MALADIES SPÉCIALES
: Filaires et Filariose.
Signalées par les Médecins de la Marine et des Colonies, les manifestations de la filariose n’ont pas fait, jusqu’à ce jour, l'objet d’une étude spéciale. (
Presque aussi répandue qu’en Chine, au Japon et au Brésil, cette affection y exerce son action parasitaire sur différentes espèces animales.
Aussi m'a-t-il paru intéressant de préciser certains détails relatifs à l'étude chimique et parasitologique des deux espèces de filaires qui ont pu être observées.
1° Fizapia 1MmMrris LEYDY
Chien. — Cataloguée par le Professeur R. Blanchard qui en avait reçu de Calédonie de nombreux spécimens, et décrite d’une façon complète dans les traités classiques, la filaire du chien se présente avec les proportions d’une vaste endémie qui commence à frapper, dès l’âge de 2 ans, la majorité des chiens vivant dans l'intérieur de l’île. Ceux qui, au contraire, résident au Chef-lieu sont beaucoup moins contaminés que ceux-là seuls qui vivent en liberté.
Sur 127 chiens examinés, 60, dont la plus grande partie avaient atteint l’âge de 3 ans, ont présenté des embryons dans le sang.
Au-dessous de cet âge, le nombre des chiens infectés va en décroissant pour être nul sur ceux ayant moins d’un an. Je ne signale que pour mémoire la décroissance également observée sur les sujets. au-dessus de 7 ans, car il n’en est pas qui parviennent à cet âge dans la brousse et rares sont même ceux qui y parviennent au Chef-lieu.
Sur les 60 sujets parasilés, 55 étaient des chiens de bétail, de
D: Os
chasse ou des chiens de rue vagabonds. Sur ce nombre ceux ayant dépassé 3 ans sont des chiens qui ont élé presque constamment tenus à l’attache. Il n’en est que 5 seulement qui ont pu être classés dans la catégorie « de ville », ce qui veut dire qu qe ont élé maintenus à la maison depuis leur naissance.
De mème que chez l’homme, la filaire peut exister sans révéler saprésence pendant de longs mois. Une première période dont la durée est difficile à évaluer, mais qui paraît voisine de quelques mois à un an, est celle qui va de l'introduction des larves de filaire au moment où elles sont transformées en vers adultes (incubation).
Cette transformation, une fois effectuée, les adultes cantonnés le plus souvent au cœur, peuvent lancer dans la circulation un nombre incalculable d’embryons sans que les symplômes classiques apparaissent encore. Ce n’est que plus tard, alors que le nombre des vers s’est développé dans telle ou telle région de l'appareil circulatoire, qu’éclate un ensemble symptomatique qui permet de diagnostiquer cliniquement la maladie.
Les signes qui se manifestent d'une façon presque constante à cette période d’élat sont :
1° La toux rauque, sèche, caractéristique, survenant par accès et qui donne l'impression que le malade a, dans la gorge, un corps étranger qu'il cherche à rejeter;
20 La respiration haletante, ARE sous l'influence de la moindre course, phénomène toujours observé sur les chiens de chasse ou de bétail;
3° La fixité du regard, l'abattement et la photophobie que l’on peut même observer comme dans les cas de rage.
‘J'ai même encore souvenance de l’émotion que j'ai ressentie, peu de temps après mon arrivée en Calédonie, à l'examen d’un petit caniche noir qui avait une telle fixité de regard que j'ai été, au premier abord, convaincu que j'avais. affaire à de la rage, maladie qui n'existe heureusement pas dans le pays.
4°.L'amaigrissement avec périodes de tristesse et d'anorexie.
5° L’ascite plus ou moins abondante s’accompagnant quelquefois d'œdème du fourreau. |
6° Des épistaxis rejetés el voire même des hémalémèses après une course prolongée. |
A ces signes prédominants s’ajoute à une période avancée : l’hématurie, les crises énileptiformes, la fièvre, la perte de l'appétit, les
troubles cardiaques et finalement la mort survenant toujours, soit par asphyxie, soit par, embolie: ou même par hématémèse.
La toux persistante, Jorsqu ‘elle prédomine, indique de préférence un envahissement des artères pulmonaires ou des bronches par les vers adultes. Quand le cœur droit seul est envahi, la toux est moins. fréquente ou n'existe pas du tout.
Les crises épileptiformes doivent être naturellement dues à une obstruction passagère des vaisseaux encéphaliques par des embryons. ‘ Anatomie pathologique. — Le siège habituel des vers adultes est le cœur droit d'où ils refluent le plus souvent, soit dans les artères. pulmonaires, soit dans la veine hépatique ou entore dans la veine cave, quelquefois jusqu'aux ilaques. |
On les trouve également dans les veines pulmonaires et dans les bronches dont ils peuvent gagner les plus fines ramifications. Sur 12 autopsies pratiquées, nous avons noté :
Vers dans le cœur droit”... de AO ET ET ni Ste 10 fois kr les artères pulmonaires pee AN CEE) 1 — ra leCœur:gauchers tn en Retz: ACDREE 1 — —#" — les veines caves /(pAr eXLEDSION) RO EUR TC RS 2 — — — les-bronches (par. concomitance). . . . . .,. . SA — — les veines pulmonaires (par concomitance) : . . . . di
Les dimensions des vers sont connues : 12 à 18 centimètres pour le mâle, 25 à 30 pour la femelle ; dans un cas, celles-ci ont atteint 36 centimètres. Contrairement aux constatations faites ailleurs, leur nombre dépasse en Calédonie 100 et même 150. Dans ces conditions, il est matériellement impossible de les atteindre soit médicalement. soit chirurgicalemerit.
Voici, d’ailleurs, les chiffres constatés :
1° 96 : 40 mäles, 56 femelles.
2° 52 : 24 mâles, 28 femelles.
3° 49 : 22 mâles, 27 femelles.
4° 153 : 53 mâles, 100 femelles. J
5° 123 : 46 mâles, 77° femelles; de nombreux vers se trouvaient en outre engagés dans les artères pulmonaires et étaient englobés dans un caillot fibrineux.
6° 155 : 62 mâles, 94 femelles.
7023 : 10 mâles, 13 femelles.
8 16 environ. ;
9% Gros bouchons dans les‘artères pulmonaires difficiles a compter:
…. 10°36 : 18 mâles, 18 femelles.
11° 64 : 29 mâles, 35 femelles.
12° 20, dans le cœur droit et quoique très. NUS dans les artères sont impossibles à compter agglomérés qu'ils sont dans les artères.
Les lésions anatomo-pathologiques dues à la présence de ces adultes sont peu apparentes et se résument surtout en une dilatation du cœur droit, en une hypertrophie ou une dégénérescence granulo-graisseuse du foie suivant la marche de l'affection ou encore en une thrombose ou une congestion pulmonaire.
C'est la dilatation du cœur droit qui est la plus fréquente. Dans les 6 autopsies où elle a été constatée, des vers étaient enroulés autour des pilliers valvulaires.
Dans un cas de thrombose pulmonaire, ïil existait autour d’un paquet de vers un caillot fibrineux de la grosseur d’une noix; le centre du strate formé d’une couche de tissu compact et ayant subi un commencement de calcification contenait quelques vers retractés à teinte ictérique.
D'autres ont été trouvés dans de fines ramifications de l'artère pui monaire où ils formaiemt un embolus déjà environné par du tissu néoformé et ayant subi un début de calcification.
Dans un dernier cas, enfin, la base des 2 lobes du poumon contenait des foyers de nécrose, des abcès de la grosseur d’une noisette, les vers ayant provoqué des lésions de pseudo-tuberculose.
Embryons. — Les-embryons dont la description est bien connue se répandent dans l'organisme tout entier. Il n'est pour ainsi dire pas de sécrétions qui en soit exempte (sang, lymphe, sécrétion lactée, urine). |
Leur nombre est formidable et dépasse toute imagination,
Il suffit, pour s'en rendre compte, de piquer la veine marginale de l'oreille pour observer à un faible grossissement une multitude de ces embryons dans une goutte de sang.
Je dois même dire que, dans le cas où le mal est très développé, l'aspect de ce sang donne à la rétine une impression particulière de liquidité et de teinte sale qui permek souvent, à la simple vue, de diagnostiquer l'affection.
Les dimensions de ces embryons sont les mêmes que partout ailleurs. Leur longueur varie de 280 à 300 x et leur largeur est de 5w
Ils se distinguent facilement en ce qu'ils ne se fixent jamais à la lamelle par leur extrémité orale. >
Ils déterminent, par leur présence, l’hypertrophie du foié et Fr la
rate où on les trouve en grand nombre dans les capillaires.
Le sang présente des altérations quantitatives et qualitatives : hypoglobulie, hypochromie! et hyperleucocytose. Ces trois signes concomitants sont en rapport avec le nombre des ns és dans les dilutions de l’hématimètre. LÉ à ?
Le chiffre des leucocytes peut monter, de 7 à 8. 000 qu ils sont à l'état normal, à 30.000 et même au delà. ;
Quant aux globules rouges, ils subissent une diminution croissante avec l’aggravation de la maladie. Leur nombre Pie passer de 7 millions à un million et au-dessous. |
L'hyperleucocytose porte principalement sur les polynucléaires
(neutrophiles et éosinophiles). L'augmentation des éosinophiles est à, rapprocher de celle observée chez l'homme dans la filariose et d’autres
maladies parasitaires.
Le meilleur procédé de coloration du sang consiste dans l'emploi 4
de la thionine phéniquée de Nicolle.
Ce colorant met bien en évidence la constitution intime des embryons qui apparaissent colorés en violét comme les noyaux des leucocytes alors que les globules rouges sont colorés en vert pâle.
Étiologie. — La transmission de la filariose par les moustiques a
été démontrée par les remarquables travaux de Manson et Grassi. Ce qui nous a particulièrement frappé, avec le Docteur Noc, c’est le peu de résistance des embryons dès qu'ils sent séparés de l'orga-
nisme du chien: Alors qu’on les retrouve tous mobiles dans le caillot
formé par le sang du chien, ils périssent, en un temps qui varie de quelques minutes à quelques heures, dans le sérum sanguin ou dans le
sérum artificiel, dans l’eau, dans le tube digestif des larves de culex
ainsi que dans celui de divers insectes.
Seul le tube digestif du culex adulte permet de les observer vin pendant plusieurs jours, encore qu'un grand nombre périssent peu de temps après l'ingestion. Sous l'influence des sucs digestifs des moustiques, ils prennent une apparence striée ; le corps présente des nœuds et des rétrécissements alternatifs et les mouvements sont abolis.
Quelques-uns cependant de ces embryons réussissent à gagner la
partie antérieure du tube digestif. Il nous a été possible d'en voir de très mobiles encore après plusieurs jours et SPP nr dans la portion thoracique. |
Nos recherches n'ont pu être poursuivies assez vai pour