AUX TERRES NEUVES
Le Rôle d’Oléron.—Ordonnances de Wisby. — Règlements des villes hanséatiques.—Le Guidon de la mer.—Bourgeois normands et bretons.—La Court-Précourt-Ravaillon.— Discours de Michel Hurault. —Industrie de la pêche.—La pêche au grand banc.—Pêche sédentaire et pêche permanente.—Nicolas Denys.—Colonisation des îles de la Madeleine.
Les navigations européennes furent soumises à des règles spéciales, quelques années après le milieu du treizième siècle. C’est de l’île d'Oléron que furent émanés ces beaux et grands privilèges que le monde est redevable à la reine Eléonore, duchesse de Guyenne. Elle
Es 2 PRET RES — Milan ere hisser mn 2 PARTS
Ce GE ee Se NME
LT Tertre
fit dresser le premier projet des jugements intitulés Rôle d'Oléron !, pour servir de Loy en la mer du Ponant.” Son fils Richard, roi d'Angleterre et duc de Guyenne, fit des additions à ces règlements, tout en conservant le titre donné par sa mère.
Ce code de loi reçut l'approbation de tous les gens de bien allant en mer, et les coutumes louables, sur lesquelles il s’appuyait, s’insinuèrent petit à petit parmi les nations de l’Europe. Les Français, qui comprenaient mieux le sens du Rôle, rédigé dans leur langue, avec une légère teinte de gascon, en observèrent les premiers les dispositions. Au seizième siècle, Beis-Gelin de la Toisse, gentilhomme breton, dressa des commentaires qu'il promit de mettre en lumière dans son Traité du Droit de bras, et des Brefs ou Sceauæ. Plus tard les bourgeois de la ville de Wisby, dans l’île de Gothland, sur la mer Baltique, dressèrent sur le Rôle d'Oléron les Ordonnances et Règlements connus sous le nom de Wisby, et rédigés en langue tudesque.
Enfin, en 1597, les députés des villes hanséatiques, (Bruges, Londres, Bergen et Novgorod) villes franches, dressèrent leurs règlements de navigation à Lubeck, sur le modèle des précédents, avec quelques additions.
Ces trois codes se complètent les uns les autres. Le Guidon de la mer, dont l’auteur est resté inconnu, sert de complément à cette grande œuvre, qui fut considérée
1 Ces jugements sont conservés au Trésor des Chartes de la Comptablie de Bordeaux, au livre coté A, feuillet 191. (Les Us et Coutumes de ta Mer, p. 1.)
pendant longtemps comme la jurisprudence officielle de la navigation. Les contrats maritimes, qui en sont l’essence, définissent à satiété les rapports entre les marins de toute condition, depuis le maître au plus humble matelot.
Les navires faisaient la navigation de deux manières : les uns allaient au fret, les autres au tiers. Tout navire de long cours était considéré en trois parties : bourgeoisie, équipage et ravitaillement. Le bourgeois ou propriétaire était tenu de fournir le vaisseau en parfait ordre “ bien étoffé, bien étanche et pourvu de bons apparaus, et de tout le nécessaire à son entretenement, avec artillerie et autres armes avec leurs munitions.” S'il n'avait pas le moyen par lui-même de pourvoir à l’appareillage du navire, il s’assurait le secours d’un victuailleur, quise chargeait du ravitaillement pour le temps du voyage, et à son défaut, il empruntait de l'argent à profit sur le voyage. Il y avait le prêt à la grosse aventure ou Bomerie, par lequel le bourgeois s'engageait à rembourser la somme empruntée, avec l'intérêt et profit stipulé ; si le vaisseau se perdait en mer, l'obligation était éteinte. C’est ce qu’on appelait emprunter sur la quille du vaisseau. Les marins s’adressaient de préférence à des marchands ou à des particuliers, pour s'assurer des fonds nécessaires à l'armement. Dans ce cas, ils naviguaient au tiers. Par les contrats ge nolisement ou de naulage, les bourgeois subrogeaient en leurs droits l'affréteur, et si ce dernier prenait sur lui les risques et les hasards de la navigation, il s'en réservait aussi les bénéfices.
L'équipage se composait de gens de guerre et de
RS Es ep ME ee nm © en S +
ns
a me
mariniers. Le capitaine fournissait les soldats, bien armés et accoutrés. Le maître voyait aux marins, matelots, pages, garçons et gourmettes, pour le service.
Le victuailleur fournissait les victuailles, boulets, clous, chaînes, grenades, poudre, gamelles, coffres de chirurgie, lanternes, etc.
Tout navire était frété pour l'été, qui ne se terminait que le onze novembre, jour de la fête de saint Martin.
Le marchand était tenu de payer les subsides, impositions sur les marchandises, produits de pêche. Le maître payait les congés, les droite honorifiques, comme droit de Cordoan, la pièce de bœuf salé au Châtelain de Blaye, la branche de cyprès que les Anglais donnaient volontiers au gardien de la forêt du Cypressa, en face de Bordeaux, lorsque les rois d'Angleterre étaient ducs de Guyenne. C’est ainsi que les pèlerins de terre sainte rapportaient de Jérusalem une branche de palmier.
Après accord entre le bourgeois, le maître et le victuailleur, un contrat était passé devant les tabellions. Cet acte portait le nom du navire, ceux du bourgeois, du capitaine et des associés. Il énumérait le nombre des matelots, le jour du départ, le but du voyage, la région vers laquelle on se dirigeait, les deniers versés par avance, l'intérêt et le profit de l'argent emprunté,
Le taux moyen de l'intérêt s'élevait à 40 pour cent, pour Terreneuve et le Canada ; à 55 pour cent, pour la côte d'Afrique et les Antilles ; il montait parfois à 100 pour cent, pour les voyages au Brésil !
1 Bréard, p. 11 et 12.
DE CARTIER A CHAMPLAIN 14i
Le navire étant de retour, on partageait le produit en trois parts : l’une pour le bourgeois et le maître, les deux autres revenaient aux “ tiercements” ; ou bien un tiers à ces derniers et les deux tiers aux bourgeois et aux victuailleurs ; dans ce dernier cas, les bourgeois se chargeaient du salaire des matelots. Les Basques distribuaient le provenu de leurs pêcheries, comme suit: le tiers à l'équipage un cinquième aux bourgeois, et les victuailleurs recevaient le reste. Par exemple, sur une prise de vingt et une baleines, l'équipage en tirait sept, les bourgeois quatre et un cinquième, et les victuailleurs neuf et quatre cinquièmes.
Les navires de trénte à quarante tonneaux devaient prendre 12 hommes ; ceux de 50 à 60 tonneaux, 18 hommes; de 90 à 100 tonneaux, 36 hommes; de 110 à 120 tonneaux, 45 hommes. !
Tels étaient, en substance, les règlements de la navigation dérivés des us et coutumes de la mer. Les Normands, les Bretons et les Basques y étaient astreints, comme tous les marins de l’Europe allant au long cours. En Bretagne, les mariniers ne retiraient que le prix de leurs pêches, dont ils étaient obligés de défalquer, au retour. le loyer du navire et les avances des armateurs.
Les principaux armateurs malouins au XVIe siècle, à part ceux déjà nommés, furent Olivier Le Breton, un des plus forts actionnaires dans le Croissant, la Fleurde-Lys et le Plumaz ; Guillaume Pepin Vieille-Maison
1 Voir Note 10,
partageant pour un douzième dans le célèbre terreneuvier le Pranrien ; Michel Frotet, sieur de la Bardelière ; Josselin Frotet Ville-ès-Ducs L
La Normandie comptäit plusieurs riches marchands, dont nous retrouvons souvent les noms dans les contrats d'armement, comme Charles Paviot, Thomas Legendre, Fernand de Quintanadoine, sieur de Brétigny, Corneille de Bellois, de Rouen, François Andrieu, de Honfleur 2 Tous ces bourgeois fortunés percevaient de l'industrie de la pêche des bénéfices importants, mais ils ne s’occupaient nullement de coloniser le Canada. Tel fut La Court-Précourt-Ravaillon 3, capitaine du navire Bonne- Aventure, qui, en 1591, fit voile pour les terres neuves. Il reconnut les îles de Saint-Pierre et de Miquelon, et une partie de l’archipel de la Madeleine #. Ce navigateur faisait la pêche des morses aux grandes dents, pour son propre compte, comme Jalobert et les autres. C’est le premier, après Roberval, que l’on pourrait soupçonner d’avoir eu des velléités d'établissement dans le golfe Saint-Laurent, eten voici la raison. Il parut à Chartres,
1 Joüon des Longrais, p. 198.
2 Voir Note 11.
8 Ce nom se trouve écrit : Ravaillon, Revaillon, Ravillon.
4 Cf. L. Guérin, B. Sulte, Documents sur le Canada et Bergeron. Ce dernier dit : ‘ L’an 1591, il y eut un autre voyage entrepris par le sieur ‘de la Court Pré Ravillon en Canada avec le vaisseau nommé Bonaventure pour le trafic des bestes appelées Morses aux grandes dens. 11 découvrit l’isle Ramée, et passa par celles de S. Pierre, Aponas, Duoron, de Bain, des Cormorans et autres,
rararsi +:
cette année-là, un livre ! ou discours qui, suivant Harrisse, fut le point de départ des essais de colonisation tentés sous Henri IV. Son auteur, Michel Hurault, était Conseiller d'Etat et Chancelier de Navarre. La coïncidence de le publication de cet ouvrage avec l'expédition de Ravaillon, semblerait en effet prouver que l'esprit public était bien disposé, à cette époque, en faveur d’une émigration française par delà les mers atlantiques. Les rivalités de nation à nation, dans les affaires de pêcherie, commençaient à se faire jour en Europe. Les Français, jaloux d’une suprématie que l’on s'était plu à leur accorder jusqu'alors, ne pouvaient pas consentir à la perdre sans protester par les armes ou autrement. C’est ce qu'ils firent en plusieurs occasions. On cite le fait suivant, arrivé en 1596.
1 Discours sur l’estat de la France (contenant l’histoire de ce qui est advenu depuis 1588 jusqu’en 1591). Chartres, 1591, petit-in 12 de 149 pages.
M. Charles Bréard nous a adressé au sujet de ce Michel Hurault la note suivante : ‘ Je ne sais où l’on a relevé les traces d’une exploration dans le Saint-Laurent, en l’année 1591. Il n’y a rien de semblable dans l’ouvrage paru cette année-là à Chartres. Michel Hurault, sieur du Fay, a publié : lo Excellent et libre Discours sur l'état présent de la France, 1588, sans lieu d'impression ; 20 Discours sur l'Estat de la France, ete. Ces deux écrits ont été réimprimés plusieurs fois, dans les Mémoires de la Ligue, comme le dit le Manuel de Brunet, puis dans un petit volume intitulé : Quatre excellens Discours sur l'estat de la France, ne portant aucun lieu d’impress on et daté de 1593. Ce dernier volume contient le Discours en question ; il y occupe les pages 101-243. Je Fai parcouru sans trouver une ligne relative ni au Canada, ni à l'Amérique. Ce discours est une apologie de Henri IV et une sorte de libelle publié contre le duc de Guise et les Ligueurs : l’auteur était calviniste. ”
em
Deux marins français, Michel et Martin de Sancy, s’étan'; emparé,en face de Terreneuve,d’un navire anglais, firent l'amiral prisonnier et le retinrent captif pendant neuf jours, sans que l’on puisse se rendre compte pourquoi ils usèrent d’une telle rigueur 1. Peut-être le navigateur anglais avait-il violé le règlement auquel les Malouins avait assujéti les pêcheurs étrangers, les obligeant à se munir de passeports que leur délivraient les bourgeois de la communauté 2. Les armateurs de l'Angleterre s'étaient soumis à cette loi, et loin de s’en moquer, comme on pourrait le croire, ils se rendaient à Saint-Malo pour se mettre en règle avant leur départ, sans obtenir toujours les papiers qu'ils sollicitaient. Les Basques, les Rochelais et les Granvillais n'étaient pas astreints à cette mesure de protection, mais ces derniers, que les Malouins n'aimaient pas, se voyaient souvent enlever leur poisson, avant d'arriver dans le port de Granville. Aïnsi, l’on constate qu'en 1590, Allain Du Chesne, capitaine du Guy de Jersey, amenait à Saint-Malo le Croissant, de Granville, qui ne portait pas moins de 32 miliions de poisson sec, 19 millions de vert, et 5 milliers de menu poisson sec, dont la huitième partie, dévolue à la ville, s’adjugea 83 écus à.
1 Coloniat Papers, Vol. I, No. 8.
Nous lisons dans Bréard : ‘Les navires étaient en sureté dans ces parages (des terres neuves), du moins pendant la Ligue, car les bour-
geois de Honfleur, comme ceux de Saint-Malo, avaient bruyamment juré
l’Union ; les marins des deux ports pouvaient ainsi se joindre ensemble
contre les Anglais ou contre les gens du ‘ parti ”.”
2 Délibérations, 1590-91, 11 mai 1591.
3 Ibidem, 8, 10, 22, 24 octobre 1590.
L'industrie de la pêche au XVIe siècle fut un des principaux facteurs de la vie des Malouins. La morue était pour eux d’une grande importance au point de vue fiscal. Elle était frappée de droits de gabelle. Chaque charge de cheval qu'on transportait en Bretagne ou en Normandie, payait un denier tournois. Le poisson exporté par la grant mer était exempt de tout devoir. Les Etats de la Ligue essayèrent de frapper les poissons d’exportation de droits exorbitants. Les Malouins protestèrent, et ne consentirent enfin qu'à laisser imposer certaines taxes d'entrée, qui retournaient à leurs profits. Après leur soumission à Henri IV, celui-ci ratifia cette imposition, afin de permettre à la communauté de payer les
dettes qu’elle avait contractées pendant les guerres des années précédentes 1.
La pêche de la morue ou de la molue, comme on l’'appelait alors, se faisait surtout au grand banc de Terreneuve. Denys a laissé une description de cette montagne sous-marine que l’on considérait comme le rendezvous de toutes les morues de l'Atlantique.
“ Le Banc qui s'appelle ainsi, dit-il, est une grande montagne qui est dans la mer et sous l’eau distante de vingt cinq lieues ou environ ? de l’isle de Terreneufve, d’où la molue verte prend son nom. (Ce Banc a environ cent cinquante lieues d’un bout à l’autre, et quelque
1 Archives de Saint-Malo, 17 octobre 1594.
2 Trente.trois lieues du rivage.
8 Il a cent lieues de long et 26 de large.
: - Sr —— me PT RSR
Eux
EE a
RE
SEGA Y rene.
cinquante lieues en son plus large. Cette montagne qui est en la mer a au-dessous d’elle en son plus haut vingt cinq brasses d’eau, et en d’autres endroits trente, trente cinq, quarante, cinquante, et soixante brasses d'eau. Tout autour elle est coupée quasi tout droit, et en ce tour-là on ne trouve point de fonds à douze et quinze cents brasses de cordages, par là vous pouvez juger de la hauteur de la montagne qui est de roche, tout le haut en est plat, quoy qu’elle aille en baïssant, c'est ou se pesche la molue qui y trouve pour sa nourriture force coquillage de plusieurs sortes et autres poissons.”
Le grand banc fut toujours, depuis le XVIe siècle, l'endroit favori des pêcheurs, et le nombre de navires qui le fréquentaient chaque année alla toujours croissant. Au commencement du XVIIe siècle, il y venait jusqu’à 250 navires de France, dont quelques uns s'en retournaient chargés de 30, 40 et même 50 millions de morue verte. Ceux qui faisaient la pêche à cette époque étaient les gens du Havre, de Honfleur, de Dieppe, de Boulogne, de Calais, de Bretagne, d'Olonne et de tout le pays
1 Ces bancs adent à l'est et au sud-est de l’île sur sept à huit degrés ” , doivent leur existence, d’après l'opinion de plusieurs géogr au courant polaire. (Celui-ci entraîne dans la direc-
tion du sud, depuis les rives du Groënland et des archipels arctiques, d'énormes glaçons, cimentant des rocs et des pierres. Dans les parages où le courant du pôle se choque au courant du golfe, les glaçons fondent et abandonnent leurs graviers. De la sorte s’est formé avec le secours des âges, dans une mer de 8,000 à 10,000 pieds de fond, ce banc, séjour privilégié des morues.
CRESTFE:
d'Aunis. La plus grande partie du poisson était transportée sur les marchés de Paris !,
Quand l'Acadie fut connue des Français, ils y créèrent des établissements de pêche sédentaires, et le premier fut celui du cap de Sable, qui fut installé par Rivedou, sans succès. Le sieur de la Giraudière vint ensuite se fixer à Sainte-Marie, et ne pat y rester longtemps. Puis arriva le capitaine François Doublet, de Honfleur ?, en qualité de représentant d’une association % qui avait obtenu de la compagnie des Cent-Associés la concession 4 des îles de la Madeleine, au préjudice de Nicolas Denys, reconnu par le roi comme propriétaire de toutes les terres et îles, à partir du cap de Canseau jusqu’au cap des Rosiers.
1 Ces pêches, chaque année, occupent 50 mille personnes et plus de 3,000 bâtiments des Etats-Unis, de France et d'Angleterre.
La pêche commence vers le 10 mai et se continue jusqu’à la fin de septembre,
Sur la côte occidentale de Terreneuve, à la baie Saint-Georges, des Fra çais, des Canadiens, des Acadiens ont fondé des établissements. Il y a là 12 mille personnes, c'est-à-dire 12 mille pêcheurs de morues.
2 C'était le père du célèbre corsaire Jean Doublet.
8 Cette association se composait de trois bourgeois de Rouen : Philippe Gaignard, François Gon, sieur de Quincé, et Claude de Landemare.
. 4 Cette concession souleva une vive opposition de la part des armateurs bayonnais. Un sieur Pierre de Peyrelongne, bourgeois de Bayonne, exposait dans sa protestation, qu’en 1659, ayant envoyé à l’île de la Madeleine un navire équipé de dix-huit hommes pour hiverner, il avait bâti des maisons dans l'ile et qu’il en avait joui paisiblement jusqu'alors ; il réclamait en conséquence le remboursement de ses frais et avances, (Bréard, p. 186).
pass smart
ae
Ts
Re ee
RS
La pêche sédentaire ne pouvait pas rapporter de profits au début, et Denys en donne de nombreuses raisons, dont une des plus graves était la difficulté de trouver, en dehors du temps consacré à la pêcheries, un emploi utile aux engagés. Après avoir travaillé pendant quatre à cinq mois, ces gens s crouvaient plongés dans le désœuvrement, et il n’y avait aucun profit pour les com- -pagr.ies d’armateurs à les nourrir pendant tout l'hiver, en attendant le retour du printemps. Les Français non sédentaires quittaient leurs foyers dans la dernière quinzaine d'avril e& retournaient au commencement d'août, et au plus tard en septembre L L'heure du retour dépendait de l'abondance des prises. On cite tel navire qui faisait deux voyages transatlantiques la même année. Mais c'était la rare exception.
Les Français ne venaient pas aux terres neuves que pour y pêcher le poisson. Le trafic des pelleteries avec les insulaires de l’île de Baccalaos, les naturels du Labrador, et vers la fin du XVIC siècle, avec les sauvages du Cap-Breton, la chasse aux baleines et aux morses, les attiraient aussi dans les parages du golfe. A côté d'eux figuraient les Anglais, intéressés également dans ce genre d'exploitation industrielle. [ls y étaient en plus grand
1 Jean Colin, parti dans la Vache, pour les terres neuves, il y a environ huit jours, attendu dans quatre ou cinq mois (Ofice, 2 avril 1565). La Civière dernièrement venue(11 septembre 1582). ‘On remarque dans le départ un caractère très apparent de régularité. I avait lieu: ‘ en flotte ”’ dans les premiers jours d'avril. Le retour, moins régulier, s’effectuait vers la première quinzaine d'août. Sil'on tient compte de la durée probable du trajet, on estimera que æes navires :séjournhient, trois mois environ aux Terres-Neuves.” Aiasi lisons-nous dans Bséerd , au sujet des pêcheurs normands.
nombre à la fin du XVIesiècle. Ainsi l’on voit, en 1594, un navigateur de Bristol poursuivre sur la Grace les baleines errars dans le voisinage de l’île d’Anticosti 1, Les sauvages du Cap-Breton trafiquaient régulièrement avec eux. Henry May rapporte qu’il aborda, le 20 mai 1594, à cette île encore inhabitée par les blancs. Les indigènes vinrent au-devant de lui avec des pelleteries et des canards sauvages qu'ils offrirent d'échanger pour des objets plus brillants que dispendieux ?
Trois années plus tard, en 1597, le capitaine Leigh, faisant une reconnaissance dans les eaux du golfe, s'aperçut que le Cap-Breton était une île, contrairement à l’idée qu’il avait toujours entretenue jusqu'alors.
Rice Jones dit aussi qu’il aperçut l’île du Cap-Breton. “ C’est la première fois, écrit Richard Brown, que des navigateurs appellent le Cap-Breton une île 3”. Erreur. Jehan Alfonce l'avait appelée de ce nom, plus de cinquante ans auparavant, et on la voyait ainsi figurer sur plusieurs cartes, dressées longtemps avant que Brown fit part de ses observations à ses compatriotes.
1 Richard Brown, À Æistory of Cape Breton. Hakluyt parle de ce voyage dans ses Collections.
2 Hakluyt mentionne ce fait.
8 Thevet dit que le Cap Breton e.i ainsi nommé ‘‘à cause que
c'est là que les Bretons, Biscaïens et Normands vont et costoyant, alans en terre neuve pour pescher les molues.” —Voir Note 9.