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connaissance) iceux païs fait decouvrir par aucuns bons pilotes et gens à ce connoissans. Ce qu'ayant reconneu
-véritable il auroit poussé d’un zèle et affection de l’exal-
tation du nom chrétien, dès le quinze janvier mil cinq cens quarante, donné pouvoir à Jean François de la Roque, sieur de Roberval, pour la conquête des dits paiïs. Ce qui n'ayant été exécuté dès lors, pour les grandes affaires qui seroient survenues à éette couronne, nous avons résolu pour perfection d’une si belle œuvre et de si saincte et louable entreprise, au lieu du dit feu sieur de Roberval, de donner la charge de cette conqueste à quelque vaillant et expérimenté personnage, dont la fidélité et affection à notre service nous sont connues, avec les mêmes pouvoirs, authoritez, prérogatives, prééminences qui estoient accordées au dit feu sieur de Roberval par les. dites lettres patentes du dit feu Roy François premier.
Savoir faisons
......Pour ces causes et autres à ce nous mouvant, nous avons, conformément à la volonté du feu roi dernier décédé, notre très honoré sieur et frère, que jà avoit fait élection de sa personne pour l'exécution de la dite entreprise, icelui fait, faisons, créons, ordonnons et établissons par ces présentes signées de notre main, notre lieutenant général ès dits pays de Canada, Hochelaga, Terres-neuves, Labrador, rivière de la Grande Baye de Norembègue, etc., etc.”
Les pouvoirs accordés au marquis de la Roche étaient à peu près identiques à ceux de Roberval ; mêmes facilités pour recruter ses équipages, sans qu'il soit ce-
pendant question de criminels ou de repris de justice pour grossir le nombre des marins; mêmes injonctions à tous les lieutenants généraux, gouverneurs des provinces, amiraux, vice-amiraux, maîtres des ports, etc, “ de lui baïller, chacun en son pouvoir, aide, confort, passage, secours et assistance, et à ses gens avoués de lui dont il aura besoin.”
De la lecture attentive de ces lettres patentes il ressort que Henri IV avait sous ses yeux, lorsqu'il les dressa, celles que François I avait émises en faveur de Roberval, et qu’il ne tenait aucun compte, sinon pour en rappeler le souvenir, des commissions accordées au marquis de la Roche par Henri III. Le roi donne clairement à entendre dans ce document du douze janvier 1598, que le marquis n'avait pas utilisé ses deux premières commissions, celles de 1577 et de 1578. Ce passage seul où il est dit que Henri III avait déjà fait élection de sa personne pour l'exécution de cette entreprise, est un très fort argument au crédit des écrivains qui ont assigné la date de 1598 à l'expédition du marquis de la Roche en Amérique. Ainsi opinent Bibaud, Garneau et M. le docteur J. C. Taché 1.
Muni de ses pouvoirs, très amples sans doute, le marquis de la Roche résolut de partir la même année pour les terres dont il venait d’être constitué lieutenant général. Il affréta, le 16 mars ?, la Catherine de Thomas Chefdhostel, et suivant la coutume de l’époque, il en fit rédiger par ses notaires le contrat en bonne et due
1 Voir Note 12 au sujet des commissions du marquis. 2 Voir Pièce I.
forme. Le capitaine normand s’obligeait à partir, à la première occasion favorable, du port de la Hune ou la Hougue où le marquis de la Roche devait s'embarquer avec ses gens. De là il devait s’acheminer vers l’île de Sable, de conserve avec les autres vaisseaux qui devaient faire partie de la flottille. Après avoir déposé tout son monde dans l’île, Chefdhostel faisait sa pêche, après laquelle il s’engageait à aller reprendre {e marquis sur son île pour le ramener à Honfleur.
Mais un seul navire ne suflisant pas à transporter tout l’attirail du marquis et des futurs colons de l’île, il engagea, deux jours après, la Françoise, de 90 tonneaux, dont Jehan Girot était le capitaine, Celui-ci prenait les mêmes engagements que Chefdhostel, et recevait d'avance la somme de 400 écus soleil valant douze cents livres tournois.
Le jour suivant, 18 mars, le marquis donnait procuration ad lites à Martin Le Lou pour gérer ses affaires À. en son absence, “comme vendre, fieffer, engager, eschanger, bailler, affermer toult et chacun ses héritages, rentes, maisons, revenus et aultres choses tant héréditales que mobiles, audict seigneur appartenant, etc.”
Le marquis était encore présent à Honfleur, le 14 avril, car ce jour là même, il donnait autorisation par devant notaires, à le Gac, sieur de Collespel, de Saint-Malo, pour vendre ses biens a remere, jusqu'au montant de 4,000 écus soleil 5.
1 Voir Pièce J.
2 V. Pièce K.
8 V. Pièce L, inédite.
Le départ de la flottille dut donc se faire après le 14 avril ; de plus on constate qu'à cette date, Girot et plusieurs bourgeois de Honfleur et de Vatteville, reconnaissent avoir reçu de Jacques Malley, bourgeois, pour subvenir à une partie de l’achat du sel, la somme de 150 écus, ‘valués à 450 livres tournois, et que Martin Le Lou se porte caution pour cet emprunt, destiné évidemment à l'entreprise du marquis de la Roche. Le personnel des deux navires, non compris l'équipage, pouvait former en tout une soixantaine de personnes de différentes conditions, dont la plupart, à ce qu'il paraît, étaient peu propres à constituer le noyau d’une saine colonisation Une tradition peu vraisemblable nous apprend que le navire qui portait la fortune du marquis était si petit que, du pont, l’on pouvait aisément se laver les mains à la mer. Nous n'y ajoutons aucune foi, car il est difficile de se figurer que soixante personnes auraient pu se loger ainsi à l’étroit, quand on sait en outre que: le navire de Chefdhostel jaugeait environ 180 tonneaux 1.
L'histoire ne nous apporte aucun détail sur la traversée de l'océan. Tout ce que l’on peut savoir, c’est que la première terre où se fit le débarquement fut l’île de Sable. Le marquis ne s’y arrêta pas ; il avait d’autres plans en tête. Il y déposa quarante de ses passagers, avec les bestiaux et les instruments d'agriculture, puis il poursuivit sa route, dans l'espoir de trouver ailleurs un endroit plus favorable à l'établissement de sa petite colonie. .… Après avoir exploré les côtes de l’Acadie, il re-
1 C’est de Pontrincourt, dit l'abbé Ferland, que Champlain et Lescarbot tenaient ce renseignement.
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broussa chemin. et voulut aborder à l’île de Sable pour rejoindre les gens qu’il y avait laissés. Mais le vent le poussa vers l’est avec une violence telle, qu’en moins de douze jours il atteignait les côtes de France.
Les quarante Français restèrent sur l’île de Sable, abandonnés à leur triste sort, attendant que la Providence vint à leur secours. Combien de temps dura leur séjour sur cet îlot perdu dans l'Atlantique, à une grande distance des terres les plus voisines ? Champlain, et après lui, Charlevoix, disent sept ans, et Lescabot dit cinq ans. Mais peu importe maintenant, le plus intéressant est de savoir comment ils y vécurent. La nourriture ne pouvait leur manquer, car l’île était abondamment peuplée de bétail. Plus d’un demi-siècle auparavant, le baron de Léri y avait déposé des vaches et des chevaux qui, durant cette longue période, s'étaient multipliés en grand nombre. La pêche dut être aussi une excellente ressource pour leur subsistance. Iis se confectionnèrent leurs vêtements avec les peaux des bêtes qui servaient à les alimenter. Les délaissés de l’expédition du marquis de la Roche, a écrit M. le docteur J, C. Taché, ne couraient aucun risque de souffrir de la faim! ni de l’intempérie des saisons, dans l’île de Sable, armés et outillés comme ils l’étaient ; ils devaient être fournis de grains de semence, car le souvenir traditionnel de leurs cultures s’est conservé jusqu’à ‘aujourd’hui; un quartier de l’île a toujours depuis, porté et porte encore le nom de “Jardins français” 1
nn —
1 M.J. C. Taché, Les Sublnns, Nouvelles Soirées canadiennes, 1882, p. 441-541. Voir Note 13, qui renferme une brève analyse de cette ma- a gistrale monographie de l’île de Sable,
Laissons ces pauvres gens en proie à l'isolement et à toutes ses conséquences, pour revenir au marquis de la Roche. Rentré en France, il songea à reprendre de nouveau la route du Canada. Mais pour diverses raisons que nous ferons bientôt connaître, l’infortuné marquis échoua complètement dans ses instances à la cour. De sorte qu'il ne put lui-même rapatrier ses compagnons dont il n'avait pas sans doute perdu le souvenir. Il avait cependant informé le roi du malheur qui lui était arrivé, et de l’abandon où se trouvaient ces quarante Français. Ce ne fut qu’en 1603 que la cour du Parlement de Rouen donna l'ordre au pilote Chefdhostel d'aller à leur recherche et de les ramener dans leur pays! Pour le récompenser de son trouble, on lui accordait la permission de défalquer à son bénéfice pergonnel la moitié des objets utilés que ces malheureux auraient pu fabriquer durant leur longue absence, ainsi que les cuirs, les peaux de loups-marins et de renards, et les huiles. Le pilote s’acquitta bien de sa mission, et ramena avec lui les survivants de cette tragique aventure. L'histoire nous a conservé leurs noms. C’étaient Jacques Simon dit la Rivière, Olivier Delin, Michel Heulin, Robert Piquet, Mathurin Saint-Gilles, Jacques
1 ‘Ainsi réduits en toute extrémité pour la stérilité dudit pays avoient été contraincts de se nourrir et sustenter de la chair des bestes sauvages. . . restant néantmoins dudit nombre de quarante ou cinquante hommes restez que les unze qui sont présents.” Arrêt rendu contre Chefdhostel qui ramena en France les hommes restant des 45 ou 50 laissés zar le marquis de lu Roche dans l'île de Sable. 27 novembre 1603. MS. archives du Parlement de Ronen. Registre d'sudience, No. 1. V. ausxi E. Gosselin, Vouvelles Gianes, 1 16.
Simoneau, Gilles Le Bultel, François Provostel, Loys Deschamps, Geoffroy Viret et François Delestre. Henri IV voulut les voir dans le curieux accoutrement qu'ils portaient quand Chefdhostel les avait retrouvés après cinq ans, tout couverts de peaux de loups-marins. Ils avaient laissé pousser leur chevelure et leur barbe. Le désordre de leur personne les avait rendus, au dire de Charlevoix, assez sémblables aux prétendus dieux des fleuves. Sully reçut l’ordre de compter cinquante écus à chacun d’eux, et de les renvoyer avec le pardon des fautes dont ils avaient pu se rendre coupables avant leur passu,re aux terres neuves.
Le partage des pelleteries et des cuirs donna lieu à un procès entre Chefdhostel et les rapatriés de l’île de Sable. Le pilote avait voulu accaparer à son profit les produits de l’industrie des autres, malgré les conditions, qui ne lui en accordaient que la moitié. Ce procès ne fut pas de longue durée, et les parties s’arrangèrent à l'amiable 1.
Le marquis de la Roche était revenu ruiné du Canada, mais nullement découragé. Il s’adressa à la cour afin d'obtenir “ les choses que Sa Majesté lui avait promisès pour son dessein ”, suivant l'expression de Champlain. Mais il échoua dans sa demande, à la suite d’une pression très forte exercée par les huguenots, qui craignaient qu’un établissement confié à sa direction n’eût pour résultat l'avancement de la religion catholique, C'est la raison apportée par Champlain, témoin oculaire de ce qui se passait alors en France. Les obstacles sus
1 Lerssarbot, Vol. II, p. 393.
cités plus tard à la colonisation française en Acadie, et même à Québec, par les sectaires calvinistes, nous donnent lieu de croiré que ce fut le véritable motif qui fit tourner les esprits, encore sous le coup de la surexcitation, contre le catholique marquis. Son chagrin fut si profond, qu’il en contracta la maladie qui devait le conduire au
tombeau. Le marquis de la Roche termina obscurément
sa longue et orageuse carrière, en l’année 1606 1.
Le nom de Mesgouez s'éteignit avec lui. Ses armes, enregistrées au livre d’or de la noblesse françiise, nous rappellent seules sa mémoire. Il portait écartelé : aux 1 et 4 d’azur au dextrochère ganté d'argent, soutenant un épervier de même, qui est la Roche ; aux 2 et 3 d'azur à deux épées d'argent posées en sautoir, qui est Coëtarmoal ; sur le tout: d’or au chevron d'azur, accompagné de trois trèfles de gueules, qui est Mesgouez; et pour devise : Rien de trop.
Certains écrivains modernes ont jugé le marquis de la Roche avec une sévérité que ne justifient ni le caractère de l’homme ni sa conduite dans les événements où son nom se trouve mêlé. Qui pourrait lui reprocher son dévouement à la couronne de France? Attaché à la cour dès sa jeunesse, l contracta envers Charles IX, Henri III et Catherine de Médicis, sa grande bienfaitrice, une dette de reconnaissance qu'il ne paraît pas avoir oubliée. Les huit années d’incarcération, qui furent l’expiation de son trop grand dévouement à Henri III, le rendirent créancier plutôt que débiteur de la royauté. C'est ce que comprit Henri IV lorsqu'il lui confia la
1 Ramé donne cette date, et il ajoute qu’il mourut sans postérité,
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continuer, par des compatriotes qui entretenaient une
lieutenance générale du Canada, avec tous les bénéfices
qui pouvaient en résulter.
Blâmerait-on le noble marquis pour avoir vu misérab'ement échouer son plan de colonisation, car c'était, il n’y a pas à en douter, le but qu’il se proposait ? Il faut se reporter à cette époque de bouleversements et de troubles, après des guerres épuisantes, pour comprendre combien il était difficile alors d'organiser une expédition parfaitement ordonnée : difficultés dans l’affrètement comme dans le choix des recrues d'équipage, dangers du côté de la mer, sur des vaisseaux de faible tonnage, obstacles de toute nature, sans compter le manque de ressources pécuniaires.
Pourrait-on reprocher au marquis de la Roche d’avoir voulu seulement s'enrichir dans son expédition au Canada ? Ecoutons Champlain. Son témoignage mérite considération : “ Poussé d'une sainte envie d’arborer l’étendard de Jésus-Christ dans ces terres,..... | le Marquis de la Roche prit commission du grand Roi Henri le Grand....”
Donc, d’après le fondateur de Québec, qu’on ne saurait soupçonner d’ignorance en cette matière, et encore moins de partialité, le but du marquis de la Roche, en venant en Amérique, n’était pas tant de refaire des finances délabrées, que de travailler à la glorification du nom de Dieu, en arborant l’étendard du Christ sur nos rivages peuplés d'infidèles.
Il fut desservi dans son œuvre, qu’il aurait voulu
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toute autre idée que la siènne en matière religieuse. Est-ce lui qui eut tort ?
Telle est, d'après Champlain, l'explication de l’insuccès de ses démarches à la cour après sa déconvenue de 1598. Voici ce qu'il en disait quelques années plus tard : “ En ce dit dessein se remarque deux défauts: l’un, en ce que le dit marquis n'avait fait découvrir et reconnaitre le lieu par quelque homme entendu en telle affaire, et où il devait aller habiter, premier que s’obliger en une dépense excessive, L'autre, que les envieux qui étaient en ce temps près du Roi en son conseil, empêchèrent l'effet et la bonne volonté qu'avait Sa Majesté de lui faire du bien. Voilà comme les Rois sont souvent déçus par ceux en qui ils ont quelque confiance. Les histoires du temps passé le font assez connaître, et celleci nous en peut fournir d’échantillon ! ?
Encore une fois, est-ce le marquis de la Roche qui fut en faute, à part le vice d'organisation signalé par Champlain ?
L’historien Garneau lexonère de tout reproche, même aux sujet de l'exécution de ses projets, restés inachevés bien malgré lui: “ On ne saurait blâmer, dit-il, des plans qu’il n’a pas eu le temps de développer. Qu'il suffise de dire que, comme victime de ses efforts pour la cause de la colonisation, il a laissé un nom qui sera toujours respecté en Amérique *. ”
1 Champlain, Voyages, 1632, p. 40.
2 Garneau, Histoire du Canada, I, p. 41.
, qui s'impose à tout esprit
LA NOUVELLE-FRANCE Ce beau témoignage est d'accord avec celui de Champlain, et nous ne pourrions le rejeter, sans fairé
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