‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 81 sur 98 · LES SABLONS · texte numérisé non relu

LES SABLONS

M. le docteur J. C. Taché a publié, en 1882, dans les Nouvelles Soirées Canadiennes, une très savante monographie de l’île de Sable, sous le titre de Les Sablons.

Le premier chapitre, servant de prologue, établit les sources où les écrivains peuvent puiser sur ce sujet, aussi aride en apparence que les sables qui ont valu son nom à cette île perdue au milieu des eaux de l’Atlantique. Les auteurs qui nous ont fait connaître quelques particularités sur cette terre isolée, sont Thevet, Hakluyt, Champlain, Lescarbot, Bergeron, Sagard, Jean de Laët, le Père LeClercq, Charlevoix, Winthrop et quelques autres, et parmi les modernes, P. E. Gosselin, Haliburton, le Dr Gilpin et W. Smith. L’iconographie de l’île ne compte que quatre pièces : une gravure faite d’après un croquis attribué au colonel Desbarres, gouverneur du Cap Breton, de 1783 à 1787, et les trois gravures du livre du Dr Gilpin.

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Le second chapitre est consacré à la géographie de l'île. Elle gît sous le 43° lat. N. confinant au 44°, et sous le 59° long. ouest, entrant dans le 60°. L'ile a la forme d’un croissant, ou plutôt d’un arc dont la corde s'étend de l’est à l’ouest. La face concave regarde le nord, faisant le vis-à-vis du Cap-Breton. Sa longueur est d'environ 25 milles’ sa plus grande largeur n’atteint pas un mille et demi, et ne dépasse pas un quart de mille à son extrémité-est. On estime sa superficie à 16,000 arpents. L'endroit de la terre ferme le plus rapproché de l’île est le cap Canseau, distant d'environ 90 milles. Les Sablons sont le peint culminant et le seul émergé de ce système de soulèvements sous-marins qui constituent ce que les navigateurs ont nommé “Les Bancs.” Commençant à l’est, à plusieurs centaines de milles de Terreneuve, en haute mer, ils se succèdent, en s’avoisinant de l’est à l’ouest, et du nord au sud. On les nomme dans cet ordre, le grand Banc, le Banc Vert, le Banc Saint-Pierre, le Banquereau, les Bancs d’artimon, de misaine, de l’île de Sable, de Canseau, des Ilets, de Cézembre, (Sambre), de la Hève et de Saint-George.

L'île est entourée de barres et de rides formées par l'accumulation de sables qui forment une ceinture de brisants. Une fpartie de l’île est occupée par un lac. d’eau salée appelé “Le lac” par les marins, le “lac Wallace ” par les habitants d'Halifax, et le “ Barachois ” par les Acadiens. Champlain en parle dans ses écrits. Le sol est de sable et ne manque pas d’une certaine fertilité. Le climat est celui de la Nouvelle Angleterre, avec certaines modifications, dues à l'exposition de l’île aux

vents plus tempêtueux et plus humides. L'hiver y est moins froid, et l'été moins chaud.

L'histoire naturelle de l’île de Sable fait le sujet du troisième chapitre. La géologie et la minéralogie en sont très simples. La formation est un transport marin. On n’y trouve que du sable, quelquefois mêlé de coquilles et renfermant des ossementé enfouis de morses, et de phoques. La flore des Sablons se borne à des arbustes, algues, mousses et plantes d'occasion. On n’y trouve pas d'arbres. Les plantes qui constituent sa richesse sont le Roseau des sables et la Lentille du Canada ou pois sauvage. Ces deux plantes jointes à la verge d'or, la mauve et d’autres variétés, constituent les sept mille arpents de prairies naturelles que l’on rencontre sur ’île.

Le Banc de l’île est abondamment fréquenté par tous les poissons qui font la richesse des côtes. On y trouve trente-huit variétés vivantes de mollusques, des homards, des crabés et des petites crevettes, des plies et des anguilles. Les morses, les phoques fréquentaient jadis les côtes de l’île ; le loup-marin est le seul qui continue à les fréquenter comme autrefois. L'unique quadrupède qui ait habité l’île est le renard. Il y a encore des chevaux à l’état sauvage qui y furent laissés par le baron de Léry et ses compagnons portugais ; ils sont là encore au nombre de près de trois cents, dit M. Taché, qui voudrait qu'on leur donnât le nom de Léris pour les distinguer des autres races. C’est le descendant du bidet breton, ayant toutes ses qualités : une santé quasi inaltérable, une grande sobriété, une sûreté admirable d’ins-

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tinct, une force bien au-dessus de la proportion de son poids et beaucoup de fond. Qui a vu des chevaux canadiens et des chevaux de l'ile de Sable n’a pas de peine à s’apercevoir qu'ils sont consanguins. Leur couleur dominante est le bai marron. On en rencontre quelquefois de noirs et de pies.

Le chapitre quatrième est consacré à l'historique de l'île. La première tentative de colonisation française en Amérique fut celle du baron de Léry. Jean de Laët et Bergeron la placent en l’année 1518. M. Taché croit que c'est une erreur, et il la fixe en 1538 ou 1539, Ilarrive à cette conclusion, en s'appuyant sur l'autorité de Champlain et de Lescarbot. Le second événement, historiquement constaté, dont les Sablons ont fourni le théâtre, a été le naufrage du principal navire de l'expédition de Sir Humphrey Gilbert, en 1583. Puis vint la malheureuse tentative du marquis de la Roche que Champlain et Lescarbot affirment, “avec toute apparence de raison,” que ce fut, en 1598.

Winthrop nous apprend, qu’en 1633, un M. John Rose fit naufrage sur l’île de Sable. En 1634, Claude de Razilly obtint la concession de l’île. On y trouva l’année suivante 16 Français qui y avaient construit un petit fort. Depuis cette date jusqu’en 1713, l’île fut le théâtre de plusieurs sinistres. Jean de Laët, écrivant à cette époque, dit qu’elle était desgarnie de havres et diffamée de naufrages. Winthrop mentionne ceux de deux navires anglais, en 1635 et en 1639. Les Anglais furent les seuls à exploiter l’île, de 1639 à 1642.

C’est entre les années 1780 et 1802, écrit M. Taché, qu’il faut placer l'occupation de cette île par une colonie de boucaniers, qui ont dû en faire leur séjour constant et celui de leurs familles, pendant plusieurs années. C'étaient des marins, chasseurs et pêcheurs venus de la Nouvelle-Ecosse ou des Etats de la Nouvelle-Angleterre. Ils se livrèrent à un tel brigandage, tuant tous les animaux de l’île, faisant le sac des navires en détresse, que le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse défendit en 1801 de séjourner dans l’île à moins d’avoir un permis. Un transport de la marine royale, la Princesse Amelia, contenant 200 personnes, vint s’y naufrager en 1802. Depuis cette date, les annales de l’île ont enregistré plus de 150 naufrages. On en compte encore en moyenne de deux à trois par année.

Dans un cinquième chapitre intitulé “ Digression,” M. Taché s'élève avec autant d’indignation que de vérité contre la proposition qui à été faite de faire disparaître de l’île les petits chevaux sauvages.

Le sixième et dernier chapitre est consacré à la chronique et à la légende de l’île. Une chronique assez répandue veut qu’un aumônier français, moine franciscain, ait accompagné les navires et passagers du marquis de la Roche jusqu’à l’île de Sable et qu'il ait demeuré dans l’exil avec les quarante abandonnés. Au bout de cinq ans, quand Chefdhostel vint les chercher, le moine était mourant, et croyant qu’il n'avait plus que pour quelques heures à vivre, il refusa de retourner en même temps que ses compagnons. Mais la Providence lui sauva la vie, et le Moine des Sablons continua à vivre

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