MASSACUK DE LA CHINE
recours à iino l'iisc \i;iiiii(;iit (lial)oli([iie {)()iir r(Hii[)r(î tous les pouri);irl(;rs. C'était uu liouiuic «lu ({uaraute ans, extrômeinout brave, d'un esprit lin et souple ; bien supérieur lï ses coui[)atriotes, il était très clioyé de M. de b'routenac (jui se plaisait à l'inviter à sa table et goiHait fort ses réparties originales. Se tenant à l'écart après le départ de ce gouverneur, il ne s'était décidé à entrer en campagne contre les Iroquois ([ue sur les })ri('i('s et les démarches instantes du commandant de Micliillimakinac, et il s'était mis en route av(ic une centaine de guerriers pour accomplir en territoire ennemi quelque fait d'armes éclatant. Arrivé au fort Frontenac, il apprit que des négociations étaient engagées avec ces Iroquois contre lesquels on lui avait aHirmé que la guerre se poursuivrait jusqu'à leur destruction totale, et que le gouverneur attendait dans huit ou dix jours leurs ambassadeurs à Montréal. Après lui avoir fait part de cette nouvelle, le commandant du fort l'engagea vivement à retourner à sa bourgade. Le Rat, très surpris de ce que lui disait cet ol'licier, n'en laissa néanmoins rien paraître et, avec la gravité du sauvage, il répondit que cela était raisonnable et qu'il allait reprendre le chemin de son pays. Mais avant son départ, il s'informa de la route que devaient suivre les ambassadeurs iroquois, et il alla les attendre aux cataractes, où il dressa une embuscade. Il y était depuis quatre ou cinq jours, guettant sa proie au passage, lorsque les envoyés des cantons, accompagnés d'une quarantaine d'hommes, arrivèrent à sa portée. Ils traînaient leurs canots le long des berges, ne soupçonnant pas le voisinage d'un ennemi, lorsque les Ilurons les assaillirent à l'improviste et en tuèrent plusieurs. Tous les autres furent pris et liés. Un des chefs, reconnaissant Kondiaronk, lui demanda comment il pouvait ignorer que ceux qu'il venait d'attaquer étaient envoyés comme ambassadeurs auprès d'Onontio, leur père commun, gouverneur du Canada. Le Rat, simulant un étonnement extrême,
répondit que c'était au contraire ce gouverneur qui l'avait informé du passage d'un parti de cinquante guerriers, et invité à dresser l'embuscade dans laquelle ils étaient tombés. Les Iroquois, indignés d'une telle perfidie, racontèrent au chef huron dans quelles conditions et pour quel motif ils accomplissaient leur voyage. Alors le Rat, jouant le désespéré et le furieux, déclara que M. de Denonville s'était servi de lui pour accomplir une horrible trahison, mais qu'il s'en vengerait tôt ou tard. Pour convaincre ses prisonniers de sa bonne foi, il leur rendit la liberté et n'en garda qu'un seul pour remplacer, disait-il, un des siens tué dans l'attaque. Puis, avec ce prisonnier, il se rendit en toute hâte à Michillimakinac, et le remit à M. de la Durantaye qui, pour lui épargner le supplice du feu, le fit aussitôt fusiller. Ce commandant ignorait les pourparlers de M. de Denonville avec les cantons et le Rat s'était bien gardé de lui en faire part.
L'exécution accomplie, le chef huron choisit un esclave iroquois qui le servait depuis longtemps et lui permit de retourner chez les siens, auxquels il apprendrait que tandis que les Français les amusaient par de feintes propositions de paix, ils faisaient faire sur eux des prisonniers auxquels ils cassaient la tête. Les récits de cet esclave, rentré dans sa bourgade, et ceux des envoyés relâchés par les Hurons mirent les Iroquois en fureur, et le Rat put dire avec raison qu'il avait « tué la paix. »
L'expédition de M. de Denonville et le guet-apens du chef huron allaient avoir bientôt une sanglante contre-partie.
Dans l'île de Montréal, à l'entrée du lac Saint-Louis, Cavelier de La Salle avait créé un village que l'on désignait sous le nom de la Chine. Des fermes s'y étaient élevées, abritant les familles de hardis pionniers, la plupart attirés à cette extrémité de la colonie par la traite avec les indigènes. Tous se croyaient en pleine sécurité lorsque le 5 août 1689, pendant une nuit obs-
MASSACRIÎ nn LA CHINE. m
(■iii'(>, iiiic l)iiii(Ii' (le (l()u/,(; ou (jiiiir/,(; cciiLs Ir'fxjiiois ti'iivorsa \v lac, Sainl-Jjouis et descendit dans l'île sans av(iir(''l('i aperriK». Surpris dans l(!m' soinmcîil, i)r(!S(|iie Ions les liomiiies fuieuL massacrés avant (ravoii-eu h; t(Mnj)s d(^ saisir leurs armes pour se défendre. Les ;nilr(^s, i^^arrottcs, subirent, au. luilieu des bâtiments en lliininies, les [)lus enV()yal)l('s supplices : ((jscînfants, enihrocln's vils, étaient mis au l'eu comme des i)èt(!s à rntir; les mères étaient obligées, sous les coups, de tourner cette broche avant d'être déchirées et bradées elles-mêmes; les femmes étaient éventrées, d'autres empab'es vives, les cadavres déchiquetés et dévorés palpitants. En moins d'une heure deux cents victimes avaient succombé dans ces horribles tortures. Une centaine de soldats, à l'annonce du désastre, se dirigèrent aussitôt de Montréal sur un fortin à l'ouest de la ville ; ils espéraient s'y retrancher et arrêter les agresseurs, mais entourés par un ennemi bien supérieur en nombre, et assaillis furieusement, presque tous restèrent sur la place. Après avoir mutib; et déchiré leurs cadavres, les vainqueurs, ivres de sang, se répandirent comme des bêtes féroces dans l'île entière ; ils massacrèrent ou firent prisonniers tous les malheureux qu'ils rencontrèrent; puis, rassasiés de carnage, ils regagnèrent sans obstacle leurs bourgades avec deux cents prisonniers dont la plupart subirent le supplice du feu. Jusqu'au mois d'octobre, des partis se montrèrent aux alentours de Montréal tuant ou enlevant les habitants isolés et semant partout la terreur.
La Nouvelle-France était à la merci d'une nouvelle invasion que les Iroquois annonçaient pour la saison prochaine avec le concours des Anglais ; les sauvages alliés n'avaient plus que du mépris pour une nation qui se laissait égorger sans défense; les habitants et les soldats, épouvantés, n'osaient plus sortir de leurs retranchements; le ravitaillement du fort Frontenac était considéré par le gouverneur comme impossible et il en ordonnait l'évacuation. Telle était la situation
dans laquelle M. de Denonville laissait la colonie au moment où il était rappelé en France, pour y remplir les fonctions de précepteur du duc de Bourgogne. Avant son départ, il avait saisi le roi d'un projet de démonstration contre les colonies anglaises, dont les incessantes excitations au pillage et à la dévastation du Canada justifiaient de bien tardives représailles. Le chevalier de Callières, gouverneur de Montréal, envoyé à Versailles pour remettre ce projet à la Cour, réussit à démontrer au nlinistre qu'il était nécessaire de s'emparer de la Nouvelle-York, si l'on voulait mettre fin aux brigandages des Iroquois en les privant du soutien sur lequel ils avaient compté jusqu'alors.
Retour de M. de Frontenac à la Nouvelle-France. — Siège de Québec. — Délivrance de la colonie.
Le déplorable état des affaires au Canada exigeait l'envoi de prompts renforts et la nomination comme gouverneur d'un homme énergique, pouvant inspirer confiance à la population dont la détresse était extrême. Sur la recommandation du maréchal de Bellefont, le ministre présenta M. de Frontenac à Louis XIV pour remplacer M. de Denonville. Le roi, dans l'audience qu'il lui accorda, rendant enfin justice après sept ans d'oubli à son administration précédente, adressa au comte ces paroles qui le vengeaient dignement des calomnies dont il avait été victime : « Je vous renvoie au Canada où je compte que vous servirez aussi bien que vous avez fait ci-devant. Je ne vous en demande pas davantage. »
Le choix de l'homme était heureux, mais il lui fallut suffire à peu près seul à la lourde tâche qui lui incombait, car il n'obtint que des renforts insignifiants et deux navires avec lesquels il devait essayer de surprendre la Nouvelle- York, pendant que le chevalier de Callières irait prendre à Montréal le commandement destroupespourattaqueràrevers,parlelacChamplain, la colonie anglaise.
Guillaume III avait chassé le roi Jacques, notre allié, du trône d'Angleterre, et la guerre avait recommencé entre les deux nations. Louis XIV préparait une expédition en Irlande qui absorbait tous les efforts de la
marine, et les deux vaisseaux qui devaient conduire Frontenac à la côte d'Amérique, au lieu d'être prêts à la mi-juin, ne prirent la mer qu'au mois d'août. La traversée de l'Atlantique, contrariée par les vents, dura quarante-deux jours. Le moment favorable pour attaquer New-York était passé et M. de Frontenac se dirigea sur Québec. Il y arriva le 12 octobre. La population tout entière le reçut à son débarquement; les maisons furent illuminées, des feux d'artifice tirés; mais il avait appris à l'île Percée, par des missionnaires récollets, le désastre de la Chine, et sans prendre un repos que son âge — il avait alors 70 ans, — et les fatigues de la mer auraient cependant justifié, il partit pour Montréal, où régnait le plus complet désarroi. « Il est difficile, écrivait-il au ministre, de se représenter la consternation générale que je trouvai parmi les habitants, et l'abattement qui était dans les troupes. »
Son premier souci fut de faire réoccuper le fort de Cataracoui, dont son prédécesseur avait ordonné l'évacuation ; puis il prescrivit d'établir autour de Montréal une nouvelle palissade en pieux de quinze pieds hors terre ; il répartit ensuite les troupes dans leurs quartiers d'hiver. Des patrouilles parcoururent régulièrement les environs ; des forts de pieux élevés dans les seigneuries les plus importantes permirent aux habitants du voisinage de s'y réfugier : on les garnit de canons que les gardiens tiraient en cas d'alerte.
Le gouverneur avait ramené avec lui de France les chefs envoyés aux galères par M. de Denonville; il avisa les cantons de leur retour, et leur en dépêcha plusieurs que pendant la traversée il avait su gagner à la cause de la France. Leur rentrée dans les bourgades calma quelque peu les esprits et des pourparlers s'engagèrent ; mais Frontenac, estimant non sans raison qu'il importait pour obtenir la paix de se ixiontrer fort, résolut de çommeucer par frapper
RETOUR DM M. DK P^RONTENAC. 3.17
lo vi'^rit.ablfi ennemi, et p.ir rcndri; aux Anglais nne I).'irtio du mal (iirils juaicnl l'ail, à la colonie; (!ii poussant constainîTKMit l(;s Irofiuois à la dévaster. Trois exl)éditions furent préparées, l'une h Montréal pour ()[)(''i"er du enté d'Oranjj^e; la, seconde aux Trois-ltivières avec les (environs de Boston pour- but; la troisième! à Ouébec, destinée h détruire (piidques villages (mtre Boston etl'Acadie. Le couimandement de la première, qui élait la plus imj)orLante, fut confié à MM. d'Aillebout de Mantet et Le Moyne de Sainte-Hélène, tous deux lieutenants, d'une intréi)idité h. toute épreuve; ils avaient sous leurs ordres, comme volontaires, des liommes tels que MM. de Uepentifj;ny, d'ibcrville, delà Brosse, de Montigny, tous officiers; leur troupe se composait de cent quatorze Français, quatre-vingts sauvages du sault Saint-Louis et seize Algonquins. Le départ s'effectua pendant la période la plus froide de l'année, au mois de février 1690 ; la marche avaitlieu dans les neiges, raquettes aux pieds, fusil en bandoulière, provisions sur l»s épaules; on couchait sur le sol, sans abri. Une centaine de lieues avaient été ainsi allègrement parcourues lorsque les chefs informèrent la colonne du but de l'expédition : il s'agissait d'attaquer Orange, capitale de la Nouvelle-York. Les sauvages, efTrayés, se récrièrent ; ils ne croyaient pas possible d'enlever une place défendue par une garnison de cinq ou six cents hommes. Comme il eût été imprudent de les mécontenter, Mantet et Sainte-Hélène acceptèrent de se rabattre sur Corlar, gros' bourg entouré d'une palissade, à six lieues d'Orange. 11 était habité par des Hollandais et des Anglais signalés comme fournissant des armes aux cantons. Pendant neuf jours, Canadiens et sauvages marchèrent, par un froid intolérable, enfonçant parfois jusqu'aux genoux dans les marécages. Arrivés k la nuit près de Corlar, ils détachèrent l'un d'eux pour reconnaître la place. Il s'en approcha sans être aperçu et revint informer les chefs que le bourg comprenant plus de quatre-vingts maisons
avait la forme d'un carré long, entouré de pieux, dans lesquels avaient été ménagées deux portes donnant accès à la rue principale.
L'attaque avait d'abord été fixée au lever du jour, mais le froid était terrible et le vent soufflant avec violence remplissait l'air de tourbillons de neige. On résolut de brusquer l'assaut, afin de trouver dans la place un abri, du feu et des vivres. D'ailleurs la population dormait dans la sécurité la plus complète; elle avait bien entendu dire qu'un parti français avait quitté Montréal, mais les rigueurs de la température et l'amoncellement des neiges ne permettaient pas de supposer que 'des Européens seraient capables d'accomplir une telle marche au milieu des bois, sans autre abri que le ciel, sans autres provisions que celles qu'ils portaient avec eux.
L'efTrayant cri de guerre des sauvages donna le signal de l'attaque ; les maisons et un fort gardé par quelques soldats furent promptement enlevés; le feu consuma ensuite les bâtiments. Une soixantaine de prisonniers, pour la plupart femmes, enfants ou vieillards, eurent la vie sauve.
Une veuve, habitant Corlar, avait à diverses reprises donné des témoignages de compassion aux captifs français amenés dans ce pays; elle avait soigné des malades , fourni des vivres et des vêtements à plusieurs ; ses bienfaits ne furent pas oubliés et sa maison ne subit aucun dommage.
Le butin dont les sauvages s'étaient chargés et le nombre des prisonniers retardèrent la retraite, qui fut inquiétée par les Agniers et les miliciens d'Orange ; une quinzaine de Français perdirent la vie dans ces escarmouches, et la troupe, épuisée de fatigue, n'atteignit Montréal qu'à la fin de mars. Néanmoins, l'effet sur lequel comptait M. de Frontenac était produit; la terreur s'empara des colons anglais lorsque ce hardi coup de main leur fut connu, et nos plus acharnés adversaires comprirent que la distance ne
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les sauverait plus des reprtjsailles des (luiiadiens.
Le ])arti de gucîrre formé aux Trois-liivières avait connue chef uii des meilleurs oriicicrs de la colonie, François llertel, ([ui emmenait avec, lui trois de ses (ils. La trou[)e se composait d'une trentairu) de Canadiens et de vinjj;t-cin(ï sauvages. Le départ eut lieu le Î2S Janvi(îr 1(>*.)(); après une longue et rude marche, on ari'iva, le 27 mars en vu(; d'un bourg anglais du nom de Salmou-l'alls. Les Français divisi'îs en trois bandes enlevèrent en môme temps d'assaut les deux forts protégeant la place et une grande maison barricadée. Tout ce ([ui résistait fut tailb'; en pièces ; l'ennemi eut trente hommes tués et cinquante-quatre faits prisonniers; vingt-sept maisons réduites en cendres et tout le bétail brûlé dans les étables, tels furent les résultats de cette affaire. Poursuivi par un corps de deux cents miliciens, llertel Tattendit au bord d'une rivière sur laquelle il y avait un pont étroit ; les Anglais, méprisant le petit nombre des ennemis, s'y engagèrent sans défiance ^-Hertel les laissa venir à portée, puis fondit sur eux avec une telle impétuosité que du premier choc il en tua ou blessa dix-huit. Les autres s'enfuirent, et les Français continuèrent sans encombre leur retraite vers la colonie. Dans le trajet Hertel rencontra le parti formé à Québec et se joignit à lui, après avoir envoyé un détachement informer le gouverneur du succès de son entreprise.
La dernière troupe, qui avait quitté le Canada sous le commandement du lieutenant de Portneuf, ne comprenait que quelques Canadiens accompagnés d'une soixantaine d'Abénaquis. Il leur avait été impossible d'emporter des provisions par suite de la disette qui étaitgrandeàQuébec,etilsdurentchasserenroutepour se procurer des vivres. Aussi n'arrivèrent-ils qu'au mois de mai aux abords du fort de Casco, après avoir été rejoints par Hertel et ses compagnons. La place était garnie de huit pièces d'artillerie et abondamiiient pourvue de munitions. Les Anglais du voisinage
s'y étaient réfugiés à l'approche de l'ennemi et la garnison paraissait résolue à se défendre ; mais une sortie de cinquante hommes tomba dans une embuscade et fut assaillie si vigoureusement que quatre seulement rentrèrent au fort; une tranchée fut ensuite ouverte. Canadiens et sauvages n'avaient à cet égard aucune expérience, mais l'ardeur qui les animait y suppléa : des outils trouvés dans les fermes du voisinage permirent de remuer la terre et de faire les approches avec un tel succès que la garnison, craignant un assaut qui aurait abouti à son massacre, se rendit prisonnière. Après avoir enlevé du fort tout ce qui pouvait être utilisé, M. de Portneuf en détruisit les bâtiments ainsi que toutes les habitations à deux lieues à la ronde, puis il revint à Québec sans être inquiété.
Ces succès, grossis par- la renommée, inquiétèrent vivement les Anglais, donnèrent à réfléchir aux Iroquois, et permirent à Frontenac de rompre les pourparlers engagés entre ces derniers et les sauvages de l'Ouest, Outaouais et Hurons, qui se préparaient à nous abandonner. Réunis à Montréal, les chefs de ces tribus y furent reçus solennellement par le gouverneur qui les combla d'attentions. Dans une grande assemblée, il leur fit savoir que s'il avait d'abord usé d'indulgence au regard des cinq cantons, c'est parce qu'il espérait qu'ils reviendraient à des sentiments d'affection pour leur père, mais qu'il était las d'attendre leurs propositions et décidé à marcher contre eux avec tous ses alliés. Saisissant alors une hache et entonnant une chanson de guerre, il fît tournoyer l'arme au-dessus de sa tête et, suivant la coutume des sauvages, il la remit aux chefs qui la brandirent à leur tour en dansant et en chantant. « Ce dut être un spectacle inoubliable que celui de ce vieillard, en grande tenue de gouverneur, donnant ainsi le signal violent d'une fête de sauvages ; ceux-là seuls pouvaient regretter qu'il renonçât un instant à la dignité de sa charge, qui ne comprenaient pas la valeur sur l'esprit
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dos indif^ones d'uinî scinld.iMc, Hianifostntion. » (Lorin.)
Tous jn'oiniiciil. ([u'il ik; serait [)liis (jucstion do paix av(M' l'li'()(iu()is. Mcolas Porr(jl, dctaclii'; cho/, l(;s Sioiix, roussit à les maintenir en paix avec l(!s Outat^aniis et 1(îs autres tribus voisines du lac Michi^an; il obtint en outre de ces dernières la formation de partis de guerre contre les cantons. Tonti, chariçé du cornma.nd(MU(Mit aux Illinois, les détermina également à des incursions chez les mêmes ennemis dont ils délruisirent un bon nombre.
Ce n'était pas sans de graves raisons que Frontenac s'assurait le concours de ces peuplades ; les pertes intligées par les Canadiens aux colons anglais les avaient décidés à tenter un grand effort pour chasser des voisins si entreprenants ; leurs délégués se réunirent en congrès à New-York au mois de mai 1()90 et s'entendirent pour une double attaque sur la Nouvelle- France, l'une par mer afin de s'emparer de Québec, l'autre par terre dans la direction de Montréal. Les lîostonais se chargèrent de fournir la flotte et les équipages ; les troupes de terre devaient se réunir à Orange et rallier en route les guerriers des cantons.
Le commandement de la flotte fut confié à Guillaume Phips. Cet offlcier avait été d'abord ouvrier charpentier, puis marin; originaire de la Nouvelle- Angleterre, il plaisait au peuple de Boston par l'obscurité même de ses débuts; mais son entêtement égalait son insuffisance, que sa conduite pendant cette campagne mit à nu autant que sa duplicité et sa mauvaise foi. Il commença ses opérations par l'Acadie et vint mouiller devant Port-Royal.
Le commandant, M. de Menneval, n'avait à sa disposition que quatre-vingt-dix hommes de troupe ; la place était dans un état complet de délabrement et la défense ne semblait guère possible. Sommé de se rendre, M. de Menneval entra en négociations avec Phips qui lui accorda la sortie de la garnison avec armes et bagages, le transport de tous les soldats à
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Québec, le maintien des habitants dans la possession paisible de leurs biens et le libre exercice de leur religion. Mais la place rendue, Phips, la trouvant beaucoup plus faible qu'il ne le croyait, fit désarmer les soldats, les retint prisonniers avec le commandant, s'empara des effets et de l'argent de ce dernier, et laissa ses, hommes mettre à sac les habitations. De retour à Boston, il réunit les navires et les équipages nécessaires pour aller attaquer Québec, et le 16 octobre il arriva en vue de cette ville à la tête de trente-quatre voiles transportant trois mille hommes de troupes.
M. de Frontenac était à Montréal où il présidait à la foire des pelleteries et organisait la défense contre les Iroquois et les Anglais, de concert avec les nations du haut pays. Il était averti de la formation d'un corps d'invasion à Orange et se préparait à le repousser lorsqu'il apprit que les miliciens anglais, en se réunissant aux contingents des cantons, leur avaient communiqué la petite vérole qui avait rapidement fait parmi eux d'effrayants ravages. Plus de trois cents étant morts, les autres accusèrent les Visages-Pâles de les empoisonner et se dispersèrent. Les Anglais, restés seuls^ regagnèrent leurs foyers sans rien tenter contre le Canada.
Informé de l'agression par terre, Frontenac était moins bien renseigné sur l'attaque par mer, et il aurait pu être victime d'une surprise si des chefs abénaquis, qui avaient vu la flotte de Phips se diriger sur le golfe Saint-Laurent, n'avaient envoyé un des leurs prévenir en toute hâte à Québec de la direction prise par l'ennemi. Avisé aussitôt, Frontenac descendit le fleuve dans un canot d'écorce après avoir chargé Callières, commandant à Montréal, de réunir et de lui amener dans le plus bref délai tous les renforts possibles. Le 14 octobre 1690, il rentrait à Québec. La flotte anglaise faisait deux jours plus tard son apparition, mais sous l'ardente impulsion du gouverneur aidé par toute la population, qui avait en lui la plus absolue
SIKGR DE QllKHKC. 'M'A
con\\i\nrA\ le tonips îivail «Hi'imervoilloiisomont utilisé; les fortilicjitions, complétées, étaient mises en état de défense, des barricades élevées sur divers poinls, des batteries installées, les milices réunies, les berges du ileuve garnies de troui)es.
Le K) octobre, à dix lieures du matin, la flotte anglaise jetait l'ancre devant Québec, et une chaloupe portant })aviUon blanc «piiltait le vaisseau de Phips pour se diriger vers la ville. M. de Frontenac envoya un officier à la rencontre du parlementaire ; celui-ci^ les yeux bandés, fut conduit au cliâteau Saint-Louis où, son bandeau enlevé, il se trouva en présence du gouverneur ayant à ses côtés l'éveque, l'intendant et un grand nombre d'officiers. Sa surprise fut d'autant plus extrême que sur la flotte on croyait Québec sans défense et M. de Frontenac à Montréal. Invité à faire connaître l'objet de sa mission, cet homme remit en tremblant, au nom de son chef, un ultimatum dont le texte fut traduit sur-le-champ à haute voix. Le voici, tel que M. de Frontenac le transmit au marquis de Seignelay :
« Guillaume Phips, général de l'armée anglaise, a M. de Frontenac.
« La guerre déclarée entre les Couronnes d'Angleterre et de France n'est pas le seul motif de l'entreprise que j'ai eu l'ordre de former contre votre colonie. Les ravages et les cruautés exercées par les Français et les sauvages sans aucun sujet contre les peuples soumis à leurs Majestés Britanniques ont obligé leurs dites Majestés d'armer pour se rendre maîtres du Canada, afin de pourvoir à la sûreté des provinces de leur obéissance.
« Mais comme je serais bien aise d'épargner le sang chrétien et de vous faire éviter tous les malheurs de la guerre, moi Guillaume Phips, chevalier, par ces présentes et au nom de leurs très excellentes Majestés, Guillaume et Marie, roi et reine d'Angleterre, de France, d'Ecosse et d'Irlande, défenseurs de la foi, je vous
demande de remettre entre mes mains vos forts et châteaux, dans l'état où ils sont, avec toutes les munitions et autres provisions quelconques. Je vous demande aussi que vous me rendiez tous les prisonniers que vous avez, et que vous livriez vos biens et vos personnes à ma disposition; ce faisant vous pouvez espérer que, comme bon chrétien, je vous pardonnerai le passé autant qu'il sera jugé à propos pour le service de leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets. Mais si vous entreprenez de vous défendre, sachez que je suis en état de vous forcer, bien décidé avec l'aide de Dieu, en qui je mets toute ma confiance, à venger par les armes les torts que vous nous avez faits, et de vous assujettir à la Couronne d'Angleterre. J'attends votre réponse dans une heure. »
La lecture de cet insolent factum souleva dans toute l'assistance une vive indignation, qui augmenta encore lorsque le parlementaire, suivant ses ordres, tira une montre de sa poche, constata qu'il était dix heures et déclara ne pouvoir attendre une réponse que jusqu'à onze. Le capitaine de Valrennes, exprimant l'opinion d'une grande partie des officiers, dit qu'il fallait pendre cet individu comme le complice d'un corsaire armé contre son légitime souverain, et dont la conduite à Port-Royal avait été celle d'un véritable forban.
M. de Frontenac, bien que partageant le sentiment de ceux qui l'entouraient, ne parut pas entendre la réflexion de Valrennes et répondit froidement à l'envoyé : « Je ne vous ferai pas attendre ma réponse si longtemps. La voici : je ne connais point le roi Guillaume, mais je sais que le prince d'Orange est un usurpateur, qui a violé les droits les plus sacrés du sang et de la religion en détrônant le roi son beaupère. Je ne connais point d'autre souverain légitime de l'Angleterre que le roi Jacques IL Le chevalier Phips n'a pas pu être surpris des hostilités des Français, car il a dû s'attendre que le roi mon maître, ayant
SI1>GK l)K OUKIIKC. UV)
rocu lo roi (rAiif^liîtcrro sous s;i [)rotf;<;tiori, m'ordoiiiKMiiil (lu [)orLer la gueri'o cho/ l(;s [X^uplcs ([ui se s(jiit rôvoltcîs contre leur princo li'j^Mtiiric. A-l-il pu croir(3 ^[\\r. (juaud il ui'ollVirail des conditions plus tol(;rables et (pie je serais d'ininieur à les accepter, tant de braves ^ens y voudraient consentir et me conseilleraient de me fier ù, la parole d'un homme qui a viol(3 la eaj)itulation (ju'il avait faite avec le gouverneur de l'Acadie, (|ui a manqué à la fid(''lit(! qu'il devait à son prince pour suivre le i)arti d'un étranger qui a détruit les lois et les privilèges du royaume dont il prétend être le libérateur et renversé l'église anglicane? C'est ce que la justice divine, invoquée par votre général, punira un jour sévèrement. »
L'envoyé demanda que cette réponse lui fût remise par écrit. Le gouverneur s'y refusa et dit fièrement : « C'est par la bouche de mes canons que je vais répondre à votre maître. Il apprendra que ce n'est pas de la sorte qu'on fait sommer un homme comme moi. »
Et il donna l'ordre de reconduire aussitôt l'Anglais à sa chaloupe.
Phips, qui ne s'attendait pas à une résistance sérieuse, perdit deux jours en préparatifs, et permit ainsi aux sept cents hommes réunis par Callières d'arriver à Québec. De leurs vaisseaux, les Anglais entendirent les acclamations qui saluaient l'entrée de cette troupe dans la ville, au bruit des fifres et des tambours. Ils en demandèrent la cause à un prisonnier français; il leur répondit : « C'est le commandant de Montréal qui arrive avec les gens d'en haut ; vous n'avez qu'à plier bagage, car vous perdrez maintenant vos peines. »
Le 18 octobre, vers midi, quinze cents hommes embarqués dans des chaloupes quittaient la flotte et se dirigeaient sur la ccHe de Beauportoù ils débarquaient. Un détachement de trois cents miliciens et des sauvages alliés se chargèrent de les arrêter dans leur marche sur Québec. Le terrain était marécageux,
embarrassé d'arbres et de broussailles, coupé de rochers; les Anglais, formés en colonne serrée, enfonçaient en marchant dans la vase pendant que les Canadiens, dispersés en tirailleurs et profilant de tous les abris, les abattaient à coups de fusil. Le combat ne dura qu'une heure ; le désordre se mit dans les rangs de l'ennemi qui n'osa pas pousser plus loin son attaque, dans la crainte d'avoir affaire à des masses de Peaux-Rouges embusqués derrière tous les arbres. Cette journée lui coûta cent cinquante hommes, tandis que les Français n'eurent que quelques-uns des leurs atteints.
Pendant le débarquement, quatre des plus gros navires de Phips étaient venus s'embosser devant Québec et avaient ouvert contre la ville un feu violent qui fit plus de bruit que de mal. Tout se borna à un homme tué, un blessé et à quelques dégâts matériels sans importance. « Le dommage qu'ils causèrent aux toits des maisons, dit avec mépris un témoin, pouvait monter à cinq ou six pistoles. » (La Hontan.)
Par contre, les batteries françaises, servies par des volontaires pleins d'ardeur et pointées par Le Moyne de Sainte-Hélène dont l'adresse égalait le courage, criblèrent de boulets les navires anglais. Le vaisseau de Phips fut désemparé, sa coque percée en plusieurs endroits, ses manœuvres coupées et un grand nombre de ses matelots tués ou blessés. Les autres bâtiments, bien que moins atteints, éprouvèrent de graves avaries et tous levèrent l'ancre avant la fin du jour pour aller se réparer hors de portée du feu de la place.
Au fort de l'action, un boulet abattit le pavillon du vaisseau amiral qui tomba dans le fleuve où il fut entraîné par le flot. Quelques hardis jeunes gens réussirent à s'en emparer à la nage, et malgré les coups de feu tirés sur eux l'emportèrent à la vue de toute la flotte. Ils le remirent au gouverneur qui le lit déposera la cathédrale.
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ÏA) Iciulciuiiiii, Phips, SCS l);\tinionts r('ipMr(''s, recomnicMiça, sans plus (1(3 succôs, le tircontre lavilhi. Tr(is iniilti'ait(3 par les projectiles des batteries, il se vit contraiiil de se retirer avec le gros de sa flotte au[)rès de l'île d'Orh-ans.
Quant aux troupes de débaniuement, qui avaient soulïert du froid pendant la nuit, car les gebjes étaient dt'jà assez fortes, elles s'étaient a[)procliées de la rivière Saint-Charles qu'il leur fallait traverser pour arriver à la ville, et le 20, Walley qui les commandait, ayant reçu tous les renforts que l'amiral l)ouvait lui envoyer, reprit sa marche vers Québec. Mais il avait devant lui un corps de deux cents volontaires conduits par les frères Le Moyne, de Longueil • et de Sainte-Hélène, soutenus par un millier d'hommes en réserve sous la direction de Frontenac. Les Français, abrités derrière les arbres et les rochers, tiraillant à la manière des sauvages, arrêtèrent encore les assaillants, dont un grand nombre resta sur le (diamp de bataille. Malheureusement Sainte-Hélène, « un des plus aimables cavaliers et des plus braves hommes que la colonie eût jamais eus, » fut atteint à la jambe d'une blessure à laquelle il succomba quelques jours après.
Le 21 octobre, une dernière tentative des Anglais fut repoussée avec le même succès. Décimés par les balles des miliciens et des sauvages, pris en flanc par le i'eu d'une batterie, ils se virent forcés à la retraite. Au moment où ils regagnaient leurs embarcations, le tocsin se mit à sonnera la- cathédrale de Québec; croyant que c'était le signal d'une attaque générale des Français et de ces Peaux-Rouges dont ils avaient une extrême terreur, les Anglais abandonnant leurs canons s'enfuirent en désordre. Ils profitèrent de la nuit noire et d'une pluie froide qui arrêta la poursuite pour s'embar(iuer et regagner la flotte.
Le 22, Phips réunit à son bord un conseil de guerre pour examiner s'il serait possible de continuer l'entre-
prise malgré les échecs subis jusqu'alors ; mais le Icuips devenait mauvais, les munitions étaient épuisées et l'on dut se résigner à la retraite. La Hotte leva l'ancre et descendit le cours du fleuve. Les Anglais avaient perdu six cents hommes dans cette tentative, mais leurs pertes ne s'arrêtèrent pas là; neuf de leurs bâtiments sombrèrent dans le Saint-Laurent avec une grande partie des hommes qui les montaient; Pliips lui-même faillit s'échouer près de l'île d'Orléans et, au mois de mai 1691, quatre de ses navires seulement étaient rentrés à Boston.
A Québec, la disparition de l'ennemi devint le signal d'une, joie générale et d'une allégresse d'autant plus grande que le danger s'était montré plus menaçant. Une fête magnifique eut lieu le 5 novembre pour célébrer cette victoire; la messe solennelle dite à la cathédrale réunit le gouverneur, les autorités et tous les habitants; le soir des feux de joie furent allumés sur les places et les maisons illuminées.
Malheureusement, les ressources étaient épuisées ; les dévastations des sauvages pendant le printemps avaient empêché les semailles et les vivres manquèrent. La détresse devint si grande que l'on se vit dans l'obligation d'envoyer des soldats en subsistance chez les colons les plus aisés, auxquels on versait leur solde.
En France, la nouvelle de la délivrance de Québec produisit également le meilleur effet, et le roi fit frapper une médaille destinée à en rappeler le souvenir. Elle portait d'un côté l'effigie de Louis XIV et de l'autre cette inscription : Francia in novo orbe vicirix. Kebeca llberata. M.DC.XC.
Frontenac reçut une lettre de félicitations ; mais sur la proposition qu'il avait transmise au ministre de reprendre le projet d'attaque de la Nouvelle -York et de Boston, ce dernier lui donna l'ordre de s'en tenir à « une vigoureuse défensive », la Cour ne pouvant, dans l'état des affaires en Europe, lui envoyer aucun renfort.
DÉLlVllANCl!] IIK LA COLONIE. W.)
Los succlis l'emportés [)di' les Français curent du moins ce résnUat d'enconragcr l(;s sanv<i|ijes alliés ;i. (onlinner leurs courses conti'c 1(!S Irocjnois, donl plusieurs partis tenaient ern:oi'o la campagne. J)(îs détachements envoyés à leuri)on)suite réussiretplnsieuis fois à les atteindre et à en mettre un certain nombre liors de combat. Une bande, surprise dans une lial)italion, laissa quinze des siens sur la place à la première déciiargc ; une douzaine d'autres s'enfermèrent dans la nuiison d'où ils tiraient sur les Français ; un des frères Le Moyne, de Bienville, en s'approchant d'une fenêtre reçut un coup de fusil qui l'étendit raide mort. On mit le l'eu au bâtiment pour obliger ces forcenés à se rendre. Les habitants des alentours, exaspérés, brillèrent impitoyablement les cinq prisonniers qui avaient survécu à cette rencontre.
Grâce à la protection de ces détachements, les travaux des champs s'efTectuèrent dans de bonnes conditions et les secours, arrivés de France au mois de juillet 1()91, permirent de ravitailler tous les postes. La foire annuelle des pelleteries s'acheva sans encombre et les principaux chefs, descendus à Montréal pour la traite, furent reçus par Frontenac à Québec, où ils assistèrent avec admiration aux manœuvres des troupes et aux illuminations de la lëte comnu'morative de la prise de Mous par Louis XIV.
Comme il importait aux Anglais d'encourager les Iroquois à continuer leurs incursions meurtrières, mais que ceux-ci ne voulaient plus marcher seuls, le major Schuyler, de la Nouvelle- York, se joignit à eux avec ses troupes pour essayer de renouveler une tentative sur Montréal. Le commandant de cette ville, Callières, avisé de l'approche de l'ennemi, rassembla quelques centaines de miliciens et vint camper à la prairie de la Madeleine, ofi il occupa un fort de pieux à trente pas du tleuve. 11 était malade et alité lorsque, dans la nuit du 10 au 11 août, qui fut pluvieuse et obscure, les ennemis s'approchèrent du campement
sans être découverts dans leur marche, et se jetèrent tète baissée sur les premières troupes qu'ils rencontrèrent. Au bruit de la fusillade, la résistance s'organisa rapidement et les Anglais, se voyant menacés à leur tour par toutes les forces françaises, prirent le parti de se retirer vers la rivière Richelieu. Ils n'avaient laissé sur le terrain que cinq ou six hommes et emportaient une trentaine de blessés, tandis que nous comptions soixante miliciens tués ou prisonniers et plusieurs officiers mortellement atteints, notamment le capitaine de Saint-Cirque, qui remplaçait Callières dans le commandement.
A deux lieues de là, l'ennemi, fier du succès qu'il avait remporté, rencontra sur sa route un détachement commandé par M. de Valrennes qui arrivait du fort Chambly au secours de Callières. Le major Schuyler, s'imaginant qu'il aurait bon marché de cette troupe beaucoup plus faible que la sienne et qui menaçait cependant de lui barrer le passage, ordonna de l'attaquer aussitôt. Les Français et les sauvages qui les accompagnaient évitèrent la première décharge en se jetant à terre derrière deux grands arbres renversés; ils répondirent ensuite avec tant de vigueur que Schuyler dut rallier plusieurs fois ses hommes pour les ramener au feu. Après deux heures de lutte acharnée, les Anglais finirent par lâcher pied et s'enfuirent en désordre dans les bois en abandonnant drapeaux et bagages. Soixante-cinq des leurs et dix-sept sauvages restaient sur le sol ; de nombreux blessés, réfugiés dans les profondeurs de la forêt, y succombaient bientôt d'épuisement et de faim.
M. de Valrennes dut se contenter de ce brillant succès et renoncer à la poursuite ; ses hommes, qui marchaient depuis trois jours par des chemins affreux, étaient accablés de fatigue et ne tenaient plus debout.
En rendant compte au ministre de î affaire, M. de Frontenac lui écrivait : « Il ne s'est rien passé en
nÉr.lVRANCK \)K LA COLONIR. '.VM
Ci\]\i\{]ii d'aussi fofl. ni do si vit((»iir(;iix, et Ton jXMit, dire ([lie le sieur de Valr(îniies a conservé la f^loire des armes du roi et procur('' un i^raiid avantage au pays, |)uis(iue cela nous a donné moyen d'acliever paisiblenuMit nos récoltes, dans lesquelles nous aurions (Hé fort in(|uiétés, et qui, venant à nous manquer, nous auraient mis dans la dernière désolation. »
Cet éclicc ne suffit pas cej)endant pour arrêter les incursions sur les bords du Saint-Laurent. Les miliciens atteignirent plusieurs bandes auxquelles ils intligèront des pertes sensibles, mais le territoire de la colonie était trop Yaste pour être efficacement gardé sur tous les points par le peu de troupes dont le gouverneur disposait, et par les habitants disséminés sur un espace aussi grand que la France. L(j système des primes, données de part et d'autre pouï* les chevelures et les prisonniers, encourageait encor» la formation de partis de guerre. Au Canada, on payait dix écus pour un Iroquois tué et vingt pour un capturé vivant, « difTérence de prime qui faisait honneur à l'humanité du gouvernement français, et qui fut établie pour engager les sauvages à ne point massacrer leurs prisonniers comme c'était l'usage. » (Garneau.) Dans les colonies anglaises, on était plus féroce : il n'y avait pas de prime pour les prisonniers ; en revanche chaque soldat recevait dix louis pour une chevelure de Peau-Rouge, et un volontaire vingt louis ; s'il passait son temps à faire la chasse à l'homme comme à une bête fauve, il avait droit à cinquante louis par chevelure. (Bancroft.)
C'est à cette époque que se place un épisode qui indique à quel point l'habitude du danger rendait véritablement héroïques jusqu'aux enfants de la Nouvelle-France. Sur la seigneurie de Verchères, située rive droite du fleuve, au-dessous de Montréal, on avait établi un fort ; ce n'était en réalité qu'un enclos fermé de palissades et garni de bastions armés de canons. Un jour que les habitants étaient occupés
aux travaux dos champs, un parti de guerriers les surprit dispersés et les captura les uns après les autres. La fille du seigneur, âgée de quatorze ans, se promenait à deux cents pas de l'habitation ; aux cris qu'elle entendit elle courut vers le fort, poursuivie par les Peaux- Rouges, dont les hurlements accéléraient sa fuite. Comme elle arrivait à la porte de la palissade, un sauvage la saisit par un foulard qu'elle portait autour du cou. Elle le détacha rapidement et franchit la porte qu'elle referma aussitôt en criant : aux armes ! Il n'y avait dans le fort qu'un jeune soldat, les deux frères de Verchères âgés de 12 et 10 ans, et quelques femmes qui, voyant leurs maris garrottés, poussaient des cris lamentables. La jeune fille ne perd pas courage; elle met une coiffure de soldat sur sa tête, place aux créneaux ses deux frères, saisit un mousquet et tire sur l'ennemi, puis elle charge en toute hâte un canon; ne trouvant pas de bourre, elle emploie une serviette, et met le feu à la pièce. De fort en fort, l'alarme se répand jusqu'à Montréal, d'où part aussitôt un détachement. Mais à son arrivée les Peaux-Rouges reçus à coups de fusil chaque fois qu'ils essayaient de s'approcher des palissades, et persuadés qu'ils avaient affaire à de nombreux défenseurs, s'étaient déjà retirés avec leurs prisonniers. Poursuivis par M- de Crisacy, commandant d,u détachement, rejoints et attaqués avec furie, presque tous restèrent sur le terrain et leurs victimes, délivrées, échappèrent cette fois au supplice qui les attendait.
Frontenac, fidèle à son système et reprenant l'initiative de l'attaque, voulut, en attendant des secours de France qui permettraient de se porter sur Boston et New- York, rentrer du moins en possession de l'Acadie et chasser les Anglais de Terre-Neuve, où la pêche leur procurait de grands profits. La première entreprise présentait d'autant plus de facilité que les Rostonais, après le pillage de Port-Royal, n'y avaient laissé aucune garnison. Le chevalier de Villebon,
nftf.ivRANcr: dk la colonir. :{53
nommt'î coniiii;ui(laril dr. celte [)r()vin(:(;, n'eut, en y anivjinl. ([u'à faire abattre le pavillon an^^lais. lis'insr talla dans le fort de Jcmsck, sur la rivière Saint-Jean, IN)rt-Hoyal n'étant pas en état de défense.
(Juant il rexp('ditiori de Terre-Neuve, hrillammenl (Muiduite en 1()0() i)ar d'Iberville, à la tête d'une c(întainft de Canadiens, elle aboutit h l'expulsion des Anglais (l(>s jjostes (ju'ils occupaient dans cette île ; elb; fu^ suivie d'une autre campagne dans la baie d'Hudson, dont nos adversaires se virent encore une fois chassés.
Les Agniers s'étaient montrés particulièrement hostiles aux Français, et fournissjiient la plupart des rôdeurs qui désolaient les rives du Saint-Laurent ; le gouverneur profita du répit dont jouissait la colonie pour ravager à son tour leur canton. Au mois de janvier 169.3, un corps de six cents hommes se réunit dans ce but à Montréal. Il comprenait une centaine de soldats, deux cents sauvages alliés et trois cents volontaires. « On peut dire à l'honneur des Canadiens, écrivit alors l'intendant, que tous les miliciens joignirent cette expédition avec une bonne volonté qu'on n'espérait pas rencontrer au milieu de gens qui ne peuvent s'éloigner de leurs établissements sans causer un tort considérable à leurs familles. »
Marchant sur les neiges avec des raquettes, portant ou traînant leurs vivres, ces hommes intrépides, partis de Montréal le 25 janvier sous la direction des lieutenants Mantet, de Courtemanche et de la Noue, arrivèrent le soir du 16 février, sans avoir été découverts, au milieu des trois bourgades fortifiées des Agniers. La Noue et Courtemanche enlevèrent sans coup férir les deux premières, et pendant que le second gardait les prisonniers, Mantet et La Noue se portèrent sur la dernière, la plus importante. Ils s'en approchèrent dans la nuit du 18, et entendirent des chansons de guerre. C'était une bande de quarante sauvages qui se préparaient à aller rejoindre un parti d'Onneyouts et
d'Anglais pour se diriger ensuite sur les habitations françaises et y massacrer quelques malheureux. Surpris au milieu de cette fête, ils se défendirent courageusement, mais une vingtaine ayant été tués, les autres se rendirent. Le nombre des prisonniers, pour les trois bourgades, s'élevait à plus de trois cents; ils embarrassèrent fort la retraite, au cours de laquelle il fallut repousser les attaques des miliciens anglais auxquels s'étaient joints plusieurs centaines de sauvages des autres cantons. Un grand nombre de prisonniers, profitant du désarroi qui en résulta parmi leurs gardiens, s'enfuirent dans les bois. Lorsque la colonne parvint au lac Saint-Sacrement, les vivres manquèrent à tel point que l'on regarda comme heureux ceux qui purent se partager un potage fait avec de vieux souliers. (Ferland.)
Callières, averti, envoya aussitôt des provisions à ses affamés, et la troupe, exténuée, atteignit enfin Montréal le 16 mars . Elle n'avait pu garder avec elle que soixante-quatre prisonniers.
Malgré les pertes subies par eux, les Iroquois continuèrent leurs brigandages, et les négociations plusieurs fois engagées avec quelques-uns de leurs chefs restèrent sans résultat. Aussi Frontenac, d'accord avec les principaux habitants et invité par le ministre Pontchartrain à poursuivre le plus vivement possible la destruction de ces malfaisants rôdeurs, prit-il ses dispositions pour leur infliger une correction qui les réduisît à sa merci. Le canton d'Onnontagué s'était depuis longtemps montré opposé à la paix ; il avait cruellement traité un officier, le chevalier d'Eau, envoyé par Frontenac en ambassade, et brûlé ceux qui l'accompagnaient ; il fallait faire un exemple et en finir avec ces barbares.
Les troupes, rassemblées à Montréal dans le courant du mois de juin, se composaient de dix-huit cents Français partagés en huit bataillons, et de cinq cents sauvages de la colonie divisés en trois groupes com-
nisLIVIlANCK I)K LA COI.ONIK. 3é)5
ninndôs cluicun |);ir un ollicicr. \j' 7 juillet on partil (l(i l'île Pcrrot pour remonter le lleuve ; les soixante lieues si'parani, Mouiréal du fort Frontenac furent rr.incliiesen don/.e joui's. La traversée du lac Ontario s'i^MVctua sans encombre, et h; ^8 rn,rnn''(; s'en,^;ifçea, dans la rivière d(;s Onnontaj^ués. Cinriuante éclaireurs uiarcliaient en avant sur les deux rives, et les troupes suivaii'ut divisées en deux corps, le premier commandé |)ar le chevalier de Callières, le second par M. de Vaudreuil. Frontenac, à ([ui sou âge ne peruieLtait pas d'affronter les Tatigues d'une pareille marche, était porté dans un fauteuil au milieu des soldats que sa présence enthousiasmait. On parcourut ainsi trois lieues, et l'on campa au pied d'une chute au delà de laquelle il fallut transporter à force de bras les bateaux et les canons. Cinquante Peaux- Rouges hissèrent, en chantant, sur leurs épaules, le canot dans lequel était le gouverneur, et le déposèrent de l'autre côté de l'obstacle.
L'armée s'avança ensuite le long des berges, dans des sentiers fangeux, avec de la vase jusqu'aux genoux. Elle arrivait le 4 août en vue des bourgades ennemies et prenait ses dispositions d'attaque lorsqu'elle aperçut des flammes qui sortaient des cabanes et les consumaient. On apprit alors par deux prisonnières que depuis plusieurs jours les Onnontagués avaient envoyé femmes et enfants dans les profondeurs des bois et s'étaient préparés à opposer aux envahisseurs une résistance acharnée, mais qu'à la vue de l'armée l'épouvante les avait saisis et qu'ils s'étaient enfuis après avoir mis le feu à leur village et au fort que les Anglais leur avaient fait construire.
L'ennemi ayant disparu, on dut se borner à dévaster les champs de maïs à deux lieues aux alentours et à détruire tout ce que l'incendie n'avait pas atteint.
Les Onneyouts, voisins des Onnontagués, s'étaient montrés comme eux de cruels adversaires ; le chevalier ^e Vaudreuil reçut la mission de leur faire subir le
même sort. A la tête de six cents hommes, il se dirigea en toute hâte sur leur bourgade, où il ne trouva que trente-cinq guerriers qui se rendirent sans combat. Le reste de la population avait fui dans les forets : cabanes et récoltes furent livrées aux flammes, et Vaudreuil rejoignit l'armée avec ses prisonniers. Tout était détruit dans les deux cantons, et leurs habitants allaient être réduits à mourir de faim ou à accepter la paix aux conditions qui leur seraient imposées.
L'armée rentra le 20 août à Montréal ; elle n'avait perdu qu'un homme tué pendant la retraite et trois qui se noyèrent dans les rapides.
Le gouverneur informa de sa main le roi du succès que ses armes avaient remporté. Il fit l'éloge de Callières, qui avait montré les plus grandes qualités, des autres officiers, dont il signala le dévouement, et parlant enfin de lui-même il ajouta non sans tristesse: « Je ne sais si Votre Majesté trouvera que j'ai essayé de m'acquitter de mon devoir et si, après cela, elle me croira digne de quelque marque d'honneur qui puisse me faire passer avec quelque distinction le peu de temps qui me reste à vivre ; de quelque manière qu'Elle en juge, je la supplie très humblement d'être persuadée que je lui sacrifierai le reste de mes jours avec la même ardeur que j'ai toujours eue pour son service. »
Frontenac n'avait jamais reçu jusqu'alors que des gratifications pécuniaires. Le roi lui accorda la croix de Saint-Louis dont le brevet lui parvint par les vaisseaux de 1697. Comme il en avait le pressentiment, il n'en put jouir que quelques mois. (Lorin.)
De retour à Québec, le gouverneur reçut de France l'avis d'une expédition sur la Nouvelle-Angleterre, à laquelle il devait coopérer en prenant le commandement des troupes de terre. Le ministre Pontchartrain avait réuni dans ce but une escadre de onze vaisseaux et quatre brûlots et lui avait donné pour chef un jnarin des plus estimés, le marquis de Nesmond
DÉLIVSANCK DK LA COLON IK. 3:i7
Onin7.(! coiils hoiniiics dev.uent partir do Onôhfîc, |)()ur i;ai4;ii('i' la ('<Ho d'Acadic (!t s'y CMnl)ar(iU(3r pour iiostoii lL New- York. C'iUait lo plus grand ollurt qui oui encore; été tenté contre les colonies an^Liiscs dont la situation, si lalVaire avait réussi, aurait été des plus i'riti(iues ; mais l'armement de la flotte traîna en longueur ; elle ne quitta la Rochelle ([u'à la fin de mai 1()07 et la traversée, retardée par les vents contraires, prit deux mois entiers. Parvenu h la côte de Terre-Neuve, Nesmond dut reconnaître que la saison était trop avancée pour atta(|uer Boston, car les troupes canadiennes, averties de son arrivée, ne pourraient être rendues à Pentagoet que vers le iO septembre, et ses navires n'avaient plus de vivres que pour cinquante jours. Après avoir vainement cherché la flotte anglaise qui, d'après une dépêche du ministre, devait stationner dans ces parages, M. de Nesmond se vit obligé de retourner en France sans avoir pu rien entreprendre.
La paix de Ryswick, conclue en 1697» mit fin aux hostilités. Aux termes de l'article 7 du traité entre la France et l'Angleterre, les deux puissances rentraient en possession des contrées qu'elles occupaient en Amérique avant la guerre ; la baie d'Hudson faisait retour à la France, ainsi que l'Acadie, dont la rivière Saint-George devint la limite-frontière ; l'Angleterre rétablissait ses postes de pêche àTerre-Neuve, où nous ne gardions que la côte occidentale et le port de Plaisance.
La nouvelle de la paix ne fut connue k Québec qu'au mois de mai 1698 : le major Schuyler et le ministre protestant Dellius en informèrent le gouverneur en lui amenant dix-neuf prisonniers français en échange de ceux des leurs qui avaient été enlevés dans les divers coups de main accomplis par les Canadiens.
La question de propriété du territoire des Iroquois avait été laissée en suspens par les représentants des deux nations ; Frontenac en proGta pour continuer à
pousser contre eux nos alliés des pays d'en haut, en même temps qu'il négociait avec leurs envoyés une paix qui permettrait enfin à la colonie de progresser librement. Il n'eut pas le bonheur de terminer cette œuvre, qui fut achevée dans le même esprit par son successeur. Le 28 novembre dC98, il succombait à une courte maladie: « il était dans sa soixante-dix-huitième année et avait conservé, dans un corps aussi sain qu'il est possible de l'avoir à cet âge, toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous et avec la gloire d'avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte, attaquée de toutes parts et qu'il avait trouvée sur le penchant de sa ruine. » (Cliarlevoix.)
Ainsi qu'il en avait témoigné le désir, le comte de Frontenac fut inhumé à Québec, dans l'église des Récollets, qui lui devaient leur établissement dans cette ville. Ses obsèques eurent lieu le 19 décembre, avec une grande solennité ; le conseil souverain y figura en corps « pour témoigner de la considération qu'il avait toujours eue pour la personne de Monseigneur. » L'évêque, l'intendant et toutes les notabilités y assistaient. Le père Goyer, récollet, prononça l'oraison funèbre du défunt « qui s'était fait aimer par sa bonté, et estimer par sa valeur. »
La mort de Frontenac fut un véritable deuil pour les Canadiens qui savaient de quels services ils lui étaient redevables : ses relations avec les chefs des pays d'en haut les avaient maintenus dans notre alliance ; son attitude énergique et ses habiles mesures contre les Anglais avaient sauvé la Nouvelle-France; ses luttes contre les Iroquois avaient lassé ces dangereux adversaires qui étaient maintenant disposés à la paix. Son caractère hautain et autoritaire l'avait parfois entraîné à des querelles avec l'évêque, l'intendant et le conseil, mais c'était le plus souvent pour défendre les intérêts de la colonie, comme lorsqu'il s'opposait de
DÉLIVRANCE DE LA COLONIE. 3tî0
tout son pouvoir à la suppression des congés et des postes au delà des lacs, dont l'abaïKlon jimaiL eu |M)iir elUît certain de faire passer c(?s immenses coriLi(';(;s sous riniluence an^^Iaise. Aucun administrateur n'a eu plus que lui le sentiment de la grandeur future de ce pays, dont les destinées lui étaient confiées, et la volonté de faire de la fiance la principale [puissance de rAméri(iue du Nord. Sans Tabandon d(';plorable dans lequel le laissait un roi dont toutes les forces s'usaient en vains eiïorts contre l'Europe coalisée, il aurait réussi dans cette noble entreprise. L'habileté avec laquelle il mit en œuvre les faibles ressources dont il disposait, le concours absolu qu'il sut toujours obtenir des habitants eurent du moins ce résultat de sauver la colonie, de développer ses ressources, de préparer la paix avec les cantons et d'assurer l'avenir.