ECOLE
1" Substitution des pouvoirs locaux au pouvoir^entral.
2° Netteté dans la séparation et la hiéraichisalion des classes.
3"* Prédominance du vouloir sur les idées et les sentiments chez ces bommes qui ont toujours fait leur vie seuls, sans appuis extérieurs.
i** Ecoles issues le plus souvent de l'initiative privée ; quand l'Etat intervient, les pouvoirs locaux précèdent le pouvoir central, et l'intervention commence par une subvention.
2" Chaque classe sociale a ses écoles avec but dilïerent, méthodes adaptées, clientèle homogène, prix de pension proportionnés.
3° Etudes négligées : pas de programmes ; mais chacun cultive son « hobby ». Sensibilité emoussée :
vieil usage du « flogging » et du € fagging ». Les professeurs sont aussi des éducateurs, des éducateurs de la volonté : l'importance reconnue de leur tâche fait la grandeur de leurs traitements et des dons que les écoles reçoivent. Responsabilité de tout le personnel, grands élevés compris. Pratique développée des sports. Récompenses rares et punitions d'honneur, surtout pour trois fautes : brimades (qui risquent d'être trop brutales; ; mensonge (qu'on regarde comme vice d'esclave ; immoralité (que les moins purs regardent comme peu sportive) (i).
(i) Ces deux tableaux sont des résumés de plus longs développements que nous avions donnés dans notre livre : Les nouvelles méthodes d* éducation {Wcd^n, 19 1 4), p. 21-37.
20 i LA SOdéri DE DEMAEV
Ce préambale n'était pas inutile. Il noos apprend qne, si noos appliquons le même regard à l^édncalion française actuelle, bien des traits, que nous considérons comme nécessaires, ne sont que des contingences produites par le milieu d*avant guerre, et qui ne deTraîent pas survivre à une coupure qui vaut cent aus. Aussi nous nous placerons de l'autre ^té de rabimè^ daus le siècle nouveau, pour faire un tableau rapide de la société française telle qu'elle doit être demain, sousj^eine de mort/
]}fATUBE DE LA CAUSALITE QUI PERMET DE PRÉVOIR EN SOCIOLOGIE
Le monde prochain n'est pas complètement renfermé dans le monde actuel, car il sera ce que nous le ferons, «: nous » étant la masse dans ses aspiratioiis unanimes ou une petite élite groupée autour d'un génial tyran ; et, bien que nos volontés de deiqain, à nous élite ou à nous foule, soien t préformées dans nos habitudes d'aujourd'hui, elles contiennent ^^lancL même une part de liberté. C'est ce qui distingue ^s sciences sociales des sciences physiques : en physique on peut prévoir une éclipse de très loin et ian détail, en sociologie, on ne peut faire, sur uq>b révolution menaçante, que des prévisions à court terme j qui sont aussi des prévisions approximatwes.. D'un 'mot, on ne connaît sûrement que la direction dans laquelle l'humanité va.
Mais, jje?Ul^e pour connaître cette direction, il faut une méthode. A coup sûr la méthode d'obser-
vation ou, dans les rares cas où elle s'applique, la méthode d'expérimentation, si elles saisissent le passé, mordent mai sur l'avenir (1). f^our prendre possession, même hn parfaitement, du futur, il faut connaître non des faits, mais des causes, et, avant tout, connaftRe les différents sens que le mot cause recouyre. Nous allons donc, résumer ici une théorie ' ' de la causalité que nous exposons plus complètement ailleurs (2). ^
Les faits humains (privent, abstraction faite des nuances, de causes de quatre espèces :
1° De pseudo-causes, qui sont en réalité de simples conditions matérielles,
2^ D'une matière humaine, dont les éléments sont eux-mêmes de deux sortes : les jins concernent l'activité et vont des plus grossiers besoïns aux pluis saintfTs aspirations; les aùtre^ coheernaaMa représenta^tion, . et sont soit îles images, soit des idées, groupées ou non en tableaux et en doctrines. \
5® De formas sociales, auxquelles, à un certain degré de codification, on donne le nom d'institutions sociales.
4® ËnQn de faits déclenchant les autres causes.
On peut justiûer cette division d'abord par quelques réQexions empruntées à la vie sootale.
Comme l'humanité ne peut se comprendre en dehors de ses cadres matériels, notamment des cadres géographiques, techniques, économiques, les causes qu'on rencontre en sociologie peuvent venir du cadre
(1 C'est ce qui explique, en pariie du moins, pourquoi nos écoles sociologiques, dans le bouleversement actuel, n'ont presque rien prévu de profond.
(2) Dans Introdtuiiion à la sociologie, f Revue de Métaphysique et de Morale », oct. 1920 et numéros suivants.
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aussi bien qae des hommes ; dans ce premier cas, elles ne sont point des causes proprement dites, mais de simples possibilités ( c'est ellesf que nous avons notées d'abord sous le nom de conditions matérielles^ Restent les causes huiùaines. Elles-mêmes sont de deux ordres. Les premières sont des éléments de notre natupe considérée în abstracto, c'est-à-dîré indépendamment, ou presque, de Tincarnation dé l'esprit humain en individus et en groupes;* de ce point de vue, l'homme se mëntre dans son activité . ou dans ses représentations; dans le premier cas, H apparaît avec les besoins de son psychisme inférieur et avec les aspiration^ de son psycKisine supérieur ; TTans le second cas, il se montre avec ses images; , d'animal et avec sesidées d'être raisonnable; autant de faits qui peuvent jouer le rôle'dé causes, et, comme ils n'existent pas en dehors de formes sociales, nous leur donnons le nom de matière humaine y^sis I9 • 'social ne s'explique complètement que par du social, . JDèslors^ toutes les formes des groupements humains, qu'ell es soient ou non fixées en institutions juridiques, seront causes à leur manière ; tauses, parce que sans elles nos virtualités ne se réieiliseraient pas, et causes parce qu'elles ohi en elles une vitalité qui leur fait engendrer des formes nouvelles. Cependant les institutions sociales ont une armature, leur personnel avec ses habitudes, leur matériel eni" pierre ou en métal, qui ne' peut facilement se créer ou 4se détruire : leur établissement comme leur chute exige les interventions de contingences extérieures que nous avons nommées faits déclenchants ^ et qui sont^ des causes d'une quatrième sorte. ^ Mais cette analyse s'est imposée à nous par ëd
LA IfiTHOOE SOCIOLOGIQUE EN ÉDUCATION . ^3
fécondité pour rendre comptejl^-d^tiffeîoule de faits Bocîaux, coâime la Révolution française de 1789,riiistolre dn« libre échangisme anglais, Thistoire du protectionnisme allemand, la Révolution russe de 1917, etc. : nous résumons ici le deuxième et le troisième de ces exemples.
Quelles sont les causes du libre-'éc hangisme anglais vers le milieu du XIX* siècle? <
a) Possibilités maiérifilles, — L'Angleterre .-du XIX* siècle est une ile, liée au monde par des transports àbas^prix. Elle a^de la houille abondante presque sur ses côtes. Elle pourra doncy établir facilement n'importé ^elleslisines. Pendant Tère victorienne, elle aura acq^uis sur leis autres pays une grande avance industrielle. Ce progrès Taura rendue de plus en plus urbaine : Tile est en train de devenir ville.
b) Matière humaine. — Éléments de* l'activité : d'abord l'humble besoin de nourrir cette ile-ville qui doit s'alimenter avec les produits de tous les continents ; par contre, aucune aspiration vers un patronage qui protégerait les individus, puisqu'ils n'ont pas connu d'échec. Éléments de la représentation : idées, et images correspondantes, de l'effort personnel et de la libre concurrence; elles constituent les dogmes d'une sorte de religion, nécessaire pour élever des hommes de cette trempe, amoureux d'indépendance, de production et d'échanges.
c) Formes sociale^. — La plus importante est la famille anglaise où les enfants sont élevés de façon à se tirer d'affairetout seuls, dans l'indépendance d'un
(i) Comptes rendus inédits.
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home semblable À celui de leurs parents. Quand des difflcultés exigent le concours de plusieurs, on les règle par des ententes libres en vue d'un^but déterminé. L'Ëtatf est donc réduit à peu^^de cnose. C'est ce quiexplique la &ute, sans graird heurt, do la monarchie absolue du xvu® siècle, corps d'origine étrangère, bientôt décrépit et qu'on ne ressuscitera pas. Et le corps dfui lui succède n'a ni la mission, ni le pouvoir de constituer un protectionnisme, soit pour défendre les nationaux, comme en Russie, soit pour attaquer l'étranger, comme en Allemagne.
d) Faits déclenchants. — Arrivée des Flamands après les troubles de Flandre. Acte de navigation de 1651, créant la flotte marchande. Grandes inventions textiles de 1769 à 1785. Guerres de la Révolution et de TEmpire qui fatiguent l'Europe. Blocus qui fait le pain cher en Angleterre, d'où révoltes d'ouvriers. Tarifs douaniers peu à peu réduits, de 1842 à 1865, sous Peel et sous Gladstone.
A quoi tièni^ de même ^. le protectionnisme allemand de la fin du XIX* siècle^, ^
a) Possibilités matérielles, — Sauf la houil^ et le fer, d'utilisation récente, le sol et le sous-sol ^sont pauvres, surtout en Prusse, et ne favorisent pas d'autre industrie q le celle de la guerre.
b) Matière humaine^ — Des besoins et des aspirations : se faire sa place sur le marché du monde, même violemment, et, pour réaliser cette ambition, se faire humblement patronner, car*ie servage a longtemps survécu en Allemalgnè, et^ au début du xix^ siècle, on y connaissait encore la fabrique rurale collective eties mines et usines métallurgiques doma-
niales. Dos idées : à Tinverse de rAngleterre, glorification de Fautorité, en particulier de celle de l'État, qui est répandue dans toutes les chaires^
c) Formes sociales. — Les familles n'ayant eu qu'en certaines régions de Fouest la puissance des familles anglaises, et l'État n'ayant pas réussi, jusqu'après le milieu du xix® siècle, à se centraliser, la forme essentielle est ici le ZoUverein. Il augmente le commerce intérieur, il rend possible le commerce extérieur. Ses répercussions : il aide à la cohésion politique d'un État fti'lKisoJe comme un tout et à l'éducation, par un protectionhisme actif, des lorces morales que la production exige (List, 1841). Le ZoUverein, uni à la doctrine du Surétat et au culte de la force, appuyé suc l'outillage chemins de fercanaux et sur l'outillage cuirassés-artillerie, fait un État d'un type à la fois archaïque et moderne, qui voudra dominer, économiquement autant que militairement, à T'aide du protectionnismov conquérant des dernières a,n;tiées d'ftivant la guerre.
d) Fous déclenchants. ~ Nationalisme aidé par Napo léon I®% suppression des douane^ intérieures à la Prusse (1818), union douanière des principaux États (1834)j victoires avant 70 favorisées par Napoléon III, particulièrement les cinq milliards de 71;
Èi nous ayons insisté si^r cette méthode, c'est qu'elle nous servira deux fois, d'abord, telle quelle, pour débrouiller ie chaos où se prépare la société prochaine, puis, transposée en langage de psychologie individuelle, pour nous représenter la complexité, aussi indéchiffrable, d'une âme d'enfant. Nous allons passer tout de suite à la première application.