‹ La Nouvelle Emma, tome 4, Arthus BertrandChapitre 23 sur 23 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

qui l'aimaient. Enfin Emma la regardait comme la personne du monde la plus fortunée, d'avoir créé dans ce jeune homme une passion aussi durable. Henriette attirée chez les Martin, venait très-rarement à Ilartfield ; ainsi leur intimité commençait a dégénérer, comme cela devait être, en égards d'une part, et en simple amitié de l'autre.

Avant la fin de septembre , Emma accompagna Henriette à l'église 7 et lui vit donner la main à Robert Martin avec une satisfaction que les souvenirs que lui causait la présence de M. Elton ne purent diminuer.

Peut-être ne voyait-elle en lui que le prêtre qui devait lui donner à ellexnême la bénédiction nuptiale. Robert Martin et Henriette Smith , quoique le dernier couple engagé sur trois, furent mariés les premiers.

Jeanne Fairfax avait déjà quitté Ilighbury, et avait rejoint ses bons amis les Campbell. Les MM. Churchill étaient à Londres, et n'attendaient que le mois de novembre.

Le mois intermédiaire avait été fixé, autant qu'ils avaient osé le faire, par Emma et M. Knightley. Leur intention était de se marier avant le départ de Jean et d'Isabelle d'Hartfield, afin d'avoir une quinzaine à donner, avant leur

retour à Londres , à une excursion qu'ils désiraient faire sur les cotes. Tout le monde approuvait ce plan. Mais M. Woodhousc , comment lui faire donner son consentement, lui qui n'avait parlé de ce mariage que comme d'un événement éloigné?

Lorsqu'on lui en parla la première fois , il parut si abattu , si souffrant , qu'ils faillirent à se désespérer. A la

vérité, la seconde fois lui causa moins

de peine. Il commença à croire que ce mariage devait arriver, qu'il ne pourrail l'empêcher : cette situation d'esprit était assez consolante pour les jeunes gens; cependant il était loin d'être à kon aise - 7 il parut même empirer, de manière que la pauvre Emma fut prête à perdre courage. Il lui était impossible de le voir souffrir , de se voir soupçonnée de négliger les moyens de lui rendre le bonheur et la tranquillité.

Quoiqu'elle fût parfaitement de l'avis des MM. Knightley, que le mariage une fois fait , le mal-aise qu'éprouvait son père cesserait de lui-même, elle hésitait ; elle refusa de passer outre.

Tandis que les choses étaient ainsi en suspens, ils furent aidés non par un heureux changement dans les idées de M. Woodhouse en leur faveur, ou une amélioration de sa maladie ucr-

veuse j mais par un événement qui em- t

poria la balance sur deux maux qui f

vinrent l'affliger, au lieu d'un. Naturellement , il choisit le moindre.

Par une belle nuit ^ toute la volaille de M. Weston fut enlevée ; d'autres maisons dans le voisinage éprouvèrent le même sort. Les craintes de M. Woodhouse furent portées à leur comble.

Suivant lui, le plus petit larcin était un crime capital ; il ne faisait aucune

différence entre voler des poules et enfoncer les portes d'une maison. 11 fut si frappé de ces différens petits vols, que, sans la protection que son gendre offrait à sa maison , il lui aurait été impossible de reposer la nuit. Le courage, la force, l'autorité de M. Knightley, commencèrent à lui faire croire qu'il .

était nécessaire à sa tranquillité et à son bonheur. Tant que l'un des deux frères sera à Hartfieldj se dit-il à lui-

même , nous serons tous en sûreté. Jean doit se trouver à Londres au commencement du mois de novembre ; il faut donc garder l'autre.

Ces réflexions agirent si puissamment sur lui, qu'il donna son consentement de la meilleure grâce du monde.

Emma put enfin fixer le jour de son mariage. Un mois après celui de M. Robert Martin, M. El ton donna la bénédiction à M. Knightley et à mademoiselle Woodhouse,

Les noces se firent sans cette pompe que les gens sensés évitent toujours; et madame Elton, d'après les détails que lui en avait faits son mari , les regarda comme pitoyables et infiniment au-dessous des siennes.

« Très-peu de satin blanc, peu de denicllcs, point de perles^ pas un cachemire ; tout cela était misérable !

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Qu'en dira Séline , quand elle saura toutes ces particularités? »

En dépit des observations de madame Elton, les souhaits et les espérances du petit nombre de vrais amis présens à la cérémonie, furent vérifiés par le bonheur inaltérable dont cette union fut couronnée»

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