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pourquoi Etienne Chaton,enfant de Catherine Le Gobien, figure parmi les héritiers de cette dernière, et, par voie indirecte, de Jacques Cartier. Etienne Chaton n'avait donc qu’une parenté très éloignée avec ce dernier, qui se trouvait son grand-grand-oncle.
Jacques Odieure, un autre parent du Découvreur, que l’on retrouve sur la longue liste de ses filleuls, était né le 30 décembre 1548, du mariage de Michel Odieure,
‘un des compagnons de Cartier au Canada, avec Perrine
Jalobert, fille de Macé Jalobert et d’Allison des Granges, sœur de la femme de Cartier. Il était donc le petitneveu par affinité du grand Malouin.
Noël, Chaton et Odieure avaient formé une société commerciale, en vue de l'exploitation des richesses naturelles du Canada. Il appert, par un document !, daté du 26 novembre 1587, qu'Odieure, marchand de Saint- Malo, agissant par son frère Sébastien, de concert avec Noël, se fit délivrer par Etienne Gravé et Julien Lesieu, notaires royaux, aussi de Saint-Malo, un transumpt authentique d’un fragment des comptes liquidés en 1544 entre Jacques Cartier et Roberval, à l'effet d'appuyer sa demande de concession de privilèges au Canada fondée sur les pertes subies par Cartier, Il n’était pas encore question d’Etienne Chaton, sieur de la Jannaye, qui pourtant jouissait d’une certaine influence à la cour. Les services qu’il avait rendus pendant le siège de La Rochelle, lors de l'armement de navires fait à Saint-Malo contre les Rochelais, et surtout pour avoir capturé, comme commândant d’an de ces navires, le secrétaire du prince de Condé, lui avaient välu'le bref de capitaine pensionné de‘la maritié royale 1
1 Ramé, 1ère série, p. 32-84.
L'abbé Manet raconte ce fait d'armes glorieux pour le marchand malouin: “ L’escadrille, dit-il, se porta sur les côtes d'Espagne, que les rebelles infestaient déjà. Là une de nos frégates ne tarda pas à joindre un navire espagnol dévoué aux Rochellois et à leur parti, et le somma de se rendre. Celui-ci, en signe d’obéissance: baissa aussitôt ses voiles, mais en même temps il jeta sés dépêches à la mer. Nos concitoyens, ayant aperçu en cet instant une boîte de fer blanc qui surnageait, envoyèrent un esquif la prendre. On l’ouvrit, et l’on y trouva plusieurs lettres et mémoires “grandement préjudiciables au bien des affaires du Roy et au repos de ses sujetz.” Les porteurs de ces pièces étaient un nommé Jean Abraham, secrétaire du prince de Condé, et un nommé Moissonnière. Ces deux individus furent amenés à Saint-Malo, où ils furent quelque temps détenus, et d’où on les transféra ensuite à Paris, pour leur trancher la tête 1”
Chaton se joignit bientôt à Noël, soit qu'Odieure n'agît d'abord que pour la forme, soit qu’il eût fait rayer son nom de la liste des actionnaires de la nouvelle société mercantile; car, plusieurs marchands de Saint-Malo avaient des intérêts dans cette entreprise, qui promettait de grands profits, et dont, en réalité, on pouvait attendre le succès, grâce au monopole de douze ans: ce qui ne s'était pas encore vu. Nous verrons maintenant Noël et Chaton agir de concert, pour rendre bonnes et valables leurs réclamations auprès du roi. Leurs raisons pouvaient se résumer ainsi :
1 Manet, Notes inédites sur Saint-Malo:
1° Les services rendus à la France par Jacques Cartier, leur oncle, par ses découvertes au Canada ;
2° Les dépenses que leur oncle avait pour cela encourues, sans avoir jamais été remboursé ;
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30 Le zèle déployé par les successeurs et héritiers de Cartier, pour entretenir le commerce et conserver l'amitié avec les sauvages du Canada où ils étaient allés plusieurs fois, par respect pour la mémoire de leur oncle, qui leur avait recommandé, à ses derniers moments, la continuation de son œuvre ;
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40 Les déboursés qu'ils avaient faits eux-mêmes dans ces voyages; la perte de trois pataches 1 détruites par le feu, et d’une quatrième enlevée par des rivaux plus forts qu’eux ;
5° Le défaut de paiement à Chaton de 2,200 écus pour ses gages de capitaine de la marine royale, pendant les douze dernières années.
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Ces raisons, pesées au poids de la plus stricte justice, devaient avoir quelque influence sur le roi. Aussi se laissa-t-il facilement gagner, et le 14 janvier 1588, il accordait à la société commerciale Chaton-Noël, un privilège de douze ans pour le trafic des mines et pelleteries au pays de Canada, Conjugon et autres, avec permission d'extraire des prisons soixante personnes pour servir à l'exploitation des mines 2 Cette coutume de faire sortir des geôles les criminels pour les envoyer
1 La patache était un petit vaisseau de guerre destiné au service des grands navires. La patache mouillait à l’entrée des ports, pour aller reconnaître les vaisseaux qui venaient ranger les côtes,
2 Ramé, 1ère série, p. 34-44.
en Amérique, datait du temps de Colomb. L'objet n’était pas tant, comme on le pourrait croire, de coloniser le nouveau monde avec cet élément malsain, que de s’en servir pour la manœuvre des vaisseaux. Tout de même ce système, qui semblait être passé dans les mœurs de ce siècle, démontre qu’on n’était pas très particulier sur le choix des équipages.
Alarmés de ce monopole, qui menaçait de ruiner leur commerce aux terres neuves, les marchands de Saint-Malo se montrèrent mécontents, et firent de l’agitation. Dès le neuf février, ils se réunissaient, au nombre de vingt-cinq, pour délibérer sur ce qu’il fallait faire en cette grave occurrence. Réné Moreau, sieur de la Péraudière, présidait à cette assemblée, où l’on est surpris de rencontrer Jacques Noël en personne. Jean Picot, sieur de la Gicquelaye, procureur syndic,exposa le cas ; et,après avoir examiné le pour et le contre, il fut décidé de filer devant la cour du parlement une opposition à la mise à effet des lettres patentes récemment émises en faveur des deux parents de feu Jacques Cartier !.
Le 27 février, nouvelle réunion des bourgeois, au cours de laquelle Germain Léveillé ?, soupçonné d’avoir des intérêts dans la nouvelle compagnie, donna sa démission comme greffier de la communauté, et fut remplacé par Pierre Le Roy, notaire royal ?,
L'affaire commençait à faire du bruit, et les mécontentements grandissaient. Les bourgeois provoquèrent
1 Jacques Cartier, Pièce D, p. 312.
2 Se démit de son greffe le 29 juillet 1588, à la suite de ces affaires.
8 Jacques Cartier, Pièce E, p. 312.
une consultation d'avocats au parlement de Rennes. L'avis qu’ils en reçurent était en somme favorable à la révocation du privilège, mais à la condition que les habitants de Saint-Malo se substitueraient aux charges imposées par le roi à la compagnie de nouvelle formation. Cet avis est signé Dourdin !, et est enrichi de notes marginales de main étrangère, lesquelles sont une réponse concisaaux motifs allégués par Chaton et Noël. On soupçonne que ces annotations sont le fait du greffier de la communauté malouine. M. Joüon des Longrais est fondé à croire qu’elles y furent intercalées, soit par un des députés en cour, soit par un membre du conseil du roi. Ces notes peuvent ainsi se résumer :
—Jannaye (Etienne Chaton) n’est ni neveu, ni héritier de Cartier. Noël (Jacques) a été au Canada comme pilote, mais seulement comme marinier mercenaire. Il n’y est pas allé depuis deux ans. Quant à Jannaye, il n’a jamais fait de voyage au Canada.
—Cartier est resté débiteur envers la Communauté de Saint-Malo pour un montant égal, sinon plus élevé, que sa réclamation de 8,630 livres.
—Jannaye et Noël n'ont pas découvert de mines au cap de Conjugon, si tant est qu'il y en ait.
—Jannaye et Noël n'étaient pas propriétaires des pataches en question; peut être ce dernier était-il quelque peu intéressé, mais dans une seulement,
—$i une récompense était due à Jannaye pour ses états de service comme capitaine de la marine, elle devait
1 Ramé, 1ère série, p 44-48,
tourner au profit et à l'honneur des habitants de Saint- Malo, qui avaient été les instigateurs de l'expédition entreprise, en 1575, contre les Rochelais. Eux seuls avaient fait les démarches voulues pour obtenir le brevet de capitaine en faveur de Jannaye.
Les Etats de Bretagne se réunirent à Nantes, le 17 mars, en session extraordinaire ! Après avoir pris en considération la requête des bourgeois malouins contre les capitaines Jannaye et Noël, les députés décidèrent de faire présenter au roi par leurs collègues en cour, des remontrances à ce sujet, dans l'intérêt de la liberté du commerce. Ces remontrances demandaient la révocation des lettres-patentes du 14 janvier précédent, ainsi que le privilège ordinaire pour tous les sujets français de continuer le trafic au Canada, avec la même liberté qu'auparavant.
Le roi agréa la révocation des lettres de faveur accordées à la société Noël-Chaton, à l’exception de la partie qui se rapportait à la découverte des mines au cap de Conjugon ?.
Le cinq mai, le Conseil d'Etat, en entérinant la requête des Malouins, déclarait que Sa Majesté n’entendait pas empêcher la liberté du trafic et du commerce des fourrures “ aux îles de Canada et Conjugon 5.”
1 Archives d’Ille-et-Vilaine, Registre des Etats. Ramé, 2e série, p. 10-11.
2 M. Ramé n’a pas connu cette pièce. ŒÆlle a été insérée par M. Edouard Quesnet, archiviste d’Ile-et-Vilaine, dans les Mélanges d’Histoire et d’ Archéologie bretonnes. M. Joüon des Longrais l’a publiée dans son ouvrage documentaire.
8 Voir Pièce F, dans Jacques Oürlier, p. 318-814.
Le neuf juillet, des lettres de révocation pures et simples entraïent dans le domaine officiel !, et le seize du même mois le Procureur du roi faisait intimer ces lettres au capitaine Jannaye par Treust, sergent royal 2
Les bourgeois de Saint-Malo restèrent donc paisibles possesseurs de leurs droits commerciaux, comme par le passé, et les héritiers du Découvreur ne donnèrent plus de suite à leurs prétentions. Au moins, il n'existe aucun document officiel qui nous porte à croire que Chaton et Noël renouvelèrent leurs réclamations de remboursement, soit en faveurs particulières, soit en espèces sonnantes.
Le sieur de la Jannaye se jeta ensuite avec ardeur dans la lutte des Ligueurs contre Henri IV, et il servit sous le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne 5. Futil fidèle jusqu'au bout à la cause qu’il commença à servir ? Ilest permis de croire qu'il abandonna son chef rebelle, car nous constatons son bannissement par les Ligueurs, après la prise du château de Saint-Malo. Chaton reprit le chemin de sa ville natale après les troubles et il mourut, le 15 mars 1613, à l’âge de 70 ans.
Les bourgeois de Saint-Malo s’opposèrent de tout temps à ces sortes de privilèges, qui étaient de nature à nuire à leurs affaires. La lutte qu'ils avaient entreprise avec tant de vigueur contre les héritiers et successeurs
1 Plusieurs historiens font remonter ces lettres de révocation au cinq mai précédent, par une méprise facilement excusable.
2 Ramé, lère série, p. 48-50.
3 Délibérations, du 12 décembre 1584. Mission du capitaine Jannaye.
de Cartier, se renouvela plus tard, et avec non moins d'énergie, quand Chauvin voulut monopoliser à son profit exclusif le commerce des pelleteries au Canada. La même justice à lacuelle ils s’adressèrent encore, ne leur donna pas cette fois gain de cause, malgré l'appel chaleureux qu'ils firent aux droits jusqu'alors méconnus de leur compatriote Jacques Cartier. Véritablement ils avaient mauvaise grâce de se réclamer d’un titre qu'ils avaient contesté aux héritiers et parents du Découvreur, dix ans auparavant.
Jacques Noël ne figure plus guère dans les annales de Saint-Malo. Son nom est cependant resté attaché à celui de son immortel parent, non pas tant par les liens du sang, que par deux lettres qui jettent ua peu de lumière sur les travaux du navigateur malouin comme cartographe et chroniqueur. Ces deux documents, dont nous avons déjà dit un mot, étaient adressés à Jean Groote, étudiant à Paris, et cousin de Noël! L'une de ces lettres est du 19 juin 1587, et la deuxième est veuve de date. Dans la première, Jacques Noël écrivait qu'il était tombé sous ses yeux une carte des îles occidentales, du royaume du Mexique, et des pays de Canada, Hochelaga et Saguenay, dédiée à Hakluyt, gentilhomme anglais. Sur cette carte la rivière de Canada (Saint-Laurent) n’est pas placée comme dans son livre “lequel est conforme à celui de Jacques Cartier”. Dans cette lettre, Noël dit qu’il est allé sur le haut d’une montagne ?, qui
1 Voir Appendice, Pièce E.
2 Le Mont-Royal ainsi nommé par Jacques Cartier. Quelqu'un a prétendu que Montréal tirait son étymologie du nom d’un des compagnons de
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LES 7e