ES ; DR PRO
‘Obs. 7, due à Mme KR.
Bébé, 17 mois, octobre 1919. Petite fille atteinte subitement de diarrhée verte.
Les selles se sou assez rapidement, 16 dans les premières 24 heures.
L’enfani refuse un biberon sur deux. x
Le Docteur prescrit comme traitement : \
Acide lactique. Eau bouillie sucrée. Eau de riz et lavages intestinaux à l’eau bouillie. Suppression complète du lait. Les nuits succèdent aux jours et les jours aux nuits sans qu'aucune amélioration ne s& fasse remarquer à la fin de la première semaine. L'enfant a déjà maigri, est très pàlote et paraît plutôt nerveuse. Elle pleure fréquemment sans que la maman arrive à la consoler.
Un peu affolée, celle-ci, qui a entendu parier du « rhynchosia », me fait demander si je ne peux pas ‘lui en donner un peu pour soulager sa pote malade.
Je vais transcrire ici textuellement les impressions ressenties par la' maman au moment où se passèrent ces faits.
« J'avoue que t'est sans enthousiasme, avec une pointe de serrement de cœur et même avec un peu de crainte que j'administrai à ma petite son premier biberon de tisane. Très confiante dans mon Docteur, j'avais un réel serupule à ne pas suivre exactement ses prescriptions et à tenter une médication qui, pour aussi inoffensive qu'elle. puisse paraître, devait être ignorée de lui au début. Je ne sais même pas si je me fusse décidée à l’employer si, à ce moment précis, ma petite fille n'avait été prise d’une nouvelle crise de larmes ».
« C’est avec parcimonie que je lui préparai alors son premier biberon dont je ne lui laissai boire le contenu qu’en trois fois ».
« Bien qu'aucune amélioration sensible ne se fût produite après cette première administration, je continuai néanmoins à lui faire absorber la même quantité les deuxième ét troisième jours, ayant eu l'impression que l'état général de ma petite s'était plutôt amélioré. De grognon qu'elle était, elle me paraissait un peu plus calme. Le nombre des selles qui s'était maintenu depuis le début de la maladie à 9, n’était plus dès le troisième jour que de #, avec un aspect moins verdâtre ».
« À partir de ce moment, je doublai la quantité de tisane qui fut bien supportée. L'enfant qui, au début, rejetait après chaque biberon quelques flocons de liquide, paraissait mieux s’assimiler ce qui lui était donné à boire et ce mieux réel auquel, malgré les apparences je ne voulais pas croire, s'affirma d’une façon si tangible dès le septième jour que le Docteur lui-même, après constatation des $elles qui Se présentaient nettement pâteuses ét franchement jaunâtres, nous rassura sur le sort de notre petite. .
« La méfiance des premiers jours fit alors place chez moi à une confiance absolue et je continuai l'administration du rhynchosia coneurremment avec la reprise progressive de l'alimentation jusqu'à la guérison qui fut complète, un mois exactement après le début des premiers symptômes ». :
« Ici encore la convalescence fut plus rapide qu’elle ne s’établit d'ordinaire à la suite de pareilles manifestations ».
J'ai souvent revu cette enfant qui, en mai 1921, c'est-à-dire 18 mois après, est magnifique de santé. Ses parents m'ont affirmé que jamais, depuis, elle n'avait souffert de son estomac ou dé ses intestins,
Obs. 8. Javanais, 20 ans, 1919 , :
Est dans la Colonie depuis 2 ans et demi: n’a jamais été malade. Est pris
subitement de diarrhée profuse avec douleurs abdominales violentes. Prétend que ses selles contiennent du sang pur.
Comme ce Javanais appartient à un membre de ma famille, je me hâte d’aller le voir dans le but surtout de me rendre compte s'il ne cherche pas, ce qui est fréquent, à tirer la carotte. ;
Dès mon arrivée, je fis préparer un vase pour l'empêcher d'aller aux W. C. "4 Je restai auprès de lui une demi-heure environ pendant laquelle eurent lieu 3 selles contenant en effet du sang en nature avec des particules graisseuses, Il était 8 heures et demie du matin.
N'ayant pu rejoindre le Docteur absent de Nouméa, je fis préparer de suite un litre de tisane de rhynchosia que je recommandai de lui faire prendre dans le à cours de la journée, tiède et sucrée. =
Pour mieux me rendre compte de l'effet produit, je prescrivis au Javanais de 4 n’aller que sur le vase et de déposer sur la petite Abies de sa chambre une allumette chaque fois qu'il aura été sur ce vase.
L'administration de la tisane fut commencée à 10 heures. Le soir, à 7 heures, je trouvais 11 allumettes sur la table, séparées en 2 séries que le malade m’expliqua avoir disposées de cette facon pour mieux me faire comprendre ce qui s'était passé.
Depuis mon départ du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi, il avait eu
“4 7 selles et, de 2 heures à 7 heures, { seulement, ces dernières presque sans douleur et ne contenant que peu dèe sang.
‘4 Le contenu du litre était complètement absorbé à 8 heures.
| Le lendemain matin, le Javanais me dit avoir bien dormi et ne s'être levé
qu'une seule fois. Je trouvais, en effet, dans le vase une selle pâteuse sans la
plus petite trace de sang.
Lastisane fut continuée au cours de cette seconde journée dans les mêmes proportions que la veille et le 3° jour exactement après la constatation des pre miers symptômes, le Javanais reprit son travail sans manifester la plus petite Be fatigue. Pendant les 14 mois qu'il resta encore à notre service, ce Javanais n’a
plus présenté la plus légère indisposition.
Obs. 9, due à M. M... Canaque de la Sté H., mars 1921.
Mêmes symptômes que le précédent malade. ‘
Diarrhée profuse, violentes douleurs abdominales. Dès le 1e" jour, à constaté du sang dans ses selles qu’il n’a pas comptées mais qu'il a estimées approximativement à 30.
Est mis à la diète et boit toutes les deux heures une cuillerée à soupe dela
solution suivante :
Had CHIDPDIOPNCC ES MR rt. 0 Rae VO) LOU BIFODS IOPDIIEE Se eee, LT RES UO E0 Suliate der soudé. 20 Ne Se 150,20 ÉRAUIDOR IREM ME RM ET AUS TEA EC 0100
Aucune amélioration ne s'étant produite le 3° jour, on lui fait prendre un litre de la tisane de rhynchosia dans sa journée. Dans l’après-midi, le Canaque dit que ses douleurs ont disparu et qu'il n’est allé à la seile que 6 fois.
La nuit se passe sans qu’il ait à aller à la garde-robe et la première selle du matin est päteuse, Sans trace de sang et de coloration tirant sur le jaune. Celle du soir est nettement moulée. Est considéré comme guéri. Prend encore de la même tisane pendant 24 heures. Manifeste un grand désir de manger.
Malgré la défense qui lui avail été faite de ne rien prendre avec ses camarades, ;
: est surpris en train de manger du riz qui, d’ailleurs, a été tellement bien digéré et assimilé que le malade à continué à ne plus prendre aucune précaution el à aller au travail comme s’il n’avait Le présenté a plus petite lésion.
J'ai revu ce Canaque à plusieurs reprises, 7 et au commence-
ment de juillet, c'est-à-dire près de 4 mois après les premières manifestations, il n'avait pas eu une seule heure d'indisponibilité. Il m'a
affirmé, d'ailleurs, n'avoir même jamais plus eu de coliques.
s:.140 (due à Mme B.). Popinée, 2 ans, avril 1921.
Petite fille Canaque; est prise subitement, dans la nuit du 31 mars au 1cr avril, de vomissements avec débâcle fréquente. Apparition du sang en.
nature et de particules graisseuses dès la seconde selle.
Le docteur appelé en toute hâte institue le traitement classique : acide lac- Lique; eau bouillie sucrée; eau de riz; lavages intestinaux; suppression complète du lait.
La température oscille entre 39%,3 et 40° et le nombre des selles qui ont été notées se chiffre par une moyenne de #8.
Malgré le traitement qui a été très scrupuleusement suivi, on ne constate non seulement aucune amélioration notable du côté des intestins, mais la personne qui a la mère de l’enfant à son service, est prise d’une réelle inquiétude, l’état général de la petite malade lui paraissant tellement mauvais qu'elle craint une issue fatale. Le docteur, d’ailleurs, ne lui en cache pas la gravité:
Il y avait alors exactement 25 jours que les Pre symptômes s'étaient fait observer. +
Mme B... se rappelle qu’on lui a dit merveille d’une certaine herbe appelée dans toute la Colonie « l'herbe à dysenterie » et a la chance d’en obtenir un peu d’une amie qui a eu l’occasion de l’'employer pour un de ses enfants.
L'administration en est faite immédiatement en même temps que l'acide lactique fut supprimé.
Comme la petite malade paraissait, en ne s’en aller d’inanilion, on commença à lui faire boire quelques biberons de lait coupé de moitié de tisane tiède et sucrée. ;
Dans la nuit qui suivit ce changement de médication, la température tomba, à 3802 et le nombre des selles descendit à 15; les dernières donnèrent même, malgré la présence encore de traces de sang, l'impression de changer de qualité.
La seconde journée et surtout la seconde nuit furent particulièrement plus
calmes. L'enfant, qui n'avait cessé de pleurer, fit de longs sommes dont un de 8 h. 1/2 du soir à 3 heures du matin, heure à laquelle eut lieu une selle exempte de sang, légèrement pâteuse. À 7 heures, on constata une chute de la fièvre 3106. La tisane fut continuée soit seule, soit mélangée au lait aussi souvent que l’accepta la petite malade qui buvait à la tasse et, pour compléter l’heureux effet obtenu, on fit, matin et soir, un lavage intestinal avec un demi-litre de la même tisane au rhynchosia,.
Le cinquième jour, le mieux qui n'avait cessé de s’aflirmer, permettait de considérer l'enfant comme sauvée. Ses selles étaient à ce jour au nombre de 3 par 24 heures, moulées et teintées en jaune doré.
L'alimentation fut reprise le septième jour, très progressivement toutefois. Arrow-root, corn floor, tapioca, pour redevenir normale dès le douzième jour.
Tai
J'ai revu la malade le 14 juin, c'est-à-dire 2 mois et demi après les”
débuts de son atteinte, et Je puis affirmer qu’à cette date, elle se por-
tait tellement bien que rien, dans son élat, ne pouvait faire supposer qu'elle avait été, à quelques semaines de distance, si près de la mort. Ici encore la convalescence n’a, pau ainsi dire, pas existé.
Obs. 11, due à M. Eu a one de 7 ans. Janvier 1922.
Fut pris brusquement dans la soirée du 6 janvier 1922, d’une nn des plus violentes.
De 6 heures du soir à 6 heures du matin, a 50 selles renfermant toutes, mais les dernières surtout, du sang pur et de nombreuses membranes.
Devant la soudaineté et la virulence de l'attaque, on recourt de suite au rhynchosia qui fut administré à raison de un litre par jour jusqu'au 12 janvier inclus sans aucun aliment solide ou liquide ou médicament autre que 7 grammes de sel d’ Epsom dans un verre d’eau les 9 et 10 janvier au matin.
Dans la nuit du 7 au 8, on compte encore 20 selles toujours sanglantes et membraneuses.
On a recours, dès l'après-midi du 8, outre l'absorption de la tisane par la bouche, aux grands lavages intestinaux qui sont continués pendant 4 jours, matin et soir, à raison d’un quart de litre chaque fois. Le soir de ce même jour (8), les selles toujours presque exclusivement faites de sang, Sont un peu moins fréquentes. L'enfant dit ne plus souffrir de douleurs du ventre.
Dans la nuit du 9 au 10, 4 selles seulement se produisent, alors qu'on en avait compté 11 dans la journée. On a l'impression très nette que la guérison arrive rapidement. Le 11 janvier, en effet, l'amélioration s’accentue encore el le lendemain 12, on n’enregistre plus dans les 24 heures que 5 selles, sans sang ni membranes. À compter du 13, le rhynchosia est supprimé et l'enfant commence à absorber de l’arrowroot à l’eau et de l’eau de riz.
Le 19, les selles sont redevenues normales.
On n’a relevé aucune trace de fièvre ni pendant la maladie, ni au cours de la très courte convalescence qui s’ensuivit, mais l'enfant était devenu d’une maigreur impressionnante.
Après 15 jours d'alimentation progressive, il fut remis au régime commun et le 31 janvier, il ne présentait plus trace de la moindre fatigue. Ses couleurs étaient revenues et bien qu'’encore un peu maigre, il paraissait aussi vigoureux qu'avant sa maladie qui avait débuté 26 jours seulement auparavant.
Obs. 12, 13, 14 et 15 dues à M. J.…. 4 indigènes de la Société Le K.
. Février 1922.
En 1922, la dysentérie sévit à l’état véritablement épidémique en Calédonie, généralement très virulente surtout sur les indigènes et asiatiques.
Les 4 Canaques dont je ne crois pas utile de détailler l’histoire, tous les symptômes observés étant absolument analogues à ceux déjà décrits, ont étê soignés avec le rhynchosia, dès les premières manifestations de la dysentérie qui, chez eux, ont été aussi soudaines et aussi brutales que chez l'enfant qui fait l’objet de la précédente relation. Ces indigènes étaient, d’ailleurs, au service du père de cet enfant, ce qui explique les raisons pour lesquelles on
recourut à la tisane qui fut administrée à l'exclusion de tout autre médicament.
A noter simplement que le douzième jour après le début de la maladie, les quatre indigènes avaient repris lear service.
Bien que la grande majorité des dysenteries observées en Calédonie aient été reconnues au laboratoire Gaston Bourret, comme étant de
nature amibienne, il ne m'a pas été possible d'en contrôler l’exactitude, n'ayant jamais pu réussir à intéresser à cette question un de mes nombreux camarades du corps médical avec lesquels j'ai cependant travaillé en collaboration pour de nombreuses autres questions.
La raison de déclarer de prime abord et surtout de parti pris Pinutilité de cette plante ne m'avait pas paru suffisante, d'autant plus que pour atteindre le but que nous recherchons tous qui est surtout de
guérir, nous devons savoir ne nous priver d'aucun moyen. La chimie végétale n’a-t-elle donc pas droit de cité et n’est-ce pas combinée à la D
chimie minérale qu’on arrivera seulement à créer la thérapeutique scientifique naturelle qui peut être si féconde en bienfaits!
Malgré les regrets constants que j'ai éprouvés de ne pouvoir mener toutes ces expériences d’une facon purement scientifique, j'ai cru de ma conscience de les continuer afin de recueillir le plus de cas possibles pour en mieux surveiller les effets et arriver, une fois les meilleurs modes d'administration connus, à fixer exactement à duel cas particulier elle convenait.
Action du Rhynchosia. — Je n'ai remarqué aucun changement d'activité avec la plante fraîche ou sèche.
Facile à conserver après la cueillette qui doit être faite, de préférence, avant la floraison et par un temps sec, cette plante ne m'a pas paru subir de modifications. J'en ai utilisé aussi bien fraiche que conservée pendant plusieurs années et les résultats obtenus ont toujours été identiquement heureux.
Dosage. —Innocuité.— Son action toujourségale, sa facilité de dosage (10 grammes environ de feuilles et tiges sèches par litre), sa complète innocuité mème pour les enfants, lui permettra, j'espère, d'entrer
dans la thérapeutique spéciale, le jour-où l'analyse aura fait connaître :
son agent spécifique qui, comme on peut s’en rendre compte d’après les relations qui ont été notées, paraît agir beaucoup plus sûrement el rapidement dans les cas francs de dysenterie, tout en modifiant aussi heureusement, quoique plus lentement, les diarrhées vertes des enfants. La dose commune pour les grandes personnes est de un litre par jour, dose qui, bien que pouvant être dépassée, est suffisante dans tous les cas pour amener l'effet cherché. «e
Chez les tous petits, donner le contenu d’un biberon par jour en 3 ou 4 fois, seule ou mélangée au lait.
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En arrêter l'administration dès que les selles sont revenues nor-
males, car la prolonger amènerait de la constipation.
Effets. — Le premier effet observé est la disparition de la douleur.
Je l’ai essayée à maintes reprises sur moi dans le cas de coliques vio-
lentes et toujours j'ai remarqué son action sédative qui est à ce point réelle qu'en bains de siège, par exemple, ou en simples compresses sur des hémorroïdes au moment des crises douloureuses, elle agit comme calmant. : Dee L'agent spécifique qu’elle contient pourra seul permettre de se
rendre compte de quelle façon elle agit sur la muqueuse intestinale
dont elle transforme et régularise les sécrétions, puisque le nombre des selles décroil progressivement en même temps que leur nature ë ‘améliore.
J'avais espéré que le résultat de l'analyse à laquelle est actuellement soumise la plante me serait connu avant la mise en pages de ma thèse. M. Mercier, du Laboratoire de pharmacologie de la Faculté, qui a bien voulu très obligeamment se charger de son étude m'a, toutefois, autorisé à dire qu’il en avait déjà été extrait un glycoside dont l'étude
- fera l’objet d’une communication dès qu’elle sera achevée.