‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 11 sur 98 · ARRET ARR · texte numérisé non relu

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déjà insinué, Cartier lui-même. Ce rapprochement, tout

)s, ns conjectural qu'il est, ne manque pas d’une certaine vrai nt semblance.

Lu Jehan Alfonce eut un autre ami, dans la personne n- de Raulin Sécalart, son ancien compagnon de pilotage T - Nous avons vu qu’ils avaient rédigé de concert la Coslu mographie, restée en manuscrit. Ce travail commu va fut commencé en 1544, et terminé le 24 novembre 1545 le Nous trouvons vers la fin de ce livre précieux des Sr Û cartes des côtes atlantiques 1. Elles nous montrent l'en- Ji trée du golfe sous le nom d’“ Entrée des Bretons.” L'île er du Cap-Breton est clairement désignée sous son nom 1S- propre. Ainsi de l’îledu Prince-Edouard qu'il appelle “Isle "e- de Saint-Jean,” nom que les Acadiens lui reconnaissent AU encore. Le texte de la Cosmographie, s'appliquant à ces né divers endroits, est assez conforme à la vérité géogra:a- phique. Le passage suivant, relatif à l’île du Prince- O- Edouard, est remarquable d’exactitude et même de pré:pit cision, quand on considère qu'à cette époque on était te encore sous l’impression que le cap des Bretons était r'e terre ferme :

‘“ Continuant environ vingt lieues ouest nord-ouest

re le long de la côte, vous trouvez une île, appelée Saint-

a Jean, au milieu de cette région, et plus rapprochée de la n- terre de Breton que de la terre neuve. Cette entrée dess ñ- Bretons est vingt lieues de large, et au 47° 30° nord. De ral l’île Saint-Jean à l’île de l’Ascension (Assomption) dans ve la mer du Canada, il y à quarante lieues de traversée, 16 nord-ouest par ouest. Saint-Jean et Bryon et l’île aux

Oiseaux sont au 47° nord.” 1 Feuillets 184, 186 et 187.

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Un peu plus loin nous lisons : “ Au sud-est de Cap Ratz (Race) sont deux îles perdues, qui sont appelées îles Saint-Jean et d'Estevan,—perdues parce qu’elles sont de sable.”

Jehan Alfonce mentionne encore l’île de Saint- Brandan et une autre appelée l’île des Sept-Villes. Il y a plusieurs personnes qui l'ont vue, ajoute-t-il, comme moi et je puis le certifier; mais je ne sais pas ce qu'il y a dans son intérieur, car je n’y suis point débarqué.— Elle est au 28° 30° de latitude nord

On se demande, après avoir lu ces passages de la Cosmographie, si Jehan Alfonce n’a pas été le premier Éuropéen qui ait appelé l’île Saint-Jean d’un nom qui aurait dû lui rester. Cartier avait exploré en 1534 une partie des côtes nord ‘et ouest de cette île, mais on ne constate, dans aucun endroit de sa relation, qu’il lui ait donné une appellation particulière. Il ne vit pas d’abord que c'était une île, mais il s'aperçut plus tard de son erreur. Alfonce est beaucoup plus explicite : non-seulement il baptise l’île Saint-Jean, mais il la pose sur la carte du golfe, précisément à l'endroit qu’elle occupe.

On pourrait objecter que le pilote saintongeois avait rr1 prendre connaissance de la carte de Cabot ubliée en 1544, sur laquelle on aperçoit, à peu de distance de Terreneuve, une île nommée Yé de S: Juan. D'abord il est assez peu probable qu'Alfonce ait vu cette carte durant les années 1544 et 1545, alors qu'il travaillait à son grand ouvrage, à moins de s'être mis en communication avec Cabot lui-même. Or, celui-ci était en Espagne, après avoir fui l'Angleterre, dégoûté de l’ingra-

titude de la patrie d'adoption de son père. Du reste il n’est pas prouvé que cette carte soit bien de Cabot. Elle a pu être copiée par des mains étrangères, sur des cartes contemporaines, encore inédites en 1544, ou même sur d’autres plus anciennes, comme celle du Dauphin ou de Henri II, laquelle, d’après D’Avezac et le Dr Kohl, pourrait bien remonter à l’année 1542 ou 1543, ou encore sur celles de Cartier et d’'Alfonce lui-même. Comment, en effet, Cabot, qui ne remonta jamais le fleuve Saint- Laurent, aurait-il pu, dès 1544, donner une description aussi exacte du grand fleuve ? Où avait-il appris l’existence du lac d'Angoulême, de la baie des Iles et d’autres lieux découverts et baptisés par le Découvreur du Canada ?

Il paraît donc assez probable que les reletions de voyages de Cartier écrites avant 1540, la carte marine du même navigateur et les travaux hydrographiques du pilote de Roberval, ont servi de base à toute la cartographie du XVIe siècle. Les géographes ne connurent rien des terres neuves par eux-mêmes. Qui prétendra que Gastaldi, Ortelius, Wytfliet, Corneille de Jode et les autres dessinateurs de planisphères et de mappemondes, ont entrepris leurs travaux, après avoir visité les lieux qu'ils ont décrits ? Ils se sont tout simplement inspirés les uns des autres, se copiant plus ou moins servilement, commettant les mêmes erreurs topographiques. Cabot n'avait, pour se guider, que les récits de Cartier et de Jehan Alfonce, tandis que les cosmographes italiens, anglais, hollandais et espagnols, purent se modeler sur les travaux de Pierre Desceliers et de Vallard.

La carte de Cabot, quoique assez exacte par rapport à la position géographique de l’île S.-Jean, n'apporte pas la même précision que celle d’Alfonce. Il est assez curieux aussi de trouver dans le planisphère de Cabot, trois îles du même nom de Saint-Jean, dont l’une en plein fleuve Saint-Laurent, en face de la rivière Saguenay et près de la rive sud, et l’autre située au sud des terres neuves dont il fait un immense archipel, y comprenant l'Ile del berto. La plus étendue du groupe ne dépasse pas en grandeur l’île de Saint-Jean dont nous avons parlé en premier lieu !.

Le cosmographe français, d'autre part, ne se perd pas en des données confuses ; il n’y a qu’une seule île du nom de Saint-Jean, et la description qu’il en fait, nous donne lieu de croire qu’il l'avait contournée.

Honneur donc à Jehan Alfonce,le grand pilote fran-

çais du XVIe siècle ! Gloire aussi à la France, qui lui a donné le jour !

1 On attribue au pilote saintongeois la paternité d’un autre ouvrage utitulé : Les Voyages avantureux, ete. Voir à ce sujet, la note 2, en appendice.

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