DRESSÉE PAR
Le médecin inspecteur
des écoles.
L'inspecteur des exercices
physiques.
Le professeur actuel.
Un spécialiste, ou un maître dressé à ces méthodes.
Un spécialiste, ou un maître dressé à ces méthodes.
Ce fichier, avons-nous dit, devra servir toute la vie. En attendant, il servira aux deux principales c bifurcations > de l'enfance, à douze et à seize ans. • A douze ans, il permettra de décider si un enfant doit rester ouvrier ou s'il peut deveair technicien ou chef. Il nous semble que le meilleur critère pour faire cette première séparation soit purement intellectuel : ce seront les meilleures intelligences qu'on poussera vers un enseignement postprimaire. Pour
(1) Existe, au moins en principe : Voir plus haut, Liy. III, ch. II, § 1, p. 203.
(2) Existe, au moins en principe : Voir plus haut, Liy. III, ch II, § 1 et § 3, p. 204 et p. 212, 214, 215.
(3) Existe, par exemple sous la forme du livret scolaire.
(4) Proposée par M. Laby.
(5) Proposée par M. Wilbois.
les distinguer, on s'appuiera, non sur un examen do mémoire comme celui du Certificat d'études, mais sur les tests d'intelligence de Binet pour la douzième année, ou sur des tests de même ordre, mais plus complets, et toujours on interprétera le résultat, comme le recommandait Binet lui-même, par des recherches annexes, qui font apparaître l'esprit de l'enfant tout entier et exigent de la part de l'examinateur la plus grande finesse.
Quant aux enfants — la majorité — qui devront devenir des manuels, le choix du métier dépendra de tests psychophysiologiques qu'on est en train d'établir, et dont les tests des dactylographes ou des linotypistes fournissent les premiers modèles.
A seize ans, une nouvelle épreuve séparera les tchniciens des directeurs. Cette épreuve devra mettre au premier plan des aptitudes extra ou supra intellectuelles. Nous savons que les quatre qualités fondamentales d'un chef sont des qualités de création, des qualités d'organisation, des qualités de commandement et des qualités morales (1). Si tard qu'elles se développent parfois, elles sont cependant en germe dès la crise de quinze ans, puisqu'elle est avant tout une crise sociale. Il n'est pas impossible de trouver à cet âge des tests qui les expriment. En attendant qu'on les ait scientifiquement établis, un éducateur qui connaît un jeune homme peut utiliser les symptômes suivants qui n'ont que le tort d'exiger une observation d'assez longue durée (2).
(1) En voirie détail au Liv. III, ch. m. § 2, p. 226 et 227.
(2) On pourrait faire des recoupements à Taide du « test naval » de Mu.'tSTERBBRG et de tests analogues qu'on trouvera par la suite.
386 LA RÉVOLUTION ItâCESSAIRE EN ÉDUCATION
a) Qualités de création. Elles apparaissent, analytiquement, dans l'esprit inductif du laboratoire, dans l'imagination créatrice des compositions françaises. Elles se montrent, synthétiquement, dans la construction d'une machine ou l'invention d'un nouveau jeu.
b) Qualités d'organisation. Elles se forment chez les enfants qui aiment les jeux de combinaison et Chez ceux qui savent ranger leur pupitre ou leur herbier. Elles éclatent chez tel d'entre eux qui organise une Ciiasse.
c) Qualités de commandement. Ce sont celles de l'enfant qui obtient ce qu'il veut, d'une grande personne par diplomatie, d'un autre garçon parla force. O3 sont surtout celles de ceux qui, au jeu de barre, sont sacrés par l'opinion comme chefs.
d) Les qualités morales consistent, en résumé, en la vertu opposée à l'égoïsme. Elles sont plus difficiles à apprécier. Supposons-les tout de même décelées. Nous proposerions d'interdire sans appel, à ceux qui en sont dépourvus, l'entrée de toute école f!e chefs.
Quant aux jeunes gens destinés à devenir techniciens, ce sont encore des tests analogues qui leur permettront de choisir leur technique (i).
Le même procédé se reproduirait à tout âge. Ce que nous souhaitons, c'est donc une refonte complète de notre système d'examens. Nous lui reprochons, d'une
(1) Nous avons proposé de ces épreuves pourries secrétaires commerciaux ou les comptables. Voir le Producteur, novembre 1920, p. 302. Pour les secrétaires '^ ' -t^ la Chambre
syndicale de l'Organisation comm 1 projet qui
sera beaucoup plus complet et pré
pari de ne tenir compte que de Tacquis, alors que les aptitudes valent plus encore, d'autre part et surtout d'avoir été établi au petit bonheur, alors que la psychologie, tout embryonnaire qu'elle est, fournit cependant une base quasi scientitique. Ainsi, dans les examens des c grandes écoles » par lesquels on recrute des ingénieurs ou des officiers, on ne se demande pas si les candidats ont des dons de commandement qui ne comptent pas moins ^ue les dons intellectuels ; parmi les dons intellectuels, on ne s'occupe pas du sens inductif ou du sens du réel qu'on aura à utiliser chaque jour, mais seulement de l'esprit déductif, tel qu'il joue en géométrie, et qu'on n'aura peut-être pas à employer une fois par mois ; si bien qu'on ne juge lt3 candidat que sur le quart peutêtre de la valeur qu'on devrait exiger de lui. Dans les autres écoles, dans les instituts, dans les facultés, partout, même méconnaissance de la façon dont le problême se pose. Les Chinois sont peut-être au-dessous de nous, mais nous sommes dans la même ornière. Tout est à remettre sens dessus dessous.
V épreuve nouvelle sera 'établie sur les principes suivants :
a) On déterminera les qualités indispensables dans la carrière qu'elle ouvre, et c'est en fonction de ces qualités que sera choisi tout le programme de répreuve.
b) On distinguera ensuite, dans .chaque partie, le& connaissances proprement dites et les simples aptitudesy et l'épreuve portera à la fois sur les unes et sur les autres.
c) Dans les aptit '^s, on distinguera celles qui imperfectibles C' s qui sont perfectibles.
Ces principes admis, reste à faire choix de coefficients. Ce choix sera toujours plus ou moins arbitraire. L'arbitraire sera réduit grâce aux remarques suivantes :
a) Pour les coefficients à donner aux diverses qualités demandées au sujet, on peut s'inspirer de l'arithmétique symbolique de M. Fayol : il exige d'un directeur d'une entreprise 50 p. 100 de valeur administrative, 10 p. 100 de valeur technique, 40 p. 100 de valeur commerciale ; s'il y avait une épreuve pour un poste directorial, on y donnerait un coefficient cinq fois plus grand à la valeur administrative qu'à la valeur technique ou à la valeur commerciale.
b) Le coefficient sera plus grand pour les connaissances que pour les aptitudes, lorsqu'on cherchera un employé pour l'utiliser immédiatement; il sera plus grand pour les aptitudes que pour les connaissances, lorsqu'on aura le temps de le former.
c) Les aptitudes imperfectibles, lorsqu'elles seront reconnues absolument nécessaires, auront de plus grands coefficients que les aptitudes perfectibles, surtout si l'on a le temps de former sur place celui qu'on aura choisi.
Evidemment, de telles épreuves n'ont pas la rigidité des épreuves actuelles dans lesquelles on classe les candidats d'après la somme de leurs points ; mais cette mathématique est singulièrement arbitraire ; lorsque dans une dissertation de philosophie deux jeunes gens ont obtenu l'un 15 1/2 et l'autre 15 3/4, se figure-t-on qu'on a transcrit leur valeur avec précision ou que cette transcription même a un sens? La seule difficulté sérieuse des épreuves que nous proposons, c'est qu'elles exigent un corps d'exami-
nateurs d'une envergure qu'on a bien rarement rencontrée.
Cependant les épreuves d'aptitudes ne suffisent pas pour la meilleure orientation d'un homme. Un diplomate né, mais qui a horreur des réceptions, un diplomate qui est doué, qui aime recevoir, mais qui n'a pas d'argent, auront un rendement médiocre. Il faut ajouter aux aptitudes les goûts et les appuis. Cet ensemble est ce que l'on a parfois appelé la vocation. C'est en en combinant les trois éléments qu'on pourra nommer à un enfant les trois ou quatre carrières qui lui conviendraient également.
Cela fait, on n'achèvera de fixer son choix qu'en connaissant l'étal du marché du travail. Des statistiques, au^si rigoureuses que les fichiers individuels, devront renseigner à cet égard, non seulement pour le moment présent, mais dix ou vingt ans à l'avance. C'est elles qui diront la proportion d'enfauts à faire passer à l'école des techniciens ou à l'école des chefs, et parmi ceux qui ne franchiront pas l'échelon, la répartition des bras, comme des cerveaux, entre les spécialités. C'est une science encore plus considérable qu'il faut créer. '
Fichiers et statistiques ne seront que des éléments indicateurs, et le diagnostic suprême appartiendra à un Conseiller des vocations, chef d'un Office d'orientation professionnelle. Ce personnage et son office seront d'importances diverses selon les lieux. Dans les grands centres, un personnel spécialisé utilisera des laboratoires et une bibliothèque ; dans les bourgades, il suffira de l'instituteur, avec quelques tableaux de statistiques économiques et une demidouzaine d'appareils de psycho-physiologie qu'il gar-
dera dans son armoire. Mais toujours, oa presqae. rinstitution relèvera de l'Union des Corporations. c'est-à-tlire qu'elle sera à peu près indépendante «i: la politique générale et de la politique locale.
Quant au conseiller, il se contentera de donner de^ conseils. On Técoutera d'autant mieux qae les progrès de la psychologie expérimentale lui auroi.t donné plus d'autorité sur la foule. Il suffit qu'il ait la patience d'attendre. Ainsi sera respectée la liberté individuelle et l'harmonie de l'ensemble. II faut cette objectivité de méthode et cette souplesse de restrictions pour qu'on puisse essayer de régler l'éducatioD. C'est une règle, qui dérive d'une science, et non un règlement, qui va à l'arbitraire. Sa découverte, qui n'est qu'ébauchée et ne sera pcut-èlre jamais achevée, est un des éléments essentiels de l'efiicienGe. Hors d'elle tout n'est qu'utopie.
Mais elle-même est recherchée comme le salot dans la plupart des pays d'Europe et jusqu'au Japon. Rien qu'en Allemagne, les ministères de Prusse el de Bavière ont décidé de créer des Offices d'orientation professionnelle dans les villes déplus de 10.000 habitants, les grandes villes organisent des cours et dis conférences pour former des Conseillers des vocations, la plupart des Universités ont des laboratoires pour mettre au point la doctrine. Les vaincus des armes veulent prendre leur revanche par le savoir. Nous qui sommes plus élégamment et plus profondément savants, qu'attendons-nous? Il est temps qu'une sélection réfléchie désencombre les écoles d'ahuris qui se demandent pourquoi ils sont là ; il est temps que dans l'industrie on ne voie plus des patrons qui offrent de hauts emplois sans trouver qui puisse ks
remplir, et de jeunes meurent de faim qui cherchent des places sans en rencontrer à leur convenance. Ce n'est pas tout de faire un homme qui rend, il faut que son rendement soit adapté. A meftre chacun où il doit être, on va multiplier sans frais toute la production. Sans doute on ne pourra forcer personne et, au début, la plupart se rebifferont ou souriront. N'y eût-il que la moitié des élèves à profiter d'une classe, si aujourd'hui il n'y en a qu'un dixième, on gagnerait 400 p. 100. Méditons sur ces chiffres qui peuvent être fantastiques. Méditons surtout sur l'état d'une société où la plupart feront leurs tâches avec cette aisance qui est le commencement du plaisir ; bien installé au poste dont on est digne et convaincu que les autres ont aussi la place qu'ils méritent, on s'enviera moins; la source de production intense sera aussi source d'harmonie profonde; et les créateurs de demain réaliseront dans la collectivité entière le rêve si vainement appelé par maint prophète, l'enfantement dans la joie.