LA NOUVELLE-#RANCE
semblait pas plus respecter les amis que les ennemis. Sourdéac avait assujéti les insulaires d'Ouessant à l’autorité de Henri IV. Or, il est difficile d'expliquer comment l’ancien prisonnier de Mercœur, incarcéré pour être resté fidèle à la cause royaliste, put ainsi entreprendre une besogne nécessairement désagréable à Henri IV. Agit-il par inimitié contre Sourdéac, ou seulement dans le but d'attirer l'attention sur sa personne ? C’est là un de ces points d'histoire qui peuvent difficilement être débrouillés.
De la Roche confia son projet à un nommé l’Estang !, capitaine, de Honfleur, qui avait été arrêté par Sourdéac en 1592. Il ne pouvait mieux s'adresser, car L’Estang avait toujours gardé rancune à cet adversaire puissant» se réservant la première occasion favorable pour s’en venger. On résolut de séduire quelques habitants par des promesses d'argent, et puis de diriger cinq cents hommes sur l'île pour s’en rendre maîtres. Mais les quelques insulaires qui s'étaient d’abord prêtés à ce plan ourdi dans l'ombre, changèrent subitement de résolution. Au lieu d'aller recevoir le prix de leur trahison, comme il avait été stipulé, ils mirent Sourdéac au courant de l'attaque projetée du marquis et de son capitaine. Sourdéac envoya un prévôt et des hommes armés au lieu du rendez-vous, afin de s'emparer du marquis qui devait y être présent. Mais, celui-ci ayant flairé le truc, se fit remplacer par un affidé, qui fut pris et pendu plus tard devant la porte de Brest.
1 François du Val, sieur de L’Estang, capitaine des gardes du duc üe Montpensier ; gouverneur de Honfleur, du mois de juin 1594 au mois d'octobre 1597.
Cette tentative infructueuse du côté d'Ouessant ne découragea pas le marquis de la Roche, et il résolut de tenter fortune aïlleurs et d’une façon toute différente. Plus heureux qu'on pourrait s’imaginer après la bévue qu’il venait de commettre, il demanda et obtint en 1597 le gouvernement des vicomtés de Saint-Lô et de Carentan en Normandie, en même temps qu’il contractait mariage avec Marguerite de Tournemine, veuve de François Massuel, sieur de la Bouteillerie, et fille de Réné de Tournemine, sieur de la Guerche, et de Françoise Hingart. Sa première femme était morte durant sa longue captivité, et elle ne lui avait pas laissé d'enfants.
Ce fut pendant les préliminaires de la mémorable paix de Vervins, qui fut le tombeau de la Ligue, que le marquis obtint une troisième commission pour aller fonder une colonie au Canada !. Les nouvelles lettres patentes ajoutaient à ses titres déjà nombreux, ceux de seigneur de la Joyeuse-Garde et de Kermoalec, vicomte de Trévarez, seigneur de Botigneau et de Lescoat. Le document royal, dont il est à propos de se rappeler au moins les grandes lignes, disait : “ Le feu roi François [ sur les avis qui lui auroïent esté donnez, que aux isles et païs du Canada, isle de Sable, Terres-neuves, et autres adjacentes, païs très fertiles et abondans en toutes sortes de commoditez, il y avoit plusieurs sortes de peuples bien formez de corps et de membres, et bien disposez d'esprit et d’entendement, qui vivent sans aucune connoissance de Dieu, auroit (pour en avoir plus ample
1 Edits et Ordonnances royaux, III, p. 7. Voir Appendice, Pièce H.
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