LES TESTS DANS L ENFANCE
La grande difficulté de cette transposition, c'est que beaucoup d'aptitudes de l'enfant naissent dans un certain ordre, ce qui empêche, à un âge donné, de prédire l'avenir, à moins qu'on ne sache que tel défaut alors annonce telle vertu plus tard.
Cette étude préalable n'a pas été faite de façon à permettre une prévision assurée, sauf peut-être pour ce qui concerne la pure intelligence. A cet égard, nous avons un petit tableau d'Alfred Binet, qui lui a valu, hors de France, presque la célébrité. Il est trop important pour que nous ne le reproduisions pas entièrement (1).
ÉcheUe métrique de rinteltigence.
3 mois. — Avoir un regard volontaire.
9 mois. — Faire attention au son. Saisir un objet après contact ou après perception visuelle, i an. — Discerner les aliments.
2 ans. — Marcher. Ëxicuter une commission. Indiquer ses besoins naturels.
3 ans. — Montrer son nez, son œil, sa bouche. Répéter deux chiffres. Ënumérer les personnages et objets d'une gravure. Donner son nom de famille. Répéter six syllabes.
(l}Ce tableau résulte d'expériences extrêmement nombreuses, faites en collaboration avec le docteur Simon; elles sont brièvement décrites dans les Idées modernes sur les enfants, p. 124 et suiv., et plus longuement dans 1' c Année psychologique », t. XIV, 1908, p. 1 et suiv.
382 LA RévOLUTlON NÉCESSAIRE EN ÉDUCATION
4 ans. — Donner son sexe. Nommer une clef> un couteau, un sou. Répéter trois chiffres. Comparer deux lignes et indiquer la plus longue.
5 ans. — Comiparer deux boites de poids différents et indiquer la plus lourde. Copier un carré. Répéter une phrase de dix syllabes. Compter quatre sous simples. Recomposer un jeu de patience formé de deux morceaux.
6 ans. — Distinguer la main droite et l'oreille gauche. Répéter une phrase de seize syllabes. Faire une comparaison d'esthétique. Définir des objets familiers par l'usage. Exécuter trois commissions. Dire son âge. Distinguer le matin et le soir.
7 ans. — Indiquer des lacunes de figures. Donner le compte de ses doigts. Copier une phrase écrite. Copier un losange. Répéter cinq chiffres. Décrire une gravure. Compter treize sous simples. Nommer quatre pièces de monnaie.
8 ans. — Faire une lecture et en conserver deux souvenirs. Compter trois sous simples et trois doubles et donner le total. Nommer quatre couleurs. Compter de 20 à 0, en descendant. Comparer deux objets de souvenir. Ecrire sous dictée.
9 ans. — Donner la date complète du jour. Indiquer les jours de la semaine Définir mieux que par l'usage. Faire une lecture et en conserver six souvenirs. Rendre la monnaie sur vingt sous. Ordonner cinq boites d'après leur poids.
10 ans. — Enumérer les mois de l'année. Reconnaître les neufs pièces de notre monnaie Composer deux phrases dans lesquelles se trouveront trois mots donnés. Répondre à huit questions d'intelligence.
12 ans — Critiquer des phrases absurdes. Mettre trois mots en une phrase. Trouver plus de soixante mots en trois minutes. Donner des définitions de mots abstraits.^ Reconstituer des phrases désarticulées.
15 ans. — Répéter sept chiffres Trouver trois rimes à un mot donné. Répéter une phrase de vingt-six syllabes. Interpréter une gravure. Résoudre un problème psychologique.
De ce tableau on peut rapprocher celui d'Hébert (1) donnant les performances physiques qu'on doit normalement accomplir à chaque âge ; malheureusement l'échelle d'Hébert vaut surtout après l'adolescence, alors que c'est juste à l'adolescence que s'arrête celle de Binet.
Cependant c'est peut-être l'essentiel qui manque ; il faudrait en effet une échelle de l'activité ; nous avons donné des principes pour l'établir; notre analyse de l'action concrète et notre description des principales phases du développement sont les premiers jalons du travail que nous souhaitons : il faudrait, pour le réaliser, un nouveau Binet, au sens psychologique plus large et aux moyens d'investigation plus pénétrants.
Supposons la question résolue.
Désormais tout enfant — je reprends, en les complétant peut-être, des idées que M. J.-M. Lahy a, je crois, émis le premier en France — devrait avoir un fichier de quelques feuilles qui le suivrait toute sa me, comme le livret de famille ou le livret militaire (^).
Il serait divisé en trois parties (3).
(1) Voir plus haut, livre III, ch. ii, § 3, p. 212. (2; Il n'y a qu'en France qu'on dédaigne ces fiches ou caractéristiques. Nous en avons rencontré un emploi systématique à rÉcole russe de lanpol, que nous avons longuement décrite. (La confrérie agricole religieuse de Vozdvijensk, Science sociale, 61* fascicule, 1909). Les écoles par correspondance américaines les exigent le plus souvent de leurs futurs élèves, par un questionnaire de trente à quarante demandes. Signalons, cependant, en 431 articles, un Questionnaire guide pour Voh^ servation du caractère moral des enfants à F école ^ établi sous la direction de M. J. Delvolvé, professeur à la faculté des lettres de Montpellier. {L'Education, sept. 1914.) (3) Nous empruntons une partie de ces idées à un travail
conçu en collaboration avec M. Paul Qaron, codirecteur de la
Compagnie franco-indocbinoise.
384 LA RâVOLUTION NÉCESSAIRE EN ÉDUCATION
a) Les aptitudes du sujet, (plusieurs fiches) dont nous allons dans un instantdonner le détail.
b) Ses goûts (goûts d'une carrière, goûts d'une vie de famille que certaines carrières seules peuvent satisfaire, etc., fiche dressée par Tenfant lui-mènoie.
c) Ses appuis extérieurs (fortune, relations, etc.), fiche dressée par ses parents.
La première partie du fichier, les aptitudes, se subdiviserait elle-même ainsi :
a. Fiche sanitaire (i).
&. Fiche du développement physique (2)
c. Fiche des < connaissances » intellectuelles ou techniques (3). . .
d. Fiche psychophysiologique (4). .
e. Fiche du psychisme supérieur (5).