LE CAP BRETON
Au commencement du XVIe siècle, lesterres neuves ne comprenaient pas seulement l’île de Baccaluos, mais aussi le Cap des Bretons, l’île des Bretons, l’île de l’Assomption, l’île Saint-Jean, les îles Ramées, Brion, ete, Presque toutes les terres arrosées par les eaux du golfe Saint-Laurent, dont une bonne partie s'appelait Entrée des Bretons, étaient dites Bretonnes. La terre ferme elle-même, dans cette partie comprise depuis le fond de la baie Française (Fundy) en descendant vers les Virgines, portait aussi le nom de Terre des Bretons et quelquefois de Terre Française (Terra Francisca). Aïnsi, la carte de Henri IL, dite du Dauphin, place la terre française ou bretonne à l'endroit de cette côte que l’on devait bientôt reconnaître sous le nom de Norembèque. Une copie de cette carte, conservée au Musée britannique, à Londres, mentionne la Terra de los Bretones. On trouve les mêmes désignations dans Gastaldi (1548 ou 1550), Agnese (1554) et Ruscelli (1561). La carte de Rotz (1542), antérieure de deux années à celle de Cabot, signale le Cabo Bretones. Jehan Alfonce, l’illustre pilote de Roberval, nous fait connaître dans sa Cosmographie, toutes ces îles et terres bretonnes, que personne avant lui n’a décrites avec autant d’exactitude.
Les autorités ne manquent pas qui déterminent péremptoirement l'origine de l'appellation du cap Breton en faveur des Français. Aïnsi parlent Thevet, Crignon, Clérac, Bergeron, Champlain, Lescarbot et les Jésuites. Commençons par l’auteur du Grand Insulaire :
“ En cette terre, dit-il, il y a une province nommée Campestre de Berge, qui tire au sud-est; en cette province gist à l’est le cap ou promontoire de Loraine, ainsi par nous nommé ; et autres lui ont donné le nom de Cup des Bretons, à cause que c’est là que les Bretons, Biscaïns et Normands vont et costoyent allant en terreneuve pour
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Le Discours d'un grand capitaine de mer français de Dieppe, parle ainsi de l’île des Bretons et du Cap Breton. “ La Terre de Nurumbega, y lisons-nous, offre des baies et des ports nombreux, sur lesquels sont inscrits les noms de Cap-Breton ” (différent de l’île); puis parlant des terres neuves, il ajoute : “ La partie de cette terre, qui s'étend du levant au couchant, a été découverte, il y a trente cinq ans (1504) par les Bretons et les Normands, et pour cette cause elle est nommée Cap des Bretons. ”
Clérac, auteur des Us et Coutumes de la Mer, ouvrage d’une haute respectabilité, s'exprime ainsi : “ Les grands profits et la facilité que, les habitants du Cap-Berton près Bayonne, et les Basques de Guyenne ont trouvé à la pescherie des Baleines, ont servi de leurre et d’amorce à les rendre hasardeux à ce point, que d’en faire la quête sur l'Océan, par les longitudes et les latitudes du monde, à cet effet ils ont cy-devant équipé des
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Navires pour chercher le repaire ordinaire de ces monstres. De sorte que, suivant cette route, ils ont découvert, cent ans avant les Navigations de Christophe Colomb, le grand et petit banc des Moriües, les Terres de Terreneuve, de Cap-berton, et de Baccaleos, (qui est à dire Morue en leur langage) le Canada, ou Nouvelle-France où c’est que les mers sont abondantes, et foisonnent en Balènes, et si les Castillans n'avaient pris attache de dérober la gloire aux Français, de la première atteinte de l'Isle Athlantique, ils avoueraient, comme ont fait Christophe Witfliet et Antoine Magin, Cosmographes flamands, . ensemble Fr. Antonio S. Roman, Monge de Saint- Benico, del Historia general de la India, (Liv. I, chap. 2, p.8,) que le Pilote lequel porta la première nouvelle à Christophe Colomb et lui donna la connaissance et l'adresse de ce monde nouveau, fut un de nos Basques terreneuvier !.”
Le Traité de la Navigation et des voyages de descouverte, publié à Paris, en 1629, contient un passage non moins explicite à l'égard des noms imposés aux différentes régions des terres neuves : “Il est bien certain, y lisons-nous, que dès l’an 1504, les Basques, Normands et Bretons allaient à la Coste des Morues, dit le grand banc des Molues, à quelque 800 lieues de France vers Cap-breton ; et le pays mesme en semble avoir pris le nom de Bacaleos ou Bacallos, à cause que les Basques appellent ainsi ce poisson, et ceux du pays Apagé. Ce qui fait foy indubitable que nos Basques y hantaient longtemps auparavant. Et cette pesche a toujours con-
1 Art. 44 des J'ugements d'Oléron, No 29, 40 et 41.
tinué depuis à nos Français qui en fournissent toute l'Europe et de faict ils y ont laissé plusieurs noms, comme Cup-Breton, Brest, Rochelay, et autres. De sorte que plusieurs pensent qu'il en faille reprendre l’origine plus haut, et que depuis plusieurs siècles, nos Basques, Diépois, Malouins, Rochelois, et autres faisaient des voyages ordinaires ès terres Neufves pour ce sujet; et que des lors ils imposèrent des noms qui y sont demeurez 1,”
Tous ceux, qui au XVIT siècle, ont écrit sur ce sujet, s'accordent sur le fait, que ce sont des Français basques où bretons ou même normands, qui donnèrent à cette île le nom de Breton. Les auteurs anglais n'ont jamais songé, que nous sachions, à attribuer la paternité de cette appellation à Cabot ou à l’un de ses fils.