POPULATION INDIGÈNE
Le Canaque, aussi sobre par nature que fainéant, cultive à peine ce qui lui est nécessaire pour nourrir sa famille. Si les récoltes sont belles, il ne faut l’attribuer qu’à la fécondité du sol et au climat privilégié dont jouit la Calédonie.
A l’époque où les Français prirent possession de cette ‘île, les produits de la terre en « ignames et taros » qui étaient les seules cultures existant alors, n'étaient rien, comparés à l'étendue des terrains incultes. L'agriculture y était donc à l’état primilif, mais cette agriculture était, en réalité, pratiquée partout où $e trouvaient des tribus et ce serait manquer de fidélité que de ne pas savoir reconnaître tout le sens pratique que renferment encore aujourd’hui les procédés mis en usage par les indigènes.
Convaincus que, pour obtenir un rendement quelconque de la terre, il fallait de l’eau, beaucoup d'eau, toutes celles des tribus qui l'ont pu, ont choisi leur emplacement le long d’un cours d’eau ou d’une rivière.
- Dans la nécessité de trouver lecomplément des ressources nécessaires
à leur alimentation, les dernières arrivées ont dû se contenter, en partie, du sommet des montagnes auquel on n’accède que par des: sentiers escarpés et difficiles. Malgré cette situation particulièrement
- défavorable, les récoltes continuent actuellement encore à y être
bonnes, grâce à des travaux d'irrigation qui devraient servir plus souvent d'exemple aux nouvéaux colons qui viennent peupler la Colonie.
C’est là une constatation assez curieuse, mais qui trouve facilement son explication dans l’état d'isolement dans lequel sont restés: les Canaques qui n'ont pu devenir ni pasteurs, en l'absence de mammifères, ni chasseurs, faute de gibier. Ils-ont donc dû recourir pour subvenir à leurs besoins, en dehors de la pêche, à la terre et ils ont dû y
recourir d'autant plus impérieusement que, contrairement à ce qui se
passe dans les pays de la zone tropicale, la nature ne leur fournissait
pas spontanément les produits indispensables à leur alimentation. C’est là le propre de toutes les régions situées en zone tempérée et, comme on vient de le voir, la Calédonie n'y fait pas exception.
Outillage . agricole. — Pour arracher les racines, les Canaques emploient un outil en serpentine qui a un peu la forme d’une herminette de charpentier, et pour labourer et planter ils se servent d’une perche en bois durcié au feu.
L'homme défonce la terre pendant que la femme accroupie saisit les mottes, les écrase et rejette de côté toutes les racines et mauvaises herbes. ‘
Engrais. — Les engrais sont naturellement inconnus, maïs quand vient l'époque des semailles, les indigènes choisissent le terrain à ensemencer qui, jamais n’est le même que celui de l’année précédente, ce qui tend à conclure qu’ils ont, par expérience, mis en pratique la théorie des jachères. Ils brülent tout ce qui se trouve à la surface du sol, s'étant parfaitement rendu compte qu’en même temps que la terre se purgeait d’une foule de plantes inutiles, elle s’enrichissait d’un amendement précieux.
La base de leur nourriture est faite d'ignames, de taros et de poissons qu'ils ne mangent jamais crus, de cannes à sucre, cocos, coquillages et bananes. Ils opèrent la cuisson dans des « fours caraques » qui ne sont autres que des trous en terre. Les aliments sont déposés au milieu de pierres chauffées et de deux rangées de feuilles, procédé qui rappelle assez notre cuisson sous les cendres.
Ils disposent néanmoins de quelques poteries sans caractérislique.
Ignames. — Je passe volontairement sous silence la culture de l’igname, laquelle ne mérite aucune mention particulière qui ne soit déjà connue.
Taro. — Quant à celle du « taro », c’est avec un art remarquable qu'ils disposent en amphithéâtre des plates-bandes munies de rebord, dans lesquelles ils font circuler l’eau pendant 6 et 8 mois.
Il existe principalement sur la côte Est uné variété de taro (arum esculentum) qui mérite le nom de « Parmentier » en raison de ses qualités alimentaires plus élevées que le précédent et du rendement prodigieux qu'il atteint. Les indigènes de ces régions le plantent aujourd'hui de préférence, car les tiges s'élèvent, en certains endroits à 3 mètres de haut, etle produit de chaque pee est de 40 à 50 kilogrammes de tubercules.
Etat actuel. — L'agriculture, malgré les sacrifices consentis par
CTI . es : . k . « . + l'Administration qui a créé au Chef-lieu une école de moniteurs indigènes chargés, une fois pourvus du certificat d’études pratiques, d’aller répandre dans les tribus nos méthodes rationnelles, est encore
partout un peu à l’état primitif. I en est bien quelques-unes qui possèdent de petiles caféeries, mais leur plus ardent désir pour améliorer
leur existence est de devenir propriétaires de quelques têtes de gros bétail et de chevaux. Bien que la: population indigène ne soit pas à même de concourir réellement à la prospérité générale du pays, à cause de son peu d'importance, il ne serait pas indifférent cependant qu'elle fût associée à l’œuvre générale de production, et, particulièrement, à la culture du coton dont la France a un si pressant besoin. .
Historique. — Ce serait revenir sur des choses déjà bien connues que de vouloir retracer l’histoire complète et détaillée des premiers occupants du sol calédonien.
Avec les Néo-Hébridais et les indigènes australiens, les Canaques représentent, dans toute leur inconscience, le dernier échelon de la race humaine, où la femme est encore considérée comme un être inférieur.
Rien n'existe de leur passé-: ni monuments, ni écriture, ni même légendes.
Les vieux se contentent de raconter aux enfants les exploits et les grands actes de la génération qui les a précédés. C’est à cela que se bornent leur histoire et leurs traditions.
N'ayant, au moment où les missionnaires catholiques et protestants sont venus les catéchiser, ni religion, ni corps de doctrine, les Néo- Calédoniens sont restés, en même temps que fiers, braves et indépendants, paresseux, insouciants, superstitieux et incapables de s’attacher au Blanc, à la domination duquel ils répugnent.
Bien que pourvus d’une certaine intelligence naturelle assez vive, la majorité reste ignorante.
Il y a quelques années encore, dans une tribu du Nord de l'île, je me suis fait raconter par un vieux Canaque l’histoire du Blanc « qui était grand comme un cocotier ». En 1872, je crois, un Allemand du nom de Knobloc, que j'ai d’ailleurs connu, parcourut une partie de l’île pour se rendre compte de ses possibilités. Sa haute taille, — il avait plus de deux mètres, — attirait naturellement les regards et les Canaqueg de la tribu furent si impressionnés qu’un sillon circulaire fut tracé sur un cocotier. Ce sillon qui sert à illustrer l’histoire, que tous les enfants connaissent, doit montrer la hauteur exacte qu'avait le
nn. du