CHAPITRE II
LES CARACTÈaES DE LA GÉNÉnATIOX
PROCHAINE r-,'- '■ '
DEUX TRAITS ESSENTIELS DE LA SOCIETE QUI SB FAIT : MORALITE ET DISCIPLINE CHEZ TOUS, . ENVERGURE ET AUDACE CHEZ LES CHEFS
Si on applique le canevas de la quadruple causalité sur la vie collective telle qu'elle s'élabore en ce moment, partout mais spécialement en France, voici à pou près le tableau qui se présente, du moins à mon observation, et que je transcris sans essaj^er de littérature et mémo sans chercher ^^unité.v
1. Conditions matérielles. — C'est Tesprit d'invention qui aboutit en particulier au machinisme. C'est la division du travail, par régions et par fonctions, celle-ci accrue par la machine, toujours plus spécialisée que l'homme, celle-là accrue par la locomotive le paquebot et Tavion. C'est Taccumulation des
capitaux et la mise en œuvre de plus d'agents naturrels, notamment aux colonies. Les trois tonditious concordent pour imposer des entreprises industrielles, commerciales et finabcières de plm en plus vastes ou du moins, de plus en plus liées^ et de plus en plus progressives (1). Chez nous la grande industrie a désormais^ un avenir, grâce à des richesses comme le fer de 'Lorraine et grâce à l'établissement M§,1, sur notre sol sous-peuplé, d'une main-d'œuvre étrangère de qualité inférreure.
n. 'Matière humai e. — Nos tendances se développent, appuyées sur ces conditions. Besoin de ^ mieux être, que les* instincts bourgeois, surtout français, poussent, et que ia science peut satisfaire. Besoin de travailler pour réaliser ce mieux être, mais de travailler en civilisés que nous sommes, avec ler maximum de rendementpour le minimum d'effort (2), ce que rend possible une nouvelle science, celle du travail. (3) Besoin, ce quo cette science du travail indique, bien que notre humeur frondeuse se cabre, de travailler en collectivité hiérarchisée. Besoin, ce qui est de r science aussi, et ce qui correspond cette fois à notreidéa-^ : lisme, d'unir cette collectivité pctr autre choso que la \ force ou l'intérêt. Besoins multiples, à base parfois animale, mais à couronnement souvent spirituel, et qui s'achèvent en ce que nous avons nommé tout à l'heure des' aspirations.
(1) Tout cela a été développé dans nos ou^Tages : Devoir et Durée (Alcan) et Essai sur la cçnduite des affaires et la direction des hommes (Payot, Paris), passim.
(2) Cf. notre article de la c Nouvelle Journée », Effort et rendement.
(3) C'est la science des Taylor, des Fayol, des Emerson, etc.
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'ja*s aii.'^ -ifié .iirirarriiii*- -^jij^a/je. par nn-E? fetipline
Brbf, Oii terni, oft ai ^artootU^oda aas^îtôt après Ja i^uerre, ver*> an navale où rbomme comptera «dans la Qif.sJjie où it «^ra producteur* Producteur, bien eijt^^ri'âii, n'^^î^ît pa« pris dans le sf-ns étroit d'un Saint- SinioQ ou d'un Froydhon. IJ ne s'açît pas de transformer la terre r^a une immense osina. Le métallurgiste oii le tj.s:>eraad ne sont pas les prod acteurs types. Producteurs aussi, le législateur qui £aî( des lois, le ie ruédecia qui fait delà santé, l'artiste qni fait de la beauté, ie saint qui fait de la vertu. Même ce sont eux les producteurs suprêmes : les entreprises modernes sont si complexes que, pour faire vivre une usine, des bras ne s uffisent pas, une technique ne suffit pas, tt faut encore, dans le sens ancien, une admînistralioi,dont le principal rôle est de grouper tous les collaborateurs suivant certaines lois sociales et autour de
quelques idées morales; et quelqu'un a pu dire qu^,
'i) Ces idt'-es oaissent un peu partout. Citons, surtout à titre de symptôme, et en dehors d'articles épars, la revue « Le Producteur » , qui a débuté en 1920 (directeur. Gabriel Darqdet), un liVre de 1^20 auBMÎ, l^e Travail au pouvoir, de Roger Frasck, secrétaire général de l'U. S. T. 1. C. A. et peut-être porte-parole* du Conseil économique du Travail (Editions de « la Sirène» )^ les ouvrages de Piliihe IIamf, réunis sous le titre La peine des hommes, notamment La victoire mécanicienne (Editions de c la Nouvelle Revue française », 1920), etc.
LES CARACTÈRES DE LA GÉNÉRATION PROCHAINE â9
qaand un patron réunit des ouvriers pour construire des automobiles, sa mission est d'abord de chercher à former ces hommes, et que ses autos ne sont que des sous-produits.
Mais surtout il y a un esprit producteur qui caractérise notre teÀps. Autrefois on a cherché avant tout tantôt la perfection du travail, tantôt l'effort pendant la besogne, tantôt rintontion qui faisait agir, et ces idéals successifs ont marqué des civilisations. Aujourd'hui, nous tenons plus que jamais au r endement. C'est qu'aujourd'hui les inventions de l'industrie, l'abondance des matières premières et notre désir de confort débordent les possibilités de réalisation du petit nombre d'hommes que nous sommes sur terre: donc chacun de nous sent plus ou moins confusément |^<bes(Mn d'accroître ses capacités de réalisation ; l'exemple est venu d'Amérique, où, il y a un demisiècle, se trouvait le peuple le plus clairsemé au milieu'de la nature la plus riche; c'est là qu'on a successivement inventé les machines pour suppléer aux bras, puis 1' « efficiency>» pour faire rendre davantage aux cerveaux qui conduisaient les machines : après le dépeuplement do la guerre, tonte l'Europe est dans une situation semblable à celle d^ l'Amérique. Ce souci du rendement, commun à tous les peuples, s'applique aux productions de tous les ordres. Non seulement le maître de forges cherche, pour un résultat donné, à réduire le charbon, le temps ou la main-d'œuvre, mais le savant se sent le devoir de tirer de lui-même le plus grand nombre de découvertes, et même le martyr, qui d'ailleurs ne met pas en doute le devoir de mourir, veut du moins que sa mort porte le maximum de fruits; dans l'usi-
nage, dans Tétude, dins le sacrifice, nous tiendrons une comptabilité des résultats; V argent^ le génie et le sang sont des capitaux quHl s'agit de placer au plus gros intérêt (1).
Voilà les faits actuels.
<]!ependant la production n'est pas tout. Couler de Tacier ou tisser de la toile nous empêchent d'être à la merci des forces matérielles, mais pour nous permettre de mieux nous consacrer à des occupations spirituelles. Le temps qu'on reste à l'atelier est un intelligent sacriûce pour rendre plus féconde la durée passée en dehors, au foyer, au forum ou sur la colline sacrée. Notre rôle de producteur est une sintfple préface à notre destinée d'homme.
Des deux parties dont notre vie se compose, production et utilisation, ne retenons que celle qui se passe au foyer. Là l'homme apprend l'amour, sous ses deux formes d'amour de la femme et d'amour des enfants, et c'est, cette expérience directe qu'il transpose dans l'amour dos groupes humains que la production crée, La guerre, dit-on, s'est terminée par la victoire du droit, et si elle ne semble pas complètement terminée, c'est que ce qui triomptie n'est pas cpmplètement le droit. Au lieu du mot droit, qiiî est bien abstrait, nous emploierons le mot amour, qui exprime une réalité vivable, et nous dirons que la guerre, fatalement sortie de l'évolution du monde ancien, a. prouvé expérimentalement la faillite de toute doctrine de haine. Ainsi le monde qui s'éla*-
(1) Bien entendu, les parasites involontaires et inévitables, vieillards, infirmes, malades, sont à la charge des producteurs : on ne proscrit que les dilettant s; les dormeurs, les bavards, les geignards ouïes démolisseurs.
bore, après la crise d'individualisme qui dure depuis la Renaissance, que la Révolution a comme légalisée et qui s'est exaspérée surtout chez les Français, notre monde, peut-être après quelques sanglants soubre- Fauts si la dernière leçon n'a pas été comprise, s'apprête à recevoir de. nouveau la prédication d'une religion d'amour. Il ^ut l'affirmer, malgré toutes les indisciplines de l'heure présente, sans quoi l'humanité faillirait à sa mission d'humanité.
Ces élans commencent seulement à s'exprimer en idée, l'idée que la matière n'est qu'un tremplin de l'esprit et que l'esprit ne se réalise que dans Famour (1) ; ils ne sont pas encore descendus à l'image.
Voilà les postulats nécessaires.
' liï: Formes sociales. — En général, rémiettement\je^ naguère a fait place, et prodigieusement vite; 'à' un grand , nombre de groupements.
Groupements de la production, — C'est d'abord celui des hommes d'une même entreprise. Pour réaliser, d^ns la division du travail, l'harmonie nécessaire, il faut que ces hommes aient entre eux des liens qui résultent de lois sociales. Déjà ils se répartissent, d'après leurs capacités, en trois grands étages, les ouvriers, l^s techniciens et les directeurs, ou administrateurs, ou chefs. Les ouvriers — ouvriers
(1) Je n'ose rappeler quelques pages de Devoir et Dftréey Ch. vin et ix (Alcan, 1912). M. Paul Bureau vient de faire paraître un très beau livre, V Indiscipline desmœurs, (filoud, 1920). Dans les milieux ouvriers, on est provisoirement très loin de ces tendances : c est surtout parce que la vie morale, au sens où nous Tentendons ici, semble un obstacle à toute révolution.
au sens ordinaire, c'est-à-dire ouvriers d'industrie, ouvriers de bureau coinme les dactylographes, ouvriers de bibliothèque comme ceux qui recherchent tous les textes relatifs à Jules César, — sont caractérisés surtout par leur inaptitude à faire autre chose que des besognes uniformes ; les techniciens — ingénieurs, médecins, penseurs, artistes, — sont caractérisés surtout par leur initiative limitée au domaine intellectuel ; les chefs ont en outre des^v^ualité^^ sociales éminentes sur lesquelles nous reviendrons. Entre ces étages peuvent exister les liens soit de la hiérarchie fayolienne (hiérarchie « militaire » modifiée parTautonomie responsable de chaque chef de service ; principe, unité de commandement) sôit de la hiérarchie taylorienne, (hiérarchie « fonctionnelle > dans laquelle on ne commande qu'en ce qui concerne sa spécialité; principe, multiplicité des influences) (i). Dans le premier type, les agents ont une initiative et une responsabilité plus marquée; dans le second, les supérieurs ressemblent plus à des instructeurs chargés avant tout de préparer en détail les tâches de leurs inférieurs; mais, dans Tun comme dans l'autre, les chefs intermédiaires et à plus forte raison les chefs suprêmes doivent, comme nous le verrons longuement bientôt, prévoir, organiser, contrôler, et aussi recruter, éduquer, commander et coordonner* Ces deux formes ont chacune ..leur jlace, la forme fayolienne au sommet de la hiérarchie, au
(1) Cf. le Cours d'Administration générale de TEcole d'Administration et d'Affaires ( 1920-1921 1. Il est clair que cette partie de ToBUvre de Taylor, trop méconnue en France, n'a que d'assez lointains rapports avec la disposition des machines ou la standardisation des gestes qu'on a inscrites, à peu près seules, à l'actif de sa renommée.
début d'nne entreprise, on quand les éléments en sont séparés par de grandes distances, la forme tay-
I lorienne aux échelons intermédiaires, en marche normale ou quand les services sont concentrés. Dans tous les cas, la nécessité de produire à meilleur compte et le développement de la science administrative donnent aux liens entre lés hommes une forme de moins en moins arbitraire (1). — Dans cette hiérarchie doivent être englobés les conseils d'administration. Les études administratives permettront de les constituer plus scientifiquement. Ils continueront sans doute à représenter le^çapjtal, car le capital, étant seul permanent, peui sent prétendre à une ges^ tion qui exige de la continuité ; mais le capital est multiple, capital argent, capital idées (idées tech-* niques ou idées organisatrices) et capital hommes (les hommes, isolés ou groupés, qui appartiennent à
t la maison comme partie intégrante) ; ce sont les représentants de ces trois capitaux, en proportion variable selon la nature de Tentreprise, qui formeront le conseil d'administration, ou plutôt un conseil plus compétent qu'autrefois d'après son origine même, et dont le rôle pouvant se bornera à recruter et à contrôler le chef. Celui-ci enûn pourra être unique ou multiple, se]pn que les qualités essentielles du chef, création, organisation, commandement, etc., existeront ou n'existeront pas chez le même homme : unique ou multiple, si toutes les fonctions de la
(1) cf. Essai sur la conduite des affaires et la direction des hommes, par J. Wilbois et P. VANuxBM(Payot, Paris, 1919) et surtout Or^anMa/ton g'encra/e d'une entreprise, par J. Wilbois, cbapitre inaugural des Etudes d'organisation commerciale, (Ravisse, 1922).
direction sont i.»^ ^
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ou pour distribuer un suri-'' '^."'^''^*' **"""««•« ' pour promouvoir la profes^jr"? ^"""•*'' «» "on dans le syndicat la téL ^t . , f ""^'■^^- «•«" q«e «ne entreprise ordinal ttl''''^'^ ''^™'"« ^«n« liés par une communau'té dS.?' '""* ^"'«"t ments ; ce sont des grounlf t T' "" ^^ ««°«tion, par suite, est re,areme'T?f •?'' ' ''"'" '«'•'»*dans le mouvement synSst« ' f ' " ^'■""^**«' rang. Par contre, le synd cat nî,'; ' ^'' "" "«''"•«^ treprise, un tout se suffisanf i i. ?^' ''*'™"« ^'«npeut exister sans le syndtt nT?' "^ ''°^'-^P"«« l'entreprise j si le syndicat .«? ^ 'y"*^'^»' «ans
ducteurs, ce n'est na.n„ ^ "" ««-«"Po-^ent deprotion; aussi nous emble t H""'"'^' '« "^ P'-o^^cactue,, il soit ..estintal" rrCe^nt^^" HT une grande partie de son autonomie en 's'tnT''^ dans un groupement plus large ««sérant
Une extension imprécise du syndicat, c'est la
LES caract6res de la géniSration prochaine 35
classe, ou, plus exactement, la classe économique (1). Lutte actuelle de la classe capitaliste et de la classe prolétarienne, d'autant plus âpre que la France est un pays de r.lflsgftg nnny^pnflg. Lutte aussi stupide qu'inévitable : il faut en avoir expérimenté la vanité pour se décider à y renoncer. Dans cette bataille, la classe capitaliste a d éjà perdu et va perdre encore une grande partie de son capital et de ses privilèges, au profit des s alariés ma nuels etintpljectuels. Nos manuels montent, non seulement en puissance, mais eniîulture. Nos intellectuels sont de plus en plus indispensables dans les grandes sociétés où rien ne se f ait sans yff^.|f >nr*ft. Et, un certain équilibre atteint, les limites des classes s'estomperont elles aussi.
CfroupemerUs économiques plus complets. — Pendant ce temps-là se développent des groupements d'un . autre ordre qui se rapprochent, malgré leur diversité, par un trait commun, la nouveauté dans le remembn^ment. Les unes comprennent plusieurs entreprises analogues ou comptémentaires (2) ; d'autres réunissent des syndicats d'ouvriers, de techniciens, do Chefs (3) ; d'autres eûfin lient des producteurs et
(1) Sans parler des classe^ d'âge, groupements de contemporains qui jouent un rôle spécial dans des époques, comme la nôtre, où une évolution brusque coupe le contact entre gens qui ont seulement dix ans de plus les uns que les autres.
(2) Des syndicats patronaux qui, ~ n étant pas seulement organes de défense d'une classe, ne peuvent se comparer aux syndicats ouvriers : leur formule la plus large, celle de Tunion à la fois latérale et verticale, est peut-être celle de Hugo Stinnes.
(3) L'U. S. T. I. C. A. va vers la G. G. T. Des patrons et des ingénieurs forment la G. P. I. F. (Confédération de la Production et de rintelligence françaises). Cf. les livres de M Georges Valois, notamment V Economie nouvelle, i Nouvelle librairie nationale.)
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,* ^^. ^^^ ;k .ii ?^H^'^ pièces, par l'union pacitîque
.•;^5sj ^\i mM4< rs, de coopératives rivaux ou
*.x^v,♦.v'^ ^^ \ ou bien sortiront-ils d'un seul
. . ^ . wv>vxi.v| x>7;,;iOAl peut-être (3;, qui aura absorbé
.1. «^, 4ixi,rf. ^« perdant alors son caractère étroi-
.,. sv v.H VvtwJ'»>45r^ Kn tous cas, ce sont là les termes
^*s.i^, ^civ* '*,^4i* pouvons apercevoir dn groupement
. f^'u*. — )yi;^i* eo groupement déborde la vie éco- ..v\u*ti^o >>^v pénélrer dans la vie politique. Nous i..> .^.o,»^, v?oa Cd moment, en eifet, à une crise de juut.- !ii.>j.^ïae, surtout de l'État français, monstre .ui.\ iuu-\ ^àpeota contradictoires, régalien et parle- 'ii...l^iir<;S ^iW|ui n*a subsisté si longtemps que par L ini;>ai:>à^wee dos groupements moindres à remplir
1, evii' e.xtnu|klo l'union rôconte dos pro ucteurs et des con- .>).> i LuokVcuvd Ut) luatiertin colorantes : cette tendance est peut- L'Uc L<i v^Uià atiuvti do toutes, et celle qui amènerait dans la p.oiuoUuu lô plus d'ordre et de moralité £lle n'est point sans aLiJkiv)>^iu uvec leâ projeta divers d'industries nationalisées, uuuc:> tit chemins de ler par exemple
,^\ U'ebt ou qui Ke paane, actuellement, dans le monde de 1 t)«.Utioa : la première « semaine du livre » (novembre 19*i0) en càt un signe. Oepuiâ longtemps, les coopératives de consommation ungiaise^ ont leurs fabriques.
^â^ G tist ce quti désire, un peu mollement la G. G. T. française à qui on reproche sami clairvoyance de sortir de ses attributions ouYvièrâS- Mubcuu est plus radical.
(U Ci. Maximk LKiKtY, Pour youvernerf et les idées de Duguit, etc..
LES CARACTÈRES DE LA GENERATION PROCtiAlNK 37
ses fonctions. Au gouvernement, Tidée de € droit du prince », tend à faire place à celle de « gestion du bien collectif > ; chez les électeurs, la représentation d'une poussière disséminée sur une aire géographique tend à faire place à une € représentation organisée >. Ainsi rÉtat va perdre une grande partie de ses attributions actuelles — - non pas toutes, Texercice de la justice, par exemple^ est autre chose que de la simple gestion — au profit de groupements, libres comme des associations privées, mais grands comme des administrations publiques, dpnt on peut trouver le germe, dès aujourd'hui, dans des syndicats de producteurs ou dans des ligues de gouvernés. Et par contre, pour suppléer aux notions ainsi ébranlées, comme celle de devoir, on aspire, vaguement encore, à la reconstitution d'un pouvoir spirituel qui pénétrerait même la société laïque.
Tels sont les principales conditions, les principales tendances et les principaux groupements qui vont s'offrir à nos enfants. Pour être adaptés, ils devront avoir certaines qualités. Nous les étudierons en détail au cours de ce livre. On en peut cependant nommer dès maintenant les principales.
La première, c'est cet élan vers le progrès spirituel qui ne peut exister sans V amour sous toutes ses formes ; c'est cet amour qui fera le foyer pur et fécond, ' Tatelier joyeux et productif, la corporation comme la Dation une, et qui, vis-à-vis de l'étranger, nous montrera non des créances à récupérer, mais une mission civilisatrice à remplir : c'est cet idéal qui sera vivifiant et contagieux, et devant lui aucune force ne sera force.
Avec Tamour, comme sa condition et comme sa conséquence, il nous faudra la diêcipline, ane discipline inconnue à laquelle personne n'échappera, mais qui n'écrasera la liberté de personne, et devant laquelle la discipline limitée et forcée des derniers siècles n'était qu'une ombre de discipline. C'est la discipline qui fait le succès d'une grève mystique, et, quand un patron veut donner un sursalaire qui aug- ^ mente son prix de revient, il doit commencer par / /réaliser le consortium de toute sa corporation. ( ^ ( ^ A l'élite il faut encore autre chose, à savoir une V ^ ^ envergure . et une audace^ toutes nouvelles aussi : envergure et audace dans des industries où mille ^ ouvriers forment une usine m oyenne et ou une inventiolnîtiQme en apparence jjgmt bouleverser une région ; \ envergure et audace dans les groupements nouveaux ' qui montent à , Tassant de l'État, qu'il s'agisse de coopératives de Consommation, de syndicats d'^admiolstrés, de services nationalisés, groupements parfois encoré'lrréfléchis et tiqiides, mais qui doivent sçlab tarder réunir des millions d'hommes et 4e6 itHltiards de capital. f^ i '^ • .
Enfin, cette éiilo viendra désormais de toutes les les classes ; ii faut à l'élite ouvrière, dans l'usine ou au syndicat, un peu de cette ampleur et de cette décision auxquelles naguère les bourgeois seuls pouvaient prétondre, et I^llourgeois, dépossédés de la sécurité dans le commandement, gagneront plus qu'ils ne perdront, acculés à imposer leur autorité par cette même grandeur et ce même mordant. Voilà, avec l'amour et la discipline, les deux qualités qu'il faut, à tout prix, exiger d'une élite où tant de Français peuvent entrer* ^
DIFFICULTES QU EPROUVENT LES FRANÇAIS d'aujourd'hui a acquérir CES CARACTÈRES
Par malchance, les Français aujourd'hui n'acceptent pas sans résistance les quatre commandements de la nouvelle société : « Aimez-vous les uns les ^ autres. — Soyez disciplinés. — Voyez grand. — -/ Exécutez hardiment. » ^
Il faut en chercher la première raison dans leur formation sociale. Ils sont -— et c'est ce qui les distingue de leurs rivaux d'Amérique, d'Allemagne ou d'Angleterre — ils sont, en majorité, de petits propriétaires,
A la fin du xix' siècle (1), on comptait 3»400.000propriétaires (dont 600.000 travaillant en outre comme fermiers ou métayers, 600.000 comme journaliers) contre 3.300.000 cultivateurs non propriétaires (dont 800.000 fermiers ou métayers) ; si on réunit tous les exploitants, propriétaires ou tenanciers, on en trouve 4.2Ô0.000 contre 2.500.000 salariés purs; tous ces chiffres avaient peu varié au cours du xix" siècle; il a fallu la guerre pour transformer en propriétaires beaucoup de tenanciers. — Si l'on passe à la grandeur des propriétés ou des exploitations, on trouve, pour les premières, une moyenne de 9 hectares 1/2, pour les secondes, une moyenne de 12 hectares, ou, pour éviter les calculs de moyennes qui renseignent peu :
(i) Statistique agricole de 1892.
LA S<m:1£IK lit L'OLàlX
•D EXPLOITA- TOTaLS ^ÏL
Ti« >5 en on .1 as
MoizLs tie I hectare.
De 1 a f>i hectare*:
De 10 a 40 hectares.
PItLS de iô hectares.