‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 28 sur 98 · E RS · texte numérisé non relu

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à lu royauté, Cet arrêt fut approuvé par Henri III, qui, le 7 juin suivant, nomma le prince de Dombes, gouverneur général de la Bretagne !.

L'horizon commençait à s’assombrir pour le rebelle de Nantes. Pendant qu'il était occupé à surveiller les mouvements des huguenots dans le Poitou, il apprit sa déchéance. Alors il se hâta d'envoyer des troupes pour défendre sa ville où cependant la duchesse, sa femme, était à peu près reine et maîtresse. Toutefois elle ne pouvait compter sur le concours de tous, car le maire Harouis et quelques-uns des notables du corps municipal voulurent s’oyposer à l'entrée des soldats du duc dans les murs de leur ville. Informée de cette intervention, Marie de Luxembourg fit appel à un certain nombre de citoyens Nantais dont elle avait eu la précaution, en diplomate habile qu’elle était, de se faire un parti puissant, Grâce au secours qu'elle obtint d'eux en cette circonstance, elle put faire arrêter le maire et ses amis, et les logea au Château comme contraires à ses desseins.

Mercœur rentra bientôt chez lui, et il consacra les trois années qui suivirent (1590-93) à se fortifier avec plus de soin encore. Il fit ajouter deux bastions et deux courtines au Château, portant les doubles croix de Lorraine. Ce fut dans ces jours de prospérité, mais qui en réalité cachaient de terribles appréhensions, qu'il fit cette réponse à quelqu'un qui lui demandait s’il songeait à se faire duc de Bretagne : “ Je ne sais si c’est un songe, répondit-il, mais je sais qu’il y a plus de dix ans que j'y songe.”

1 Cf. Levot, Biographie Bretonne.

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L'arrestation du marquis de la Roche avait eu lieu quelque temps avant ces derniers événements, qui furent suivis de meurtres, de trahisons et de massacres, dont Philippe de Lorraine fut l’auteur et la Bretagne, le théâtre 1 |

L'abjuration de Henri IV, en 1593, vint achever de gâter la cause du duc, toujours retranché dans Nantes. Le roi voulait sa soumission, mais il la voulait par des mesures conciliatrices, et non à main armée, Dès les premiers mois de l’année 1594, la reine Louise, sœur de Mercœur, et veuve de Henri III, s’était rendue à Ancenis, ouvrir des conférences de paix. Elle réussit par son influence sur son frère à le ramener à de meilleurs sentiments, mais la nature reprenant bientôt son empire, le duc se porta à de nouveaux excès. Les trèves se renouvelèrent ainsi jusqu’en 1598, sans apporter aucun changement à la situation. Cependant Mayenne, Nemours, Joyeuse et tous les autres chefs de la Ligue avaient fini, de guerre lasse, par jurer fidélité au roi légitime. Seul Mercœur résistait toujours, mais avec d'autant moins de chances de succès, que l'isolement se faisait de plus en plus autour de lui.

Enfin Henri IV, fatigué de cette rébellion qui tenait la Bretagne dans une position équivoque, résolut de se rendre en personne au cœur même du pays où son sujet rebelle faisait la loi. Il arriva à Angers au milieu d'octobre 1596. Marie de Luxembourg courut à sa rencontre, et entra en négociations avec lui, au sujet des affaires de son mari. Après «n2lques pourparlers, le roi

1 Art de vérifier les dates.

accepta les conditions qui lui parurent raisonnables, et une trève fut signée, le dix-huit du même mois. Ce fut probablement après cet armistice, qui devait durer jusqu’au 15 janvier suivant, que le duc de Mercœur ouvrit les portes des prisons de Nantes au marquis de la Roche, moyennant une rançon de 4,000 écus.

La soumission définitive et complète du rebelle à son roi ne fut plus qu’une question de temps. Voyant que son cas prenait une mauvaise tournure, et que le roi ne lui accorderait jamais le duché de Bretagne qu’il convoitait depuis si iongtemps, ét plutôt que de s’exposer à des représailles sanglantes, il fit proposer à Henri IV le mariage de s% fille avec César Vendôme, fils légitimé de Gabrielle d'Estrées. Cut arrangement était la condition de la paix. Le roi l’agréa, et l’édit de pacification fut vérifié au parlement de Paris, le 26 mars 1598, puis enregistré à celui de Rennes quelques jours plus tard.

Nous avons lieu de croire que le duc et la duchesse ne retournèrent plus à Nantes. Quelque temps après Mercœur choisissait ur noble exil en Autriche, et le samedi, 23 mars de la même année, Marie de Luxembourg arrivait à Rennes “en assez pauvre et simple train, eu esgard au: ‘témps passé, et logea en l’hostellerie de l’Escu de France; chez Robert de 4 Prinse, dit Robin, près Saint-Germain. ..... Elle s'en retourna le jour au Petit Sacre, 28 may audit an 1598 1

Mercœur mourut à Nuremberg, le 19 février 1602,

1 Journal de Pichart.

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après avoir donné des preuves d’une grande bravoure dans des guerres entre l'Autriche et la Turquie 1.

La Ligue était écrasée, la Bretagne soumise, et le marquis de la Roche, sorti des cachots, va reparaître, non pas découragé, mais rempli d’une ardeur toute nouvelle pour uettre enfin à exécution le projet qu’il nourrissait depuis vingt ans d’aller tenter fortune du côté de l'Amérique.

La première mention que l'on voit de son nom est à la date du 12 novembre 1596, dans un acte notarié passé à Honfleur devant maîtres Boudart et Valsemey. C’est une procuration générale et spéciale à Guillaume Ravend, sieur de Crussy, lui donnant plein pouvoir de faire verser entre ses mains par la maréchalle de Matignon la somme de 5,500 écus soleil, avec les intérêts qui lui étaient dus pour rentes retirées par la dite dame en vertu d’un transport des fermiers du domaine de Carentan.

Le 4 mars de l’année suivante, Troïlus du Mesgouez s'adressait de nouveau à ses notaires, à Honfleur, pour dresser l’acte d’affrètement du navire de Thomas Chef-

1 Lahaye rapporte au sujet de ce personnage quelques particularités intéressantes à connaître : ‘* Homère l’accompagnait toujours dans ses voyages ; Ronsard était son poète, Guichardin son historien, Sénèque son philosophe, Plutarque son politique, Clavius son mathématicien. Sa bibliothèque était composée de 15,000 volumes, toutes les œuvres d’un auteur prises pour un seul volume, et 18,000 livres en toutes facultés, dont les sieurs de Fumée et de Saint-Rémi avait la garde.”

Saint François de Sales fit son panégyrique lors du service qui fut célébré en son honneur, avec une pompe royale, le 27 avril 1602.

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qu’ilest toujours facile, sinon correct, de moderniser en les simplifiant.

dhostel !, de la paroisse de Vatteville 2, pilo'e renommé, et dont la famille entière appartenait à la m:rine. Voïci les conditions du marché conclu entre eux :

1° Le bâtiment devra être prêt à partir à une date que le document du tabellion n'indique pa.

2° Chefdhostel ira d’abord à Brouage faire sa provision de sel, et puis cinglera vers les paraes de l’île de Sable pour la pêche.

3° L’équipage sera composé de 33 maielots.

4° Le commandement d’une compagnie d'hommes de guerre sera confié au capitaine Kerdemont, au lieutenant de Kéroual, et à l’enseigne de Mondreville, gentilhomme normand.

5° Chefdhostel fournira les vivres de l'équipage et des soldats, plus la moitié des gages des compagnons.

6° Il louera son navire en bon état et bien ammunitionné.

7° Il suivra la route indiquée, et à son retour il

devra toucher à Honfleur. Si le marqui: est absent de cette ville, Chefdhostel devra donner avis de son arrivée

1 Ce nom a été écrit de bien des manières : Chedotel (Champlain et Charlevoix), Chidotel (Le Père Leclereq), Chefd’hostel (Lescarbot) Chefdhostel et Chefdostel dans les Registres d'audience du Parlement de Rouen. Il en est de ce nom comme de beaucoup d’autres de ce temps

On le prononçait Chédotel.

2 Canton de Caudebec, (Seine-Inférieure) est situé dans la presqu’île que recouvre en partie la forêt de Brotonne, sur la rive gauche de à la Seine. Au XVIe siècle, toute la population de ce village appartenait à la marine marchande, au long cours ét au cabotage. (Bréard, p. 61-62).

au gouverneur M. de Lestang et à Martin Le Lou, lieutenant de la romaine à Honfleur, son représentant.

8° Les profits de la pêche seront partagés par tiers.

9° Une première somme de 350 écus est remise à Chefdhostel ! pour achat de biscuits et avances aux matelots.

Il ressort du document qui renferme ces conventions, que le marquis n’eut pas, en 1597, l'intention de coloniser l’île de Sable, et que cet affrètement de navire avait pour but unique de faire la pêche dans les eaux du golfe Saint-Laurent, ou, si l’on veut s’en tenir au texte, dans les parages de l’île de Sable, Son absence de Honfleur n’est que problématique. Pour parer à toute éventualité, il se choisit un représentant qu’il charge, en som absence, de surveiller ses intérêts dans le partage des profits. Ce voyage eut-il lieu ? Rien ne l'indique, mais, en tous cas, il n'avait d'autre fin que la pêche de la morue, car le marquis n'apparaît pas dans l'acte de tabellionnage en qualité de “ lieutenant général du roi au pays de Canada, isle de Sable, Labrador, Hochelaga, Saguenay et autres pays adjacents,” comme on le voit plus tard figurer dans un acte postérieur aux lettres patentes qui lui échurent de par la volonté royale.

1 Les Chefdhostel, famille de marins. On trouve Jean Chefdhcstel, capitaine du navire la Pie, en 1526 ; Pierre Chefdhostel, pilote, en 1583 ; Thomas Chefdhostel, en 1597 ; Guillaume Chefdhostel, capitaine de navire, en 1601; Nicolas, l'aîné, en 1606 et ses fils ; Pierre, demeurant à Vatteville, en 1614 ; Abraham, sieur de Gouberville, demeurant à Quillebeuf, en 1624.—Bréard, Dosuments.

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