‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 17 sur 98 · RE GES · texte numérisé non relu

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erreur, car le nom français a toujours résonné agréablement aux oreilles des Indiens, des deux Amériques. Voilà bientôt quatre siècles que les descendants des Gaulois parcourent en tous sens le continent que nous habitons, depuis les îles Malouines à l'embouchure de la rivière McKenzie. L'histoire de cette longue période prouve à satiété que de tout temps les Français surent se faire aimer et respecter des aborigènes. Qu'il y ait eu par ci par là des exceptions à cette règle ; que certains coureurs de bois aient abusé de leur position pour maltraiter des membres épars de la grande famille indienne ; que des guerres sanglantes aient éclaté entre nos ancêtres et les Iroquois, ce sont là autant de faits que nous ne pouvons nier sans nous heurter à l'évidence, Mais ces cas particuliers, quelque déplorables qu’ils puissent être, ne feront jamais mentir le beau témoignage porté par l’anglais Isaac Weld qui, après avoir parcouru le Canada en 1795, 1796 et 1797, constatait que “ la nature semble avoir implanté dans le cœur des Français et des Indiens une affection réciproque, ” et que “ l'Indien qui cherche l'hospitalité, préfère, même aujourd’hui, la chaumière d’un pauvre fermier français à la maison d’un riche propriétaire anglais 1. |

Cette étonnante sympathie a existé de temps immémorial, depuis les premiers voyages au Brésil de Jehan Denys, de Honfleur, de Jean de Léry et de la Ravardière, depuis la découverte du Canada et la fondation de Québec jusqu'à nos jours. Comment expliquer cette amitié, qui semble naturelle, quand les Espagnols, les Portu-

1 I. Weld, Voyages au Canada en 1795, 1796 et 1797.

gais, ont presque toujours été détestés des indigènes avec lesquels ils sont venus en contact ? La réponse est des plus faciles. Les Espagnols firent la conquête du Mexique, et d'une partie de l'Amérique méridionale appelée Terre-Ferme par le fer et le feu. Leurs atrocités sont restées comme un stigmate de déshonneur sur leur blason. Qu'on lise les écrits de l’évêque Barthélemy de Las Casas, si l'on veut avoir une juste idée de la barbarie de cette nation qui prétendait commander à l’Europe, et qui se vantait d'exercer la suprématie sur toutes les mers du monde connu. Entre les Espagnols avides de s'enrichir et les sauvages des Indes occidentales et du Mexique, les plus barbares n’ont pas été ceux que l’on pourrait croire !, Afin d’accaparer les trésors de ces nations, qui, pour être idolâtres et ignorantes, n’en avaient pas moins conservé le culte de la patrie et l'amour du sol qui les avait vu naître, les Espagnols crurent que le moyen le plus expéditif était de les ré- :

1 L'écrivain espagnol rapporte un exemple bien frappant du mépris que les Indiens éprouvaient pour ces Européens avides de richesses. Un cacique de Cuba, du nom de Hatrey, avait été condamné à mort par Vélasquez. Il était attaché au bûcher, et environné de matières combustibles, lorsqu'un prêtre s’avança vers lui, et l’engagea à recevoir le baptême, lui promettant non pas la vie, mais la félicité éterneile après son supplice. Pendant qu’il faisait la description des joies du paradis, Hatuey l’interrompit pour lui demander si, dans cet heureux séjour, il ÿ avait des Espagnols. ‘‘ Sans doute, répondit le prêtre, mais lés bons séulement.” ‘Le meilleur ne vaut rien, répliqua le cacique, je ne veux pas aller dans un endroit où je puisse en rencontrer. Ne me parle donc plus de ta religion, et laisse-moi mourir.” Et bientôt l’infortuné chef expira dans les flanmes.

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