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fiaient la préférence qu'il lui donnait, tou tes ces marques de distinction étaient gravées dans le cœur d'Henriette,* et Emma n'y avait pas pris* garde. Des circonstances qui ne lavaient pas frappée , quoiqu'elle en eut été témoin , lui parurent alors vraisemblables, parce qu'elle se souvenait parfaitement rie celles qui avaient le plus confirmé Henriette dans ses espérances ; d'abord, de l'avoir vu seul avec elle dans l'allée des ormes à Donwell^ oii ils s'étaient promenés long-temps avant son arrivée (exprès, comme elle se l'imagina pour la séparer desaulres dames). D'abord, il lui parla d'une manière toute particulière } chose qu'il n'avait jamais eu coutume de faire auparavant ( ici Henriette rougit beaucoup ). Il semblait lui demander si ses affections étaient engagées; mais aussitôt qu'elle parut (mademoiselle Wooclhouse), il
changea de conversation , et commença à parler d'agriculture. La seconde preuve qu'Henriette avait à donner 7 était qu'il était resté à causer avec elle une bonne demi -heure, la dernière fois qu'il était venu à Hartfield, tandis que mademoiselle Woodhouse était chez madame Bâtes; et cependant il avait dit en entrant qu'il ne pouvait rester que quelques minutes. Il lui avait dit, de plus, dans le cours de la conversation , que, quoiqu'il fût obligé de se rendre & Londres, c'était contre son
gré qu'il quittait sa maison. Il n' avait pas tant dît à Emma. La confiance qu'il avait témoignée à Henriette causa un violent chagrin à mademoiselle Woodhouse.
Elle hasarda la question suivante sur la première preuve :
« N'est- il pas possible qu'en vous demandant si vos affections étaient en-
gagées, que son intention fût de savoir si tous ne pensiez plus à M. Martin?
C'était peut-être en faveur de Martin qu'il agissait. »
Henriette rejeta celte idée avec dédain.
« M. Martin ! non en vérité ! il ne dit pas un seul mot de M. Martin. Je crois en savoir tcop maintenant pour me soucier de M. Martin, ou. même pour qu'on me soupçonne de penser à un homme comme lui. »
Lorsqu'Henriette eut fini sa narralion, elle en appela au jugement de sa chère amie, mademoiselle Woodbouse, sur le degré d'espérances qu'elle pouvait avoir.
« Sans vous, dit-elle, je n'aurais ja* mais eu tant de présomption. Vous m'avez dit de l'observer avec soin et de prendre sa conduite pour règle de la mienne. J'ai suivi vos conseils avec
toute l'exactitude possible ; et maintenant, je sens que je suis digne de lui, -et que s'il me donne la pr éférence, il n'y aura en cela rien de bien étonnant. 3;
Les sensations désagréables produites par ce discours , firent tant de chagrin à Emma, qu'elle eut beaucoup de peine à faire la réponse suivante :
« Henriette , tout ce que je puis vous dire, c'est que M. Knightley est tout-àfait incapable de faire volontairement entendre à une femme qu'il sent plus pour elle qu'il ne le fait véritablement. »
. Henriette paraissait prête à se jeter à ses pieds pour adorer son amie^ et la remercier de ce quelle venait de dire, Emma échappa à la sévère punition de ses caresses et de ses actions de grâces, par la prochaine arrivée de son père,, qu'on entendait marcher* Henriette
était trop agitée pour l'attendre»
u Ne pouvant pas se remettre assez Tome ly~, r«o
promptement , M. Woodhouse serait alarme ; elle ferait mieux de se retirer. »
Elle sortit par une autre porte que celle vers laquelle M. Woodhouse dirigeait ses pas. Aussitôt qu'elle fut partie, Emma s'écria : Plût à Dieu que je ne l'eusse jamais connue!!!
Le reste du jour, la nuit suivante, elle ne fit que penser à ce que lui avait dit Henriette; elle se perdait au milieu des ide'es confuses que peu d'heures avaient produites. Chaque moment avait enfanté une surprise, et chaque surprise lui causait une nouvelle mortification. Comment comprendre tout cela, comment croire aux déceptions qu'elle s'était forgées elle-même ! Les méprises , l'aveuglement de sa tête et de son cœur lui étaient incompréhensibles. Elle s'asseyait , se promenait , passait d'une chambre à l'autre, courait dans les jardins , et partout le sou-
venir de sa conduite la tourmentait ; elle reconnaissait sa faiblesse, ses torts; elle s'apercevait qu'elle avait été trompée de la manière la plus mortifiante, et surtout par elle-même. Elle se sentait d'autant plus malheureuse, que ce jour-là ne semblait être que lavantcoureur de ses chagrins. Elle commença par sonder son propre cœur, et y employa tout le temps qu'elle n'était pas occupée auprès de son père, ou qu'elle pouvait dérober à ses autres «pensées.
Gombieny avait- il que M. Knightley lui était si cher ? Quand l'influence qu'il avait sur elle avait-elle commencé? À quelle époque s'était-il emparé de la place que Frank Churchill avait occupée momentanément dans son cœur ?
Elle chercha à se rappeler le passé, compara ces deux hommes l'un à l'autre, et le degré d'estime quelle avait
nccorde à chacun d'eux depuis la connaissance qu'elle atait faite du dernier; cette comparaison tyue, dans tous h s temps elle pouvait faire, lavait -elle faite? Oh! non! plût à Dieu que celte idée lui fût venue! elle aurait vu que
dans tous les temps M. Knightlcy était infiniment supérieur à Frank Churchill, même au moment qu'elle croyait ne rien sentir pour lui. Elle découvrit qu'en se persuadant d'agir contradicloirement aux principes qu'aurait établis cette comparaison , si elle avait été assez heureuse pour la faire, elle avait vécu dans une illusion complète, faute d'avoir connu son propre cœur, et qu'enfin elle n'avait jamais été véritablement éprise de M. Frank Churchill !
Telle fut la conclusion de ses réflexions ; telle futla connaissance qu'elle acquit d'elle-même , la première fois qnelle youlul bien s'en occuper , et
sans la chercher long- temps. Elfe s'ïndigna de sa conduite; elle eut honte de toutes les sensations qu'elle éprouvait, excepte de celle qui lui prouvait qu'elleaimait véritablement M. Knightley» Toute autre idée la dégoulait.
Sa vanite r lui avait fait accroire qu'elle connaissait le secret des affections de tous ses voisins ; elle avait même eu l'arrogance impardonnable d'oser se croire capable de régler la destinée d'un chacun» En tout elle s'était trompée; au lieu de faire du bien, elleavait au contraire fait beaucoup de mal ; elle avait fait le malheur d'Henriette, iesien propre, et elle le craignait beaucoup, celui de M. Rnightley. Si cette alliance disproportionnée avait lieu , on pourrait avec justice lui reprocher cf en avoir été la cause principale, puisque c'était elle qui s'était chargée d'introduire Henriette dans le monde* Elle se fiai-
tait cependant que rattachement de M. Knightley n'existait réellement que dans la tête d'Henriette ; et supposé qui! en fût autrement, à qui le devaitelle? A elle-même , à sa propre folie.
M. Rnightley et mademoiselle Henriette Smith ! Une pareille union rapprochait toutes les distances, confondait tous les rangs. Le mariage de Frank Churchill avec mademoiselle Fairfaix, n'était rien en comparaison, et ne pou»
vait j comme celui-ci, exciter la moindre surprise ; ne présentant aucune disparité , c'était un ni aria ge ordinaire, qui ne devait occuper la tête ni la langue de personne. M; Knightley et Henriette Smith ! Une telle élévation pour elle ! une telle dégradation pour lui! Emma frémissait de penser combien il allait perdre dans l'opinion publique; elle prévoyait les souris moqueurs, les sarcasmes qui allaient pieu-
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voir sur lui; la mortification de son frère , et les chagrins que tout cela ne pouvait manquer de lui causer. Se ferait-il, ce mariage? Non, il était impossible ! Et cependant , pourquoi impossible? N'avait-on pas vu des hommes très-instruits captivés par des femmes ignorantes? Netait-il pas arrivé que des hommes trop occupés pour se donner la peine de chercher, devinssent la proie de la première jolie fille qui se jetait à leur tête? Ne voyait-on pas tous les jours dans ce monde, que l'inconséquence , la folie , Tinconduite, le hasard et les circonstances ( agissant comme causes secondes), présidaient très- souvent aux événemens humains?
Oh ! si elle n'eût jamais entrepris de former HenrieUe ! Que ne la laissaitelle oii elle était, et oii il lui avait dit qu'elle devait être ! Navait-elle pas fait l'énorme folie de s'opposer à sou ma-
( tao )
rïagc avec un galant homme, qui l'aurait rendue heureuse dans le rang ou le ciel lavait placée ! tout serait bien pour i'ile, et rien de ce qui causait ses chagrins n'aurait eu lieu*
Mais comment Henriette avait-elle eu la pre'somption de porter ses vues si haut? Gomment pouvait-elle se figurer d'être aimée d'un pareil homme sans qu'il le lui eût assure? Henriette n'était plus si humble que par le passe; elle n'avait pas tant de scrupules; elle ne sentait presque plus son inie'riorité ?
tant morale que physique. Elle avait reconnu que M. Elton s'abaisserait en 1 épousant, et elle ne semblait pas croire qu'on pût faire le même reproche à M. Rnightlcj ! Helas ! à qui Emma pouvait-elle s'en prendre sur un tel renversement dide'es? A elle seule. Qui lui avait appris à penser qu'elle devait s'élever,, s'il e'iait possible ? et qu'elle
avait des prétentions bien fondées â former un grand établissement? Si la vanité avait chez; Henriette remplacé l'humilité, c'était encore à elle seule qu'elle en était redevable*