LES SUCCESSEURS ET HERITIERS
DE
JACQUES CARTiER
Jacques Noël. — Etienne Chaton, sieur de la Jannaye. — Leur privilège de traite au Canada. — Sa révocation. — Jacques Noël et ses fils au Canada. — Lettres à Jean Groote.
Nous arrivons à l'année 1588, qui vit octro}rer à Etienne Chaton, sieur de la Jannaye, et à Jacques Noël, un privilège spécial pour le trafic des pelleteries et l'ex ploitation des mines du Canada. Cette espèce de mono pôle n'entravait pas les droits des pêcheurs, qu'une cou tume. vieille peut-être de plus d'un siècle, semblait avoir
garantis aux Malouins et aux autres Français, pour un temps indéfini. Comme nous le verrons plus tard, la société Noël-Chaton fut éphémère, et les pêcheurs du littoral de la Bretagne et de la Normandie réussirent à conserver dans leur intégrité les anciennes prérogatives dont ils étaient si jaloux.
Seize ans avant sa mort l, Jacques Cartier avait fait préparer ses dispositions testamentaires. Ses héritiers devaient être Catherine des Granges, sa femme, et Jehanne Cartier, sa sœur, mariée à Jehan Noël. Si sa compagne venait à décéder avant lui, Jacques des Granges, son beau-père, devenait l'usufruitier du jardin et de la maison de la rue de Buhen 2, à Saint-Malo. Tous ses biens, y compris le manoir de Limoilou, devaient, après sa mort, retourner à ses héritiers naturels, c'est-àdire à sa sœur, ainsi qu'aux descendants de Jacques des Granges.
Jehanne Cartier avait épousé, en 1504, Jehan Noël. De ce mariage naquirent trois garçons, Pierre, Etienne
1 Ce testament fut dressé le 17 mai 1541. Voir J. Cartier, pièce B, p. 308-10.
2 Cette maison était située entre le vieux manoir de Buhen et l'hôpital Saint-Thomas ; le jardin bordait l'antique muraille de ville dont on voit encore les vestiges en arrière de la cour la Houssaie et qui allait de là au flanc de la tour Quiqu'en grogne .... Jacques Cartier ne possédait point cette maison du chef de sa femme, bien que les des Granges eussent alors plusieurs propriétés dans la même rue. Il l'avait acquise des héritiers d'écuyer Alain de la Motte, seigneur de Fontaines, avant 1541. Elle fut reconstruite au XVlIe siècle, et le jardin, qui y attenait, fut également remplacé par des constructions et des cours. Cette rue portait encore le nom de Buhen en 1802. (Registre capitulaire de Saint-Malo. — Elrenn>-s Matouines de 1793. ï
et Jacques, et une fille, Guillemette. Pierre vint au monde le 13 avril 1506, Etienne, le 21 août 1510. Le Découvreur du Canada était petit compère au baptême de Jacques. Mais il y eut un autre Jacques Noël, né le 3 mai 1519, qui fut aussi le filleul de Cartier ; il était issu du second mariage de Jehan Noël avec Servanne Le Doyen. C'est de ce dernier dont il est question, en 1588, comme héritier et successeur du célèbre navigateur malouin. Il avait donc atteint, à cette époque, l'âge avancé de 69 ans, et il avait deux garçons assez vieux pour faire le voyage du Canada. Un troisième Jacques Noël, fils d'Etienne, et petit neveu de Cartier, né en 1551, ne doit pas être celui que plusieurs historiens assignent comme le père de Jean et de Michel Noël, qui remontèrent le Saint-Laurent en 1587. Le Jacques Noël, dont le nom apparaît en 1588, était donc le neveu par alliance du Découvreur.
Etienne Chaton, né le 28 janvier 1543, était l'un des enfants d'Olivier Chaton, sieur de la Jannaye, procureur de la communauté de Saint-Malo, et de Catherine Le Gobien, alliée aux Des Granges, de la manière qui suit. Elle était fille de Pierre Le Gobien, sieur des Douets et de Frotu, alloué de la juridiction, lequel était fils d'une sceur de Catherine des Granges. Ses enfants, Catherine et Jean 1, sénéchal de Château-Neuf, étaient cousins au premier degré de la femme de Cartier. Jean avait accepté, à ce titre, l'héritage de sa cousine 2. Voilà
1 Fut anobli en 1572, pour le beau rôle qu'il joua aux Etats de Bretagne.
2 Catherine Des Granges fit donation de ses biens, le 9 mars 1569, devant J. Jocet et Regnault, notaires.
pourquoi Etienne Chaton, enfant de Catherine Le Gobien, figure parmi les héritiers de cette dernière, et, par voie indirecte, de Jacques Cartier. Etienne Chaton n'avait donc qu'une parenté très éloignée avec ce dernier, qui se trouvait son grand-grand-oncle.
Jacques Odieure, un autre parent du Découvreur, que l'on retrouve sur la longue liste de ses filleuls, était né le 30 décembre 1548, du mariage de Michel Odieure, un des compagnons de Cartier au Canada, avec Perrine Jalobert, fille de Macé Jalobert et d'Allison des Granges, sœur de la femme de Cartier. Il était donc le petitneveu par affinité du grand Malouin.
Noël, Chaton et Odieure avaient formé une société commerciale, en vue de l'exploitation des richesses naturelles du Canada. Il appert, par un document l, daté du 26 novembre 1587, qu'Odieure, marchand de Saint- Mal o, agissant par son frère Sébastien, de concert avec Noël, se fit délivrer par Etienne Gravé et Julien Lesieu, notaires royaux, aussi de Saint-Malo, un transumpt authentique d'un fragment des comptes liquidés en 1544 entre Jacques Cartier et Roberval, à l'effet d'appuyer sa demande de concession de privilèges au Canada fondée sur les pertes subies par Cartier. Il n'était pas encore question d'Etienne Chaton, sieur de la Jannaye, qui pourtant jouissait d'une certaine influence à la cour. Les services qu'il avait rendus pendant le siège de La Rochelle, lors de l'armement de navires fait à Saint-Malo contre les Rochelais, et surtout pour avoir capturé, comme commandant d'un de ces navires, le secrétaire du prince de Condé, lui avaient valu le bref de capitaine pensionné de la marine royale l. 1 Ramé, 1ère série, p. 32-34.
L'abbé Manet raconte ce fait d'armes glorieux pour le marchand malouin : " L'escadrille, dit-il, se porta sur les côtes d'Espagne, que les rebelles infestaient déjà. Là une de nos frégates ne tarda pas à joindre un navire espagnol dévoué aux Rochellois et à leur parti, et le somma de se rendre. Celui-ci, en signe d'obéissance baissa aussitôt ses voiles, mais en même temps il jeta ses dépêches à la mer. Nos concitoyens, ayant aperçu en cet instant une boîte de fer blanc qui surnageait, envoyèrent un esquif la prendre. On l'ouvrit, et l'on y trouva plusieurs lettres et mémoires " grandement préjudiciables au bien des affaires du Roy et au repos de ses sujetz." Les porteurs de ces pièces étaient un nommé Jean A'braham, secrétaire du prince de Condé, et un nommé Moissonnière. Ces deux individus furent amenés à Saint-Malo, où ils furent quelque temps détenus, et d'où on les transféra ensuite à Paris, pour leur trancher la tête 1."
Chaton se joignit bientôt à Noël, soit qu'Odieure n'agît d'abord que pour la forme, soit qu'il eût fait rayer son nom de la liste des actionnaires de la nouvelle société mercantile ; car, plusieurs marchands de Saint-Malo avaient des intérêts dans cette entreprise, qui promettait de grands profits, et dont, en réalité, on pouvait attendre le succès, grâce au monopole de douze ans : ce qui ne s'était pas encore vu. Nous verrons maintenant Noël et Chaton agir de concert, pour rendre bonnes et valables leurs réclamations auprès du roi. Leurs raisons pouvaient se résumer ainsi :
1 Manet, Notes inédites sur Saint-Malo.
1° Les services rendus à la France par Jacques Cartier, leur oncle, par ses découvertes au Canada ;
2e Les dépenses que leur oncle avait pour cela encourues, sans avoir jamais été remboursé ;
3° Le zèle déployé par les successeurs et héritiers de Cartier, pour entretenir le commerce et conserver l'amitié avec les sauvages du Canada où ils étaient allés plusieurs fois, par respect pour la mémoire de leur oncle, qui leur avait recommandé, à ses derniers moments, la continuation de son œuvre ;
4° Les déboursés qu'ils avaient faits eux-mêmes dans ces voyages ; la perte de trois pataches l détruites par le feu, et d'une quatrième enlevée par des rivaux plus forts qu'eux ;
5° Le défaut de paiement à Chaton de 2,200 écus pour ses gages de capitaine de la marine royale, pendant les douze dernières années.
Ces raisons, pesées au poids de la plus stricte justice, devaient avoir quelque influence sur le roi. Aussi se Jaissa-t-il facilement gagner, et le 14 janvier 1588, il accordait à la société commerciale Chaton-Noël, un privilège de douze ans pour le trafic des mines et pelleteries au pays de Canada, Conjugon et autres, avec permission d'extraire des prisons soixante personnes pour servir à l'exploitation des mines 2. Cette coutume de faire sortir des geôles les criminels pour les envoyer
1 La patache était un petit vaisseau de guerre destiné au service des grands navires. La patache mouillait à l'entrée des ports, pour aller reconnaître les vaisseaux qui venaient ranger les côtes.
2 Ramé, 1ère série, p. 34-44.
en Amérique, datait du temps de Colomb. L'objet n'était pas tant, comme on le pourrait croire, de coloniser le nouveau monde avec cet élément malsain, que de s'en servir pour la manœuvre des vaisseaux. Tout de même ce système, qui semblait être passé dans les mœurs de ce siècle, démontre qu'on n'était pas très particulier sur le choix des équipages.
Alarmés de ce monopole, qui menaçait de ruiner leur commerce aux terres neuves, les marchands de Saint-Malo se montrèrent mécontents, et firent de l'agitation. Dès le neuf février, ils se réunissaient, au nombre de vingt-cinq, pour délibérer sur ce qu'il fallait faire en cette grave occurrence. René Moreau, sieur de la Péraudière, présidait à cette assemblée, où l'on est surpris de rencontrer Jacques Noël en personne. Jean Picot, sieur de la Gicquelaye,procureur syndic, exposa le cas ; et,après avoir examiné le pour et le contre, il fut décidé de filer devant la cour du parlement une opposition à la mise à effet des lettres patentes récemment émises en faveur des deux parents de feu Jacques Cartier l.
Le 27 février, nouvelle réunion des bourgeois, au cours de laquelle Germain Léveillé 2, soupçonné d'avoir des intérêts dans la nouvelle compagnie, donna sa démission comme grenier de la communauté, et fut remplacé par Pierre Le Roy, notaire royal 3.
L'affaire commençait à faire du bruit, et les mécontentements grandissaient. Les bourgeois provoquèrent
1 Jacques Cartier, Pièce D, p. 312.
2 Se démit de son greffe le 29 juillet 1588, à la suite de ces affaire».
3 Jacques Cartier, Pièce E, p. 312.
une consultation d'avocats au parlement de Rennes. L'avis qu'ils en reçurent était en somme favorable à la révocation du privilège, mais à la condition que les habitants de Saint-Malo se substitueraient aux charges imposées par le roi à la compagnie de nouvelle formation. Cet avis est signé Dourdin 1, et est enrichi de notes marginales de main étrangère, lesquelles sont une réponse concise aux motifs allégués par Chaton et Noël. On soupçonne que ces annotations sont le fait du grenier de la communauté malouine. M. Joiion des Longrais est fondé à croire qu'elles y furent intercalées, soit par un des députés en cour, soit par un membre du conseil du roi. Ces notes peuvent ainsi se résumer :
— Jannaye (Etienne Chaton) n'est ni neveu, ni héritier de Cartier. Noël (Jacques) a été au Canada comme pilote, mais seulement comme marinier mercenaire. Il n'y est pas allé depuis deux ans. Quant à Jannaye, il n'a jamais fait de voyage au Canada.
— Cartier est resté débiteur envers la Communauté de Saint-Malo pour un montant égal, sinon plus élevé, que sa réclamation de 8,630 livres.
— Jannaye et Noël n'ont pas découvert de mines au cap de Conjugon, si tant est qu'il y en ait.
— Jannaye et Noël n'étaient pas propriétaires des pataches en question; peut être ce dernier était-il quelque peu intéressé, mais dans une seulement.
— Si une récompense était due à Jannaye pour ses états de service comme capitaine de la marine, elle devait
1 Ramé, 1ère série, p 44-48.
tourner au profit et à l'honneur des habitants de Saint- Mal o, qui avaient été les instigateurs de l'expédition entreprise, en 1575, contre les Rochelais. Eux seuls avaient fait les démarches voulues pour obtenir le brevet de capitaine en faveur de Jannaye.
Les Etats de Bretagne se réunirent à Nantes, le 17 mars, en session extraordinaire K Après avoir pris en considération la requête des bourgeois malouins contre les capitaines Jannaye et Noël, les députés décidèrent de faire présenter au roi par leurs collègues en cour, des remontrances à ce sujet, dans l'intérêt de la liberté du commerce. Ces remontrances demandaient la révocation des lettres-patentes du 14 janvier précédent, ainsi que le privilège ordinaire pour tous les sujets français de continuer le trafic au Canada, avec la même liberté qu'auparavant.
Le roi agréa la révocation des lettres de faveur accordées à la société Noël-Chaton, à l'exception de la partie qui se rapportait à la découverte des mines au cap de Conjugon 2.
Le cinq mai, le Conseil d'Etat, en entérinant la requête des Malouins, déclarait que Sa Majesté n'entendait pas empêcher la liberté du trafic et du commerce des fourrures " aux îles de Canada et Conjugon 3. "
1 Archives d'Ille-et- Vilaine, Registre des Etats. Ramé, 2e série, p. 10-11.
2 M. Ramé n'a pas connu cette pièce. Elle a été insérée par M. Edouard Quesnet, archiviste d'Ille-et-Vilaine, dans les Mélanges d'Histoire et à" Archéologie bretonnes. M. Joiion des Longrais l'a publiée dans son ouvrage documentaire.
3 Voir Pièce F, dans Jacques Cartier, p 313-314.
Le neuf juillet, des lettres de révocation pures et simples entraient dans le domaine officiel l, et le seize du môme mois le Procureur du roi faisait intimer ces lettres au capitaine Jannaye par Treust, sergent royal 2.
Les bourgeois de Saint-Malo restèrent donc paisibles possesseurs de leurs droits commerciaux, comme par le passé, et les héritiers du Découvreur ne donnèrent plus de suite à leurs prétentions. Au moins, il n'existe aucun document officiel qui nous porte à croire que Chaton et Noël renouvelèrent leurs réclamations de remboursement, soit en faveurs particulières, soit en espèces sonnantes.
Le sieur de la Jannaye se jeta ensuite avec ardeur dans la lutte des Ligueurs contre Henri IV, et il servit sous le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne 3. Futil fidèle jusqu'au bout à la cause qu'il commença à servir ? Il est permis de croire qu'il abandonna son chef rebelle, car nous constatons son bannissement par les Ligueurs, après la prise du château de Saint-Malo. Chaton reprit le chemin de sa ville natale après les troubles et il mourut, le 15 mars 1613, à l'âge de 70 ans.
Les bourgeois de Saint-Malo s'opposèrent de tout temps à ces sortes de privilèges, qui étaient de nature à nuire à leurs affaires. La lutte qu'ils avaient entreprise avec tant de vigueur contre les héritiers et successeurs
1 Plusieurs historiens fout remonter ces lettres de révocation an cinq mai précédent, par uue méprise facilement excusable.
2 Rainé, 1ère série, p. 48-50.
3 Délibérations, du 12 décembre 1584. Mission du capitaine •Jannaye.
de Cartier, se renouvela plus tard, et avec non moins d'énergie, quand Chauvin voulut monopoliser à son profit exclusif le commerce des pelleteries au Canada. La même justice à laquelle ils s'adressèrent encore, ne leur donna pa6 cette fois gain de cause, malgré l'appel chaleureux qu'ils firent aux droits jusqu'alors méconnus de leur compatriote Jacques Cartier. Véritablement ils avaient mauvaise grâce de se réclamer d'un titre qu'ils avaient contesté aux héritiers et parents du Découvreur,, dix ans auparavant.
Jacques Noël ne figure plus guère dans les annales de Saint-Malo. Son nom est cependant resté attaché à celui de son immortel parent, non pas tant pa les liens du sang, que par deux lettres qui jettent un peu de lumière sur les travaux du navigateur malouin comme cartographe et chroniqueur. Ces deux documents, dont nous avons déjà dit un mot, étaient adressés à Jean Groote, étudiant à Paris, et cousin de Noël l. L'une de ces lettres est du 19 juin 1587, et la deuxième est veuve de date. Dans la première, Jacques Noël écrivait qu'il était tombé sous ses yeux une carte des îles occidentales, du royaume du Mexique, et des pays de Canada, Hochelaga et Saguenay, dédiée à Hakluyt, gentilhomme anglais. Sur cette carte la rivière de Canada (Saint-Laurent) n'est pas placée comme dans son livre " lequel est conforme à celui de Jacques Cartier ". Dans cette lettre, Noël dit qu'il est allé sur le haut d'une montagne 2, qui
1 Voir Appendice, Pièce E.
2 Le Mont-Royal ainsi nommé par Jacques Cartier. Quelqu'un a prétendu que Montréal tirait son étymologie du aom d'un des compagnons de
est au pied des sauts, et qu'il a appris des sauvages qu'il fallait dix journées de marche, depuis les sauts jusqu'à un grand lac situé au-dessus d'eux.
En post-scriptuui, Noël ajoute qu'il va s'informer s'il n'y aurait pas moyen de trouver les relations que le capitaine Jacques Cartier avait écrites après ses deux derniers voyages en Canada, c'est-à-dire après l'année
Dans cette lettre encore, Jacques Noël parle incidemment d'un nommé Gilles Wattier, beau-frère de Groote. C'est une erreur de nom popularisée par Hakluyt. Ce Gilles Wattier n'est autre que Guillaume Gauthier, sieur de Lambestil, receveur des Devoirs de l'ancienne coutume, en 1595, puis miseur de la ville l. Il avait épousé Françoise Groote, sœur de Jean, l'étudiant de Paris. Jean Groote, sieur de la Ruaudaye, était tout probablement fils de François Groote, sieur de La-Villeès-Xouveaux, et de Guillemette Colin 2. Les Groote se disaient d'origine hollandaise et se rattacher à la famille
Jacques Cartier, Claud-- de Pontbriand, sieur de Montréal Or, rien ne prouve que ce fut bien là son titre véritable. En effet, nous lisons dans le Récit du second vojrage que Claude de Pontbriand est qualifié de sieur de Montcevelles. Mais nous croyons que c'est une erreur vulgarisée par l'édition canadienne des Voyages de Cartier ; car ce gentilhomme était sieur de Montreuil. C&rt ie r dit expressément qu'il nomma cette montagne le Mont-Royal, et cela à diverses reprises. De Mont Royal on a fait par abréviation Montréal, m m que cette ville porto encore aujouid'hui.
1 Joiïon de Longrais, Documents p. 144.
2 Ibidem. Il y eut uu nui <; François Groote, sieur du Clos-Neuf, qui fut connétable de 8aint-Malo vers ]-\ fin du XVI siècle.
dont sortit Grotius, auteur célèbre de Mare Liberwm l., Cette famille était fixée à Saint-Malo, avant 1488, car on la trouve dans la liste de l'emprunt de la Tré mouille 2. Le 5 octobre 1518, au lendemain de son entrée à Saint-Malo, François I nomma un fils de Jean Groote le jeune et de Jeanne Brûle 3.
Dans une seconde épître à son cousin, Jacques Noël, rappelant ce qu'il avait écrit dans la précédente, au sujet des relations de voyage de son oncle, déclarait n'avoir rien pu découvrir, excepté un livre en forme de carte marine, rédigé par le Découvreur lui-même et qui se trouvait entre les mains du sieur de Crémeur. Celuici s'appelait Jean Jocet, alors connétable de Saint-Malo. Il était fils de Nicolas Jocet 4, sieur de La Motte-Girault, alloué de la juridiction de Saint-Malo. Le sieur de Crémeur était marié à Catherine Langourla et n'avaife aucun lien de parenté avec les Cartier et les des Granges. Une de ses filles, Denise Guillaume, avait épousé, en 1547, Grand Jehan Eberard, sieur de La Chapelle, dont le nom est resté mémorable pour le long procès qu'il eut à soutenir devant le Parlement de Bretagne contre Jacques Cartier 5.
Noël nous apprend enfin, dans sa dernière lettre, qu'il avait remis à ses deux fils, Michel et Jean, alors au Canada, le " livre fait en forme de carte marine."
1 D. Taillandier, tome II, p. 249, note.
2 J. Des Longrais, p. 144, note 1.
3 Arch. de Saint-Malo, GG 1 Baptêmes
4 Le sénéchal N. Jocet fut anobli en 1575 pour services civils rendus à son pays.
5 Jacques Cartier, p. 137-140.
L'histoire des Chaton et des Noël cesse d'avoir quelque intérêt, après leur disparition de la scène du monde. Leurs exploits comme navigateurs, assez peu connus, jetèrent sur ces deux familles un lustre qui devait bientôt cesser, et leur plus grand titre de gloire est de compter parmi les héritiers du Découvreur du Canada