‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 4 sur 98 · CF · texte numérisé non relu

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existe entre l’homme propre à diriger et à commander, et la masse qui est tenue à l’obéissance. Au premier il mit en mains le sceptre de l'autorité, ne tenant pas plus compte qu’il fallait des imperfections des inférieurs, tout en cherchant à leur imprimer une bonne direction. Sully ne sut pas élever la coionisation à la hauteur d’une œuvre nationale, tandis que Richelieu en faisait une question de patriotisme. Le premier y voyait une

affaire purement matérielle, le second songeait à accroître

le prestige et la bonne renommée de la France, prévoyant que le progrès en tout genre ne tarderait pas à s'ensuivre.

Ces deux courants d'idées contraires, partis de haut, avaient pénétré dans la foule. Les uns ne voyaient dans ces entreprises au Canada qu’une mine à exploiter : les marchands et les gens de traite appartenaient à cette catégorie. Les autres visaient à des fins plus patriotiques, et travaillaient à implanter sur le sol d'Amérique de bons colons, des familles respectables, et aussi de la noblesse de bon aloiïi. Tels furent Champlain et Maisonneuve, tous deux fondateurs de vilies. Ces deux grands Français jetèrent dans le sol les assises de notre nationalité, et surent, en ouvriers habiles, l’appuyer sur le roc immuable de la religion catholique dont ils furent les apôtres presque à l’égal des missionnaires. Auraientils pu autrement faire une œuvre solide, inébranlable ? Jamais ; nous ne craignons pas de le proclamer bien haut, tant sommes-nous convaincu que, sans la religion comme point d'appui, lon ne saurait faire de bonne colonisation tant il est vrai encore, que l'id ‘e chrétienne doit présider à toute organisation de cette nuture. Ce qui est nécessaire aujourd'hui, né l'était pas moins dans les siècles

passés. Si Henri IV eût moins sacrifié aux exigences des calvinistes, l’Acadie n'aurait pas subi toutes les vicissitudes malheureuses qui ont réduit à néant les plus belles espérances de ses fondateurs. Si les compagnies de marchands qui monopolisèrent le commerce dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, avaient eu d'autre objet que la recherche obstinée de la fortune, et s'ils eussent apporté plus de zèle et surtout plus d'argent au soutien . de la colonie française réfugiée au Canada sous leurs auspices, Québec, vingt-cinq ans après sa fondation, aurait été autre chose qu’un bourg misérable. ! Le vil intérêt matériel faillit tout perdre, et nous sommes toujours surpris de voir qu'il en ait été autrement. Si la Providence ne fût pas intervenue directement dans les affaires du Canada, personne ne pourra le nier, le sort du nom

français était scellé pour toujours dans l'Amérique du Nord: sa disparition n’eût été qu’une question de quelques années.

1 En 1633 la ville de Champlain n'était encore qu’une chétive habitation. On l’appelait le bourg. Douze ans plus tard elle n’était pas connue sous d’autre nom, comme l’attestent les actes de Guillaume Tronquet, de l’année 1646. La Mère de l’Incarnation nouslaisse croire, dans une lettre écrite en 1663, que, par les nouveaux règlements introduits sous M, de Mésy, on avait donné à Québec le nom de ville : ‘* Dans les règlements qui ont été faits, écrit la bienheureuse fondatrice des Ursulines, Québec se nomme wie.” Le Père Charlevoix est dans l'erreur, quand il dit que le secours apporté par le Père Noyrot en 1626 fit prendre à Québec une forme de ville. Ce ne pouvait être les vingt ouvriers qu’il y avait amenés cette année là, qui auraient pu faire subir à l’humble habitation une telle métamorphose.

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