‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603Chapitre 47 sur 73 · LES PILOTES DE JEAN ANGO · texte numérisé non relu

LES PILOTES DE JEAN ANGO

Décrivant les découvertes faites dans les régions australes durant le XVIe siècle, John Barrow a laissé

1 De Laborde, Renaissance des Arts à la cour de France, additions ma t. 1, Paria, 1850, in-l, p. 924.

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tomber de sa plume ces lignes injustes : " On peut dire que les Français sont, en quelque sorte, le seul peuple maritime de l'Europe qui ait vu avec une indifférence manifeste les efforts des autres nations pour découvrir un passage conduisant dans les Indes par le nord-ouest".

M. Pierre Margry après avoir cité ce passage de Barrow, tente de réhabiliter l'honneur de son pays qu'il croit avoir été mis en danger. Il n'y avait pourtant pas matière à s'échauffer sur une question qui nous laisse absolument froid. Nous ne voyons pas que les Européens du XVIe siècle, avec toutes leurs courses dans les régions arctiques, aient fait avancer d'un pas la réalisation d'un passage en Asie par le nord de l'Amérique. Le résultat de leurs recherches a été tout autre que celui qu'ils en attendaient, et c'est à ce résultat négatif auquel sont inconsciemment parvenus les Français avant les autres, que l'on peut rattacher la découverte du Saint-Laurent et des terres qu'il arrose, ainsi que des côtes de la Norembègue.

M. Margry prend donc occasion pour prouver que les hommes de mer de la France valaient mieux à cette époque que leur renommée, et il consacre un long chapitre x à cette preuve qui ne laisse aucune échappatoire.

La nomenclature suivante prouve que l'Espagne et et la France eurent le pas sur l'Angleterre dans ces voyages d'explorations, qui furent le commencement d'une ère de progrès dans la navigation des mers atlantiques :

I Les pilotes de Jean Ango, dans les Navigations français. ■«.

1497. Jean et Sébastien Cabot, au service de

l'Angleterre.

1498. Jean et Sébastien Cabot, au service de

l'Angleterre.

1500. Juan Dornelos, envoyé d'Espagne.

Avant 1500. Gaspar Cortereal, portugais.

1501. Expédition anglo-portugaise.

1502. Miguel Cortereal, portugais.

1503. Expédition portugaise.

1503. Sébastien Cabot.

1504. Expédition anglaise.

1504. Expédition bretonne.

1505. Expédition anglo-portugaise.

1506. Jehan Denys, de Honneur.

1506. Velasco, espagnol.

1508. Thomas Aubert, de Dieppe.

1509. Expédition normande.

1512. Juan de Agramonte, au service de la reine

de Castille.

1516. Sébastien Cabot, pour l'Espagne.

1517-18. Thomas Pert et Sébastien Cabot, pour le compte de l'Angleterre.

Avant 1521. Joao Alvarez Fagundes, pour le Portugal. Avant 1523. Lucas Vasquez de Ayllon, espagnol.

1523. Giovanni da Verrazano, au service de la

France.

1524. Giovanni da Verrazano, au service de la

France.

1525. Colonisation du Cap- Breton par des Portugais.

1525. Este vain Gomez, portugais, au service de

l'Espagne.

1526. Nicolas Don, de Bretagne.

1527. John Rut, sous pavillon anglais.

1528. Le baron de Léry, français.

1534. Jacques Cartier, français.

1536. Maître Hore, anglais.

1539. Expédition de La Rochelle.

1540-41. Diego Maldonado et Gomez Arias, portugais.

1541. Ares de Sea, envoyé par Charles-Quint.

1541. Jacques Cartier et Roberval, français.

1542. Roberval.

1543. Jacques Cartier.

Plusieurs de ces expéditions ne portent pas un caractère officiel, niais nous pouvons affirmer que généralement parlant, elles avaient un but pratique, endehors même de l'indutrie de la pêche. Si nous avions voulu élargir le cadre, nous aurions pu en citer plusieurs autres, tant anglaises que françaises, auxquelles l'on ne saurait attacher beaucoup d'importance, précisément parce que le but de leurs auteurs se limitait à la pêche de la morue. Pour ne citer que ces exemples, bien connus du reste : les Portugais faisaient la pêche à Terre-Neuve en 1542, quand Roberval arriva à Saint-Jean, et qu'il fut obligé d'intervenir dans une querelle entre eux et les pêcheurs français. Nous lisons dans le manuscrit

de la collection Vargas Ponce, cité par M. Duro dans son Arca de Noé, que Jacobo de Ibaceta, patron de navire équipé pour la pêche de Terre-Neuve, demandait, le 23 mars 1549, des ornements à l'usage d'un prêtre qui se trouvait à son bord, afin que ce dernier pût dire la messe dans ce pays.

Hakluyt rapporte le voyage de Hore entrepris pour le compte de l'Angleterre au Cap-Breton et à Terre- Neuve, d'avril à octobre 1536. L'expédition, composée de 120 personnes, s'arrêta à l'île des Pingouins, sur la côte de Terreneuve. La détresse devint bientôt si grande, que l'un d'eux tua et mangea son compagnon. Ils allaient s'entre- dévorer tous, lorsqu'un navire français, dont ils s'emparèrent, arriva à temps pour mettre un terme à ces scènes de cannibalisme.

C'est Francisco de Souza qui mentionne le projet, sans doute avorté, de coloniser l'île du Cap-Breton par des Portugais du port de Viana l. Aucun autre auteur ne parle de cette expédition, qui aurait eu lieu en 1525

L'expédition normande de 1509 parait bien authentique. Elle ramena avec elle sept sauvages de Terre- Neuve, d'après Eusèbe de Césarée 2.

C'est à Charlevoix que nous devons de connaître la date du voyage de Velasco en 1506. Vincent le Blanc ou plutôt Bergeron, et Louis Coulon ne donnent pas de date. Vincent le Blanc écrit : " Vers les terres de Labrador et Canada, il y eut un capitaine Velasco Espagnol

1 Tratado das Uhas Kovas, Pouta Delgada, 1877, p. 5.

2 Clironicon, Paris, 1512, p. 172.

qui passant cette coste entra en la rivière de Canada ou de Saint-Laurens l.

Nous lisons dans les Excerpta Historien que, le 8 avril 1504, un prêtre anglais recevait une gratification de 2 livres sterling, au moment de s'embarquer pourl'île nouvelle : " To a preste that goeth to the new Rande. C'est de Terre-Neuve dont il est ici question. Comme on le voit, les prêtres faisaient partie de ces voyages transatlantiques. Ces deux exemples que nous venons de citer confirment l'opinion, assez favorablement reçue, que- Jacques Cartier a pu se faire accompagner d'aumôniers à son second voyage au Canada, bien que certains historiographes aient donné de bonnes raisons à l'encontre de cette assertion. En tous cas, l'on ne pourra plus désormais formuler l'objection qui, à notre avis, était la plus sérieuse, que du temps de Jacques Cartier, les navigateurs n'amenaient pas de prêtres avec eux dans leurs voyages au long cours.

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