LE FORT GARRY
Dessin de Weber, d’après une gravure américaine.
de la milice, sir George Cartier, que la ville de Montréal n’avait pas réélu. Il fit plus lorsque, l'année suivante, les Irlandais fenians des Etats-Unis, croyant soulever la population, essayèrent d’envahir la province du Manitoba, le gouverneur Archibald fit appel à tous les Métis, et Riel, qui se présenta à la tête de deux cent cinquante cavaliers, vit son concours accueilli avec empressement. Il retourna ensuite aux Etats-Unis. Il devait en revenir une dernière fois sur un nouvel appel de ses compatriotes et payer de sa vie la haine que lui avaient vouée les loyaux Anglais de l'Ontario.
Les terres fertiles du Manitoba, devenu province du Dominion canadien, avaient été rapidement envahies par une foule d’émigrants anglais, écossais, irlandais et Scandinaves : en 1881, la population s’élevait déjà à soixante-cinq mille â'mes. Les Métis, habitués aux longues courses dans les prairies à la recherche des
buffles, aux voyages dans les forêts désertes du Nord à la poursuite des animaux à fourrure, avaient vu peu à peu le gibier s’éloigner des régions trop peuplées voisines de la rivière Rouge; beaucoup avaient quitté ses bords pour s’installer sur les territoires d’Assiniboia, de Saskatchewan et d’Alberta, à l’ouest du Manitoba. Les mêmes difficultés s’y produisirent; comme en 18G9 dans cette dernière province, des arpenteurs vinrent délimiter les terres pour la colonisation, sans se soucier des occupants. En septembre 1884, ces derniers, réunis à Saint-Laurent, formulèrent, comme autrefois leurs frères du fort Garry, une déclaration de droits qui fut votée à l’unanimité et adressée ensuite au gouvernement fédéral. Ils demandaient la division en provinces des territoires du Nord-Ouest, la concession aux Métis des bords de la rivière Saskatchewan des avantages territoriaux reconnus à ceux du Manitoba; la délivrance aux habitants de titres de propriété; la vente de cinq cent mille acres de terre pour l’établissement d’écoles et hôpitaux, et l’amélioration du sort des sauvages, leurs alliés par le sang. Pendant tout l'hiver, l’agitation continua et s’étendit chez les Métis français, au nombre de deux mille, occupant les bords de la Saskatchewan, aussi bien que chez les Métis écossais et anglais groupés aux environs de Prince-Albert. Les uns et les autres, n’obtenant rien du cabinet fédéral, songèrent à Riel. Une députation fut chargée d'aller l’inviter à prendre encore une fois, la tète du mouvement. Proscrit et chassé de sa patrie, Riel avait d’abord parcouru les Etats-Unis, où les sympathies de quelques compatriotes avaient un peu adouci pour lui les amertumes de l’exil; mais les infortunes et la misère qu’il avait subies avaient altéré ses facultés intellectuelles, et il avait été successivement interné dans une maison d’aliénés à Washington, puis à Saint-Jean-de-Dieu, près de Montréal, et enfin à l’asile de Reauport, voisin de Québec, où il séjourna un an et demi sous le nom de Larochelle. Sorti de cet établissement au mois de janvier 1878, il alla s’établir au Montana, près des montagnes Rocheuses, dans une pauvre mission où les envoyés des Métis le trouvèrent remplissant les fonctions de maître d’école et apprenant à lire aux petits enfants : ils avaient fait pour le rejoindre un trajet de sept cents milles à cheval à travers les forêts et les prairies, exposés aux attaques des tribus sauvages dont ils traversaient les territoires. « Lui ayant fait connaître le but de notre mission, disent les délégués dans leur rapport au comité des Métis, nous lui présentâmes nos lettres de créance et les résolutions sur lesquelles nous devions le consulter. Nous lui demandâmes de venir avec nous, s'il le pouvait, et de nous aider. — Après avoir examiné le but de notre visite, il nous dit qu'il avait toujours eu pour principe de secourir, autant qu’il était en son pouvoir de le faire, ceux qui se trouvaient dans le cas d avoir besoin de son aide. Il ajouta que la population du Nord-Ouest lui était particulièrement chère, car il avait beaucoup souffert pour sa cause, et qu’invité à la soutenir dans ses paisibles efforts pour faire respecter ses droits, il ne pouvait lui refuser son aide, si faible qu’il fut. » Et cet humble instituteur, appelé par ses frères, se mettait en route, avec sa femme et ses deux entants, pour accomplir le long et dangereux trajet déjà parcouru parles envoyés. Un de ces derniers, Gabriel Dumont, allait devenir son lieutenant et en réalité le chef militaire du mouvement métis lorsque les hostilités furent engagées par les troupes du Dominion. Chasseur de buffles à l’époque où leurs innombrables ti oupeaux parcouraient encore les prairies, il s’était distingué par une
RÉVOLTE DES MÉTIS. — SITUATION ACTUELLE
adresse, une vigueur et une audace qui avaient fait l'admiration des Peaux-Rouges eux-mêmes avec lesquels il s était trouvé souvent aux prises et dont il parlait les dialectes. Il excellait surtout à choisir un terrain de combat et à dresser une embuscade.