‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 80 sur 98 · Ed., p · texte numérisé non relu

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offre un contraste voulu, pour le ton et le style, avec tout ce qui précède. Là, les descriptions du luxe extérieur abondent ; ici, les faits extérieurs ne sont qu'esquissés en deux lignes; là, attente, nervosité, un va-et-vient, des courses et des bavardages sans fin, enfin un mouvement général, qui se reflète parfaitement bien dans le récit; ici, dignité et calme absolus ; comme dans un tableau, tout est concentré sur un point, le salut qu'échangent le héros et l'héroïne. C'est tout à fait exquis. Et quel effet de perfection artistique produit, après le trouble impatient des scènes précédentes, la douce émotion de la princesse et son effort pour la maîtriser, et la sympathie du roi de Navarre, qui se manifeste par le serrement de main si expressif, destiné à la calmer ! Toute la marche du récit, à partir de l'apparition des premiers fourriers et jusqu'à celle de Jehan, est menée avec un art digne des plus grands conteurs et peintres de la littérature.

Dans ce qui précède, nous avons appris à connaître d'autres mérites encore que celui de la composition. Nous avons vu de quelle vie dramatique sont animés tous ces tableaux qui se suivent de si près et se ressemblent tant, et quelle variation l'auteur a su y mettre. Ce sont des mises en scène parfaites avec une abondance de détails, de couleurs, de gestes, qui s'enrichit toujours de quelque nouveau trait; et, malgré l'exagération, ces peintures gardent un réalisme absolu. Ce sens de la réalité se manifeste partout. Ne voit-on pas, par exemple, combien le récit de l'arrivée gagne en vraisemblance par cette petite remarque : « Quant tout fut passé, il fut entre trois et quatre heures après midy '. » Et tout ce qui suit est plein de réalisme, de vie, de mouvement. Le récit du comte de Quarion, décrivant la chambre où il a attendu l'audience et racontant comment le capitaine de Jehan n'osa pas heurter à sa porte ^ ; l'honneur témoigné au roi d'Angleterre, auquel le portier ouvre la grande porte du logis de Jehan, « et ne fut oncques puis fermée tandis que le roy d'Espaigne fut dedans » ' — geste parfaitement en accord avec la largesse que montre Jehan en tout ; la réception des deux rois par Jehan, qui prend le roi d'Espagne par la main et

1. VA. p. 88. — A un autre endroit, l'heure est précisée de la même maaière : « Environ trois ou quatre heures de soir, arriva le roy d'Angleterre à Burgues », éd., p. S7.

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