‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 81 sur 98 · Ed., p · texte numérisé non relu

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le fait asseoir auprès de lui, tandis qu'il dit légèrement à son rival le roi d'Angleterre : « Prenez place où il vous plaira ' » ; l'arrivée de Jehan à la cour et la « colation » qu'on lui fait ^ ; — voilà quelques-uns des épisodes qui en sont les meilleurs témoins. Ici peut-être encore plus que dans les descriptions des cortèges, etc., l'imagination réaliste, pour ainsi dire, de l'auteur se fait sentir dans toute sa finesse et son originalité ; car le genre de ces descriptions de choses brillantes est moins étranger à l'ancienne littérature que l'observation des petits détails intimes, des traits qui font ressortir le caractère des personnages.

L'auteur de Jehan de Paris ne s'occupe pas de l'analyse psychologique proprement dite ; mais cela ne l'empèchc pas de modeler en grands traits quelques types achevés. Le héros surtout est donné avec une conséquence parfaite. Dès son premier entretien avec le roi d'Angleterre ' il prend le ton supérieur qu'il garde jusqu'à la fin. Ce ton hautain et fier n'exclut cependant pas d'autres nuances. Un élément essentiel dans le caractère de Jehan est la gaieté, pour ne pas dire la gaillardise, qui perce à travers sa dignité et qui le pousse constamment à faire des calembours plus que douteux en présence même de sa fiancée. Il se moque en général de tout et de tous, dans la conscience extrêmement prononcée de sa supériorité. Mais il a aussi des accents de tendresse, ce qui le sauve de l'uniformité. Quand la princesse lui assure qu'elle l'aimerait même s'il n'avait rien que sa « noble et redoubtée personne », cettte réponse plaît beaucoup à Jehan, il l'accoUe et dit d'un accent sincère : « Ma mye, jamais ce mot ne sera oublié-* ». En prenant congé des parents de sa femme, il est assez généreux pour leur permettre de garder chez eux leur fille, s'ils ont de la difficulté à se séparer si vite d'elle; et, de plus, il fait au roi d'Espagne une petite leçon sur la manière de gouverner son peuple pour avoir son amour >, trait ajouté, bien entendu, pour rendre complète la caractéristique de l'excellent roi de France.

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