APERÇU GÉNÉRAL
Cartes et planisphères des terres neuves, antérieurs aux voyages de Yerrazano et de Cartier. — Mappemondes de Juan de la Cosa, do Cantino, de Palestrina, de Pedro Reinel, de Maggiolo, de Jehan Denys. — Carte de Verrazano et la Nouvelle-France. — Cartes de Ribeiro, de Viegas, d'Agnese, de Munster, de Ruscelli, de Mercator. Globes de Nancy et d'Ulpius. — John Rotz et sa carte manuscrite. — Mappemonde de Cabot. — Cartes de Vallard, de Vopellio. — Mappe de Henri II, dressée par Pierre Desceliers. — Cosmographes de la dernière moitié du XVIe siècle. — Leurs travaux informes.
Les cartes, planisphères et mappemondes des terres neuves, burinés avant que les expéditions de Verrazano et de Cartier fussent connus, sont très informes. Ces travaux revêtent souvent un caractère d'authenticité
contestable à bon droit. Ainsi, l'une des plus anciennnes de ces cartes, attribuée à Jehan Denys, de Honfleur, a dû être fabriquée longtemps après le voyage transatlantique du navigateur normand. La mappemonde de Juan de la Cosa (1500), la carte dite de Alberto Cantino (1501), la mappemonde attribuée à Salvat de Palestrina (1503- 1504), et enfin la carte de Pedro Reinel (1505), ne nous font connaître que Terreneuve et d'autres terres mal définies, se rapportant aux Cabot.
Le plus ancien document qui retrace les terres neuves et les régions circonvoisines, est le portulan de Vesconte de Maggiolo, dressé en 1511. Mais il n'y est fait aucune mention du golfe Saint-Laurent. Les cartes de 1527 donnent le premier indice de la Nouvelle-France, si toutefois on ne tient pas compte des travaux cartographiques dont Jehan Denys serait l'auteur, et qui remontent à l'année 1508. Le Père Biard mentionne la carte de Denys. Ce qui doit nous faire croire qu'elle a réellement existé. M. Suite croit aussi à l'existence de cette carte, mais, dit-il, sur les copies que nous avons, il a été ajouté un bout de fleuve.
M. Ben Perley Moore, dans ses Document s -recueillis en France, et consignés aux archives de l'Etat du Massachusetts, dit avoir cherché cette carte à Honfleur, sans pouvoir la trouver.
Harrisse dit aussi l'avoir cherché dans les archives de Paris, sans succès.
Bancroft reconnaît l'existence de cette carte de Denys.
Il nous paraît plus probable cependant que cette
carte est de beaucoup postérieure à l'année 1508. Ce qui n'empêche pas que Denys ait fait un voyage dans le golfe Saint-Laurent, en 1506, accompagné comme nous l'avons vu, d'un pilote rouennais du nom de Gamart. Ramusio mentionne cette expédition 1.
Il existe aux archives du Massachusetts 2 un facsimilé d'une " Carte pour servir à l'intelligence du mémoire sur la Pesche de Moluës, par Jean Michel, en 1510. " Cette dernière est certainement antidatée, car elle paraît contemporaine de Champlain. On y voit figurer Mallebarre, nom donné par le fondateur de Québec au havre de Nauset, le long des côtes atlantiques, par les 41° 50'.
La carte de Maggiolo, de 1527, retrace les terres neuves et une terre désignée sous le nom de Francesca.
La carte de Verrazano (Hieronimo da), datée de 1529, est beaucoup plus complète que celle de Maggiolo. Trois drapeaux français sont arborés au lieu marqué Nouvelle- France.
C'est la première fois que l'on trouve ce nom mentionné dans un document cartographique.
Murphy, dans son Voyage of Verrazano 3, et l'abbé Faillon 4 tombent tous deux dans l'erreur, en attribuant
1 On lit dans la collection de ses voyages : " Sono circa 33 anni che un nauilio d'Onfleur, del quale era Capitano Giovanni Dionisio, e il Pilotto Gainarto di Roano primamente v'ando. — Raccolta, édition de 1556, t. III, p. 359 ; édition de 1565, t. III, f. 423, F.
2 Documents recueillis en France, I, p 345.
3 Pages, 87, 88 et 105.
4 Rist. de la colonie française, I, p. 511.
à Jacques Cartier l'honneur d'avoir le premier donné au Canada le nom de Nouvelle-France, car il paraît établi qu'il revient à Verrazano, au moins si on s'en rapporte à la carte dont il est présumé être l'auteur.
Dans sa traduction du grand ouvrage de Charlevoix sur la Nouvelle France \ M. John Gilmary Shea fait remonter le nom de Nova Gallia à l'époque de l'apparition de la mappemonde d'Euphrosynus Ulpius, en 1542. Charlevoix lui-même a cru que le Canada ne commença à être connu sous le nom de Nouvelle-France que du temps de Lescarbot. en 1609 2.
Le Père Biard, jésuite, qui écrivait en 1614-16, est d'opinion que Verrazano est l'auteur de cette appellation.
Pierre Crignon, auteur supposé du Discours d'un grand Capitaine, ouvrage anonyme où l'on trouve le récit de voyage des frères Parmentier, et qui, en 1539, lorsqu'il écrivait son livre, n'avait probablement pas vu la carte de Verrazano, dit que les navigateurs français, et même les Portugais, appelaient le Canada la Terre Française 3.
Dans son Routier, Jehan Alfonce dit que les terres du Canada étaient appelées Nouvelle France 4.
1 Shea, Charlevoix, II, 20.
2 Hist. de la N. France, t. I, liv. IV, p. 149.
3 Léon Guérin, Histoire maritime de France, t. II, p. 117, donna le passage de ce discours où il est dit : " La partie à peu près mitoyenne de ce continent porte le nom de Nouvelle France."
4 Ed. canadienne, 1843, p. 86.
Jean -Baptiste de Rocoles l, historiographe de Louis XIV, écrivait en 1660 : "La Nouvelle France a ce nom, principalement parce que ce pays a été découvert par des Français Bretons, l'an 1504, et que, depuis, les Français n'ont cessé de le pratiquer. Jean Verazzan, Florentin, prit possession de ce pays, l'an 1523, au nom du roi François I, et l'on tient que ce Verrazan fut le premier qui donna le nom de Nouvelle France à ces contrées qu'il découvrit."
La carte de Verrazano, disparue vers le milieu du XVIe siècle, fut enfin retrouvée à Rome, en 1852, par M. Thomassy.
La carte de Ribero est aussi de 1529. On n'y trouve rien de nouveau, si ce n'est l'indication des découvertes du Labrador (par les Anglais) 2, des Terres neuves 3 (par les Cortereal) et du Cap des Bretons (par Estevam Gomez) 4. Cette carte indique que les côtes du Labrador furent découvertes par des Anglais de Bristol.
Une carte de 1534, signée par Gaspar Viegas, donne une description de Terreneuve et du golfe Saint-Laurent. On ne connaît rien de son auteur.
La mappemonde de Baptista Agnese, de 1536, indique la terre de Baccalaos et El viage de. France. Harrisse prétend que le travail d' Agnese, retraçant la
1 Quelques particularitez du pays des Hurons, par le sieur Gendron, ouvrage publié dans la Pescription générale de V Amérique, édité par Jeau-Baptiste de Rocoles. Troyea et Paris, 1660, et réimprimé à New- York, en 1868.
2 Voir Note 16.
3 Voir Note 17.
4 Voir Note 18.
route de l'Inde, est plutôt une réminiscence des voyages de Verrazano que de ceux de Jacques Cartier. Cette mappe porte pour légende : El viazo de fransa.
Une des cartes qui ont obtenu le plus de vogue au XVIe siècle, est celle de Munster l, publiée pour la première fois, en 153S. Elle définit un peu mieux que ses devancières la région terreneu vienne, mais l'édition de 1540 indique la Nouvelle-France sous le nom de Francisca,
Nous n'apercevons jusqu'en 1540 aucune allusion aux découvertes de Jacques Cartier dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Il faut croire que les récits de l'illustre navigateur malouin n'avaient pas encore franchi les Pyrennées, ni les Alpes, ni la Manche. Les idées de l'époque étaient concentrées vers les régions arctiques, et Ton cro\rait à l'existence d'une ceinture de terre circonscrivant la limite du monde. On s'imaginait que l'Europe était unie au Groenland par une bande terrestre, et que le chemin par terre ferme se continuait ainsi jusqu'au continent américain, qui n'était qu'un prolongement du continent asiatique. Cette théorie, restée chère aux Italiens, même après qu'elle eût été à peu près abandonnée par les autres nations de l'Europe, fut mise en évidence par l'apparition de deux mappemondes, l'une
1 Sébastien Munster, savant hébraïsant, né à Ingelheim en 1489, mort en 1552, était cordelier dans un couvent de Tubingue, lorsqu'il embrassa avec ardeur les opinions de Luther. Il fut appelé à Bâle en 1529 pour y enseiguer l'hébreu et la théologie. On a de lui des Traductions d'Elias Levita, de PloUmte. une Grammaire et un Dictionnaire hébraïques, une Bible htbralque, etc., et divers ouvrages de théologie.
en 1544, que le Dr Kohi attribue à'Ruscelli, géographe italien, et l'autre à Jacobo Gastaldi, qui la fit insérer dans l'édition de 1548 de Ptolémée K Gastaldi fut un cartographe célèbre. Lelewell l'appelle " le coryphée des géographes de la péninsule italique. " Ruscelli inséra sa mappe dans le Ptolémée de 1551, laissant dans la plus complète obscurité la question de l'union de l'Europe à l'Amérique par le chemin des terres boréales.
La carte de Mercator 2, de 1538, et sa mappemonde de 1541, le globe de Nancy en 1541, celui d'Ulpius, en 1542, sont tous plus ou moins confus, et ne nous apprennent rien du passage de Cartier dans le Saint-Laurent. Harrisse dit que le globe d'Ulpius a été copié
1 Astronome grec, né, à ce que l'on croit, à Ptolémaïs, en Thébaïde, dans les premières années du Ile siècle de Jésus-Christ. Savant laborieux, qui a donné son nom à ce système astronomique suivant lequel le soleil, les planètes, les astres, décrivent leurs orbes autour de la terre qui reste immobile, système conforme à l'apparence, mais contraire à la réalité, et que renversa Copernic. Ses œuvres ont été souvent imprimées. L'édition la plus complète est celle de Bàle, 1551. Elle renferme plusieurs de ses ouvrages géographiques et astronomiques. On a des éditions séparées de sa Géographie, 1619, par Bertius et 1838 par Wilberg.
2 Géographe né à Piupelmonde le 5 de mars 1512, mort en 1594, fut honoré de l'estime de Charles Quint qui l'attacha à sa maison, et eut le titre de cosmographe du duc de Juliers. On a de lui : Chronologica a mundi exordio, ex cclipsibtis, observationibus, etc., Cologne, 1568; Tabulée geographicœ ad mentem Ptolemœi restilutœ et emendatœ, 1578 ; et un Atlas, précédé d'une dissertation De crcatione ac fabrica mundi, 1595 et 1609. Mercator a donné son nom à la projection employée dans les cartes marines, où les parallèles coupent les méridiens à angle droit, et où les uns et les autres sont des lignes droites ; c'est en 1569 qu'il publia la première carte de ce genre.
d'un globe en cuivre fait à Venise, et reproduit en facsimilé par Buckingh;ini Smith dans son ouvrage : An Inquiry into the authenticity of documents concerning a discovery in North America claimed to hâve been made by Verrazano. Les documents en question sont la Lettera di Fernando Garli a suo padre, de Lyon, du 4 avril 1524, publiée pour la première fois dans YArchivo Storico Italiano, Florence, 1853.
Ce n'est qu'à partir de 1540,année qui précéda le troisième voyage de Cartier au Canada, que l'on commence à trouver des traces de découvertes dans les parages du golfe et du fleuve Saint-Laurent. Dans la carte du Ptolémée de Baie, le Canada est appelé Francisa, et l'on voit tomber dans le golfe une grande rivière, qui s'enfonce à l'intérieur des terres. Est-ce le Saint-Laurent que l'auteur a voulu indiquer, ou n'est-ce qu'un fleuve imaginaire ? Cette dernière conjecture est assez probable, car on n'avait pas encore à cette époque de données justes sur le Saint-Laurent, que Cartier, lui-même, n'avait connu que d'une façon bien imparfaite. La géographie était aussi très obscure ; les cartes et les livres du temps sont incomplets et très souvent inexacts. Ovicdo 1, pour ne citer qu'un exemple, dans son Hidoria
1 Gonzalo Fcrnandcz d'Oviedo y V aidez, voyageur et historien espagnol, né en 147S, mort en 1557, fut alcade de l'île de Saint-Domingue, en 1553 jusqu'en 1554, et en devint Regidor en 1549, pour démissionner en 1556. Voulant se justifier aux yeux de Charles-Quint, il colomnia la population indienne dans tous ses rapports. On a de lui une Histoire générale et naturelle des Indes occidentales, écrite en espagnol et en 50 livres, dont les premiers parurent à Madrid en 1534 ; les 30 antres ne fuient publiés qu'eu 1783.
General de las Indias 1, donne une description des côtes de Terreneuve, niais il ne s'avance pas plus loin. Son travail, du reste, est calqué sur celui d'ilonso de Chaves, auteur d'un ouvrage do même nature, publié en 1536, sur l'ordre de Charles-Quint.
En 1542, Jean Rotz, français portant un nom flamand, fit une carte, restée manuscrite au musée britannique, des côtes de l'Amérique septentrionale, où l'on voit se dessiner un fleuve innommé. Dans le golfe Saint- Laurent, s'étalent cinq grandes îles, dont deux sont là pour désigner les terres neuves que l'on croyait encore divisées en deux parties. A l'embouchure du fleuve Saint-Laurent sont deux autres îles à contours très irréguliers. Rotz avait eu, sans doute, une vague connaissance du premier voyage de Cartier, par la relation ou par des cartes que le Découvreur avait faites après son second voyage et que l'on n'a jamais pu retrouver.
La grande mappemonde de Cabot, publiée en 1544, et dont il fut tiré trois ou quatre éditions, bien qu'il n'existe qu'une seule copie de l'unique édition connue, indique de manière à ne pas se tromper, que l'on commençait alors à soupçonner les découvertes du navigateur malouin. Cette mappemonde parut à peu près dans le même temps que les cartes coloriées de Jehan Alfonce.
Nicolas Vallard, de Dieppe, donna, vers 1545, une description assez détaillée des lieux visités par Cartier et Verrazano. Si la carte de Vallard est bien de 1545, elle doit être considérée comme la plus complète
1 Madrid, 1852, lib. XXI, cap. X, t. II, p. 148 sequitur.
de toutes celles qui avaient paru avant elle. Mais cette date est contestable, quoique M. Justin Winsor, bibliothécaire du collège de Harvard, pense qu'elle fut certainement dressée avant 1547.
L'étude de la cartographie de cette époque primitive de notre histoire, nous force à conclure que, vers 1545, la découverte du Saint-Laurent était encore inconnue aux Italiens, aux Anglais et aux Hollandais. Ainsi la mappe de Gastaldi, publiée pour la première^fois en 1548, n'indique aucune trace du grand fleuve. Cependant elle laisse apercevoir sur les rivages de l'océan avoisinant les terres neuves, du côté occidental, une dépression assez profonde, comme une grande baie, à moitié remplie par une île.
Plus tard, en 1553, d'autres disent en 1556, Ra musio 1 inséra dans le troisième volume de ses Navigationi et viaggi, qui renferment le récit du troisième voyage de Cartier, une édition rafraîchie de sa carte intitulée :
( de Hochelaga nella Nova Francia, avec une vue à vol d'oiseau d'une bourgade indienne. Harrisse prétend que cette carte, ainsi que celle de Labrador < t JVova
cia, sont les plus anciennes spécialement affectées à une délinéation de la Nouvelle-France qu'il ait pu se procurer. Cette dernière aurait été faite pour illustrer
1 J.-B. Ramusio, né à Venise en 1485, mort en 1557, remplit diverses missions politiques en France, en Suisse, à Rome, puis fut secrétaire du Conseil des Dix à Venise. On a de lui un Recueil des Navigations et Voyages (en italien) en 3 vol. in-fol., Venise, 1550, souvent réimprimé et traduit en partie dans la Description de l'Afrique de J. Temporal, 1566.
les voyages du mystérieux Gran capitano di mare Francese (Parmentier),et l'autre, ceux de Jacques Cartier.
La carte de Vopellio, de 1556, et celle de Bellero, insérée dans l'ouvrage de Gomara \ d'Anvers, en 1554, prouvent que l'on ne savait rien encore, à ces dates, en Italie et en Hollande, des découvertes faites par les Français dans l'Amérique septentrionale.
Les Français semblent être les seuls, en Europe, à cartographier avec une certaine exactitude les terres récemment visitées par les navigateurs de leur pays, depuis Denys jusqu'à Jehan Alfonce. Outre la carte de Nicolas Vallard déjà citée, il en existe une autre, mieux faite, que l'on attribue à un prêtre du nom de Pierre Desceliers, hydrographe distingué. C'est la fameuse mappe, dite du Dauphin ou mappe de Henri II, la plus détaillée qui existe à cette époque.
Cette carte est incomplète et souvent inexacte, bien qu'elle élargisse le cadre des connaissances géographiques, si restreintes jusqu'alors. En tous cas, elle est la mieux faite de toutes celles que nous possédons sur l'époque contemporaine de Jacques Cartier et de Roberval 2.
De la France passons à l'Angleterre. Les cartes anglaises concernant le Canada sont absolument insigni-
1 Gomara a publié en 1552-53 un ouvrage intitulé : Primeria y segunda parte de la historia gênerai de las Indias, con todo el descubriminento y cosas notables que han aeaecido dende que se ganaron ata el ano de 1551.
2 M. B. Suite en a fait une longue description dans le Courrier du Canada du 11 mars 1889, et il croit que c'est la plus ancienne carte du Canada.
fiantes à venir jusqu'en 1558, alors que parut l'Atlas du musée britannique. La cartographie de la Nouvelle- Angleterre est restée informe jusqu'en 15C9. La mappemonde de Gérard Mercator, de cette année-là, ne fait aucune mention du Saint-Laurent et des grands lacs. C'est assez dire que les Anglais ne s'occupaient guère de cette partie du continent américain qui devait plus tard leur appartenir. Les navigateurs et explorateurs de cette nation se contentaient de faire de courtes apparitions dans le golfe pour y faire la pêche et vers les régions arctiques dans le but de découvrir un passage aux Indes orientales, le grand desideratum des Européens.
Les cartes de Gastaldi, de Desceliers, d'Ortelius 1 et de Cabot, ont été la source inspiratrice de pi i toutes celles qui ont vu le jour durant la seconde moitié du XVIe siècle. Les cosmegraphes les ont copiées plus ou moins servilement. Ai: é Thevet et Cornélius
a Judseis (1593) ont basé leurs travaux sur Ortelius. Girolamo Ruscelli (1561) a imité la carte de Gastaldi, de 1556. Quadus, en 1600, a tout simplement, pi cator, Ortelius et C. a Judseis. C'est une confusion
,ue générale, et demeurée telle jusqu'à Champlain et Lescarbot. M. B. F. de Costa exprime la même opinion lorsqu'il dit : " Un examen attentif de ces cartes démontre
1 Abraham Ortelius, géographe, né à Anvers en 1527, mort en 1598, avait beaucoup voyagé. 11 composa le premier, Atlas counu, sous le titre de Thcatrum trbis t/narum, Anvers, 1570, auquel il faut joi mire le TJualri orbis Urrarum parergon sive Synonymia geographica, 1578. C'est le premier dictionnaire géographique. Ces savants ouvrages lui valurent, en 1575, le titre de géographe de Philippe II, roi d'Espagne.
que, depuis la mappemonde du Dauphin jusqu'au premier voyage de Champlain au Canada, en 1603, les cartographes de tous les pays n'avaient fait aucun progrès dans la description des lieux ouverts aux Français par les entreprises de Cartier et de ses successeurs .... Ce fut à Champlain qu'échut la tâche de débrouiller ce chaos ténébreux 1."
Jamais, dans l'histoire de la cosmographie, il n'y eut, croyons-nous, pareil acharnement à dresser des planisphères, des mappemondes, des portulans, à graver sur le cuivre 1 indication d'un pays, aussi imparfaitement connu que l'était l'Amérique, au premier siècle qui suivit sa découverte. Le Canada, en particulier, était comme une sorte de contrée mythique, et pourtant ses cartographes furent légion. Nous nous contenterons de ne citer, dans la classiiication qui suit, que les plus renommés, en procédant par ordre chronologique, et ne donnant, sur chacun de ces travaux informes, que des données générales.
1 Narrative and critical history of America, IV, p. 80.