‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 35 sur 98 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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le passage de Cartier et de Roberval dans le fleuve Saint-Laurent, les Français avaient eu des ranports constants avec les aborigènes du Canada. Le motif de ces visites annuelles devait être plutôt dans les intérêts du commerce de fourrures que pour la pêche de la baleine. |

Les sauvages de Tadoussac ne formaient qu'un tout petit rameau de la grande famille indienne, éparpillée un peu partout, le long des rivières et sur le littoral des lacs. Tout de même ils entretenaient des relations suivies avec leurs congénères disséminés vers le nord et l’ouest, depuis la région du Saguenay jusqu’au pays des Hurons, et même avec les peuplades de la baie d'Hudson. Leurs voisins les plus rapprochés étaient les Kahouchakis ! ou la nation du Pore-épie, qui demeuraient sur les bords du lac Saint-Jean, à l'endroit où la rivière Saguenay prend sa source. “ C’était autrefois, dit la Relation ?, l'endroit où toutes les nations qui sont entre les deux mers, de l'Est et du Nord, se rendaient pour faire leur commerce.” J’y ai vu plus de vingt nations assemblées, s’écrie le Père Albanel % C'était le pays par excellence des loutres, des orignaux, des castors, et principalement du porc-épic {.

En gagnant la hauteur des terres, dans la direction du nord-ouest, l’on trouvait des sauvages, établis d’une façon plus ou moins sédentaire, à Paslistaskau. L'endroit

1 De kakou, qui signifie porc-épic.

2 Relation de 1672, p. 44.

3 Æhidem.

4 Ibidem.

est charmant ; c'est une petite langue de terre, dont les deux extrémités, terminées en pointe, sont arrosées par deux petits lacs d'où s’échappent deux rivières : l’une, allant à l’est, et l’autre vers le nord-ouest. La première déverse ses eaux dans un des tributaires du lac Saint- Jean ; l’autre va se jeter dans la baie d'Hudson, en formant sur son parcours le lac appelé Nemiskau. Paglistaskau était justement situé à la hauteur des terres, et le lac Nemiskau indiquait aux sauvages qu'ils étaient rendus à mi-chemin entre la baie d'Hudson et le fleuve Saint-Laurent !.

Continant à pénétrer dans la profondeur des bois, le lac des Mistassins se présentait bientôt à la vue des chasseurs. Ce lac immense, dont on ne pouvait faire le tour qu'en vingt journées de canot et de beau temps, est rempli d'îles où l’on trouvait en abondance les orignaux, les ours, LS caribous, les porcs-épies et les castors.

À quelque distance de cette mer intérieure, on rencontrait le lac Nemiskau, de dix journées de circuit, Il est entouré de hautes montagnes, du sud au nord, lesquelles forment un demi-cercle. Cinq grandes rivières s’y déchargent. Les castors, les orignaux, les cerfs et les porcs-épics y séjournaient en telle quantité “qu'il

1 La Relation de 1661 nomme ce lac, Nekouba, et le place sous la latitude 490 20”, et long. 30%o 10°. Nekouba, à cette époque, ‘ était un lieu célèbre à cause d’une foire qui s’y tient tous les ans, à laquelle tous les Sauvages d’alentour se rendent pour leur petit commerce.” L’écrivain de cette même Relation ajoute que Nekouba était éloigné de Tadoussac d'environ cent lieues. En doublant ce trajet, pour atteindre

la baie d'Hudson, celle-ci n'aurait été distante de l’embouchure du Saguenay que de 200 lieues. Ce chiffre est loin d’être exagéré.

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semble que ce fut là leur demeure de prédilection ” !. Aussi y voyons-nous, vers 1660, les Iroquois venir s’y fixer et même s’y fortifier, pour y devenir la terreur des nations du voisinage.

Les Sauvages entraient dans la baie d'Hudson par la rivière Nemiskausipiou, qui prend sa source dans le lac Nemiskau. Cette rivière, dont la largeur atteint presque une demi-lieue, vient du sud-est et se dirige vers le nord-ouest sur un parcours d'environ 80 lieues. Son embouchure est au 50° Les Kilistinons 2 étaient cabanés à la pointe de l’ouest, et dans cet endroit de la baie résidaient les Mataouakirinouègues et les Mcnsouniks. Le commerce des fourrures se faisait à vingt lieues plus loin, en gagnant le nord-est, sur une longue pointe de rochers, située au 51°. Il y avait là plusieurs nations occupées à faire la chasse et la pêche.

Cette longue course, de Tadoussac à la Mer du Nord, ne se faisait pas sans quelques difficultés. Il fallait éviter deux cents sauts ou chutes, et traverser quatre cents rapides. Mais, pour les Sauvages, accoutumés à la vie des bois, ce long trajet, estimé, suivant les uns, à 400 lieues, et, suivant d’autres, à environ la moitié de cette distance, pouvait être franchi en vingt jours, bien que le

1 Relation de 1672, p. 49-50.

2 Appelés aussi Crisbinos et Cris. 11 y en avait de quatre tribus : 1° ceux de la baie d'Hudson appelés Ataouabouscaloueks ; 2° les Kilistinons Alimabegoueks ; 3° les Kilistinons des Nipissiriniens, ainsi nommés parce que l:s Nipissiriniens avaient découvert leur pays et venaient y faire la traite. Ils jouissaient d’un bon naturel ; 4° enfin les Âisibourouniks.

Père Albanel mît, en 1672, plus d’un mois à le parcourir. Cependant cet intrépide religieux déclare avoir fait, dans ce voyage de découvertes, 600 lieues en 40 jours, une moyenne de quinze lieues par jour. Ce rapport est exagéré, car les sauvages eux-mêmes atteignaient rarement cette proportion dans des lieux beaucoup plus faciles à franchir que les fortts du nord. Ordinairement ils faisaient quinze lieues en descendant les rivières, et sept ou huit lieues en les remontant. Le voyage de Tadoussac au lac Saint-Jean exigeait cinq jours de canot, et cependant la distance n’est que de quarante lieues en ligne directe.

Les Kilistinons et les autres peuplades de la baie d'Hudson avaient des relations régulières avec les Sauvages échelonnés le long du Metaberoutin (Saint-Maurice). Ils en remontaïent le cours jusqu’au lac Ouapichiouanou, distant du fleuve d'environ 150 lieues. De là ils se rendaient directement à la rivière des Ouakoungouachiouek, parcours de 40 lieues, et ils franchissaient en quatre jours les 60 ou 70 lieues qui les séparaient de la baie des Kilistinons, appelée Nisibourounik.

Les Nipissiriniens et les Algonquins supérieurs fréquentaient aussi les Kilistinons, peuplade nombreuse et puissante, parlant la même langue que les Atticamègues ou Poissons blancs et les Sauvages de Tadoussac. On les appelait aussi gens de terre et gens de la Mer du Nord. Nous avons vu qu'ils habitaient vers le sud-ouest de la baie d'Hudson. Bien que sédentaires dans le principe, ils finirent par se répandre dans les environs du saut Sainte-Marie, après avoir été chassés de leurs foyers par la famine. Cette émigration n'empêchait pas cepen-

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dant les grandes ventes annuelles et la célébration de leurs fêtes publiques. L'on comprend aisément que cette nation puissante, vivant au cœur même du pays des animaux recherchés pour le commerce, avait eu pendant longtemps le monopole des échanges avec toutes les tribus de la région boréale, depuis le lac Huron jusqu’au Saguenay, grâce aux nombreuses rivières qui arrosent ce vaste territoire. Quand, plus tard, les Anglais pénétrèrent dans la baie d'Hudson, ils accaparèrent à leur tour ce commerce énorme dont ils surent tirer un bon

parti. Mais, en attendant qu'Hudson parvint à recon-

naître la baie à laquelle il donna son nom, les Français avaient amené à eux, par le moyen d'intermédiaires ou d’entremetteurs, les produits de la chasse de ces peuples, d'abord par la voie du Saguenay et des tributaires du

lac Saint-Jean, avec Tadoussac comme poste de rendezvous, et bientôt après, par le Saint-Maurice, aux Trois- Rivières, et puis en dernier lieu, par la rivière des Outaouais, les trois grandes artères de communication avec le fleuve Saint-Laurent où ils furent les muîtres absolus durant le XVI siècle.

L'exploitation du trafic des fourrures fut laissée d’abord, faute d'organisation, à l’initiative privée. Les marchands bretons et normands faisaient négoce, presque sans contrôle, avec les aborigènes du Canada. Pendant la ligue, les Malouins durent payer certains impôts, mais ces droits n’affectaient pas la vente des pelleteries. Nous avons vu qu’en 1587 et les années précédentes, Jacques Noël et ses fils remonterent le fleuve Saint-Laurent et qu'ils y firent du commerce sans se préoccuper de se pourvoir de permis royaux. Le marquis de la Roche,

dix ans plus tard, dut se mettre en règle avec la couronne, et nous verrons, dans le chapitre suivant, Pierre de Chauvin se faire délivrer en bonne forme des lettres patentes, qui l’autorisaient lui et ses associés, à l'exclusion de tout autre, à acheter les peaux de castor des Sauvages de la Nouvelle-France.

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