‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 5 sur 98 · SIEUR DE ROBERVAL · texte numérisé non relu

SIEUR DE ROBERVAL

Roberval est chargé de poursuivre les explorations de Verrazano et de Cartier.—Lettres-patentes du 15 janvier 1540.—Roberval prête serment.—Paul d’Auxhillon, sieur de Saint-Nectaire.—Cartier part seul pour le Canada.—Roberval le suit trois mois plus tard.—-Il explore le golfe et retourne en France.—Revient au Canada en 1542. —Rencontre Jacques Cartier à Terreneuve.

Les deux premiers voyages de découvertes au Canada confiés à la direction de Jacques Cartier, avaient eu pour résultat d'attirer l’attention du roi, mais il dut attendre pour donner suite à son projet favori de coloniser la Nouvelle-France, que ses guerres avec Charles- Quint eussent pris un terme. Une trève de dix ans ayant été conclue entre les deux princes rivaux, par la médiation pacitique du pape Paul III, le roi chevalier

crut le moment apportun de jeter les yeux sur les terres dont il avait oui monts et merveilles de la bouche de Donnacona, l’agohanna de Stadaconé, et de ses compa. gnons. Cartier lui-même lui avait appris, et de vive voix et par des relations qu'il avait dressées de sa main, que le Canada était un pays riche et fertile, que le Saguenay surtout regorgeait d'or et de diamants. Quelques échantillons du métal précieux que les sauvages avaient offerts au capitaine malouin durant son séjour au Canada, servirent plus que les rapports exagérés de Donnacona à enlever de l'esprit de François I tous les doutes qu’il aurait pu entretenir encore sur l'importance de continuer les explorations par delà l'Atlantique. Mais à la suite de ces guerres, les finances royales étaient dans un état de délabrement complet. Il fallut donc temporiser. Les évènements traînèrent ainsi en longueur jusqu’à la fin de l’année 1539. Près de quatre ans s'étaient écoulés depuis le jour où le Découvreur avait promis aux indigènes de Stadaconé qu'il reviendrait douze lunes plus tard. Le vieux chef Donnacona -était mort dans l'intervalle ; les autres sauvages qui l'avaient accompagné en France, n'avaient pu résister au changement de climat et de régime de vie. Cartier n’en persista pas moins dans sa détermination de retourner auprès de ces peuplades barbares dont-il avait pourtant raison de redouter la rencontre. Il n’attendait que l’occasion favorable, laquelle s’offrit bientôt.

Uu gentilhomme de Picardie, Jean-François de la Roque, sieur de Roberval, ! Nogens et Prax, que Fran-

1 Champlain écrit Robert Val.

çois I appelait souvent le petit roi de Vimeux, ! à cause de la grande popularité dont il jouissait dans sa province, avait fait des instances à la cour pour obtenir la permission de se rendre au Canada, afin de continuer les explorations si brillamment inaugurées par Verrazano et Cartier. Ses sollicitations furent accueillies avec faveur, et le roi lui adressa le 15 janvier 1540 des lettres-patentes, qui l’instituaient lieutenant général et capitaine de l’entreprise au Canada, Hochelaga, Saguenay et autres pays circonvoisins et maritimes. François I lui accordait la suprématie sur toutes les terres arrosées par le golfe et par le fleuve Saint-Laurent, sur les côtes baignées par l'Atlantique, dans cette partie de l'Amérique du Nord que l’on désignait déjà sous le nom de Norembègue, ? quoiqu’on n’en connut à peu près rien.

Le but de l'expédition est clairement indiqué : se mettre en rapport avec les sauvages, habiter le pays et y construire des villes, des forts et des églises pour l’établissement de la foi catholique, “afin de mieux parvenir, dit le roi, à notre intention et faire chose agréable à Dieu notre Créateur, Sauveur et Rédempteur et qui soit à la sanctification de notre Mère la sainte Eglise catho-

lique, de laquelle nous sommes dit et nommé le premier fils. ”

Le Roi accordait aux gentilshommes qui suivraient Roberval, le tiers des profits qui pourraient résulter de

1 Le Vimeux, petit pays de l’ancienne Picardie, vers la. côte, entre ls Bresle et la Somme, avait pour lieux principaux Saint-Valéry-sur Somme et Sancourt-en-Vimeux.

2 Voir Note 1, en appendice.

ce voyage, un autre tiers au lieutenant général, et Sa Majesté se réservait le reste pour elle-même, afin d'en disposer pour des entreprises de même nature.

Le chef de l'expédition était muni d’amples pouvoirs concernant la justice, tels que de faire des lois, d’édicter des statuts et ordonnances, et enfin de punir ou pardonner les méfaits. Sipar hasard il tombait malade ou s'il était menacé de mourir, le lieutenant général avait. La faculté de se choisir un successeur jouissant d’une autorité égale à la sienne.

Ces lettres patentes établissaient en outre :

1° Pleine jouissance, autorité, charge, commission et commandement de lever partout où bon semblerait à Roberval, des gens de guerre et des artisans, pourvu qu’ils y consentissent, et qu’ils fussent raisonnablement salariés ;

2° L'approvisionnement d'armes, artillerie, poudre, piques, arquebuses, etc ;

3° Le recrutement de tel nombre de navires qu’il croirait nécessaire, libres de droits de péage, subside et impôt ;

4° Avis à tous les lieutenants généraux, gouverneurs, amiraux, vice-amirauy, baïllis, sénéchaux, prévôts, maîtres de villes, de donner de l’aide à Roberval, ainsi qu’à ses gens, commis et députés.

Ces lettres furent signées à Fontainebleau, de la

main du cardinal de Tournon, ! en présence de Bayard, ? et enregistrées aux archives du Châtelet de Paris par Guillaume Payen et Jehan Tionne, notaires du roi.

Le six février Roberval prêta le serment voulu, en présence de Sanson et du Chancelier, # et le lendemain Jehan de Mareau, lieutenant en l’ordonnance, seigneur de Pully, et garde de la prévôté d'Orléans, émit les lettres confirmatives des pouvoirs préalablement confiés à Roberval. Elles sont signées par François Taupitre et Claude d'Orléans, et portent pour suscription ces mots : “ Vydimus du pouvoir donné par le Roy au Seigneur de Roberval.” {

Le vingt-sept du même mois, le roi désignait Paul d’Auxhillon, seigneur de Saint-Nectaire 5 en la sénéchaussée de Carcassone, pour servir de procureur général ou de mandataire au Sieur de la Roque. Le document royal, portant la signature de Montesse et Chenu, accordaït à Roberval ie droit de choisir un certain nombre de prisonniers et de les faire conduire sous bonne garde aux

1 François de Tournon, u6 en 1489, fut nommé archevêque d’Embrun à 28 ans, et devint successivement archevêque de Bourges, d’Auch et de Lyon. Il fut jusqu’à la mort du roi le ministre dirigeant. C’est ce prélat qui eut la gloire d'introduire les Jésuites en France. Le cardinal de Tournon mourut en 1562.

2 Ne pas confondre avec le Chevalier sans peur et sans reproche.

3 Harriese, Notes pp. 243-253.

4 Ibid.

5 Nous lisons Sanneterre dans les pièces originales recueillies par Harrisse. Sanneterre ou Senecterre se disait indifféremment pour Saint- Nectaire qui est le mot propre. Petit village du Puy-de-Dôme, à 25 kilomètres d’Issoire. Ce lieu a donné son nom à une illustre maison qui s’unit en 1522 à celle de la Ferté-Nabert,.

prisons de Saint-Malo, en attendant qu'ils prissent passage pour se rendre au Canada. Le roi leur accordait leur grâce, à condition qu'ils feraient le voyage et donneraient des preuves non équivoques de bonne conduite. !

Le neuf mars, le Parlement de Rouen autorisait Roberval à retirer de la Conciergerie et des prisons de Normandie les criminels et même les condamnés à mort qui consentiraient à s’embarquer pour le Canada; les détenus pour crime de lèse-majesté au premier chef, et pour fabrication de fausse monnaie, étaient seuls exceptés. ?

Comme on le voit, les papiers de Roberval étaient en règle, et il aurait pu partir de bonne heure au printemps de 1540, s’il n’eût eu à régler la grande question d'argent nécessaire pour un armement aussi dispendieux. Bien que le roi lui eût fait donner quarante cinq mille livres par le trésorier de l'épargne, * les ressources lui faisaient encore défaut, car il importait que les navires fussent bien Approvisionnés et équipés. L'année 1540 se passa ainsi dans des atermoiements qui ne semblèrent pas améliorer la situation. Ce fut dans l'intervalle de ces long préparatifs que Jacques Cartier reçut du roi des lettres patentes qui le nommaïent capitaine général et maître pilote de l’escadre.* Le but de François I, en confiant cette charge au Découvreur, était sans doute de

1 Harrisse, Notes pp. 254-258.

2 Ibid. pp. 268-271.

3 Jean Duval.

4 Le 17 octobre 1540. Voir Appendice, Pièce A. Lescarbot, Liv. III, chap. XXX. Ramé, p. 12.

faire hâter Roberval dont les lenteurs déplaisaient à la cour. Quelques jours plus tard, ! le dauphin Henri de Valois, en sa qualité de duc de Bretagne, fit élargir un certain nombre de criminels que l’on dirigea vers Saint- Malo pour y rejoindre le aître pilote. ? On constate en effet que le 3 novembre 1549, le roi octroie de nouvelles lettres patentes conceruant l'embarquement de condamnés pour crime “ hors d’hérésie et lèse majesté divine et humaine,” jusqu'au nombre de cinquante, * dans les prisons de Saint-Malo, en attendant l'heure du départ pour le Canada. Mais, vu la saison trop avancée, Cartier dut se résigner à attendre le printemps suivant pour réaliser ses espérances. Durant l'hiver, Roberval parcourut la Champagne et la Normandie, afin d'y acheter de l’artillèrie, de la poudre et des munitions. Cependant lorsque l'heure ordinaire du départ des vaisseaux vint à sonner, Roberval était encore plongé dans des embarras multiples, allant à droite et à gauche pour se procurer des provisions de bouche et des armes. Prévoyant qu'il ne serait pas prêt de sitôt, François I intima à Cartier de mettre à la voile sous le plus court délai, sans attendre davantage les appoints de son chef. Cartier se mit aussitôt à l’œuvre, et le 23 mai il quittait la rade de Saint-Malo, avec une flottille de trois navires, { laissant

1 Le 28 octobre 1540.

2 Ramé, Documents inédits, p. 12.

3 E. Gosselin, Nouvelles glanes historiques Normandes, p. 4, Rouen,

4 Le disposit.f du jugement de 1544, donne à entendre que si les lettres-patentes portaient que l’expédition serait composée de cinq navires, et s’il y eut effectivement un litige s'appliquant à cinq navires, Cartier n'en employa que trois pour le voyage de 16541. C’étaient

en arrière Roberval occupé au ravitaillement de ses équipages. |

Mai et juin se passèrent sans que Roberval put trouver moyen de partir. Le dix juillet, le chancelier Poyet informait le parlement de Rouen que le roi trouvait étrange que Roberval ne fut pas encore parti. ? Celui-ci achevait cependant,ses préparatifs, et le 18 août il écrivait de Honfleur que dans quatre jours il se mettrait en route pour le Canada. Roberval tint parole, et le 22 août 3 il cinglait de Honfleur { vers l'Amérique, plutôt dans le but d'y faire une courte exploration que de s'y fixer d’une manière st&ble. Ce premier voyage semble avoir été entrepris à titre de curiosité, et peut-être aussi pour calmer les alarmes du roi au sujet d’une expédition qu'il avait largement subventionnée de ses propres épar-

1’Emérillon, appartenant au roi ; l'Hermine et un ‘‘tier navire,” non nommé. Les deux autres navires furent employés, ce semble, avec le troisième, lors du voyage de rapatriement en 1543. Cette interprétation a pour base le fait que le juge n’accorde pour ces deux derniers navires, que ‘‘six mois à cent livres le mois.” Ramé, Documents inédits, p.29. Cependant, l’espion envoyé par le Conseil des Indes afin de surveiller set armement, en mars ou avril 1541, rapporte ‘que en Sanmalo de Lila se armaban 13 Nawes....tenia Jaques Cartier... a poblar una tierra que se liamaba Canada . ...... partiria mediado Abril . . .” Il yavait en outre pour la même expédition : en Anaflor y Conaflor quatros Galeones.” — Buckingham Smith, Colec. de doc. para la historia de la Florida, p. 107.

L Hakluyt, III, p. 232.

2 Gosselin, Nouvelles glanes, etc. p. 4.

3 Ibid. p. 6. — Bréard, Documents relatifs à la marine normande, p. 46.

4 Barrisse, Jean et S. Cabot, p. 218. Et non de La Rochelle, comme le dit Hakluyt.

gnes. La traversée fut heureuse, et l'or vint jeter l'ancre dans le havre de Saint-Jean, à Terreneuve, où dix-sept navires de pêcheurs achevaient de s’approvisionner de morues. Roberval continua sa course vers le Cap-Breton, ou l’Acadie. Lescarbot croit qu’il débarqua au Cap- Breton !, et qu'il s’y fortifia, dans un certain endroit où, dit-il, il restait encore de son temps des vestiges d’édifice. Ce témoignage n’est corroboré par personne, mais il indique assez que Roberval n’alla pas à Charlesbourg- Royal dans ce premier voyage. Tout ce qu'il fit dans les quelques semaines qu’il séjourna dans le golfe, peut se résumer en de courtes expéditions le long des côtes de l’'Acadie. Peut-être même se rendit-il jusqu’au Port- Royal. Lescarbot rapporte, qu’un des missionnaires attachés à ce poste, colonisé en 1605, avait organisé une sorte de pèlerinage au sommet d’une montagne située au nord de l’habitution de Poutrincourt. Sur cette montagne, appelée de la Roque, en mémoire peut-être du sieur de Roberval, i! y avait un bloc de pierre carré, de la hauteur d’une table, et couvert d’une mousse épaisse. C’est là que l’abbé Fléché conduisait de temps en temps son petit troupeau de catholiques en procession, pour y entendre le saint sacrifice de la messe. ?

Roberval revint en France vers la fin de l’année 1541, et il y passa l'hiver, car le ler mars 1542 3 il comparut devant le parlement de Rouen, afin de réclamer

1 Lescarbot, liv. III, ch. XXX.

2 Sur la carte de Port-Royal dressée par Marc Lescarbot, l’on voit figurer cette montagne avec les mots : Mont de ‘x Roque, rappelant peut-être le souvenir du petit roi de Vimeux.

3 Harrisse, Bibliographie, note 1, p. 5.

certains criminels qui devaient faire partie de son expédition.! Le 25 décembre 1541, Roberval était présent à Laudeneur ?, prenant ses mesures pour ne laisser échapper personne de son équipage. Quelque temps après le roi faisait adresser à Paul d’Auxhillon une lettre par laquelle il lui donnait autorité pour ravitailler deux navires, afin d’aider Roberval ‘de vivres et autres choses dont il a très grand besoing et nécessité ainsi quavons entendu es terres du Canada, qu’il est allé despieça découvrir.’ 3 Cette lettre du 26 janvier 1542, est de nature à laisser croire que Roberval était encore au Canada à cette date, et que Paul d’Auxhillon avait aussi fait le voyage en même temps que le chef de l'expédition. Le roi ordonnait de mettre à la disposition du lieutenant de Roberval deux navires bien équipés, afin de porter des secours à la colonie de Charlesbourg-Royal, qui en demandait. Macé Jalobert et Etienne Noël en étaient revenus l’automne précédent, avec des lettres de Cartier informant le roi de tout ce qui s'était passé au Canada depuis son arrivée, et de son établissement définitif à l'entrée de la rivière du Cap-Rouge. Les deux commissionnaires ne retournèrent pas au Canada au printemps de 1542, et après avoir remis entre les maïns de François I les lettres dont ils étaient porteurs, ils revinrent à Saint-Malo. Pendant ce temps Roberval avait complété ses préparatifs de départ, et le 6 avril, il prenait pour une deuxième fois la route des terres neuves. Ses trois navires cinglèrent de La Rochelle, au moment même

1 Harrisse, Bibliographie, note 1, p. 5.

2 Harrisse, Notes, p. 274.

3 Harrisse, tbid., p. 272-8. Voir Appendice, Pièce B.

où une violente tempête allait les forcer à longer les côtes pour relâcher enfin au havre de Belle-Ile. La traversée de l'Atlantique fut orageuse; cependant ils arrivèrent le 8 juin dans la rade de Saint-Jean, sans avoir éprouvé d'accident. L'équipage était composé de deux cents personnes, parmi lesquelles il se trouvait beaucoup de gens du commun, des repris de justice ; mais l’histoire nous a conservé les noms de plusieurs gentilshommes et personnages de qualité, entre autres : Paul d’Auxhillon, lieutenant de Roberval, L'Espinay, son enseigne, le capitaine Guinecourt, le pilote Jehan Alfonce, Royèze, Noire- Fontaine, Dieu-Lamont, Frotté, La Brosse, François de la Mire, La Salle, de Villeneuve, Talbot et Levasseur. Ce fut pendant le séjour de Roberval à Terreneuve que Cartier y arriva un Jour avec ses vaisseaux. Lassé d'attendre le chef d’une expédition aussi mal organisée, il avait abandonné son habitation du Cap-Rouge, avec l'invention bien arrêtée de n’y plus revenir. Dans l’entrevue qu'ils eurent ensemble, le Découvreur raconta que les sauvages avaient fait preuve de malveillance à son égard, et que leur conduite louche l’avait engagé à partir pour la France ; ce n'était pas sans regret cependant, car le pays était fertile et contenait des mines d'or et des diamants. Plusieurs spécimens de ce métal firent ouvrir les yeux à Roberval qui, après en avoir fait l'essai, le trouva de bon aloi. Quant aux diamants, ils étaient, au témoignage de Cartier, “ les plus beaux, polis; et aussi merveilleusement taillés qu’il soit possible à homme de “voir, et lorsque le soleil jette ses rayons sur iceux, ils luisent comme si c'étaient des étincelles de feu.” !

1 Troisième voyage traduit d'Hakluyt, Ed. canad. p. 76.

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Si on en croit Hakluyt, Roberval commanda à Cartier de retourner sur ses pas. Mais, ajoute l’historien du Voyage de Roberval, “ Cartier, et ses gens remplis d’ambition, et parce qu'ils voulaient avoir toute la gloire d’avoir fait la découverte de tous ces objets, se sauvèrent secrètement de nous la nuit suivante, et sans prendre aucun congé, partirent incontinent pour se rendre en Bretagne.” !

rar

Cartier ne donna jamais de preuves d'une telle ambition. S'il quitta précipitamment Roberval, ce fut pour des motifs d'ordre plus élevé. Bien lui en prit, car il s'épargna beaucoup de déboires. Mais, dira-t-on, Jartier eût mieux fait de sacrifier ses préférences et de rebrousser chemin, afin de secourir son chef dénué d’expérience dans ces sortes d'entreprise. N’eût-il pas agi

avec plus de sagesse en l’aidant à se fortifier dans le poste qu’il avait jugé le plus propice à un établissement stable ? Il n’y a pas de doute que Cartier aurait pu être utile aux nouveaux colons, en leur prétant maïin-forte. Effectivement eût-il adouci par son langage modéré et son attitude énergique, tout ce qu’il y avait d’excessif dans le caractère du chef. Mais la présence de cette clique de gens de bas étage dont Roberval avait empli ses vaisseaux, contribua à le décourager, plus peut-être que la peur des aborigènes. Que pouvait-il en effet attendre de ces repris de justice dont il avait eu un bon contingent dans sa recrue de 1541 ? Coloniser un pays avec des éléments d'immoralité ou de perversité, c'éût été une immense faute, et Cartier avait une âme noble et des

1 Voyage du Sieur de Roberval, Ed, canad, p. 92.

sentiments religieux qui lui défendaient de concourir délibérément dans une entreprise marquée du sceau fatal dès son origine. Aussi fit-il bien, à tout considérer, de laisser Roberval poursuivre seul sa route, quitte à reveair lui porter secours, si le roi exigeait de lui ce sacrifice. Il y retourna en effet, mais ce fut pour ramener en France le commandant d’une expédition que l’on reconnaissait, mais un peu tard, comme inutile.

Roberval passa le reste du mois de juin à Terreneuve, pour s'y approvisionner d’eau douce, et y régler un différend survenu entre des pêcheurs portugais et français. Il en partit le trente, et longeant les côtes orientales, il se sépara, vers le détroit de Belle-ïle, de son pilote Jehan Alfonce qu’il envoyait au Labrador, afin de

chercher le fameux passage aux Indes Orientales.

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