et de brousse; cette dernière fait place, parfois, à des bosquets qui, ici et là, sont transformés en véritables futaies, grâce à la présence de beaux arbres dont les frondaisons s'élèvent très haut au-dessus des autres. La forêt de Lifou, comme celle de Maré, est pauvre en fleurs; elle l'était tout au moins, lors de notre séjour; de plus, celles qui existent sont pour la plupart de couleur blanche ou verdâtre et, par conséquent, peu apparentes. Il n’y a guère que quelques espèces de Loranthacées dont les touffes de fleurs vivement colorées en rouge ou en jaune mettent quelques notes gaies dans le feuillage des arbres sur lesquels elles croissent. La forêt est, par contre, riche en champignons dont plusieurs répandent, la nuit, une lumière blanche ou verdâtre. Nous avons été rendus attentifs à ce fait par la visite nocturne de quelques indigènes qui s'étaient collé sur le visage des fragments d’un champignon, brillant d’une lueur verte assez intense, et qui

présentaient ainsi un aspect fort bizarre. En nous promenant, ensuite, dans la forêt voisine de Képénéé, nous avons pu admirer ce spectacle vraiment surprenant: le sol pierreux était tout parsemé de taches blanches et vertes qui reluisaient comme de petites étoiles. Les chemins qui traversent le plateau sont, en général excellents bien que, par un temps sec, ils se recouvrent rapidement d’une épaisse couche de poussière rouge qui ne rend pas

Fig.166. Le grand-chef Clément, de Nathalo, avec sa famille.

la marche précisément agréable; une quantité de papillons, dont plusieurs ont les ailes brillamment colorées, animent les broussailles qui les bordent.

Après avoir séjourné à Képénéé, à la côte Ouest, nous avons visité Nathalo, localité située au Sud-Est du premier village, tout près de la côte orientale de l’île, où nous sommes aussi restés quelques jours. L’île est si étroite dans cette région que la distance entre les deux points sus-nommés doit à peine dépasser 12 kilomètres. L’altitude de Nathalo n'étant que de 14 m. supérieure à celle de Képénéé, la route qu’on parcourt paraît être absolument

horizontale. Nathalo est le lieu de résidence du grand chef du district d’Oué; ce village, dont les habitants sont catholiques, possède une belle église. Le chef avait préparé pour nous, dans sa grande maison, bâtie à l’européenne, trois chambres très bien meublées et fit tout ce qui dépendait de lui pour faciliter notre travail; en guise de remerciements nous le présentons à nos lecteurs, dans le cercle de sa famille (fig. 166); d’après ses renseignements, ses ancêtres seraient venus d’Ouvéa.

Nathalo est situé au pied du versant occidental d’une falaise calcaire séparant le village de la mer; celle-ci est distante d’en-

Le) 2 # 6 8 10 12 14 16 Km

Fig. 167. Coupe transversale schématique à travers l’île de Lifou, de Képénéé à Nathalo.

viron 2 km., à vol d'oiseau. Un sentier rocailleux et raide conduit au rempart rocheux, large d’environ 2 km., dont la partie la plus élevée (75 m. environ) se trouve du côté de l’océan. Le versant tourné vers la mer ne se présente pas sous la forme d’une muraille abrupte, mais plutôt comme une pente boisée, coupée par une série de paliers rocheux. En bas, sur la plage, est situé le petit village de Natikétiouan, caché à l’ombre des palmiers et entouré de plantations d’ignames. Ses maisons sont abritées contre les vents du large par des parois, hautes d'environ 5 m., faites de feuilles de cocotiers.

Dans la fig. 167, j'ai essayé de construire une coupe schématique de l'île, de Képénéé à Nathalo. Il ne m'est pas possible de donner une coupe semblable pour la partie de Lifou située au Sud de cette région, étant donné que nous ne l’avons pas parcourue; mais, dans l’ensemble, la différence ne doit pas être très grande.

Sarasin, Nouvelle-Calédonie, 18

Comme à Maré, les rochers calcaires de Lifou sont extraordinairement riches en grottes. La plus belle est, peut-être, celle de Tingéting, à environ 6 km. au Nord de Nathalo; par sa forme, elle rappelle le chœur haut et étroit d’une cathédrale gothique. Ces

Fig. 168. Case à Képénéé.

grottes servaient, ici aussi, au dépôt des cadavres dans la période pré-chrétienne; on y plaçait les gens de haute condition à part, étendus dans des pirogues de bois, tandis que les communs des mortels étaient déposés, tous ensemble, sur le sol de la grotte, ainsi qu'en témoignent encore les ossements entremêlés de leurs nombreux squelettes. Les cas ne sont pas rares, où les cadavres desséchés se sont transformés en momies dures et jaunes.

Par la position des ossements qui n’avaient pas été dérangés, nous avons pu constater que tous les morts avaient été étendus dans la position horizontale. Le chef Clément m'assura, cependant, qu’autrefois, en certains endroits, on les avait aussi placés

Re a

en position accroupie, en les ligotant solidement avec des cordelettes. Quand je lui demandai pour quelle raison on avait procédé de la sorte, il me répondit sans hésiter que c'était par crainte du retour des défunts. Ce renseignement, si ingénument donné, est

Fig. 169. Vieille case de chef à Képénéé.

important pour résoudre la question, encore si discutée, du pourquoi des sépultures en position accroupie et du garrottage des cadavres avec des cordes. C’est, sans doute, à cette même idée, c’est-à-dire à la peur des influences pernicieuses des revenants, qu'il faut rapporter le fait que, dans une grotte près de Képénéé, nous avons trouvé un cadavre allongé dans une pirogue et qui était non seulement ligoté dans une natte à l’aide de cordelettes de coco, mais encore fixé dans ce cercueil par des traverses de bois.

Après avoir examiné les demeures des morts, il est tout indiqué de dire quelques mots de celles des vivants. La case typique

de Lifou est, tout comme en Calédonie et à Maré, la paillote ronde, en forme de ruche d’abeilles. Elle se distingue cependant des précédentes par sa double entrée que soutient un pilier médian (fig. 168—170). A Képénéé, les groupes de maisons sont séparés par des murs de blocs de pierres qu’on gravit au moyen de petits escaliers faits de solides bâtons de bois.

Fig. 170. Maison destinée aux jeunes gens, à la plage de Képénéé.

Les huttes des chefs qui, à vrai dire, ne sont plus habitées par cette caste aujourd’hui fort européanisée, ont, en général, de très vastes dimensions; ainsi, l’ancienne case du chef de Képénéé a 31 m. de circonférence, et celle des anciens chefs de Nathalo 37 m.

Des troncs d’arbres énormes ont servi à la construction de ces imposantes habitations; le poteau central de la case de Képénéé dont il vient d’être question mesure, par exemple, 1 m. 90 de tour, les 12 piliers de la périphérie ont 1 m. 75 de circonférence et 1 m. 27 de hauteur jusqu’au point de support de la partie inférieure du toit. À la hutte de Nathalo, un de ces piliers de la paroi

a même une circonférence de 2 m. 40 et une hauteur de 1 m. 90. La carcasse du toit conique est formée de grosses poutres s’appuyant sur les poteaux de la périphérie et de nombre égal à ces derniers; entre ces poutres maîtresses s’en trouvent intercalées d’autres, plus faibles. Tout ce bâti est consolidé par 4 couronnes horizontales de bois dont la plus inférieure repose sur les piliers du pourtour de la case. Dans l’intérieur de celle-ci, iln’y a qu'un seul foyer entouré, soit de planches soit de petits troncs d’arbres; le reste du sol de la hutte est recouvert de nattes.

La «maison de jeunes gens» de Képénéé, située près de la côte, est aussi de très grandes dimensions (fig. 170); tous les garçons, à partir de l’âge de 5 ans, y logent jusqu'à leur mariage.

Celui-ci se contracte, d’après ce qu’on nous a dit, par le paiement d’une somme de 500 frs. aux parents de la fiancée.

Tandis qu’à Maré, les cases que nous avons vues étaient dénuées de toute sculpture, les habitations de Lifou possèdent quelques ornements; ces derniers sont loin, cependant, de témoigner d’un Fig. 171. Flèche de case amour de la décoration comparable à NE AA celui que nous avons constaté en Nouvelle-Calédonie. Sur le haut des vieilles demeures de chefs (fig. 169), on voit parfois des flèches de case, avec visage humain sculpté, qui dérivent surêment des modèles calédoniens. Le chef Clément nous en offrit une, malheureusement fort endommagée par les intempéries, qui se trouvait, comme ornement, sur la tombe de ses parents; il dut l’enlever lui-même, car aucun de ses administrés n’eût osé toucher à cette relique sacrée. Les flèches de case avec ornements purement géométriques sont les plus répandues; celle de la «maison de jeunes gens» de Képénéé (fig. 170); est très soigneusement travaillée; elle se termine, vers l’extrémité supérieure, par une partie taillée en pyra-

mide. On en voit un spécimen plus modeste sur le toit de la case représentée dans la fig. 168. D’autres, encore, ne sont formées que d'une grosse branche fourchue. Celle qui est figurée ici (fig. 171) est un très gros exemplaire qui avait primitivement trois branches divergeant vers le haut et dont une, malheureusement, était depuis longtemps cassée; elle ornait autrefois la hutte des chefs de Nathalo. Actuellement, on voit souvent, dans les

Fig. 172. Entrée d'une case à Nathalo. d'après une esquisse.

villages catholiques, des croix plantées au sommet du toit des habitations.

La double entrée de la case est, parfois aussi, pourvue d’ornements; devant le pilier qui sépare les deux ouvertures, on en place volontiers un autre, plus mince, taillé souvent en forme de sablier, tandis que la porte est flanquée, de chaque côté, d’un panneau de bois portant des gravures géométriques, en général des losanges. La fig. 172 représente l'entrée d’une de ces cases, d’après une esquisse que j'ai faite sur place. Le motif ornemental du sablier est aussi très répandu en Calédonie et sa forme doit provenir, probablement, sans que l’on sache comment, d’une reproduction du visage ou du corps humain fortement stylisé.

A côté des huttes rondes, on trouve aussi à Lifou une quantité de constructions plus modernes, carrées ou rectangulaires.

On nous a dit qu’elles étaient dues à l'influence des missionnaires venus des îles Samoa, mais elles pourraient, tout aussi bien, être d'importation européenne.

Comme elles sont plus faciles à construire que les paillotes et, qu’en outre, elles présentent de sérieux avantages sur ces dernières, elles remplacent petit à petit les maisons primilives.

Nous n'avons rencontré à Lifou, ni vestiges d'anciennes cases rectangulaires de vastes dimensions, ni tumuli faits de blocs de calcaire, comme ceux de Maré que nous avons décrits;

Fig. 173.

Idole de pierre, Lifou.

Hauteur 20 cm.

cependant, cela ne veut pas dire que ces restes n'existent pas quelque part dans cette île dont nous n'avons parcouru qu’une petite partie.

On trouve à Lifou de très curieuses idoles de pierre, caractérisées par la grossièreté du travail, et qui ne sont connues ni à Maré ni en

Nouvelle-Calédonie (fig. 173). Elles ont été dé-

Fig. 174.

Massue magique.

Long. 44 em. servées dans les grottes et doivent — ou, plus

couvertes, il n’y a pas très longtemps, et décrites par M. L. Bouge. Ces statues de pierre sont con-

exactement, devaient — servir à provoquer des maladies, à amener la guerre etc. À ce groupe d'objets sacrés appartient également la petite massue de bois que représente la fig. 174; on la plaçait auprès d’une de ces idoles ou d’un autre talisman avec l’idée que le démon, habitant ces amulettes, en sortirait pendant la nuit et, s’armant

Fig. 176. Houppe de plumes pour l’ornement de la chevelure.

Longueur 64 cm.

Fig. 175. Instrument de danse.

Longueur 35 cm.

de cette massue, irait faire du mal à l'ennemi.

En général, presque tout ce qui à été dit plus haut au sujet de l’'ethnographie de Maré peut s’appliquer à celle de Lifou. Comme celle-là, elle se relie, autant qu’on en peut juger aujourd’hui, à celle de la Grande Terre, en présentant les mêmes particularités que nous avons relevées pour l’île de Maré.

Il existe, cependant, à cet égard, quelques différences entre les îles Loyalty. L’arc est employé à Lifou, pour la chasse aux oiseaux et roussettes, tandis qu'il paraît faire défaut à Maré. De même la fronde, dont nous n’avons retrouvé trace à

aux

aucune

Maré, semble avoir été utilisée autrefois à Lifou; du moins, nous a-t-on vendu plusieurs pierres ayant servi à ce but. Le feu est encore souvent obtenu, à Lifou, par le frottement de deux morceaux de bois.

Un petit instrument, accessoire de danse, m'était encore complètement inconnu; c’est un faisceau de fibres végétales dont la

Fig. 177. Indigène de Lifou.

partie inférieure, fortement attachée, se termine en un anneau (fig. 175). Pendant la danse, on le porte verticalement dans le creux de la main, en introduisant l'index dans l’anneau et on lui imprime un mouvement vibratoire. Cet instrument doit être d’origine polynésienne. Les houppes de plumes dont les jeunes gens ornent leur chevelure à l’occasion des fêtes sont très gracieuses (fig. 176); les longues et étroites pennes de la queue du Phaëthon rubricauda Bodd., qui font saillie au milieu du faisceau, proviennent, paraît-il, de la petite île Surprise, au Nord de la Nouvelle-Calédonie.

Les indigènes de Lifou sont un petit peuple très gai et enjoué, décidément plus joyeux que les gens de Maré. Ils mènent, sur leur îlot ensoleillé, une vie facile, exempte de tout souci, comblés qu'ils sont, par la bonne nature, de moyens suffisant à leur existence. Aussi, dans ces conditions, le travail lui-même

Fig. 178. Femme indigène de Lifou.

devient-il un plaisir, de telle sorte que chacun vient en aide à son voisin et qu’une bonne camaraderie ne tarde pas à se développer. Y a-t-il, par exemple, une nouvelle case à recouvrir de chaume? On voit tous les gens du village, jeunes et vieux, sortir en bandes, puis, revenir chargés de bottes de paille; alors le travail commence, assaisonné de plaisanteries et de rires qui se succèdent en vrai feu d’artifice. Ces indigènes sont très bien doués au point de vue musical. Ils aiment à chanter les mélodies européennes, mais en se bornant souvent à énoncer simplement les noms des notes qui leur tiennent lieu de paroles; ils passent

ainsi des soirées entières à moduler leurs refrains. Le Dr Roux, qui apprenait quelquefois de nouvelles chansons aux enfants, s’'émerveillait de la facilité avec laquelle ils retenaient les mélodies et composaient ensuite, d'eux-mêmes, les parties d’accompagnement.

On peut aussi relever, comme manifestation de cette joie de vivre des gens de Lifou, la curieuse correspondance qu'ils ont entre eux au moyen de feuilles de fougères sur lesquelles ils gravent des caractères d’écriture. On trouve partout de ces singulières missives, abandonnées sur les routes: les unes sont des messages d'amour et sont placées de telle sorte que celle ou celui qu’elles concernent les découvre facilement, les autres ne contiennent que des renseignements relatifs à des déplacements de tel ou tel indigène. Nous mêmes, qui étions étrangers, avons été souvent gratifiés par les jeunes filles de Lifou, de fruits, de fleurs ou de jolies pochettes tressées et ornées de cordons de laine aux vives couleurs. En somme, de tous les habitants des îles Loyalty, ce sont les gens de Lifou qui nous ont causé l’impression la plus sympathique et qui semblent être les plus confiants.

Au point de vue anthropologique, ils ressemblent beaucoup à ceux de Maré, de sorte que ce qui a été dit au sujet de ces derniers peut s'appliquer également à eux. Les mensurations relatives à la taille, à la forme de la tête, au visage et au nez, ont donné approximativement les mêmes chiffres que pour les Maréens. Leur peau a aussi la même teinte foncée et la variabilité dans la constitution de leurs cheveux est également très grande; il semble, cependant, que les cas où la chevelure présente des spirales étroites sont un peu plus fréquents qu’à Maré. Souvent, les femmes négligent complètement le soin de leur chevelure, aussi celle-ci développe-t-elle, alors, en une imposante lignasse qui recouvre toute la tête. Les hommes, comme ceux de Maré, coupent leurs cheveux très ras. La mode de les teinter en rouge au moyen de la chaux est encore assez répandue, mais seulement chez les enfants et les jeunes gens; les hommes mariés ne les colorent plus.

Ouvéa.

11 Mai — 17 Mai 1912.

Le 10 Mai, un vent favorable, soufflant du S.E., nous permet enfin de nous rendre de Lifou à Ouvéa; aussi, le soir même, faisons-nous charger nos bagages sur une petite barque à voile, «la Paula», appartenant à un indigène. Il est près de minuit quand nous gagnons le bord, accompagnés d’une bande nombreuse de nos amis de Lifou; une demi-heure après, la lune s'étant levée, le bateau met à la voile. Aussi longtemps que nous naviguons à l’intérieur de la Baïe du Sandal, la mer est relativement calme, mais, aussitôt qu’on avance sur la mer ouverte, la frêle embarcation se met à danser d’une façon désordonnée sur les vagues qui, sans cesse, deviennent plus fortes.

Au lever du soleil, apparaissent, vers l'Ouest, les montagnes de la Nouvelle-Calédonie, mais, d’Ouvéa on n’aperçoit rien encore. Peu après, cependant, une terre plate, surmontée de parois rocheuses émerge des flots; c’est la côte méridionale d'Ouvéa et le petit îlot de Mouli qui en forme la continuation vers l'Ouest. Par une passe étroite entre cette petite île et un banc de sable, nous faisons notre entrée dans le vaste lagon, bordé à l'Est par la côte d’Ouvéa et limité, vers l'Ouest, par une longue série arquée de bancs et d’îlots, les Pléïades de Dumont d’Urville.

Semblable à une cascade écumante, la mer se précipitait par le détroit vers l’intérieur de la lagune; celle-ci, aux ondes parfaitement calmes et d’une belle teinte bleu clair, nous fit l'effet d’un lac paisible. C'était une véritable délivrance, après une traversée pareillement agitée. En souvenir de la visite que fit à Ouvéa l’évêque néo-zélandais Selwyn en 1849; on désigne parfois cette lagune sous le nom de « Bishops Sound ». D’après la carte ma-

rine, sa dimension, du N.-N.E. au S.-S.O., ainsi que celle qui est perpendiculaire à cette direction, peuvent être évaluées à 40 km. environ; sa profondeur, qui est, dans le milieu, de 15 à

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