SITUATION DE L'ÉLEVAGE PENDANT LES 15 DERNIÈRES ANNÉES
Faute d'écoulement suffisant, la soupape que représentait seule V'Usine de Ouaco jusqu’en 1917, n'ayant pu absorber toute la surproduction, ce sont les adjudications administratives, cependant de peu d'importance (150 kilogrammes par jour), qui ont réglé le cours de la viande.
Les prix obtenus par ces adjudications de 1908 à 1918 ont oscillé entre 0 fr. 38'et 0 fr. 525 le kilogramme.
L'Administration a donc pu nourrir ses rationnaires à un véritable prix de famine et cela malgré 4 années de guerre où, par suite des circonstances particulières dans lesquelles a dû vivre le Pays, qui reste encore tribytaire aujourd'hui de la livre du côté de l'Australie et du dollar du côté de l'Amérique, les autres denrées et objets de première nécessité ont augmenté dans de telles proportions que, pour conserver leur personnel, les éleveurs et colons ont été dans l'obligation de cesser tous travaux de débroussage, d’amélior ation de pätur ages ou de réfection de barrières. ;
Il ne faut donc pas chercher ailleurs la cause principale de l'envahissement des terrains. L’Administration même, pour venir en aide aux propriétaires du bétail, a dû se montrer très indulgente dans le paiement de leurs redevances.
Mais là s’est arrêtée son action, malgré le devoir qui lui incombait d'étudier les voies et moyens capables d'assurer au Pays la création d’un de ces frigorifiques que nos voisins les Australiens ont développés avec une intensité telle qu’ils ont acquis une capacité d'emmagasinage double de celle d'avant guerre.
Jusqu'en 1917, l'Usine de Ouaco continüa à payer la viande 0 fr40 le kilogramme. C'est à ce moment que vint s'installer à Mueo une usine qui, voyant grandir chaque jour la consommation mondiale, offrit aux éleveurs de passer des contrats de longue durée à un prix d’abord fixé à 0 fr. 50 pour les deux premières années et 0 fr. 525 pour les trois autres.
L’Administration s’est-elle émue de cette situation anormale faite aux éleveurs et à l'élevage en général par une compagnie étrangère, alors qu'avec un peu de prévoyance, ces richesses naturelles eussent pu et dû être réservées à la France?
Cette branche de l'industrie agricole n'ayant, comme on le voit, ne compter que sur elle-même, nombreux ont été les éleveurs qui acceptèrent des contrats de 3 ans, car mieux valait encore s’assurer un mauvais débouché que de. n’en avoir pas du tout.
La situation sembla même vouloir se stabiliser à ce taux, malgré les hauts coeurs qui allaient partout grandissants, lorsqu'une troisième usine, à capitaux toujours étrangers, chercha à s'installer dans la région de Bôurail, en offrant cette fois aux producteurs non plus 0 fr. 50 ou 0 fr. 52, mais O0 fr.75 ferme. Par suite de l'entrée en jeu de la libre concurrence, la Société de Mueo, pour s’éviter des difficultés et pour maintenir la marche régulière de son industrie, n’hésita pas à transformer ses contrats primitifs en portant les prix de 0 fr. 50 à 0 fr. 75, c'est-à-dire au taux payé par la (roisième usine qui s'était édifiée à Némeara.
Ces prix s’entendaient, bien entendu, poids des 4 quartiers, poids qu'il est coutume de fixer à 50 p. 100 du poids vif.
Le cours de la viande consommée au Chef-lieu fut naturellement toujours plus élevé, par suite d’un jeu de circonstances trop connues pour qu'il soit nécessaire de s’y arrêter.
Ce cours atteignit en 1920 1 fr. 50 le kilogramme, mais ne s’y maintint que peu de temps. L'année suivante, en effet, survint la mévente des conserves de viande, mévente qui amena rapidement la fermeture de l'usine de Némeara, ne laissant subsister en réalité que Ouaco qui continue à abattre pendant les quatre mois que dure sa fabrica-
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tion une moyenne de 3.000 têtes, alors que Mueo ne RARES plus que 1.000 à 1.200 têtes au plus. 54
Les cours subirent forcément le contrecoup de cette mévente. Les usines ne payèrent plus que 0 fr. 50 en 1923 et 0 fr. 55 en 1924, alors que les adjudications administratives oscillèrent de 1921 à 1924 entre 0 fr. 52 et O fr. 60. ds
La situation, comme on le voit, reste donc loujours précaire, malgré l'élévation croissante du prix des matières de première nécessité.
La Calédonie restera loujours, il ne faut pas l'oublier, de par son isolement, un pays ne pouvant être comparé à aucun autre; il est donc indispensable, si la France veut conserver le seul point d’atterrissage qu'elle possède avec Tahiti dans le Pacifique, que cette Colonie puisse se constituer l'outillage qui, seul, lui permettra de lutter avantageusement en mettant à la disposition de la Métropole les quantités intéressantes de viande dont elle dispose.
Mais, en attendant qu’elle soit dotée de son frigorifique, le Département ne pourrait-il pas, pendant ies deux ou trois années qui seront nécessaires. à sa construction, pour hâter le développement général de l'élevage, passer des marchés fermes de conserves en fixant un prix minimum pour le producteur et un prix maximum pour l'industriel, afin de supprimer un monopole au détriment de toute une classe méritante de travailleurs? tie
Ce serait, en somme, une tarification du travail et du produit ainsi que cela se passe déjà pour d’autres industries. L'importance des commandes restera, d'ailleurs, toujours insignifiante (de 300 à 400 tonnes par an) par rapport aux quantités énormes que la France doit importer pour assurer l'alimentation de la troupe et de la ue civile.
Et que l’on ne metLe pas en cause la qualité des conserves fabriquées en Calédonie, car expédiées actuellement encore sans discontinuité sur l’Angleterre, d'où elles ont repris assez souvent le chemin de nos marchés, ces conserves n’ont jamais donné lieu à aucune critique.
La Colonie à, d’ailleurs, le plus grand intérêt à faire bien et à livrer la meilleure qualité de son bétail, car chacun se rend parfaitement compte que la façon la plus sûre de développer l’activité économique du Pays et de servir utilement la Mère-Patrie est de faire connaître l'excellence de ses produits.
C'est dans ce but qu'en 1916 fut créé un Bureau Officiel d’exportation qui a cherché, par l’applicalion d'une marque d’origine, «le
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tabou » de maintenir à un niveau élevé, la qualité des matières exportées et de s'assurer sur les marchés extérieurs le renom des denrées originaires de la Colonie.
Répercussion sur le développement général de la colonie et en. particulier sur l'amélioration du cheptel. — Il ne me paraît pas utile d'insister sur les conséquences heureuses qu'aurait l'utilisation du froid Sur l’avenir de la Colonie. É
Il reste certain qu'il constituerait le meilleur régulateur et stabilisateur de la situation économique et que, sous son influence, les terrains se débrousseraient, s'amélioreraient, les troupeaux se sélectionneraient et doubleraient d'importance.
On estime, en effet, à 83 hectares la quantité de terrain nécessaire à l'entretien d'une tête de bétail par an. Or, une fois le sol débroussé et amélioré, 1 hectare et demi suffiraient et le cheptel s'accroilrait naturellement assurant ainsi au frigorifique le maintien constant de son fonctionnement.
Commerce des peaux. — On apprendra sans doute avec étonnement que les cuirs calédoniens font prime sur le marché australien où ils atteignent les plus hauts cours de la place.
Ces résultats ont pu être obtenus en parlie grâce à l'obligation du certificat sanitaire qui a contraint les éleveurs et colons à apporter plus de soins à la préparation de ces sous-produits qui possèdent de rares qualités naturelles de souplesse et de finesse, qualités qui ne
pourraient exister si la chair de ces animaux devait laisser à désirer.
Tannerie. — Il est d’ailleurs profondément regrettable que ces cuirs qui, je le répète, possèdent des qualités intrinsèques exceplionnelles, aillent à l'étranger et il apparaît comme une erreur économique de ne pas les traiter sur place, d'autant plus que se trouvent en Calédonie les matières tannantes nécessaires à leur transformation.
Le mimosa y pousse spontanément à l'étal sauvage, le palétuvier est très abondant le long des côtes et le chrôme dont les sels, sont la base du tannage qui, pour la petite peau surtout, a-supplanté presque complètement les autres moyens, se trouvent en grande quantité dans la Colonie.
Sel. — Le voisinage de la mer permettrait de faire une très importante exploitation sur place et cette possibilité présente, en la circonstance, un sérieux intérêt en vue d’un frigorifique qui nécessite partout où il se trouve, d'imporlantes quantités de celle matière première.
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Castration. — Je ne veux pas omettre de signaler que toutes ou presque toutes les vaches ne sont livrées à la boucherie qu'après avoir subi l'opération de la castration.
C'est une pratique australienne qui a été introduite en Calédonie depuis de nombreuses années et qui est couramment pratiquée sur les bêtes défectueuses ou trop faibles pour pouvoir supporter les périodes de sécheresse ou encore sur celles qui sont arrivées au terme de leur carrière.
Cette opération qui, en France, est HRRREe comme étant assez délicate, revêt, au contraire, en Calédonie, un caractère tout à fait bénin. Ce sont, d’ailleurs, les stockmen, c’est-à-dire les hommes chargés de garder, de travailler et de rentrer le bélail, qui la pratiquent eux-mêmes le plus souvent, pour ne pas dire toujours, sans précautions. É
Les bètes qui doivent être opérées ne sont l’objet d'aucun soin préparatoire. La seule indication qui soit observée à leur sujet est de les rentrer la veille dans un emplacement entouré de hautes barrières en bois appelé « stockyard » et où n'existe souvent ni herbe, ni eau.
Le matin du jour de l'opération, les vaches sont amenées à tour de rôle dans une coulisse assez étroile pour qu'elles ne puissent pas se retourner. La Lête est immobilisée dans une guillotine.et 3 ou 4 barres de bois installées À l'arrière empêchent tout mouvement de recul. On inlroduit enfin au niveau des reins une autre barre de bois qui, par la pression qu'elle exerce sur cette région, ne permet pas à la bête de faire le gros dos.
L'opérateur, qui a fait préparer quelques seaux d’eau, du fil à voile ciré et du goudron végétal, entre alors en aclion.
Dans beaucoup de stations aujourd'hui, on savonne le point de la peau qui doit être incisé el on le nettoie avec de la solution crésylée, mais il est encore des élevages où l’on ne prend même pas cette élémentaire précaution.
A l’aide d'un couteau de poche ordinaire bien tranchant, la peau est incisée verticalement par les uns, obliquement par les autres à quatre travers de doigt de la hanche gauche, car contrairement à ce qui se passe en France l'opération a lieu à gauche au lieu de se faire à droite. | |
Les muscles sont alors déchirés avec les doigts et la main gauche, après avoir percé le péritoine, va à la recherche des ovaires qui sont sectionnés purement etsimplement au moyen d'un couteau légèrement