‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 93 sur 98 · LES NOUVELLES DE SENS · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES DE SENS

une impression de rimes ' ; que, à plusieurs endroits où il n'y a pas de véritables rimes, il essaie pourtant d'établir des assonances ; que quelques-uns de ces accouplements reviennent plusieurs fois (comme Dieu : lieti) ; et, si nous y ajoutons les exemples des constellations intimes de deux mots rimant ensemble, on pourra, je crois, constater chez notre compilateur un certain goût pour cet élément musical dans le style — penchant esthétique assez puéril et le seul, du reste, dont on puisse l'accuser ! — et une certaine préoccupation de le satisfaire quand l'occasion se présentait, sans que ce soit pourtant devenu un principe. Peut-être a-t-il conçu cette petite inclination en s'occupant de textes rimes ; en tout cas, il n'est point nécessaire de voir, partout où apparaissent chez lui des mots consonants liés ensemble par une chaîne plus ou moins cadencée d'autres mots, des traces d'un poème perdu qu'il aurait imité.

Cet auteur était très probablement un prêtre. Les sujets religieux forment une partie considérable de son ouvrage (plus que la moitié), et dans les contes profanes il y a souvent des expressions et des réflexions pieuses ; il évite, comme l'a remarqué l'éditeur des nouvelles, tout terme grossier, même quand ses sujets et ses originaux étaient de nature à en faire excuser l'emploi. A la fin du recueil, il y a deux sermons. Et si, après ces constatations, on repense aux singularités de la forme que je viens de relever, on se dit que cette recherche d'une certaine harmonie indique aussi un prédicateur cherchant des moyens de faire sonner puissamment ses tirades.

Il n'y a pas, nous le voyons bien, grand profit à tirer de ce recueil pour l'étude du développement de l'art de conter. Mais si plusieurs de ces morceaux, surtout ceux de la fin, se rapprochent beaucoup des histoires adoptées pour servir d' « exemples » moraux qu'on trouve dans les grands recueils de sermons, d'autres en diffèrent par contre sensiblement. Par leurs sujets, leur étendue, la technique de l'exposition, ils tiennent plus de la nouvelle proprement dite que des anecdotes moralisantes. Mais en tout cas la façon de raconter est plutôt celle des siècles précédents, et ces nouvelles semblent être restées hors du

I . La prose narrative de ces tenips n'est pas étrangère à une rhétorique pareille et en Allemagne p. ex. certains prédicateurs aiment à orner leurs sermons de ces mots homophones ; mais ici l'auteur s'en sert trop abondamment.

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