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ter un nouvel effort dans la même direction. Peu de règnes cependant furent aussi célèbres que celui de François I, sous le rapport des découvertes. Verrazano, Cartier, Roberval et Jehan Alfonce, l'ont plus illustré peut-être, que ses fameuses victoires sur Charles-Quint, C’est à François I et à sa pléiade de capitaines, que la , France doit d'avoir conquis la prééminence sur les mers durant ce siècle remarquable. C’est alors qu’on vit les navigateurs français commencer à parcourir les mers de Chine et des Indes ; aborder à l’île Saint-Laurent ou Madagascar ; explorer les côtes de l'Amérique méridionale ; fonder des. établissements au Brésil et dans la Floride; et pénétrer dans la Grande-Baie et dans la rivière de Canada.
Les Français rivalisèrent donc d'efforts avec les autres nations de l’Europe ét principalement avec les Portugais et les Espagnols. Le Portugal réclamait l'honneur d’avoir ouvert le chemin des Indes Orientales par le cap de Bonne-Espérance ; l'Espagne se glorifiait d’avoir fait la même chose pour les Indes Occidentales, que l’immortel Génois avait découvertes pour elle. Les Castillans se vantaient d’être les rois de l'Océan Atlantique, et ils prétendaient même que les Français ne pourraient aller chercher de nouvelles terres sans la permission des rois d'Espagne. Cette nation ambitieuse, se prévalant d’une Bulle du Pape Alexandre VI, interdisait ainsi aux autres nations de l’Europe le droit de navigation, sans se soucier de comprendre que les mers appartiennent à tout le monde. S'il eut été en leur pouvoir de fermer l’Atlantique, depuis le cap Finistère jusqu'en Irlande, il y a longtemps qu'ils l’auraient fait, écrivait
én 1539 l'auteur du Discours d'un grand capitaine dieppois. Cet abus d'autorité, fondé sur une interprétation outrée d’un document pontifical, devait bientôt céder devant les représentations éclatantes des Hollandais et des Français. Le Mare Liberum de Grotius donna le coup de grâce aux prétentions absurdes de l'Espagne et du Portugal. Les Français furent les premiers à protester contre cet état de choses, dont le résultat fut de retarder les conquêtes évangéliques des missionaaires au milieu des Indiens, qui n'étaient pas les amis des Espagnols. Dans leur fièvre d’accaparement, ceux-ci négligèrent de pousser leurs découvertes aussi loin qu'ils auraient dû faire. Colomb mourut avec l'idée que l'Amérique et l’Asie ne formaient qu’un seul continent !. Les Espagnols, ses contemporains, ne s'aperçurent pas que, par delà les terres de Panama, existait un océan immense, à l'extrémité duquel se trouvaient l’île de Zipangu et le Cathay, qu'ils auraient bien voulu atteindre par une voie moins longue que celle du‘cap des Tem-
1 “Il est mort sans avoir connu ce qu'il avait atteint, dans la ferme persuasion que la côte de Véraqua faisait partie du Cathai et de la province de Mango, que la grande île de Cuba était une terre ferme du commencement des Indes, et que de là on pouvait parvenir en Espagne, sans traverser les mers...
Mais l'amiral mourut fermement persuadé que s'il avait touché à un continent à Cuba (au cap Alpha et Omega, cap du commencement et de la fin) à la côte de Paria et à cellé de Véraqua, ce continent faisait partie du grand empire du Khatai, c’est-à-dire de l’empire Mogol, de la Chine septentrionale
Les. espérances de ce grand homme se fondèrent alors, comme on sait, sur ce qu’il appela ‘‘ des raisons de cosmographie,”’ sur le peu de distance qu’il y a des côtes occidentales d'Europe et d’Afrique aux
pêtes et de la mer des Indes, Mais l'amour des richesses faciles à conquérir, leur ferma les yeux, et quand ils eurent frappé les mines du Pérou et du Mexique, leur ambition se trouva amplement satisfaite !.
Combien fut différente la conduite des Français en Amérique. Leur esprit inquisiteur les poussa d'abord à connaître les pays qu'ils visitaient pour la première fois. Cartier et Roberval crurent, comme tous leurs contemporains, à la possibilité d’une route aux îles des Epices par le nord de l'Amérique. Le fleuve Saint- Laurent et la rivière Saguenay étaient les seules voies qui, apparemment, pouvaient les conduire vers l’ouest. Mais, détrompés dans leur attente, ils abandonnèreni ce chimérique projet. Ceux qui vinrent après eux, ne perdirent pas leur énergie dans d'inutiles recherches. Bien autrement agirent les Anglais, qui s'épuisèrent en de vains efforts durant la dernière partie du XVI® siècle, pour traverser la mer Glaciale. Eux aussi, avaient une idée imparfaite de la configuration terrestre, et ils igno-
côtes du Cathay et de Lifrango, sur des opinions d’Aristote et de Sénèque, comme sur quelques indices de terres situées vers l’ouest, qu’on avait recueillis à Porto-Santo, à Madère et aux îles Açores...
Re L’amiral ne rétrécissait pas seulement l’Océan Atlantique et l'étendue de toutes les mers qui couvrent la surface du globe ; il réduisait aussi les dimensions du lobe même. Æ7 mundo es poco ; digo que el mundo no es tan grande como dice el vulgo, le monde est peu de chose, écrit-il à la reine Isabelle, il est, je certifie, moins grand que ne croit le
vulgaire.” — Humboldt. Aist. de la géographie du nouveau continent. — Navarr. etc.
1 Depuis l’an 1519 jusqu’en 1617, les registres de Séville portent qu’il est arrivé des Indes Occidentales en Espagne, 1536 millions d’or. — Traité de la Navigation, p. 41.
raient la sphéricité du globe. C'est ce qui explique les nombreuses erreurs des cosmographes de cette époque.
Les Français, ayant renoncé à l’idée d- se rendre en Chine et au Japon par l’ouest, visèrent à yuelque chose de plus pratique. Pendant que les uns allaient en Floride et au Brésii pour y fonder des établissements, les autres venaient tous les ans dans les eaux qui baignent les terres neuves, pour y faire la pêche des baleines et des morues. Après les entreprises avortées de Cartier et de Roberval, personne ne songea à coloniser, dans le moment, un pays riche, bien arrosé par un fleuve immense et de nombreux tributaires, mais froid et habité par des barbares, à côté desquels il était difficile, sinon impossible, de vivre dans la sécurité. Les Bretons et les Normands devaient être renseignés sur les faits et gestes du grand navigateur malouin. Celui-ci avait publié un rapport circonstancié de ses voyages, rendu mieux compréhensible par des cartes marines. Honfleur, Dieppe, Saint-Malo, La Rochelle et d’autres villes maritimes, que l’on avait mises à contribution pour le prélèvement des équipages, et qui en avaient fourni les principaux officiers, devaient avoir eu connaissance des premières expéditions au Canada, avec autant de facilité que des pérégrinations des pilotes de Jean Ango ! dans le Levant et au nord de l'Amérique.
Jean Ango était un riche armateur de Dieppe. il portait en 1525 le titre de vicomte de Dieppe, et en 1532 il joignait à son nom celui de sieur de la Rivière. “ Protégé par les d'Amboise dont l'un avait été fait amiral de
1 Voir Note 8.