‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 84 sur 98 · FRANÇOIS DE CHAUVIN · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE CHAUVIN

SIEUR DE TONTUIT

Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, nc laissa qu’un fils de son mariage avec Jeanne de Mallemouche. Il naquit vers l’an 1588, très probablement à Dieppe, d’où sa famille originait, mais il dut suivre ses parents à Honfleur, lorsqu'ils s’y établirent en 1596. A la mort de son père, au commencement de l'année 1608, François n'était âgé que de quinze ans. Aussi sa parenté lui avait-il nommé un tuteur dans la personne de Thomas Neuville, bourgeois eb marchand de Honfleur. Comme le sieur de

Tontuit laissait une succession passablement obérée, le protecteur du jeune homme crut plus prudent de n’accepter l'héritage que sous bénéfice d'inventaire.

Les 17 et 26 mai 1603 l'on fit un inventaire des “ lettres et écritures du sieur de Tonnetuit.” Dans le même temps le Prévôt de Paris avait rendu une ordonnance contre certains individus, accusés de s'être approprié une somme d'argent provenant de la succession. C’est à dire que l’on s’occupait alors de régler les affaires de Chauvin. Aussi voyons-nous que le 8 juillet 1604 et les jours suivants, l’on procédait à la vente de ses navires et de ses meubles, en présence de deux conseillers au parlement de Rouen.

Un procès survenu à la suite d’un marché, conclu le 13 novembre 1596, entre Chauvin père, et Guillaume du Cazau, ne fut réglé définitivement qu'après la mort du sieur de Tontuit. Ce dernier avait prêté à du Cazau, capitaine de la Levrette, la somme de 33 écus pour subvenir aux dépenses d'un voyage aux Antilles. Au cours de son expédition, du Cazau captura deux navires. Cette prise donna lieu à un procès auquel mirent fin deux arrêts du parlement de Rouen, en date du 14 décembre 1601 et en dernier ressort du 10 juin 1605. François de Chauvin fut condamné à “ payer 1,372 cuirs du Pérou ! pour le tiers de ceux rapportés du voyage de mer fait

1 Parmi les marchandises importées, il est souvent question de ‘6 Cuirs du Pérou.” Il y a beaucoup d'apparence que les habiles tanneurs de Rouen, de Pont-Audemer, et de Lisieux, apprêtaient ces cuirs exo-

” tiques, qu’on tirait en abondance d’îles où le bétail multipliait excessi

vement.—Bréard, Document:, ete, p.1'8.

par Guillaume du Cazau, suivant charte-partie du 12 novembre 1596.”

Le 28 juin 1608, lors d’une transaction agréée par les parties, François de Chauvin transportait le droit qu'il avait sur certains arrérages de vente que lui rapportait sa terre de Tontuit et qui devenaient échus cette annéelà, à Pierre du Sausay, sieur de Sienne !, qui avait épousé Marie de Brinon, seconde femme de son père.

Voilà tout ce que l’on connaît de ce cette succession, qui semble avoir rapporté au fils de Chauvin plus de tracas que d'argent. Aussi le jeune seigneur normand ne se tint pas les bras croisés, et il tenta la fortune à l'étranger, en se faisant armateur. Mais, au lieu de diriger sa course vers le Canada, il mit à la voile pour le Brésil et les Indes occidentales. En 1614, il conduisait au Brésil le navire la Bonne-Adventure, du port de 100 tonneaux, dont étaient propriétaires Etienne de la Roque, qui fut gouverneur de la ville de Honfleur de 1602 à 1619, et Bernard Potier, seigneur de Blérancourt, gouverneur de Pont-Autou et Pont-Audemer. Il dut contracter à l’occasion de ce voyage, pour lequel il entrait sans doute comme charte-partie, des emprunts au montant de 2,200 livres. Somme énorme pour le temps.

1 Le nom de Du Sausay figure dans un très grand nombre de contrats maritimes passés à Rouen et à Honfleur, de 1608 à 1625. Il est probable qu'après avoir épousé, en 1606, Marie de Brinon, veuve de Pierre de Chauvin, il reprit les opérations commerciales de ce dernier et qu’il les développa. La famille du Sausay ou Saulcey paraît originaire du département de la Manche. La Sienne est une petite rivière qui coule près de Regnéville (Manche).—Bréard, Documents, etc., p. 109, note 2,

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