LES NOUVELLES DE SENS
l'indépendance et la faculté créatrice de l'auteur sont presque nulles, les sources immédiates de plusieurs de ses nouvelles nous restent néanmoins obscures. Malgré les ressemblances avec des variantes connues de contes très en vogue, les versions du ms. du Vatican offrent cependant des traits qui excluent l'imitation directe. Dans plusieurs de ces cas, M. Langlois suppose un poème perdu comme modèle, en s'appuyant sur le fait que le texte abonde en mots consonants, dans lesquels on peut voir des traces de rimes, et que l'on peut quelquefois • même discerner des vers entiers. Cela est incontestable pour certains morceaux '. Mais faut-il croire que partout où cette particularité se trouve nous ayons aifaire à un poème perdu ? Cela supposerait presque une floraison tardive de contes en vers, en partie différents des fableaux et pour une autre partie émanant d'eux : notre recueil indiquerait seul l'existence d'au moins une demi-douzaine de tels poèmes dont on ne sait rien. Cette supposition est donc peu plausible, et je serais incliné à expliquer autrement la tendance visible qu'a l'auteur pour l'homophonie. Si nous prenons en considération que l'auteur aime à ranger ensemble des formes verbales, adverbiales et d'autres qui riment entre elles % en leur donnant volontiers la place à la fin de la phrase et en provoquant ainsi par le rythme et l'accent qui tombe sur ces formes
entre autres diflférences, une addition (les XX pièces d'or que le mari demande à sa femme). Mais, d'un autre côté, les ressemblances sont tellement grandes que la nouvelle du Vatican tire sans aucun doute son origine d'un remaniement du fableau. — On remarquera dans cette nouvelle (p. 40) un passage qui exprime peut-être les pensées intérieures de l'auteur : « comme font ces quoquars et musars qui tiennent et cuident que telles femmes paillardes les ayment pour ce que leurs amys les appellent et par devant leur font le beau beau, et en derrière le syzeau. Tels badins se déçoivent, car pour ce ne lez ayment mie telles femmes rusées, mais seulement leur argent ; car ce serait fort que telles femmes lez aymassent quant elles mesmes ne se ayment mie ne Dieu aussy. Et se elles se aymassent, leur honneur gardassent et leurs âmes ». Dans le fableau, il n'est parlé de Dieu nulle part. — Je note une coïncidence qui est probablement fortuite : dans la même connexion, le fableau et la nouvelle se servent de la même expression : la fille dit au mari : « ci n'avez que faire » (fabl.) et « qu'elle n'avait que faire deluy » (éd. p. 41). — En général, le style est dans cette nouvelle un peu plus précis et réaliste que d'ordinaire.