NICOLAS DURAND DE VILLEGAGNON
Villegagnon, chevalier de l'ordre de Malte, et viceamiral de Bretagne, s'était adressé à Gaspard de Coligny
1 Les Vogages fameux du sieur Vincent Le Blanc Marseilles. Pari», 1649, p. 63.
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amiral de France, pour obtenir les moyens d'aller fonder un établissement au Brésil. C'était alors (1555) le lieu le plus recherché des navigateurs français, parce qu'il* s'étaient fait l'idée qu'ils y trouveraient des métaux et des pierreries en quantité. Coligny était protestant, et Villegagnon flottait, paraît-il, du catholicisme au calvinisme, et il fut même soupçonné d'anabaptisme. Le grand amiral de France s'imagina que le projet de Villegagnon pourrait servir à favoriser l'émigration de ses coreligionnaires dans un pays tout plein de richesses, et il résolut de l'aider de sa puissance. Henri II consentit à tout et fournit à Villegagnon deux navires du port de 200 tonneaux chacun, armés et abondamment pourvus de marchandises, un hourquin de 100 tonneaux, et dix mille francs en argent.
Le 12 de juillet 1555, la flottille mit à la voile du Havre de -Grâce l, mais une tempête abominable la fit retourner à son point de départ, après avoir passé trois semaines dans la rade de Dieppe. Enfin, le 14 août, Villegagnon reprit la mer avec l'espoir, cette fois, de ne plus s'arrêter qu'au terme de son voyage. L'Amérique apparut le 3 novembre seulement, et le 10, on entra dans une baie superbe que les Indiens appelaient Ganabarra c'était la baie de Janeiro, tellement spacieuse qu'elle pourrait contenir toutes les flottes du monde. Villegagnon choisit un ilôt dans la rade pour installer ses gens,
1 Thevet dit que le départ eut lieu du Havre le 6 mai, et que l'on aperçut la terre d'Amérique le dernier jour d'octobre à neuf heures du matin. L'auteur du Grand Insulaire ne resta que dix semaines à Rio Janeiro. Lescarbot dit que ce fut le 12 juillet.
et fit construire deux maisonnettes sur chacune de» montagnes qui commandaient les extrémités de son île. Puis il fit dresser, pour .son propre usage, une résidence au centre de sa colonie. Il baptisa le tout du nom de Fort-Coligny-en-la-France- Antarctique.
Après avoir ainsi disposé son établissement, et l'avoir mis en état de défense contre les attaques des Portugais et des sauvages, il envoya un de ses vaisseaux en France pour demander du renfort. Dans l'intervalle il faillit être la victime d'une conspiration odieusement ourdie par un truchement qu'il avait amené de Normandie. Heureusement le complot fut découvert et les coupables durent recevoir leur châtiment.
Coligny ne négligea rien pour venir*en aide à une entreprise qui lui tenait au cœur, et dans ce but il organisa une nouvelle expédition pour le Brésil, et en nomma Bois-Lecomte, neveu de Villegagnon, vice-amiral, Bois- Rosée et Sainte-Marie dit l'Epine, capitaines. Le vaisseau de ce dernier portait Jean de Léry, natif de la Margelle, en Bourgogne, zélé calviniste, et historien de l'expédition. L'équipage était en majeure partie protestante. Le départ se fit de Honneur le 19 novembre 1556, et après quatre longs mois de navigation, entremêlée de tempêtes, de pirateries, la terre du Brésil leur apparut le 26 février 1557 ; mais les vaisseaux n'entrèrent en rade de Rio-Janeiro que le 7 mars.
Une particularité se rattache à ce nouvel essai de colonisation en Ainérique : c'est la présence de genevois calvinistes que Philippe deCoiguilleray, sieur du Pont, avait amenés avec lui pour en faire les colons de l'ave-
»ir. Le fait est qu'ils avaient été séduits par des lettres de Villegagnon 'qui, cédant à un mouvement d'hétérodoxie, pour faire sa cour à l'amiral de Coligny, les avait engagés à venir le joindre. Les nouveaux arrivants se mirent activement à l'œuvre pour achever la construction du fort. Mais, Villegagnon changea tout-à-coup d'idée, et d'ardent réformiste qu'il était, tourna au c licisrne, et enjoignit aux disciples de Calvin de quitter l'île, eux et leur ministre apostat Pierre Richer, ancien Carmélite. Ils durent obéir à cet ordre péremptoire et ils prirent le chemin de la terre ferme, attendant un vaisseau pour se rapatrier. Jean de Léry était du nombre de ces infortunés qui repassèrent en France après deux mois d'attente.
Au mois de juin de l'année précédente, Villegagnosi avait envoyé en France une cargaison de marchandises brésiliennes et dix jeunes sauvages, qui furent présentés au roi. André Thevet, qui s'était attaché à l'expédition comme voyageur, cosmographe et historien, avait rapporté un plan du pays.
Après quatre années d'absence, Villegagnon ne recevant plus de nouvelles, abandonna son fort qu'il laissa à la garde de quelques soldats, qui furent massacrés par les Portugais. " On ne sait au juste, dit M. Léon Guérin, si ce fut lui qui subit l'influence de Coligny, quand il pencha vers le protestantisme, ou si ce fut Coligny, homme pourtant très prompt et très habile à s'imposer lui-même, qui subit la sienne, quand ils s'occupaient ensemble de donner un établissement aux huguenots es Amérique. Malheureusement pour sa gloire et pour sa fortune, Villegagnon se laissa trop infatuer de son in-
contestable mérite, et ne sut pas tempérer >a fierté naturelle par un peu de m i lestie au moins apparente V
Villegagnon vint finir ses jours à Nemours, en L57I.
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