‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 66 sur 98 · CXXXI HOMMES DU NORD · texte numérisé non relu

CXXXI HOMMES DU NORD

Ont occupé ce pays avec Thorfinn.

Après le drame de Leifssudir et la disparition de la colonie de Thorfinn, les chroniqueurs ne mentionnent plus les voyages au Vinland. Ces découvertes étaient connues dans le nord de l’Europe, car moins de cinquante ans après, Adam de Brême, en ayant oui le récit du roi

de Danemark, les consignait dans son Aistoire Ecclésiastique.

Dès le XIe siècle, les colonies du Vinland furent comprises dans les diocèses de Norvège et d'Islande, Alors, comme au XVIe et XVIIe siècle, on considérait l'Amérique et le Groenland comme une continuation de la Norvège. En 1121, Erik Upsi, islandais, premier évêque du Groenland, partit pour le Vinland, après avoir renoncé à l'évêché de Gardar.

Forster croit que le mot Nurumbeg est une corruption de Norvegu. Cette opinion est assez vraisemblable, si l’on tient compte de cette irruption de Scandinaves

sur la côte du Massachusetts, au commencement du XIe sièele.

LES VOYAGES AVANTUREUX DU CAPITAINE JAN ALFONCE, SAIR'CTONGEOIS

Tel est le titre d’un ouvrage sur le dernier feuillet duquel on lit ces mots: “ Comnosé et ordonné par Jan Alfonce pilote expérimenté es choses narrees en ce livre, natif du pays de Xaïinctonge, près la ville de Cognac.

Fait à la requête de Vincent Aymard, marchand du pays de Piedmont, escrivant pour lui Maugis Vumenot, marchant d'Honfleur.”

In fine : Ce Livre ha esté ainsi ordonné par Olivier Bisselin, homme tres expert à la Mer. Et achevé d’imprimer à la fin du mois d'Avril, en l’An mil cinq cens cinquante neuf.

Cet ouvrage fut imprimé à Poitiers par Jan de Marnef. Une pièce de vers de Mellin de Saint-Gelais précède le texte même du livre, qui n’est qu'un abrégé très médiocre de la Cosmographie.

La même année, 1559, le même ouvrage fut publié sous les mêmes auspices avec une variante dans le titre, et dans l'achevé d'imprimer, qui est du deux mai au lieu de la fin d'avril. Il n’y a pas de doute que c’est la même édition, légèrement modifiée après un premier tirage.

Une nouvelle édition parut en 1578, à Rouen, chez Thomas Mallard. Elle ne contient pas les pièces de vers,

Une troisième fut publiée à Paris en 1598, et une quatrième en 1605, « La Rochelle.

Lescarbot a écrit que si les Voyages de Jehan Alfonce avaient pu être aventureux pour quelqu'un, ce n'avait certes pas été pour le marin, mais pour ceux qui voudraient suivre les routes qu'il ordonne de suivre aux mariniers.

L'auteur des Voyages donne cours à cette croyance, qu'à l'entrée de la rivière de Norembèoue, il y avait des villes et des châteaux. Il confond Terreneuve avec l'Ile Saint-Jean, et commet une foule d'erreurs qui dénctent que Jehan Alfonce n’est pas l'auteur de ce livre que Lescarbot ridiculise à bon droit.

M. Pierre Margry le juge ainsi : ‘“ Qu'est-ce que la science, qu'est-ce que la réputation du marin, qu'est-ce que l’histoire ont gagné à cette publication ? À part une seule indication qui est celle du lieu de naissance de Jehan Alfonce, il eût mieux valu peut-être pour lui que ce livre ne parût pas, car ceux qui l'ont parcouru, en ont tourné le titre contre le malheureux pilote. ”

La partie de cet ouvrage où l’on trouve une description de la côte de l'Amérique septentrionale, a été mise en vers par Jehan Mallart !, poète du roi. Ce personnage était contemporain de Jehan Alfonce. La dédicace fait allusion à Jacques Cartier. Dans l'édition des “ Voyages Avantureux, Vumenot escrivant pour Al-

1 Appelé indifféremment Mallart, Mallard, Maillart et Maillard.

fonce, ” on lit dans le passage descriptif de la côte américaine : “ La terre n’est pas fort haute, elle est bien labourée, et est garnie de ville et Chasteaux, ils adorenc le soleil et la lune. D'’icy tourne la coste au sud-sudoest et au sud, jusque un cap qui est haute terre, et ha une grand isle de terre basse, et trois ou quatre petits îles.”

Mallart a versifié ce passage, qui se rapporte évidemment au cap Cod et aux côtes qui l’avoisinent :

[ls ont chasteaux et villes qu’ilz decorent Et le soleil et la lune ils adorent

En ce pays leur terre est labouree

Non terroy hault mais assez temperee Dicy la coste ainsy comme j'ai sceu

Au susseroest elle tourne aussy au su

Plus de cent lieux et jusque au cap va terre Qui se congnoist en une haulte terre

Qui a une isle en terre basse grande

Et troys ou quatre isleaux a sa demande Et de ce cap a lisle qui se dit.

De Cambano on trouve sans desdit

Vingt et cinq lieux a force banez et roches Puys que a parler de ce lieu j’en approches Entendre fauit que ici grant quantité Disles «y trouve et sont en verité

De gens quon dit Caniballes peuplées

Ces iles ...,

Harrisse dit que Mallart a basé sa description sur le manuscrit même d’Alfonce, et non sur son ouvrage imprimé. Mais tel ne paraît pas être le cas, car le poète a commis les même erreurs, fait les mêmes omissions que dans l'édition de 1559, qui est loin d’être toujours conforme au manuscrit original.

Hérrisse dit au sujet du Routier rimé de Jehan Mallart : “C’est un petit volume de Om 28 x Om 19, sur papier, de 51 feuillets écrits, précédés d’un frontispice portant les armes de France avec le cordon de Saint-Michel en sautoir. X’épître dédicatoire au roi, en vers, est signée : “Jehan Mallart vostre escripvain, ” sans lieu ni date.

“ Maistre Jehan Maillard poete royal et escrivain et souverain conducteur des eaues, sources et fontaines ”jouissait de tous ces titres et qualités dès l’année 1530. Peut-être était-il en même temps libraire, à Paris, mais d'abord à Rouen, car son nom est essentiellement normand. Vers l'année 1538 il reçut, en sa qualité “d’escripvain,” mot qui doit être pris dans le sens de scribe ou de calligraphe, quarante-cinq livres (tournois) “ pour avoir escript unes heures en parchemin présentés au roi pour les faire enluminer ” 1,

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