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Blanc. On ne peut s'empêcher de sourire en entendant raconter de la façon la plus sérieuse cette petite légende, le cocotier ayant continué à pousser, faisant voir le sillon à 7 ou 8 mètres environ du sol.
Ils ont conservé encore comme unité de mesure le soleil, la lune et les ignames qui représentent : le premier un Jour, la seconde un mois et les troisièmes une année.
Restés très indigents au point de vue « numération », c’est la longueur de tel ou tel chemin qui leur permet d'apprécier les quantités.
Ils ne manquent même pas, dans ce cas, d’une certaine imagination; exemple, l’histoire suivante : |
Rentré dans sa tribu après un voyage fait en France et un court séjour à Paris, un Canaque dut naturellement raconter les impressions qu'il avait recueillies au cours de ce déplacement. Parmi ces impres- . sions, il en était une surtout qui l'avait frappée plus vivement que les autres : le nombre de femmes qu'il avait rencontrées à Paris.
Très étonnés, les vieux manifestèrent le désir de connaître à combien pouvait être estimé ce nombre, et voici l’image dont s’est servi le Naturel pour donner à son idée une valeur quantitative.
Vous savez que pour pouvoir arriver au coucher du soleil à la tribu de X, il faut partir le matin au jour. Vous savez que, tout le long de la route, il ÿ a beaucoup, beaucoup d'arbres; que ces arbres ont beaucoup, beaucoup de grosses et petites branches; que sur chacune de ces branches il y a beaucoup, beaucoup de feuilles. Eh bien, il y a encore beaucoup, beaucoup plus de femmes à Paris qu'il my a de feuilles sur ces arbres.
Je doute donc que l’on réussisse à faire de ces indigènes des hommes réellement civilisés et encore moins des citoyens.
C’est, d’ailleurs, une mauvaise main-d'œuvre, sur laquelle il est de moins en moins possible de compter, surtout depuis le retour des tranchées des tirailleurs qui ont évolué et fait évoluer autour d'eux au point de ne plus vouloir même concourir de bon gré aux travaux d’utilité publique. Cet état d'esprit est d'autant plus regrettable qu’on eût pu facilement l’éviter, en accordant à chacun de ces tirailleurs un petit lopin de terre qui serait resté-leur propriété tant qu'ils l’auraient maintenu en rapport. On se serait ainsi fait de ces indigènes de vrais et bons alliés.
Attachés par dessus tout à la mer où ils sont habiles et hardis, ils s’embarquent volontiers à bord de n'importe quel bateau, de préférence comme matelot, mais également comme garçon, acceptent
assez facilement encore de devenir des auxiliaires de la police locale ou de contracter un engagement dans le corps des tirailleurs. sans doute à cause du prestige que ces fonctions paraissent leur conférer.
Quelques-uns deviennent enfin sfockmen, c'est-à-dire font partie des équipes qui, sur les stations d'élevage, rassemblent, rentrent le bétail et le conduisent aux lieu de vente, car ils sont fiers de monter à cheval et encore plus fiers de posséder en propre leur monture.
Par ailleurs, la nature leur fournissant, au prix d’un labeur insignifiant, tout ce qui est nécessaire à la vie, leur imagination ne saurait désirer mieux; aussi l’appât du gain ne les tente-t-il pas.
Dans le but de satisfaire à cerlains besoins que leur crée le contact de notre civilisation, ils consentent à travailler pendant un, deux ou trois mois pour se procurer l’argent indispensable, puis ils se reposent jusqu'à ce qu’un autre besoin les fasse à nouveau sortir de leur apathie.
Si les hommes (en'canaque, {ayos) sont forts, bien musclés et adroits à tous les exercices du corps, les femmes ou popinées, au contraire, sont laides, mal faites et sales. Cet appauvrissement physique est dû, sans aucun doute, chez ces dernières à l'infériorité sociale dans laquelle elles sont encore maintenues dans les tribus. ;
Aujourd’hui, malgré l'influence européenne, la femme est restée la bête de somme d'avant la prise de possession de l'île. Quand une famille se déplace, l'homme marche le premier, les bras ballants et la pipe à la bouche, alors que sur le dos de la femme sont les nattes, les taros, les poissons et voire même souvent l'enfant.
Je ne parle pas, bien entendu, de celles qui viennent travailler à la ville et qui sont perdues pour la tribu: Il est, d’ailleurs, très difficile actuellement, pour ne pas dire impossible, d'obtenir une popinée comme domestique, Les chefs s’étant rendu compte que, trop pénétrée par certains côtés de notre civilisation, toute femme ayant séjourné pendant quelque temps à la ville n’acceptait plus leur autorité et devenait une propagandiste indésirable.
C’est là une des raisons de l'extinction de cette race qui, en raison de son peu d'importance aujourd’hui (24.000 sujets, y compris ceux de la grande Terre et des îles avoisinantes), ne pourra jamais concourir effectivement à la prospérité générale de l’île, comme dans nos Colonies où c’est l'élément indigène qui, par le nombre, constitue la réelle richesse du Pays. Dans ces colonies, une politique indigène s'impose, car ce n'est qu'en y répandant l'instruction et en y faisant
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pénétrer les méthodes scientifiques modernes qu'on arrivera à mettre en valeur les ressources incalculables qui s’y trouvent. &
Loin de moi l’idée de ne pas chercher par tous les moyens à faire gravir au Canaque quelques gradins de notre échelle sociale, mais je manquerais à tous mes devoirs de Colonial passionné et à toute ma conscience si je ne poussais pas un cri d'alarme au moment où l’on veut doter nos possessions d'Outre-Mer d'un statut indigène que l’on paraît vouloir mouler uniformément pour chacune d'elles.
Le jour où, encore mal éclairée, l'Administration voudra rendre effectives ces mesures statutaires avant d'avoir fourni à la Nouvelle Calédonie les moyens de se développer, je ne suis pas éloigné de croire qu'elle aura sérieusement à ‘compter avec la mentalité particulière de ses naturels.
Il me faut revenir à l'extinction de cette race qui n’a pas pour seule cause le libertinage des femmes et leur démoralisation; il en est d’autres, encore plus importantes, car elles agissent directement sur la natalité; je veux parler de la stérilité et de l'avortement qui continuent à être pratiqués largement.
Causes ayant une répercussion directe sur la natalité. — Il est, pour ainsi dire, impossible d'obtenir des renseignements auprès des sorciers qui disposent journellement de ces moyens d'action. J’ai eu, pendant de longues années, au service de ma famille, plusieurs popinées qui, jamais, n'ont eu d'enfants, malgré leurs fréquents mariages, assurées qu'elles étaient, disaient-elles, de n'en pouvoir avoir à cause d'un breuvage qu'on leur avait fait boire à la tribu.
En 1915, dans des circonstances que l’on devinera sans peine, j'ai été amené à faire une enquête sur les différents poisons végétaux existant en Calédonie et aux Hébrides, et voici les seuls renséignements que J'ai réussi à obtenir. Ces renseignements m'ont été confirmés par un Père Mariste, botaniste distingué, qui àvait une réelle autorité sur les indigènes de sa région.
D’après ces derniers, les mauvaises femmes (c’est ainsi que sont désignées celles qui recouraient à la décoction), — et elles sont nombreuses, — emploient le fruit du Cerbera Manghas pour se rendre stériles. Cet arbre fait partie des Apocynées et. pousse DAQRE sur le littoral et les lieux humides.
Elles obtiennent le même résultat en avalant les feuilles de l’arbre à corail al est journellement employé aussi pour la pêche. Je n'ai pu réussir à faire identifier ce végétal. Tiges et feuilles sont jetées à
CE terre
l’eau et le poisson ne tarde pas à être engourdi ou même tué.
Même emploi pour la liane Desmodium.
Pour obtenir un effet plus sûr et plus durable, les indigènes mélangent le Desmodium à l'arbre de corail et y ajoutent même parfois un peu d’écorce écrasée de l’Acacia fail-fail (Acacia Myridena).
La Rhus alra, appelé goudronnier (faux acajou) est employé par les sorciers contre ceux à qui ils veulent du mal, mais il m'a été absolument impossible de savoir de quelle façon ils opéraient, même auprès d’un vieux Canaque sorcier, ancien condamné, qui est resté sur une des propriétés de ma famille pendant près de vingt ans et qui nous paraissait très dévoué. J'ai vu d'ailleurs ce Canaque à maintes reprises soigner ses indigènes pour des maladies très différentes, (pneumonie; entérite, etc.) sans que jamais je réussisse à lui voir préparer ses emplâtres ou ses infusions. Il disparaissait pendant deux ou trois jours et ne revenait que lorsqu'il avait fini de préparer sa petite cuisine qui, je dois l'avouer, m'a surpris dans quelques occasions par l'effet salutaire et rapide qu'elle a produit.
C'est le suc du rhus atra qui, étendu sur les taches de lèpre au début, extirperait le mal, au dire de certains Canaques qui insistent d’une facon absolue sur ceite particularité-du début, car après il serait trop tard. Je crois, sans pouvoir l’affirmer, que c’est à une des parties du rhus atra que les sorciers s'adressent lorsqu'ils veulent provoquer l'avortement. ;
Le fruit de cet arbre dont la grosseur varie entre un œuf de poule et un œuf de dinde se présente à sa maturité avec le noyau en grande partie découvert. La chair qui reste attachée à ce noyau serait assez savoureuse au dire des personnes qui ont voulu la goûter sans en connaître les effets, mais toutes ont été obligées de la rejeter, les lèvres, au simple contact du noyau, enflant démesurément et très vite,
On m'a signalé, dans la brousse, à plusieurs reprises, des accidents
de ce genre que l'éloignement ne m'a pas permis de contrôler, mais il y à lieu de retenir l'effet particulièrement caustique que produit le noyau de ce fruit. Il y aurait incontestablement intérêt à entreprendre sur place, des expériences sur les animaux pour obtenir des précisions réelles. Je ne cite que pour mémoire les feuilles, fleur et racines du Flamboyant, ce Cœsalpinia pulcherrima qui, originaire des Indes orientales, a été naturalisé dans la plupart des pays chauds, feuilles, fleurs et racines qui seraient, en infusion concentrée, abortives. Je signalerai, pour terminer, qu'à Maré, île avoisinant la Nouvelle