‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 88 sur 98 · SE · texte numérisé non relu

SE

Jean de Léry, qui alla au Brésil pour répondre à l'appel de Villegagnon en 1556, a écrit une relation de son voyage, tirée à plusieurs éditions, dont la première parut en 1578. Dans la seconde il fait bonne justice des “erreurs et impostures” de Thevet qu’il qualifie quelquefois ‘“ d’impudent menteur”, et où il parle de ses livres comme “de vieux haillons et fripperies.” Ailleurs il dit : “ Il (Thevet) fait des contes prophanes, ridicules, puériles et mensonges pour tous ses escrits.”

George Dexter dit qu’il faut tenir compte de l'odiwm theologicum de l'écrivain calviniste, se chicanant avec un moine : “ tous deux étaient désappointés dans leur espoir de convertir les Indiens, grâce à la trahison de Villegagnon.”

Belleforest et Fumée parlant de Thevet en termes des plus sévères.

De Thou va très loin : “ Thévet s’appliqua par une ridicuie vanité à écrire des livres, qu’il vendait à de misérables libraires ; après avoir compilé des extraits de différents auteurs, il y ajoutait tout ce qu'il trouvait dans les guides et autres livres semblables qui sont entre les mains du peuple. Ignorant au-delà de ce qu’on peut imaginer, il mettaic dans ses livres l’incertain pour le certain, et le faux pour le vrai, avec une assurance étonnante.”

M. Paul Gaffarel, le plus récent éditeur de Thevet, commence sa notice comme suit : ‘“ Il n’était pas un de ces écrivains de premier ordre, qui, par la sûreté de leur critique, le charme de leur style, ou l'intérêt de leurs écrits commandent l'admiration à leurs contemporains,

et s'imposent à la postérité. 11 passait, au contraire, même de son temps, pour ne pas avoir un jugement très sûr, etc.”

M. Gaffarel réclame pour Thevet l’honneur d’avoir introduit le tabac en France, et il espère qu’il contrebalancera les imperfections contenues dans ses livres.

Le Dr Kohl ajoute bien quelque croyance aux écrits de Thevet, mais il admet qu’il ‘“ n’est pas considéré comme un auteur très véridique.” Il n’en a pas moins traduit le récit de son voyage à la baïe de Penobscot, et l’a inséré en entier dans son livre Discovery of Maine. Le Dr de Costa a critiqué Kohl à ce sujet dans Northmen of Maine.

M. J. C. Brevoort dit, dans une étude très élaborée sur Verrazano, que Thevet est une pauvre autorité, car

“ses données sont souvent fausses et les lacunes nombreuses.”

M. B. Sulte ajoute foi à Thevet, mais tout en étant prudent, comme on doit l'être avec tous ces vieux auteurs.

Ces divers témoignages sont amplement suffisants pour nous mettre en garde contre cet écrivain. Le proverbe “ à beau mentir qui vient de loin ” peut s’appliquer à Thevet, qui voyagea et vit beaucoup, mais moins qu’il ne dit, En somme, il n’est pas une autorité à suivre aveuglément,

Page 1