CHAPITRE LUI
Si Emma avait par intervalles des cloutes sur les sentimens d'Henriette quant à sa passion pour M. Knightley, et qu'il fut possible qu'elle lui préférât un autre homme , peu de jours après elle fut convaincue qu'on lui avait dit la vérité sur le consentement qu'elle avait donné à Robert Martin. Elle arriva de Londres avec M. Jean Knightley et sa famille. Emma , en moins d'une heure de conversation avec Henriette , trouva , chose étrange , que Martin avait supplante' M. Knightley.
Henriette était honteuse, ne savait trop quelle contenance tenir ; mais après • avoir avoué qu'elle avait été vaine, présomptueuse, qu'elle s'était trompée grossièrement , sa confusion se dissipa $
elle oublia le passé pour ne s'occuper que de l'avenir. Elle redoutait en arrivant de ne pas obtenir l'approbation de son amie; mais Emma la tranquillisa par les fe'licitations sincères qu'elle lui fit sur le bonheur dont elle allait jouir enfin, après tous ses chagrins éphémères. Henriette alors lui raconta tout ce qui s'était passé chez Asthley et au dîner le lendemain , avec tout le plaisir imaginable. Mais comment expliquer cela ? Emma reconnut qu'Henriette avait toujours aimé Robert Martin, et que la passion de celui-ci ne s'étant jamais démentie, elle n'avait pu lui résister.
Peu après on connut les parens d'Henriette. Elle était filie d'un marchand assez riche pour lui donner une dot convenable et assez honnête pour tenir sa naissance secrète. Voici la seule noblesse dont elle pût se flatter >
bien différente de celle qu'Emma sciait forgée. Elle était peut-être aussi illustre que celle de quantité de gens prétendus comme il faut. Mais quelle alliance préparait-elle aux Knighiley , aux Frank Churchill et même à M. Elton? La tache de son illégitimité n'était couverte ni par la noblesse ni par la forlune, et conséquemment c'était toujours une tache.
Le père ne fit aucune objection. Il en usa même généreusement avec lui; ainsi, cette affaire ne souffrit aucune difficulté. Emma fit connaissance avec M. Robert Martin, qu'on avait invité à Harifield. Elle reconnut en lui tout le bon sens et le mérite nécessaires à.
rendre sa petite amie heureuse. Avec lui , Henriette trouvait une bonne maison, des manières douces, et les moyens de conserver et même d'acquérir des connaissances au milieu de personnes