‹ La Nouvelle-FranceChapitre 1 sur 68 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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La France possédait autrefois, dans l’Amérique septentrionale, un vaste empire qui s étendait depuis le Labrador jusqu’aux Florides, et des rivages de l'Atlantique aux lacs les plus reculés du HautNJanada.

Aujourd’hui, deux îlots, Saint-Pierre et Ürfiquelon, aux abords de Terre- Neuve, nous restent, seuls débris de cet immense domaine ; une autre race a colonisé le nouveau monde et pris possession, des territoires qui séparent les océans, étouffant, détruisant à son contact toutes les populations indiennes, essayant de traiter de même les malheureux Français restés aux bords du Saint-Laurent. Proscriptions, transportations, pillages, dépossession, corruption, tous les moyens ont été employés pour atteindre le but et faire du Canada une nouvelle Irlande; ils ont échoué devant la résistance insurmontable des Canadiens français.

C’est l’histoire de cette colonisation et de ces luttes, trop ignorées, que nous allons retracer, avec une admiration passionnée pour les héros qu’elles enfantèrent et pour le peuple dont les plus dures épreuves n’ont entamé ni la foi ni l’amour du vieux pays.

De cette constante affection pour la France, nous avons trouvé, pendant que nous réunissions les matériaux de cet ouvrage, une preuve bien touchante. Le premier volume d’une Histoire du Canada, de Garneau, parvenu entre nos mains par le hasard des ventes, était accompagné de l’envoi dont nous reproduisons le texte :

« Mon cher ami, cette première édition de l’Histoire du Canada a été achetée par mon père en 1845. A cette époque nous nous doutions de ce qu’avaient été les nôtres; nous savions qu’il avait passé au-dessus du berceau

de nos anciens des émanations de poudre, des cris de guerre, des cliquetis d’épées et de tomahawks, des hourras de victoire. On se racontait ces choses dans les familles, tout en causant de la France qui ne revenait pas. Nous possédions les grandes lignes de notre passé, mais nous ne connaissions pas encore les héroïques détails de notre épopée nationale. Garneau nous les a révélés.

« Mon père, un vieux de la Nouvelle-France, m’a souvent pris sur ses genoux pour me raconter et pour commenter ce que ses pères avaient fait chez nous, chez vous, en Amérique, au nom de la vieille France. Enfant, j’ai souvent feuilleté ces chers volumes. Ils sont rarissimes aujourd’hui ; de plus ils sont relique de famille.

« Je vous les donne, ces livres, puisque vous aimez notre pays, cette Alsace, cette Lorraine perdue pour vous, — mais non pour les vôtres, — depuis 1763. Vous les lirez au coin du feu, en songeant à notre glorieux passé, en disant à nos frères d’outre-mer d’aider à notre avenir qui ne le sera pas moins.

« Mon père est mort en priant pour la France. Si son coeur était venu en contact avec ce cœur chaud et patriotique que je vous connais, il se serait fait un plaisir de vous offrir lui-même cette Histoire du Canada.

« Il est mort : je le remplace, et je ne fais en ce moment qu’ohéir à sa voix. Sur son lit d’agonie je l’ai souvent entendu répéter ces mots auxquels je m’unis avec vous dé toute mon âme : Puisse Dieu protéger la France!

« Faucher de Saint-Maurice.

« Québec, ce 15 septembre 1883, 124e anniversaire delà bataille des plaines d’ Abraham. »

Le Canadien qui a écrit ces lignes nous pardonnera de les publier; elles toucheront jusqu’au fond de l’âme tous ceux qui ont le culte de la Patrie.

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