‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 34 sur 98 · BA NOUVELLE-FRANCE · texte numérisé non relu

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puissamment servi à le ruiner momentanément. Durant tout le moyen âge, la dépouille de l’hermine avait fait fureur. Tout le monde voulait s'habiller de fourrures. La passion fut poussée à un tel excès, que les rois d’Angleterre et de France, certains princes italiens, furent obligés de décréter des lois somptuaires pour mettre un frein à cette espèce de frénésie. Henri Il, d'Angleterre, par un acte du parlement daté de l’année 1158, fit défendre l'usage du vair ! et du petit gris. Deux autres lois, de 1334 et de 1363, interdisaient l'usage des fourrures à toute personne qui aurait moins de cent livres de

revenu.

La Russie devint, au milieu du XVI siècle, le grand comptoir pour le commerce des pelleteries. Les pays situés à l’ouest et au nord-est des monts Ourals, fournissaient aux chasseurs abondance de martes zibelines, d'hermines, de renards rouges, noirs et blancs, de castors, etc. Les Samoyèdes payaient leurs tributs en fourrures, et la Sibérie, alors indépendante, donnait aux Russes et aux Anÿlais, en échange des objets dont elle avait besoin, les peaux les plus précieuses. Telles avaient été jusqu’alors les sources auxquelles s'alimentaient les mar-

chés européens.

Les explorations françaises dans les parages du Saint-Laurent ranimèrent le goût de ce commerce, profitable à eeux qui s’y livraient, et la mode, toujours capricieuse, redevint ce qu'elle avait été avant les lois prohibitives des souverains anglais et français. (C'est alors que commença cette guerre d’extermination contre

1 Fourrure blanche et grise.

les animaux qui peuplaient les vastes régions tombées sous la domination de la France. Ce furent d’abord les Sauvages seuls qui firent la chasse aux bêtes à la riche toison, pour les troquer avec les marchands et les capitaines de vaisseaux français, Avec eux ils échangeaient des bagatelles européennes contre des peaux de martes, castors, orignaux, loups-cerviers, loutres, renards, blaireaux et rats musqués !. Ils avaient à offrir aux indigènes des fers de flèche, des alènes, des épées, des haches, des tranchets pour couper la glace en hiver, des couteaux, des chaudières ; également des capotes, des chemises, des draps ; enfin du blé d'Inde, des pois, du biseuit ou galette, du petun, des pruneaux et des raisins.

Durant la seconde moitié du XVIe siècle, Tadoussac fut l'endroit favori pour ces ventes ou foires annuelles. Le témoignage des vieux marins dont parle Champlain à l’occasion de la traite de 1610, d’après lequel ils paraissaient avoir fréquenté cet endroit depuis plus de soixante ans, c’est-à-dire avant 1550, prouve que depuis

1 Le commerce ne se limitait pas à ces seuls animaux. Les sauvages troquaient en outre les peaux de putois que Sagard appelle les enfants du diable, en montagnais babougi manitou ou ouinesque ; les lapins, en huron queutonmalisia ; les écureuils, dont on reconnaissait trois variétés : l’écureuil volant, les suisses, et celle que les Hurons appelaient arouessen ; enfin les ours noirs.

Les martes les plus estimées venaient des régions septentrionales. Mais de tous ces animaux les plus recherchés étaient les castors, surtout les castors gras d’hiver. Ces derniers étaient pris durant l'hiver ; les sauvages s’en faisaient des robes, qu’ils portaient assez longtemps pour les engraisser, en les pénétrant de leur sueur jusqu’à la racine du poil. Les Montagnaïs appelaient un castor amiscou, et les Hurons Toutayé.

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